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samedi 22 août 2026

Les lits-clos. 







En Bretagne, les maisons rurales ne disposaient souvent que d'une seule pièce. Les lit-clos, à étage ou pas, permettaient de préserver l'intimité des dormeurs et de s'isoler contre le froid. Les lit-clos à étage étaient fréquents dans la région de Cancale jusqu'au début du XXe siècle.





Allons les filles, à dodo.






Quand Jean-Pierre n'est pas là,
je me console avec ma pipe.






Les deux jeunes filles sont chacune dans leur lit, admiré par un jeune homme qui tient un bougeoir. Mais le titre le rappelle à l'ordre "Chasse Réservée".




Le coucher de la mariée.





Rappel à l'ordre.





Tu t'casseras la goule à quéqu'détour, la Julie...
ty f'rais mieux, crais-mouai, d'pas monter si haut!..
.






Qui va faire une bise à son père?





Coin de ferme.
Le matin- La fille lassée.





Le Bain de la belle Marivonne.

Le vieillard souffre de ses perpétuelles jérémiades,
"Tu me paieras cela quelque jour, coquine",
bougonne-t-il à part lui, ruminant une petite vengeance
.





La soupe du matin.


Tournures.









 
Caricature argentine nommée "Surtido de Tournures" (Assortiment de tournures)  parue en 1885 dans le journal "El mosquito".

On appelait "tournure" ou faux-cul un accessoire de mode largement partagé en Europe et particulièrement par l'Angleterre victorienne. La tournure se plaçait sous les jupes des femmes pour accentuer leur volume fessier.
Le dessinateur imagine des différents rembourrages que les femmes pouvaient utiliser selon leur métier ou leur classe sociale.

La de mi prima (celle de ma cousine): Le volume est obtenu à l'aide d'un coussin.
De la cocinera (de la cuisinière): La cuisinière utilise une grosse casserole ou un faitout qu'elle a glissé sous sa jupe.
De la mujer del vigilante (de la femme du gardien): là, c'est une lanterne allumée, dont la lumière traverse le tissu de la jupe.
De una de aquellas (de l'une de "ces femme-là"): une courtisane, fumant une cigarette, utilise des ballons gonflables pour tromper sur ses formes.
De una beata (d'une bigote): une femme pieuse cache un bénitier ou un pupitre d'église sous ses vêtements.
De la hija del musico (de la fille du musicien): elle utilise un tambour attaché à ses reins.
De la sirvienta (de la servante): un panier en osier, servant aux courses ou à transporter du linge, fait l'affaire.
De la maestra de escuela (de la maîtresse d'école): une pile de livres sanglée assure le volume nécessaire.
De mi tia la solterona (de ma tante vieille fille): la tante a utilisé une cage à oiseau, avec un oiseau à l'intérieur, pour le rembourrage.

Cette vision satirique, peut surprendre, mais il faut reconnaître que la mode féminine au XIXe siècle a subi une évolution chaotique.

De 1830 à 1850: La taille rétrécit et la bas de robe s'élargit. Pour donner du volume, les femmes portent jusqu'à sept à huit jupons de coton ou de lin. C'est extrêmement lourd  et chaud à porter et la marche est entravée. Pour diminuer le nombre de jupons tout en conservant la forme, on fabrique des tissus rigides fait de crin de cheval et de fil de lin pour créer des jupons de soutien. Ces accessoires en crin de cheval donneront le nom de crinoline.

De 1850 à 1864: Tous ces jupons sont remplacés par une structure constituée de cerceaux d'acier reliés par des rubans breveté par l'américain Thomson. La structure est très légère, c'est une libération pour la femme, les jambes sont libérées.
En 1860, le volume devient gigantesque atteignant parfois plus de deux mètres de diamètre. Les femmes ne peuvent franchir les portes de face et ne peuvent s'asseoir. La crinoline devient l'accessoire favori des humoristes.

De 1864 à 1869: La crinoline ronde lasse les femmes et apparaît alors la forme elliptique, le volume migre vers l'arrière. Le devant de la robe s'aplatit tandis que les cerceaux métalliques assurent un volume gigantesque à l'arrière.

De 1869 à 1875: Ce déport de forme a ouvert la porte aux "faux-culs". La crinoline disparait et le volume est uniquement concentré sur le fessier. On utilise une demi-cage de cerceaux ou un coussin de crin attaché à la taille. Pour ne pas trop gêner les dames, le faux-cul est appelé "tournure". La robe est directement drapée dessus.

De 1876 à 1881: Cette période forme une parenthèse, la mode impose une silhouette verticale. La femme est moulée dans une robe très étroite resserrée aux genoux, appelée "robe princesse" ou "cuirasse". Les femmes sont contraintes par ces robes de marcher à petits pas.

De 1882 à 1888: C'est le retour en force de la tournure mais de façon plus géométrique, instaurant le profil "tablette". Le dos forme un angle de 90° avec le bas du dos comme un pouf. C'est l'époque de la caricature qui tourne en dérision cette mode. Pour obtenir, cet angle, les structures métalliques de la robe sont munies de ressorts ce qui permet à la tournure de s'aplatir lorsque la femme s'assoit. Une fois relevée, les ressorts retendent la tournure.

La fin du siècle voit disparaître toutes les structures métalliques, pour revenir au naturel incarné par la mode "Belle époque".

Les modes sont toujours critiquables, mais la crinoline était aussi dangereuse. On estime que plusieurs milliers de femmes sont mortes brûlées vive à cause de la crinoline. En effet, les robes étaient constituées de dizaines de mètres de tissus très inflammables, comme la gaze de soie, le mousseline de coton. En raison de la taille des robes les femmes ne se rendaient pas compte qu'elles frôlaient une bougie ou une cheminée. L'air s'engouffrait sous la robe activant le feu. Un fois celui-ci déclaré, il était impossible à la femme de retirer rapidement la robe enflammée, celle-ci étant solidement sanglée à la taille.
Mais la crinoline, de part son ampleur, était aussi dangereuse dans le quotidien. Beaucoup de femmes furent entraînées sous les roues des calèches ou les portes des premiers tramways car elles ne contrôlaient pas l'arrière de leur parure.
Le vent était aussi un danger, la robe se comportant comme une voile de bateau. La presse de l'époque relate de nombreux cas de femmes emportées ou déséquilibrées sur des falaises ou des ponts.
La tournure avait aussi ses inconvénients notamment sur la santé. Pour accentuer l'effet de la tournure, les femmes devaient porter leur buste en avant afin d'adopter un profil en S. Leur démarche s'en trouvait affectée et elle était surnommée la "marche de la poule". Cette attitude provoquait des douleurs chroniques au dos. La taille devait être minuscule. Le corset était indispensable, ce qui comprimait l'estomac et le foie et réduisait la capacité pulmonaire. La tournure et la robe pouvaient peser jusqu'à cinq kg ce qui accentuait les risques, causant souvent les trop célèbres évanouissements victoriens.
Ces abus donnèrent naissance en Angleterre en 1881 à la Rationnal Dress Society qui proposait d'interdire les vêtements de plus de 3 kg (hors manteaux), de remplacer les cerceaux rigides par des pantalons bouffants (bloomers), d'éliminer les structures comprimant la cage thoracique et la colonne vertébrale.

La pratique de la bicyclette finit par mettre tout le monde d'accord.

vendredi 21 août 2026

HLM.








 
Cette photographie prise à Hambourg en 1904 est la maison natale de Johannes Brahms.
Après s'être mariés, malgré la forte opposition de leurs entourages et leur pauvreté, les parents de Brahms s'installèrent dans cette maison. Son père Johan Jakob était un musicien ambulant de 24 ans et sa mère couturière de 41 ans.  Brahms y est né le 7 mai 1833. Le logement était bas de plafond et comportait trois petites pièces. Ils n'y vécurent pas longtemps, six mois après la naissance de Brahms, ils déménagèrent pour habiter une demeure plus confortable.
A la fin du XIXe siècle, en 1892, il fut décidé de raser tout le quartier à cause de son insalubrité, seule cette maison fut préservée pour sa valeur historique. Elle a été détruite par les bombardements de la ville d'Hambourg en 1943.
Le ballet du balai.






Le balai, cet instrument familier, indispensable, qui d'autre qu'une femme sait aussi bien le manœuvrer, le diriger, l'obliger à aller dans les endroits les plus improbables. Dans les coins et les recoins, sous les meubles, entre les pieds d'une chaise, il glisse, il virevolte, L'homme n'a pas ces talents, il appuie exagérément dessus, il le dirige, sans grâce, machinalement, pressé d'en finir. 

D'abord, il faut savoir le choisir, car il en existe de toute forme, de tout poils, de tout usage. 







Cette estampe, gavée par Jean-Baptiste Bonnart est issue d'une série du "Recueil des modes de la cour de France" vers 1674. Chargée d'une collection de balai sur le dos, la brave femme nous dit que:

" Quiconque veut se garantir
De l'amende du commissaire
De mes balets doit se garnir
On ne sçauroit jamais mieux faire."

Elle nous rappelle, qu'à cette époque, il était obligatoire de balayer devant sa porte, sous peine d'amende.

Une fois muni du balai indispensable, il fallait pouvoir s'en servir efficacement.




Edmé Bouchardon nous montre comment sa balayeuse assure sa prise vers 1740. La main gauche saisit fermement le manche dudit balai, tandis que la droite, prend son extrémité par en dessous, pour pouvoir assurer les changements de direction voulus.







Comme pour les coiffures, le balai peut adopter une coupe en brosse, lui donnant ainsi un air viril et guerrier, et c'est avec une ardeur non feinte que la "Jeune femme nettoyant le sol" du hollandais Willem Joseph, en 1778, nettoie son plancher en bois.







ou encore "la servante de La Haye" (Haags Dienstmeisje) de Paulus Constantijn la Fargue; en 1775, avec son balai de genêt qui nous regarde d'un air amusé et interrogateur, tout en balayant et lavant les pavés.






Jean-Baptiste Antoine Emile Béranger en 1872, lui,  nous rappelle que c'est grâce au balai, même un simple balai de sorgho, que l'on fait parfois des découvertes, que l'on apprend les nouvelles même si elles sont anciennes. "An interest in Old News" (Intérêt pour de vielles nouvelles). Ici, le ballet du balai est interrompu, la servante prend le temps de déchiffrer un morceau de journal ou de papier que le balai a déniché.






Rien n'est plus difficile que de balayer des plumes! Un simple mouvement un peu brusque du balai génère un petit courant d'air suffisant pour les faire s'envoler, certaines repartent là où on avait balayé, d'autre plus perverses s'installent directement sur le balai.  Victor Gabriel Gilbert nous montre dans son tableau "Balayage de plumes" (Sweeping the Feathers) réalisé vers la fin du XIXe siècle, la dextérité d'une femme qui se bat pour faire un petit tas de plumes et le comportement inqualifiable de certaines d'entre elles. Que cette dame se console de son infortune, Johan Wolfgang Goethe a dit: "La main qui samedi tient un balai, est celle qui dimanche vous caresse le mieux".





Pehr Hilleström dans son tableau de 1774 intitulé "En piga som sopar och en flicka som ostädar" (Une servante qui balaie et une petite fille qui désordonne) nous montre une servante qui "passe" le balai, comme on dit. On ne voit pas la petite fille désordonnée, mais personne ne parle du balai! Il a une existence pénible, alors qu'on s'est emparé de son manche, il a toujours la tête dans la poussière, on le force à aller des coins, même si l'on sait que "seul le vieux balai peut aller dans les coins" comme le dit un proverbe irlandais. Et puis, lorsqu'il s'est acquitté honorablement de sa tâche, que fait-on de lui? on le cache, comme si on en avait honte, dans un vieux placard près d'une serpillère qui sent le croupi.






Joseph Caraud, en 1897, lui, nous rappelle aussi dans son tableau "Les Tourtereaux" 'The love birds), malgré son intérêt pour les deux volatiles qui roucoulent sur la rampe, que balayer des feuilles sur une terrasse, n'est pas non plus de tout repos, on est à la merci du moindre coup de vent qui nous oblige à tout recommencer, et chacun sait qu'Eole est d'un naturel plutôt farceur.







Mais il est temps de prendre un instant de repos. En 1860, Joseph Caraud a surpris "La Jolie Servante" (The Pretty Maid) en train de s'admirer dans une glace de château. Obéissant, le balai attend la fin de l'inspection. Il reprendra ses explorations une fois celle-ci terminée.

Cependant, malgré ce petit tour d'horizon chez des artistes talentueux, aucun n'aborde le problème crucial, que personnellement je n'ai pas réussi à résoudre, qui est le maniement simultané de la pelle et du balai. J'en ai pourtant compris le principe, on pose la pelle à terre, on l'incline et à l'aide du balais on pousse les découvertes dans la pelle. Jusqu'ici, tout va bien. Mais il reste toujours une petite ligne de poussière qui vous nargue, qui refuse obstinément d'aller dans la pelle. On recommence en se déplaçant peu, rien y fait, elle persiste; on tourne de 90°,  elle tourne aussi. On approche le balai doucement de la pelle, on y va plus fort, elle est toujours là. Pas de doute, la pelle, le balai et la poussière se sont ligués. Mais ne manquant jamais d'idée, comme j'ai la chance de posséder de nombreux tapis, je soulève un coin du tapis délicatement, et d'un coup vif, j'expédie la poussière dessous. C'est ce qu'on appelle 'mettre la poussière sous le tapis". Il ne me reste plus qu'a recevoir les compliments pour le travail effectué et à relire ce poème de Rimbaud qui s'intitule "Le balai"!

C’est un humble balai de chiendent, trop dur
Pour une chambre ou pour la peinture d’un mur.
L’usage en est navrant et ne vaut pas qu’on rie.
Racine prise à quelque ancienne prairie
Son crin inerte sèche : et son manche a blanchi.
Tel un bois d’île à la canicule rougi.
La cordelette semble une tresse gelée.
J’aime de cet objet la saveur désolée
Et j’en voudrais laver tes larges bords de lait,
Ô Lune où l’esprit de nos Sœurs mortes se plaît.


Pour conclure, on peut se demander si Michel Heyns, dans son livre "Le Passager récalcitrant", n'a pas raison de dire que "La civilisation occidentale doit sa survie au balai et au plumeau"?.
Le cri.









 
"Le cri" ( Skrik) réalisé par le norvégien Edvard Munch en 1893.

Beaucoup se sont interrogés et s'interrogent toujours sur l'origine de ce ciel rouge si particulier. Une des hypothèses prend sa source en Indonésie. Le 27 août 1883, le volcan indonésien Krakatoa explose projetant ses cendres à plus de 40 km de hauteur. Ces particules se sont déplacées en faisant sept fois le tour de la terre au gré des vents. Elles ont provoqué des couchers de soleil spectaculaires et inhabituels aux couleurs rouge sang et orange, y compris en Europe du Nord et en Norvège.
En 2004, une équipe d'astrophysiciens de l'Université du Texas ont émis l'hypothèse que Munch avait vu ces couchers de soleil en tout point identiques à celui qu'il a peint. Dans son journal intime, on peut lire cette phrase: "Le soleil se couchait, le ciel est devenu brusquement du sang [...] des nuages comme du sang et des langues de feu pendaient au-dessus du fjord bleu-noir de la ville."
Pour comprendre le caractère exceptionnel de cette éruption, il faut savoir que le bruit de l'explosion, évalué à 310 décibels à sa source, était tel qu'à 64 kilomètres de distance, il a perforé les tympans des marins qui se trouvaient sur des navires à proximité. Le bruit a été entendu jusqu'à l'île Rodrigues proche de l'île Maurice ainsi qu'à Perth en Australie. La détonation a été perceptible sur environ 8% de la surface de la terre ce qui correspond à entendre à Paris un bruit produit à New-York. Cependant la Norvège est distante de plus de 10 000 km du volcan et, contrairement à ce que prétendent certains, Munch n'a pas l'entendre avant de se boucher les oreilles, par contre il a pu voir le ciel rouge.
Or, contrairement au titre du tableau, le personnage ne crie pas! il essaie de se boucher les oreilles pour ne pas entendre. C'est le cri, oui, mais pas poussé par le personnage. Munch nous dit que c'est la nature elle-même qui s'est mise à hurler autour de lui. Il s'agirait alors de l'expression désespérée de l'angoisse existentielle de l'homme moderne. Ce "cri" a dû profondément affecter Munch puisqu'il a réalisé quatre versions du "cri".
Une autre hypothèse a été avancé pour expliquer l'origine de ce ciel. Il pourrait s'agir de nuages nacrés, phénomène très rare propre aux régions polaires.
Le visage du personnage est très particulier. Munch se serait inspiré  d'une momie Inca exposée à Paris lors de l'Exposition universelle de 1889. Dans un coin du tableau figure une phrase écrite par Munch lui-même: " Kan kun være malet af en gal Mand!" ( Ne peut avoir été peint que par un fou!)
A ce propos, on ne peut passer sous silence le contexte psychologique qui affecte Munch. Il perd sa mère à l'âge de 5 ans, sa sœur aînée à l'âge de 14 ans, toutes deux victimes de la tuberculose. Sa sœur cadette souffre d'une profonde dépression à tendance schizophrénique et passe sa vie dans un hôpital psychiatrique. Lui même est bipolaire et souffre de paranoïa et d'attaque de panique.
Dans les années 1890, Munch fréquente les milieux anarchistes qui prône la destruction de la société bourgeoise, l'amour libre et l'autodestruction. Munch adopte avec zèle toutes ces théories tout en plongeant dans un alcoolisme sévère pour lutter contre son anxiété et ses insomnies. Il est hanté par le risque d'avoir hérité de la "folie" qui touche sa famille.
C'est à cette époque qu'il peint "le cri" . L'endroit où se trouve le personnage se situe à proximité de l'asile dans lequel est enfermée sa sœur et proche d'un abattoir où s'échappent les cris des animaux abattus. On peut alors penser que ces cris, la détresse psychologique dans laquelle il se trouve et le souvenir de la vision du ciel ont provoqué chez lui une crise de panique incontrôlable. Quelques années plus tard, en 1908, il finira par se faire interner pour soigner ses hallucinations.
Il n'empêche, malgré un contexte chaotique, "le cri" est une œuvre mondialement connue qui ne laisse personne indifférent, à tel point que le personnage du tableau est devenu l'émoji de la peur.


jeudi 20 août 2026

Garde-robe.








 
L'excroissance visible sur une tour du château d'Olavinlinna, une forteresse du XVe siècle située à Savonlinna en Finlande, est une latrine médiévale encorbellée, appelée communément "garde-robe" ou "bretèche d'aisance".

A l'intérieur, les utilisateurs s'asseyaient sur un banc percé d'un trou et les lois de la pesanteur faisaient le reste. C'était en quelque sorte un système de "tout-à-la-douve" par analogie avec notre "tout-à-l'égout". La petite ouverture visible sur la photo servait d'aération afin de ne pas empuantir la tour.






Les garde-robes du château de Menthon-Saint-Bernard situé en Haute-Savoie, près d'Annecy.

On est en droit de se demander pourquoi ce nom de garde-robe? Il n'y a pas de piège, car en effet, les seigneurs y suspendaient leur vêtements. La forte odeur d'ammoniac prégnante dans les garde-robes chassait les mites et les parasites.

Mais pourquoi ces photographies touristiques? Elles ne sont là que pour m'aider à expliquer la suite. La suite qui provient d'un détail d'un tableau intitulé "Les Proverbes flamants" de Pieter Brueghel l'Ancien datant de 1559 .




 
Ce détail, qui représente une garde-robe occupée,  illustre trois expressions de l'époque:

"Zij kakken door hetzelfde gat": "Ils chient par le même trou", expression un tantinet vulgaire qui qualifie deux compères inséparables, très amis et complices.

"Het hangt als een kakdoos boven een gracht" : "ça pend comme des latrines sur un fossé", expression qualifiant une évidence, qui saute aux yeux de tous.

"Iemand een woordje toespreken"La main qui sort à gauche veut dire "Toucher un mot à quelqu'un" ou  désigne l'évidence de la scène.

Les garde-robes, les vraies, n'ont pas disparu mais elles se sont civilisées; elles ont migrées vers d'autres pièces. Faute d'ammoniac, elles ont longtemps abrité la naphtaline, dégageant cette odeur si particulière quand on ouvrait leur porte chez nos anciens. Le combat olfactif avec les sachets en toile décorée, fermés par un petit ruban de couleur vive, contenant de la lavande était souvent rude, mais il nous reste parfois, dans des circonstances rares, quelques effluves égarées qui nous font parcourir le temps qui passe.
Signalétique.








 
Phallus sculpté dans une rue de la ville de Pompéi.

Une légende prétend que ce pictogramme permettaient aux marins de passage ne parlant pas latin de trouver rapidement le lupanar le plus proche.
En fait, il a été démontré que cette interprétation était fausse.
Chez les Romains, le phallus, appelé fascinum, était un symbole, bien sûr de fertilité, mais aussi de chance et de prospérité. La matérialisation de cet organe permettait de détourner le mauvais œil, la malchance, et de protéger à la fois les passants, mais surtout les commerces.
On en trouve un peu partout à Pompéi, dans les rues, aux carrefours, sur les trottoirs, au-dessus des portes des boulangeries, sur les murs de certaines maisons, etc. 

Témoin la boulangerie de Caius Julius Polybius située sur le Vicolo Storto.





L'aimable artisan a accompagné le porte-bonheur de la phrase: "Hic habitat felicitas" qui veut dire: "Ici demeure la félicité". Le phallus, paraît-il, aidait à la levée du pain. Un échec de fermentation représentait une perte importante pour le commerce concerné. Le levain, qui fait gonfler la pâte, était aidé par le symbole phallique.

Mais, à Pompéi, Caius Julius Polybius n'était pas le seul à vanter sa baguette.




 
La boulangerie Modestus n'était pas en reste même si les proportions académiques n'étaient pas respectées. D'après ce qu'on en sait, ce genre d'enseigne mettait de bonne humeur les clients et favorisait le petit commerce.





 
Phallus ailé ornant une teinturerie située via dell'Abbondazza. Pour les amateurs de bons mots, ces symboles portent le nom d'apotropaïque.

Le musée de Naples nous montre que les boulangeries, les teintureries et tous les autres commerces n'étaient pas les seules à protéger leurs clients. De nombreux Tintinnabula, des carillons éoliens de bronze mettant en action des phallus ailés munis de clochette, le disputent aux lampes à huiles ithyphalliques, en bronze ou en terre cuite, en forme de satyres ou de nains munis de membres tout aussi disproportionnés.
On y trouve aussi des objets insolites comme cette sculpture en marbre représentant le dieu Pan s'accouplant avec une chèvre ou Priape mettant sur une balance, d'un côté son sexe, de l'autre un sac d'or rappelant que la fertilité crée la richesse matérielle. Quant aux fresques, aux céramiques, la place ici, ne serait pas assez grande pour tout détailler.

On ne soucie plus, de nos jours, à éloigner le mauvais œil dans les habitations, les boutiques et les rues et c'est peut-être un tort.

Economie domestique.






 


Illustration de Carlegle (Charles Emile Egli) de 1910 pour le magazine "Le Sourire".

"J'ai réfléchi, tu as raison, ce serait une folie d'acheter ce bracelet dans un moment où n'avons pas trop d'argent. Et puis, ce sera toujours 200 frs d'économisés et avec cet argent-là je pourrais peut-être acheter un chapeau, qu'est-ce que tu en penses?"

Vu l'air abattu du pauvre homme, nous nous garderons de tout commentaire.
Serin serein.






 


Dessin de Jacques Wély  pour la revue "La Vie en Rose" en 1903.

" S'il y avait vraiment danger à laisser les serins en liberté, vous ne seriez pas là!"


Le serin désigne, dans le sens commun, une variété de volatile, un petit oiseau passant souvent sa vie en cage. Mais, à la Belle Epoque, en langue verte, c'est à dire en argot, il désignait aussi un homme niais et naïf, sans risque pour la dame qui peut le recevoir en petite tenue.
Echec et mat.







 
Cette enluminure est extraite d'un ouvrage, "Le Livre des échecs amoureux moralisés" d'Evrart de Conty. On y voit Louise de Savoie jouant aux échecs, avec derrière elle, Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, son époux (Le père et la mère du futur François 1er). Charles se tient derrière Louise et semble se retenir de la conseiller.

Il s'agit d'une scène évoquant l'amour courtois, la partie d'échec étant d'ailleurs qualifiée de partie "d'échecs courtoise". Le couple montre une grande complicité bien que le mariage fut forcé. A l'époque Charles d'Angoulême avait 28 ans et Louise de Savoie 12 ans seulement. Le chien, quant à lui, symbolise la fidélité.
Cette partie d'échec entre un homme et une femme, au moyen âge n'était que prétexte à la séduction réciproque qu'on appelait "l'amour courtois". Chaque pièce déplacée fait partie de l'entreprise,  le pion est un regard, le cavalier une audace, etc., l'échec et mat étant la concrétisation de la démarche.
L'enlumineur, Robinet Testard, montre un plateau d'échec de 5x5 cases alors que traditionnellement ceux-ci en comporte 8x8. Les spécialistes de la période pensent qu'il s'agit d'un choix délibéré de l'enlumineur, destiné à rétrécir le champ de vision afin de mettre les personnages en valeur.
Charles d'Angoulême est en retrait, en position de spectateur attentif, et ce n'est pas par hasard. Le personnage qui tourne le dos, permettant à celui qui observe cette scène de se mettre à sa place, procédé classique qui s'appelait Rückenfigur, représente l'amant, réel ou en devenir. Il porte des chausses rouges, comme la robe de Louise, couleur de la passion, et un manteau bleu, couleur de la mélancolie amoureuse. Voilà de quoi, inquiéter Charles. D'autant que la fenêtre nous montre l'issue de cette partie. A travers ses vitres, on voit un champ de fleurs rouges. Cette évocation vient en droite ligne du Roman de la Rose et représente le "Verger du Déduit" (le jardin d'Amour). Ce champ de fleurs est la concrétisation de la joute amoureuse, de la partie d'échecs et la conséquence de l'échec et mat.

mercredi 19 août 2026

Leis armetos.







Il serait difficile de retrouver au juste l'origine de ce qu'on appelle en Provence leis armetos. Suivant toutes les probabilités, c'est là un des usages remontant à l'antiquité païenne, que, dans l'ancienne province romaine, les premiers chrétiens qui conservèrent, en les transformant, tant de ces usages du culte antique, transportèrent dans leurs nouvelles cérémonies. On sait en effet que les Romains célébraient dans le mois de mai les lémuries* ou larvæ, images effrayantes sorties des tombeaux, terreurs des esprits faibles, comme il n'y a pas longtemps encore, les revenants. L'apparition de ces larves avait lieu pendant la nuit, et c'est contre ces mêmes images terrifiantes que l'Eglise, dès ses premiers temps, invoque les secours divins:

Procul recedante somnia
Et noctium phantasmata.

                                     (Hymne des Complies)

La cérémonies des lémuries fut transportée au jour de la commémoration des morts, parce que, tous les fidèles priant ce jour-là pour les trépassés, les croyances superstitieuses du moyen âge supposaient que les âmes des décédés revenaient dans les corps qu'elles avaient abandonné, et que, dans leurs vagations nocturnes, elles passaient et repassaient devant les vivants pendant leur sommeil et les épouvantaient. De là l'usage de sonner toute la nuit les cloches des églises afin d'éloigner ce qu'en provençal on nommait leis armeros (les petites âmes).
Un ancien écrivain dit que les larves des méchants portaient, chez les anciens, le nom de démons: Larvas ex hominibus facias dœmones aiunt, que meriti mali tuerint*. C'est principalement contre ces larves sataniques que les cloches étaient employées, et qu'on invoque le secours des anges gardiens, de peur que, profitant de ces courses nocturnes des âmes, les agents du malin esprit ne pussent en saisir quelqu'une. Dans son singulier mythe de la procession de la Fête-Dieu d'Aix, le roi René fit allusion à cette circonstance en introduisant l'armeto, jeune enfant, expression de l'âme pure, dont cherche à s'emparer un esprit malin, et que protège un ange qui roue de coups le démon quand il s'en approche.
Dans la cérémonie des lemuries, les Romains, pendant le sacrifice qui s'accomplissait au foyer des larves, jetaient des fèves hors de la maison par la porte d'entrée, croyant par là en chasser les larves. Dans la cérémonie des armetos, nos chrétiens méridionaux, donnaient aux sonneurs des cloches, pour les empêcher de s'endormir et de pas laisser ainsi en péril les âmes voletantes, des châtaignes et du vin cuit; à ce frugal somnifuge, on substitua ensuite des mets plus substantiels que les sonneurs allaient quêter de maison en maison.




Le jour des morts à Toulon.
(d'après M. Letuaire.)



L'Illustration, novembre 1854.



* Nota de célestin Mira:

* Les lémuries (lemuria chez les Romains) sont considérées comme l'origine d'Halloween et de la Toussaint.






Memento mori de Pompéi , céramique du 1er siècle avant JC.




Larvas ex hominibus facias dœmones aiunt, que meriti mali tuerint:

"On dit que tu fais des démons à partir des hommes qui ont mérité un mauvais sort après leur mort"