Les femmes de Balzac.
C'est toujours la même chose. On cherche un livre, on se dit qu'il devrait se trouver sur ce rayonnage, ou celui-là, on tente de lire les noms dans les pièces de titre du dos écrits en lettres dorées plus ou moins effacées par l'épreuve du temps, on retire certains livres pour les remettre en place et soudain on tombe sur un ouvrage que l'on avait oublié. On oublie la quête qui nous a guidé jusqu'à ce livre, on le feuillette et des gravures apparaissent cachées sous le papier de soie qui les protège.
Toutes ces gravures représentent des femmes des romans de Balzac. Elles ont été gravées sur acier par G. Staal. L'auteur de l'ouvrage est inconnu mais la notice biographique est d'un certain P. L. Jacob qui se présente comme bibliophile.
Il s'intitule "Les Femmes de Balzac", mais toutes les femmes de Balzac n'y sont pas. Comme par exemple, la femme de trente ans, Julie de Chastillon, ou Véronique Graslin, la fille unique des Sauviat, des gens de Limoges.
Qu'à cela ne tienne, je vais vous présenter les autres:
Voici "La Fosseuse", une jeune paysanne fragile et hypersensible, qui doit son nom au fait qu'elle ramassait du bois mort dans les forêts d'alentour, héroïne du "Médecin de campagne".
Antoinette, "La duchesse de Langeais", réfugié sous le nom de sœur Thérèse dans un couvent espagnol.
"Pierrette", Pierrette Lorrain, une jeune orpheline bretonne recueillie à Provins par les Rogron, ses cousins.
"Modeste Mignon" du roman éponyme. Modeste est une jeune fille romantique riche qui vit au Havre qui vécut des amours épistolaires.
Les deux filles du "Père Goriot", Anastasie de Restaud, l'aînée, mariée au Comte de Restaud et qui réclame toujours de l'argent à son père, et Delphine de Nucingen, la cadette, mariée à un banquier et qui deviendra la maîtresse d'Eugène de Rastignac.
Madame Blanche-Henriette de Mortsauf, héroïne du "Lys dans la vallée" qui vécut un amour platonique.
Madame Guillaume, personnage de "La Maison du chat qui pelote" qui appartient à la petite bourgeoisie marchande et qui se tient si droite à son comptoir qu'on la croirait empalée.
Pauline Gaudin de Witschnau, personnage de "La peau de chagrin", honnête et droite, désintéressée, elle représente la vertu.
Marguerite Claës dans "La recherche de l'absolu" qui protège ses frères et sœurs après la mort de sa mère et qui gère les finances de son père.
Mademoiselle Armande d'Esgrignon dans "Le Cabinet des Antiques" qui symbolise les valeurs de l'Ancien Régime face à la montée de la bourgeoisie matérialiste.
Et enfin, l'androgyne "Séraphita", cet être mystérieux qui a atteint la perfection humaine avant l'ascension céleste.
Et voilà! J'ai reposé sur toutes ces femmes leurs draps de soie, j'ai refermé le livre, je l'ai ramené à sa place, c'est à dire que je l'ai perdu à nouveau. Quand et qui rouvrira ces pages pour les ressusciter et les sortir de leur long sommeil?
Les femmes de Balzac, Mme Ve Louis Janet, éditeur, grand in-8, 1851, première édition.














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