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mardi 29 septembre 2015

Le transport des contagieux.

Le transport des contagieux
                           dans Paris.


Le conseil municipal de Paris s'est occupé dernièrement de la question de la désinfection, désinfection des appartements, vêtements, linge, etc., qui est si importante au point de vue de la santé publique. Déjà un grand pas avait été fait dans cette voie par l'établissement de stations de voitures pour le transport des contagieux.
Autrefois, une mère, par exemple, qui avait à conduire à l'hôpital son enfant malade, sautait sans scrupule dans le premier fiacre qu'elle voyait passer. Il n'en est plus ainsi; la mère se rend à la station des voitures pour contagieux, et le directeur de cette dernière n'a plus qu'à se mettre au téléphone et à prévenir l'hôpital désigné qu'une voiture va lui amener un malade.
Je ne vous apprendrai rien en vous disant que ce service est appelé à diminuer dans des proportions énormes la mortalité par contagion des maladies infectieuses, maladies dont vous et les vôtres pouvez prendre les germes dans les voitures de places, les omnibus, les tramways.
Voici une mère accompagnée de son bébé. Elle hèle un cocher, saute en voiture. Cette voiture, une heure avant, conduisait à l'hôpital un enfant que le croup étouffait... Hélas! que de bébés respireront la mort dans cette voiture!
C'est à ces dangers que les stations de voitures pour le transport des contagieux doivent nous arracher.
Il y a deux stations principales à Paris: une rue de Staël; l'autre rue de Chaligny.



Dans chaque station, se trouvent cinq ou six voitures affectées spécialement au transport des fiévreux, des varioleux, des diphtériques, etc. Présentez-vous au directeur de l'une de ces stations, avec l'ordonnance d'un médecin, et aussitôt une voiture est mise à votre disposition. Ou bien encore adressez-vous au commissaire de police de votre quartier; ce magistrat se chargera de prévenir le directeur de la station.
Les malades, couchés sur un lit, ou commodément installés dans un fauteuil, sont toujours accompagnés par une infirmière pendant le trajet de leur domicile à l'hôpital. 




Après chaque voyage, la voiture est désinfectée; elle est lavée avec une solution étendue de bichlorure de mercure. Inutile de vous dire que les voitures sont appropriées pour cela: ni étoffes, ni cuirs, ni sangles; les parois sont en tôle. Les matelas passent ou doivent passer, après chaque voyage, à l'étuve de désinfection.




Pour qui visite les deux stations qui relèvent de la "Ville de Paris", jette les yeux sur les voitures, les écuries, les salles de désinfection, etc... tout paraît installé dans les meilleures conditions.
La préfecture de la Seine a aussi des voitures spéciales pour le transport des contagieux. ce service est assez bien organisé; il a donné déjà d'excellents résultats, bien que le budget qui lui a été affecté soit très minime.
C'est grâce à ces mesures préventives que nous avons vu les épidémies disparaître dans Paris. Toute personne atteinte de maladie contagieuse étant immédiatement emmenée à l'hôpital où elle est dirigée vers des pavillons d'isolement affectés à chaque maladie, tous ceux qui l'entouraient sont par cela même soustraits aux causes de la contagion. On voit quels services rend cette organisation surtout pour les cités ouvrières où les règles de l'hygiène sont rarement suivies dans leur rigueur.

La Science illustrée,22 août 1891.

Les aberrations de l’ouïe.

Les aberrations de l'ouïe.

C'est à vous que je m'adresse, madame et aimable lectrice. Veuillez être assez bonne pour demander à l'un de vos hôtes de s'asseoir sur une chaise et de se laisser bander les yeux avec un mouchoir que vous lui attacherez autour de la tête de vos blanches mains.
Là, voilà qui est fait.
Prenez maintenant avec le pouce et l'index de votre main gauche deux pièces de cinq francs (ou deux pièces de 10 centimes) et entre ces deux pièces introduisez le bout de l'index de votre main droite, comme l'indique la figure.




Entourez ensuite de vos bras la tête de votre patient, l'heureux homme!,  et placez vos mains dans une position telle que les deux pièces de monnaie se trouvent sur le plan vertical qui séparerait sa tête en deux parties symétriques, c'est à dire qui passerait par l'extrémité de son nez et le milieu de ses deux oreilles.




Dans cette position, retirez brusquement l'index de votre main droite d'entre les deux pièces de monnaie: celles-ci donneront en se rejoignant un son très net. Vous demanderez à votre patient où ce son a été produit, et... il ne pourra vous le dire; il désignera tantôt un point situé à sa droite, tantôt un point situé à sa gauche.
L'expérience qui précède explique comment il arrive quelquefois aux chasseurs d'entendre une alouette chanter et de ne pouvoir pas découvrir l'endroit où se trouve cette alouette. C'est que, dès la première note émise par l'oiseau, le chasseur a tourné la tête dans la direction exacte du volatile, et que les notes suivantes, produite dans le plan vertical dont il a été question, semblent venir de points différents.

                                                                                                                 Dr Paul Sapiens.

La Science illustrée, 29 août 1891.

La verrerie noire.

La verrerie noire.


La grève des ouvriers de la verrerie noire appelle en ce moment l'attention sur un côté intéressant d'une de nos grandes industries françaises. On désigne sous le nom d'ouvriers de la verrerie noire ceux qui s'occupent uniquement de la fabrication de la bouteille. Il existe, en France, 42 verreries réparties en six régions: le Nord; Lyon, qui comprend Givors et Rive-de-Gier; le Centre, qui comprend la Loire; puis l'Aisne et la Marne; enfin Marseille et Bordeaux. La corporation compte 6.000 ouvriers qui fabriquent annuellement 175 millions de bouteilles.
Ces quelques détails montrent l'importance de la verrerie noire. Examinons maintenant la gravité des résolutions prises de part et d'autre.
Les ouvriers ne veulent en aucune façon transiger et cette solidarité va si loin que même dans les fabriques, comme à Carmaux par exemple, où l'entente est parfaite, où les ouvriers se déclarent suffisamment rémunérés, ils n'ont pas hésité cependant à cesser le travail par pure solidarité pour leurs camarades. Les patrons, de leur côté, ont décidé de laisser éteindre les fours: or, dans la verrerie, comme dans les hauts fourneaux, un four allumé ne doit plus s'éteindre, on est obligé de marcher à feu continu, parce que, une fois éteint, six semaines au moins sont nécessaires pour le réparer et le rallumer. Les matières réfractaires qui le composent s'effritent en refroidissant, il se produit des éboulements, des fissures qui mettent hors d'usage un appareil dont le prix de revient dépasse en général 100.000 francs.
A l'heure actuelle les fours sont éteints, le chômage a donc commencé et se prolongera; et si demain, ce qui est possible, la gobeletterie, c'est à dire les ouvriers qui fabriquent les verres à boire, les bouteilles à siphon et les différents objets de verre, si les vitriers entrent aussi dans le mouvement, ce sera une grève générale de la verrerie.
Gobeletterie et verrerie noire ne diffèrent d'ailleurs pas essentiellement comme installation et comme travail.
Maintenant que nous connaissons la situation, présentons, au fort de leur travail, ceux qui ont fait grève. C'est à Dorignies, chez M. Alain Chartier, où la grève a débuté et qui a mis une obligeance extrême à nous fournir tous les documents nécessaires, que nos dessins ont été pris.
Nous sommes sous un immense hangar, ouvert à tous les vents; un énorme massif cylindrique de maçonnerie en occupe le centre, sur ce massif les fours, de gros bâtis de briques réfractaires, sont établis. Chaque four présente une porte et une série d'ouvertures. Le dernier perfectionnement est le chauffage et la mise en fusion des matières au moyen du gaz. C'est un four à gaz que nous allons voir fonctionner.
Au dehors du hangar, cet homme gros et fort qui sans cesse agite une longue tige de fer que successivement il enfonce dans une série de trous percés à la base d'une sorte de dôme en fonte, est, le gazier piquant son gazogène



Il remue en tous sens le coke d'où naît le gaz qui de là, au fur et à mesure de sa fabrication sur place, se rend dans le fourneau pour s'y enflammer et mettre en fusion la matière vitrifiable qu'il contient. Tout à coup, en effet, un coup de lumière intense éclaire le hall; le fondeur du four à gaz vient, à l'aide de sa palette, de jeter dans le four de la matière qu'il a prise dans un tas à côté de lui sur le sol. 



Notre dessin nous le montre, grand, maigre et musclé, la figure préservée par le chapeau rabattu et malgré cela tannée, cuite et couperosée par les coups de feu.




Mais les trois hommes sont venus se placer devant chacune des ouvertures antérieures du four, vêtus de toile bleue, les bras nus, les pieds chaussés de pantoufles exprès très éculées pour pouvoir être instantanément rejetées si une crotte de verre en fusion tombait sur leurs pieds. En terme de métier ces trois hommes forment une place et s'appellent grand garçon, souffleur et gamin. Ils vont travailler avec une extrême rapidité pour que la bouteille soit finie avant que la substance ait eu le temps de se refroidir.




Déjà le grand garçon a enfoncé l'extrémité de sa canne dans une des ouvertures, il l'a retirée garnie d'une petite quantité de matière en fusion de la grosseur du poing que l'on appelle la paraison. De son habilité et de son coup d’œil dans cette cueillette dépendront la grosseur et la contenance de la bouteille. Aussitôt il a soufflé vigoureusement dans la canne. L'enflure invraisemblable de ses joues que reproduit notre dessin, et qui le fait ressembler à Eole, n'est en aucune façon exagérée, tout au contraire. Il y en a dont les joues arrivent à former de véritables outres. Il souffle encore un coup en tenant la canne horizontalement, puis, pendant que ses joues retombent flasques et ridées, il passe la canne au souffleur. Celui-ci introduit immédiatement la partie soufflée dans un moule en fer à charnière qu'un tendeur de moule ouvre au-dessous de lui, puis il souffle de manière à bien mouler sa bouteille. Celle-ci est aussitôt retirée et le gamin à son tour s'en saisit pour lui faire la bague du col au moyen d'un peu de matière qu'il prend au bout d'une baguette de fer. Un petit coup sec sur le rebord du fer, et la bouteille est séparée de sa canne. Elle est faite. Il ne reste plus, pour qu'elle ne se refroidisse pas brusquement, qu'à lui faire traverser sur un petit chariot un courant d'air chaud, puis à la faire examiner par le vérificateur qui, debout près d'une grande fenêtre, la prend aux mains d'une trieuse, l'examine par transparence et casse celles qui présentent des défauts.




Nous savons comment se fait une bouteille et nous avons vu à l'oeuvre nos ouvriers. Un mot pour terminer. Le souffleur gagne de 350 à 400 francs par mois, le grand garçon de 175 à 220, et le gamin de 120 à 140. On le voit, ce sont des salaires, au demeurant raisonnables. Les grévistes demandaient 45% de plus et protestent contre la vérification et la casse, qui leur occasionnent, on le comprend, des déchets. Disons enfin qu'il existent en ce moment en France un stock de bouteilles représentant seulement la consommation de deux semaines.

                                                                                                                       Hacks.

La Science illustrée, 6 novembre 1891.

lundi 28 septembre 2015

Les pompiers de Constantinople.

Les pompiers de Constantinople.

Le matériel dont se servent ces hommes ressemble assez à celui qu'on emploie encore dans les petits centres et dans les campagnes de France. Il n'y a pas plus d'une vingtaine d'années, cependant, que les pompiers de Constantinople en sont pourvus.
Auparavant, on luttait comme on pouvait contres les incendies. C'est à dire que l'on se contentait à circonscrire le feu en abattant les constructions voisines, et de regarder brûler. Un peu plus primitivement encore on regardait brûler sans rien abattre, méthode qui, parmi des maisons presque toutes bâties en bois, donnait naissance à de véritables catastrophes. Les faubourgs de Pera et de Galata ont été ainsi détruits à plusieurs reprises.
Aujourd'hui, de tels événements ne se produisent plus. Les pompiers, bien qu'ils ne portent pas d'uniformes et ne soient pas enrégimentés, obéissent à une discipline assez stricte. 



Au premier signal qui leur est donné de la Tour du Seraskier, spécialement affectée à cet usage, ils accourent aux dépôts de matériel organisés dans la ville, et chacun, suivant ses fonctions, se met à la disposition des chefs.
Les pompiers de Constantinople se montrent courageux et usent d'abnégation; il n'est pas rare de les voir exposer leur existence pour protéger celle d'autrui.

Le Globe-trotter, jeudi 17 juillet 1902.

L'hygiène du voyage.

Les insolations.

L'insolation risque de frapper ceux qui n'hésitent pas à se mettre en route, par un soleil ardent, après un repas copieux, ou bien ceux qui, pendant leur marche, ont bu, sous le prétexte de se rafraîchir ou de se fortifier, des boissons glacées ou des apéritifs; elle terrasse aussi malheureusement les soldats qui portent des shakos ou des képis trop lourds, qui sont trop serrés dans des tuniques haut boutonnées (qui empêchent la circulation et l'évaporation de l'air à la surface du corps) ; elle sévit enfin sur les personnes qui ne sont pas soucieuses de l'exonération régulière de leurs intestins.
Voici les symptômes qui s'observent chez les personnes atteintes:
On éprouve d'abord à la nuque une cuisson persistante, puis des bouffées de chaleur vous montent au visage; on a la sensation qu'une main de fer vous étreint le cou. Si l'on a la précaution de se mettre aussitôt à l'ombre et d'y prendre un long repos, il arrive souvent que le malaise se dissipe. Mais parfois les accidents deviennent vite inquiétants; le malade éprouve de la lassitude, des vertiges, des bourdonnements d'oreilles, un mal de tête violent; sa respiration devient saccadée et bientôt il tombe évanoui, la face congestionnée. On doit immédiatement dégrafer les vêtements du malade et le coucher par terre, à l'ombre, et dans la position horizontale; surtout ne rien lui faire boire. Il faut se procurer de l'eau froide, lui en appliquer sur toute la tête; si l'on peut trouver de la glace, cela vaudra encore mieux. Le vinaigre pourra servir à le frictionner, surtout aux tempes et dans la région du cœur: on pourra même lui en faire aspirer un peu. De toutes façons, il est nécessaire de courir chercher un médecin, car l'insolation est quelquefois si grave, que la mort peut être presque foudroyante.
Au surplus, amis lecteurs, retenez bien les préceptes suivants et vous ne serez pas frappés d'insolation: Ne partez pas pour une promenade trop longue en plein soleil, après le déjeuner, surtout si le repas a été confortable et le vin abondant; ayez soin de porter des vêtements amples et non serrés au cou, et une coiffure légère munie de soupapes pour aérer votre crâne; ne buvez jamais, dans la cours de vos excursions, de liqueurs glacées ou alcooliques, et surtout, veillez bien exactement, en été, vos... évacuations.

                                                                                                                   Dr Bonenfant.

Le Globe-Trotter, Jeudi 3 juillet 1902.

dimanche 27 septembre 2015

Tisseuses bosniaques.

Tisseuses bosniaques.





Les deux jeunes filles que représente notre photographie appartiennent à la nation bosniaque et ont été exercées dès leur enfance à l'art difficile du tissage de très beaux tapis polychromes qu'on admira fort à l'Exposition de 1900.
L'industrie qui les fait vivre occupe en même temps qu'elles un grand nombre de femmes et de jeunes filles bosniaques. Les produits en sont très appréciés des connaisseurs, et vendus d'assez hauts prix. Ils sont en effet d'un caractère original, sur fond clair, généralement, et d'une grande richesse de tons. Les tisseuses bosniaques, cependant, gagnent peu à les confectionner.

Le Globe-Trotter, deuxième semestre 1902.

Le carnet de madame Elise.

La femme seule.


Il est bien malheureux, l'homme seul et abandonné qui doit suffire à tous ses besoins et n'a pas d'emploi; mais, à coup sûr, la femme isolée est encore plus digne d'intérêt.
Vous le connaissez bien le lamentable spectacle qu'offre celle-ci dans les rues des grandes villes, sur les places publiques, aux environs des gares de chemins de fer. Alors que la foule bruyante et joyeuse se précipite vers les guichets pour prendre des billets et envahir les trains qui la conduiront vers l'idéal rêvé du citadin, là-bas, vers l'horizon bleu, au fond des bois touffus, sur les bords de la frétillante rivière, regardez, à deux pas de vous, dans un coin, quelqu'un qui vient de la campagne.
La pauvre fille, au visage ravagé par la fatigue, l'insomnie ou la tristesse, a quitté sa chaumière et sa mère. Il y avait là six enfants et pas d'ouvrage. Elle a mis quelques effets dans une pauvre valise ou les a liés dans une serviette et, attirée par une annonce qui lui apprend que l'on demande des ouvrières dans un atelier de Paris, réunissant ses dernières pièces blanches, elle a pris le train.
Hélas! la place qu'on annonçait n'est plus vacante et elle revient au pavé. S'il fait beau, ce n'est encore que demi-mal, mais s'il pleut ou s'il fait froid, oh! les boues glacées de Paris, elle court chercher une chambre dans un garni, révoltée la plupart du temps par les cabarets et la clientèle grossière. Et puis quoi? la voici casée dans un bouge et elle a trouvé un misérable travail et un pauvre salaire: "Un franc ou un franc vingt-cinq centimes par jour." Or ce n'est un salaire de "deux francs" qui pourra payer sa nourriture et son logement!
On compte environ 32.000 personnes qui émigrent tous les ans vers cet Eldorado magique qui s'appelle Paris, et l'on peut dire que le tableau que nous venons de tracer s'applique à quatre ou cinq mille de ces émigrantes. Pourtant on fait quelque chose pour elles. on a fondé des œuvres spéciales dont nous trouvons la liste dans cette académie de la charité fondée par M. Léon Lefebvre, et qui s'appelle Office central des Œuvres charitables. C'est au faubourg Saint-Germain, au coin du boulevard et de la rue des Saints-Pères. Voici un endroit où l'on a essuyé plus d'une larme!
En premier lieu, nous citerons la Maison de famille pour les jeunes ouvrières, ouverte en 1872, rue de Maubeuge, 25, et dirigée par les sœurs de Marie-Auxiliatrice. On y admet les jeunes filles de quinze à vingt-cinq ans et on y loge cent quarante jeunes filles, pour 50 francs par mois en dortoir, et 65 francs en chambre particulière, y compris le chauffage et l'éclairage. Les institutrices ont un quartier spécial et paient 100 francs par mois.
L'Oeuvre de la Bonne-Garde, rue Oudinot, 3, donne trente places avec une pension  de 30 à 40 francs; la même , rue de Cardinal-Lemoine, 69; rue d'Assas, 26; rue de Monceau, 11; rue Oberkampf, 142; rue Réaumur, 85; rue d'Angoulème, 81, etc.
Le Home français, rue Spontini, 61, a deux prix: 11 et 13 francs et 21 à 25 francs par semaine.
L'Oeuvre des Maisons de famille pour jeunes filles isolées, rue de Lille, 101, et la Maison de famille, rue Boissy-d'Anglas, 21. Pension: 1,50 fr. par jour.
La Maison de famille de l'Aiguille, cité du Retiro, 19. Pension: 11 francs par semaine. Pour les externes, repas: 0,35 et 0, 55 fr.
Nous en passons, mais quelques œuvres n'ont ouvert que des restaurants. C'est un immense service rendu à une jeune fille qui hésite, à l'heure du repas, à aller s'asseoir à la table d'un marchand de vins ou d'un hôtel. Dans l'un, elle y trouvera l'ouvrier ou l'employé installé en habitué et en maître, elle y entendra les conversations qui offenseront ses oreilles, elle aura peut-être à y subir des promiscuités révoltantes; dans l'autre, c'est trop cher pour sa bourse de fille du peuple. Alors où ira-t-elle? Qu'elle entre sans hésiter rue Richelieu, 47,  ou place du Marché Saint-Honoré, 27, et rue du Bac, 21. Le repas coûte 0,85 fr. à 1 franc. A côté souvent, il y a même une salle de lecture, voire un piano.
Dans toutes les œuvres, on a en vue le bien être moral des protégées autant que leur amélioration matérielle. Il est question, rue de Lille, de donner aux pensionnaires et à chacune une dame tutrice qui serait une véritable mère. La charité ira jusque-là. Enfin, on leur apprend l'ordre et l'économie, on les fait compter. Et si elles gagnent 3 francs par jour, soit 90 francs par mois, si elles paient 50 francs de pension, il leur restera 40 francs par mois pour leur entretien. On fait des ménagères.
A la maison Marjolin, rue des Grandes-Carrières, 37, , on loue une chambre pour 1 franc ou 0,60 fr. par jour et on a un repas pour dix sous; on voit si la bourse des pauvrettes est ménagée. Une seconde maison semblable à celle-ci vient de s'ouvrir dans le quartier de la Roquette, à l'angle des rues Croix-Forbin et Charles-Garnier.

                                                                                                                    Mme Elise.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 26 mars 1905.

                                                                                                               

samedi 26 septembre 2015

De Bordeaux à Paris en bicycle.

De bordeaux à Paris en bicycle.


Nous ne pouvions pas rester indifférent à l'événement qui a passionné, ces jours derniers, le monde vélocipédique, et nous donnons ci-dessous le portrait de M. Mills, le champion anglais qui a accompli le tour de force extraordinaire de fournir une course de 577 kilomètres en 26 heures 34 minutes.




Parti de Bordeaux le 23 mai à 5 heures du matin, il est arrivé le lendemain matin à 7 heures 34 à la porte Maillot sous une pluie battante, qui l'avait du reste accompagné durant toute la seconde moitié de son parcours. La photographie que nous reproduisons a été prise dès son arrivée dans sa tenue de voyage et sur la bicyclette Humber qu'il montait.
Quoique le champion anglais n'ait voulu convenir d'aucune fatigue physique, il était visible que cette course de résistance, faite dans des conditions exceptionnelles, avait altéré ses traits et qu'il n'aurait pas pu continuer plus longtemps.
M. Mills n'a pris pendant le voyage que le temps d'avaler quelques bouchées de viande crue et quelques gorgées de bouillon, et ces haltes n'ont pas dépassé chacune trois minutes. Des entraîneurs qui se relayaient de distance en distance l'ont accompagné pendant tout le chemin. Ce sont eux qui devaient lui aplanir les difficultés de la route, l'éclairer pendant la nuit, lui céder leur machine en cas d'accident.
Les nombreuses côtes que l'on rencontre, surtout en approchant de Paris, ont été gravies à toute vitesse et descendues, à ce qu'il paraît, avec une rapidité vertigineuse, 40 à 50 kilomètres à l'heure, et, à cet effet, il avait été ajouté à la pédale de bicyclette un fer recourbé et destiné à maintenir le pied et à l'empêcher de glisser, la machine n'ayant pas de frein.
Sur les trente huit coureurs engagés, dix-sept seulement sont arrivés, le second en 27 heures 50 minutes, le dernier en 64 heures.
Ce voyage, fait par le vainqueur avec un train moyen de 21 kilomètres à l'heure, indique un progrès sensible dans l'entraînement des bicyclistes. Il y a une dizaines d'années, on ne se doutait guère qu'un jour un coureur, monté sur les deux roues d'un vélocipède, fourbirait une course de 577 kilomètres avec la vitesse d'un train. Cette course, peut-être peu recommandable au point de vue de l'hygiène et de la santé, nous indique ce que l'on pourrait obtenir, en temps de guerre, d'un corps de coureurs bien entraînés. L'ennemi aurait beau couper les communications, détruire les lignes de chemins de fer, les dépêches parviendraient cependant à leur adresse et dans un temps fort court.
De pareilles courses ne sont possibles que depuis l'invention de la bicyclette. Le vélocipédiste, placé entre deux roues de hauteur égale, peut, sans crainte, se lancer à fond de train et descendre les côtes avec la vitesse vertigineuse de 45 ou 50 kilomètres à l'heure. Autrefois, un vélocipédiste, marchant à ce train, aurait été à la merci du premier petit caillou qui dans un côte, serait venu se placer sous sa petite roue; c'était la chute assurée avec toutes ses conséquences.




Les bicyclettes qui sont arrivées les premières étaient munies de caoutchoucs pneumatiques. Il faut avouer que ces gros tubes, cerclant des roues toujours assez fines, sont d'une inélégance parfaite; notre œil s'y fera peut être. En tous cas, leur supériorité est incontestable; ces caoutchoucs permettent au bicycliste de passer sans secousse sur des cailloux, sur des pavés. La boue, la poussière dans lesquelles la roue n'enfonce plus, ne lui opposent plus qu'une faible résistance, et il est certain que ce perfectionnement a beaucoup aidé les coureurs et a contribué, dans une large part, à leur faire obtenir leur énorme vitesse.
Le lendemain de son arrivée à Paris, M. Mills, qui ne ressentait aucune fatigue de sa course au clocher, s'est rendu à l'invitation d'un grand journal parisien, et pendant une heure a excité au plus haut point l'intérêt de son auditoire, composé du Tout-Paris de la littérature. L'intrépide vélocipédiste, qui ne sait pas un mot de notre langue,  a dû avoir recours à un  de nos confrères pour nous faire connaître le captivant récit de son voyage et exprimer sa reconnaissance à la cordiale et chaleureuse réception que lui ont faite les Parisiens.

La Science illustrée, 13 juin 1891.

vendredi 25 septembre 2015

Les ambulances urbaines.

Les ambulances urbaines.


L'oeuvre des ambulances urbaines qui a pour président M. Jules Simon, et pour vice-présidents MM. Mézières et Henri Monod, directeur de l'assistance publique, est spécialement destinée à porter secours, dans le plus bref délai possible, à toutes les victimes d'accidents ou de maladies subites survenus dans des endroits dépourvus de secours sur place.
L'initiative de sa création, son fonctionnement, sont dus à M. le docteur Nachtel, que le gouvernement vient de récompenser bien légitimement par la rosette d'officier de la Légion d'honneur. Son budget s'alimente en partie avec les subventions de la Ville et de l'Etat, en partie à l'aide de dons privés.
Aujourd'hui les ambulances urbaines sont connues et adoptées en quelque sorte par le Parisien, dont l'oreille s'est habituée au son de cette cloche qu'il entend tinter à coups précipités, et qui reconnait la voiture marron, aux croix de Genève peintes sur les vitres blanches, qu'il voit défiler comme une vision au grand trot du cheval.
Imaginée et construite par une intelligente et scientifique simplicité d'après les indications du docteur Nachtel, la voiture des ambulances urbaines réalise un ensemble parfait. 



Ses parois, d'abord, lisses et vernies permettent de la tenir propre au sens rigoureusement médical du mot; un brancard osier, glissant dans deux rainures, reçoit le blessé, qui s'y trouve couché sans effort, sans cahots, dans toutes les conditions voulues en un mot. Une planchette supporte tout ce qu'il faut pour faire un pansement quel qu'il soit, pansement qui peut être fait par l'interne et dans la voiture même pendant le chemin. Un petit strapontin, en effet, disposé au-dessus et à côté du brancard, sert de siège à l'interne qui accompagne ainsi et surveille le blessé depuis le point où il a été ramassé jusqu'à l'hôpital où il doit arriver.
Sur les indications de M. le directeur de l'Assistance publique, le premier service des ambulances urbaines a été installé à l'hôpital Saint-Louis. Voici comment il fonctionne:
Un pavillon a été construit dans l'hôpital où deux externes, MM. Ch. Fargeas de Lamothe et Jacques Grumberg, se tiennent jour et nuit; il contient de plus une remise où stationnent deux voitures d'ambulances; une écurie avec deux chevaux et deux cochers; un de ces chevaux est toujours attelé et prêt à partir au premier signal.
Enfin, un téléphoniste est en permanence auprès de l'appareil récepteur des appels d'alarme.
Un système téléphonique spécial relie les postes de police et un certain nombre de pharmaciens, dans le périmètre adopté, au poste de l'hôpital Saint-Louis. Ce périmètre est de 8 kilomètres, passant de l'Opéra par la rue Lafayette, le boulevard de la Villette, la rue de l'Allemagne, la rue de Belleville, la place Voltaire, la Bastille et la rue des Filles-du-Calvaire, jusqu'à la rue du Coq-Héron, intéressant bien entendu les grands boulevards, les Halles et les gares.
Trente poste de police avertisseurs sont disposés dans cette circonscription de distance en distance dans des maisons dont la carte ci-dessous donne les numéros.




Depuis leur installation, c'est à dire depuis le 2 juin 1888, jusqu'à ce jour, plus de 7.000 personnes ont été secourues, soignées, sauvées, grâce à la rapidité des secours.
D'après les calculs établis par M. le docteur Nachtel, lorsque cinq nouveaux postes centraux auront été créés dans deux hôpitaux de la rive gauche, toutes les victimes d'accidents sur n'importe quel point de Paris pourront être secourues dans un espace de temps variant de 3 à 5 minutes.
Ajoutons qu'une commission d'action et une commission générale sont à la tête de la direction de l'oeuvre et que les noms de Mmes la duchesse de Doudeauville, la baronne de Morenheim et la princesse de Léon, comme présidentes et vice-présidente, joints à ceux de Mme Constans, de Mme Ribot, de Mme Floquet, de Mme Lozé, de Mme Poubelle, pour n'en citer que quelques-uns, montrent assez que la politique n'a rien à voir dans une oeuvre humanitaire qui fait appel à tous les dévouements.











L'Illustration, 25 juillet 1891.

Les petits ramasseurs de crottin.

Les petits ramasseurs de crottin.





I

Les samedis, jours de marchés,
Les maquignons, les maraîchers,
Sur leurs carrioles juchés,
Les paysannes
Et paysans des environs,
En bonnets blancs, en chapeaux ronds,
Au trot sec de leurs percherons
Ou de leurs ânes;





II

Les gros fermiers menant bon train,
Marchands de bœufs, marchand de grain,
Dévalent vers le champ forain, 
Et sur leur trace, 
Les attelages derrière eux
Laissent le long des chemins creux
Un semis de crottin poudreux
De place en place.

III

- C'est le fumier des pauvres gens:
Aussi, dès l'aube, diligents,
Les infirmes, les indigents
Et les aïeules,
S'en vont glaner, comme un trésor,
Le crottin roux, pailleté d'or,
Qui féconde la terre où dort
L'espoir des meules.





IV

Les plus âpres sont deux marmots,
Deux tout petits frères jumeaux,
Effrontés comme des moineaux
Et comme eux prestes;
Partis dès le soleil levant,
C'est eux qu'on voit toujours devant,
Et les autres en les suivant
N'ont que leurs restes.

V

Ils ont bien ensemble douze ans;
Ils ont les yeux vifs et luisants
Et l'air futé des paysans
A la maraude;
Leurs cheveux pâles sont d'or vert,
Et, par leur pantalon ouvert,
La bise frappe à découvert
Leur chair rougeaude.

VI

Avec leur panier plus lourd qu'eux
Ils détalent, les petits gueux,
Et leurs coups de balai fougueux
Font place nette.
Les autres peuvent retourner;
Inutile de s'obstiner!...
- seule après eux, trouve à glaner
La mère Annette:





VII

Ils sont pour elle complaisants
Et les deux petits paysans
Prennent en pitié ses vieux ans,
Ses vieilles jambes:
Car la pauvre en a bien besoin
Pour cultiver son petit coin
Eux, ils iront un peu plus loin,
Ils sont ingambes!


VIII

Et quand elle les suit de près
Pour elle, ils laissent tout exprès
Les plus beaux tas de crottin frais
Sur son passage;
Et cette aumône du glaneur,
Vaut bien celle qui fit honneur
Au patriarche moissonneur,
Booz, le Sage.

                                                                                                                    Armand Masson.

L'Illustration, samedi 25 juillet 1891.

jeudi 24 septembre 2015

Serrements de mains.

Serrements de mains.

On ferait tout un chapitre sur les différentes manières de serrer la main. Une personne qui se croit supérieure à une autre lui serre la main d'un petit coup sec et rapide. Une autre croit vous faire une grâce extrême en vous abandonnant la main si mollement qu'on la croirait morte.
L'orgueil ou l'indifférence se témoigne encore plus clairement en n'offrant à serrer qu'un doigt ou deux. Un homme qui n'est pas votre ami triture votre main dans la sienne avec une telle brutalité, qu'après vous être tiré de son insupportable étreinte vous éprouvez un sentiment de vive satisfaction en agitant vos doigts et en vous assurant que vous n'avez rien de brisé. 
Il y a un art délicat de serrer la main, en commençant par une pression presque irrésistible, qui s'accroît doucement et s'achève en décroissant de même. De biens longues descriptions ne suffirait pas à donner une idée de la variation infinie de ce langage des mains. Il ne faut pas plus de deux secondes à certains serrements pour exprimer très-clairement des sentiments très-complexes: tendresse, dépit, regret, prière, espoir, etc. Ah! le meilleur de tous est celui d'un père, d'une mère, etc., si égal, si plein, si sincère!
Si quelqu'un entreprenait de développer ces idées, il aurait à se proposer quelques autres questions accessoires. Quand convient-il de serrer la main? Dans quelles circonstances doit-on s'abstenir de tendre la sienne? Si l'on vous laisse la main étendue sans la prendre, quelle offense! Mais la vérité est que les codes de politesse qui entrent dans ces détails ne peuvent jamais donner que des conseils très-arbitraires. La grande et seule règle est le tact, qui ne s'enseigne pas. Si tous nos gestes étaient soumis aux prescriptions d'une étiquette absolue, nous ne serions que des automates.

Le Magasin pittoresque, avril 1870.

Un atelier au dix-huitième siècle.

Un atelier au dix-huitième siècle.



Je ne sais, mais cette agréable peinture éveille en moi des sentiments bien divers. Je souris à ces mœurs légères et frivoles, au rêve de ce jeune homme devant une charmante image, aux chuchotements aimables du galant artiste et de ces deux gracieuses jeunes femmes. Oui, l'on aimerait assez à être transporté pour quelques heures dans ce séjour élégant et paisible.
- Mais qu'est-ce donc? écoutez: quel étrange murmure au dehors! 
Ce sont des voix tumultueuses. La rumeur grandit, devient menaçante; elle éclate en orage. C'est une révolte, une tempête de la terre, plus terrible mille fois que celle des océans! La scène change: on se lève, les jeunes femmes pâlissent et tremblent; les jeunes gens se précipitent à la fenêtre. Que veulent ces troupes farouches armés de fusils, de piques, de bâtons?
- Ah! Messieurs, Mesdames, je le crains, vous vous êtes trop attardés.
Vous vous étonnez, beau gentilhomme rêveur, moelleux peintre de boudoir; vous vous indignez contre ces brutalités qui viennent troubler vos loisirs.
- Ah! vos loisirs ont trop duré; vous vous êtes trop attardés, vous dis-je! Madame, votre phaéton est en pièces; on rosse vos valets: l'une d'eux prend son parti, saisit une fourche, se mêle à la foule et crie avec elle.
- Que faire, où aller?
- Au Cours-le-Reine, comme vous en aviez le projet?
- Non, peut être, hélas! à Coblentz.

Le Magasin pittoresque, avril 1870.

Une boutique de serrurier.

Une boutique de serrurier.


Tableau de M. Leleux.
Dessin de Pauquet.

Le Magasin pittoresque, mars 1870.

"Gymkana" à Vincennes.

"Gymkana" à Vincennes.

Dessins d'après les photographies de Léon Bouet et René Béal.

Gymkana: le mot est nouveau, d'étymologie incertaine, de genre douteux. Il désigne une garden-party dont le programme comporte, à la place de danses, ou même parmi des danses, toute une série d'exercices excentriques. On en jugera par l'énumération des divertissements qui composaient le programme de la fête donnée le jeudi 11 juillet à l'hippodrome de Vincennes.
Cette fête avait été organisée par la Société de la Croix-Rouge française, au profit de l'hôpital temporaire de cent lits qui serait installé, en temps de guerre, à Montreuil. Le général baron Kirgener de Planta, commandant la 5e brigade de dragons de Vincennes, la présidait. Les officiers de cavalerie de la garnison qui en ont fait en partie les frais, et c'est l'un d'eux, le lieutenant de dragons Van Huffel qui en était le meilleur metteur en scène et comme le régisseur général. Il a fait preuve d'imagination et d'agréable fantaisie.
C'a été d'abord, au début du programme, un numéro hippique, la course à la Rose, où de brillants cavaliers poursuivaient à travers la piste, par dessus les obstacles, un de leur camarade, afin de lui arracher le gros chou et le flot de rubans flottants qu'il portait à l'épaule. Puis a commencé, avec un concours de bébés fleuris, la partie originale de la réunion. 



Rien de plus joli que le défilé, sous le radieux soleil, de ces minuscules attelages tout enguirlandés. Voici un "tonneau" garni de roses, traîné par un âne tout empanaché de roses et monté par des bébés roses, et d'autres enfants dans une voiturette fleurie que tire un poney; deux garçonnets attelés à la voiture qui porte leur petite sœur; d'autres véhicules que remorquent de bons gros chiens, et enfin jusqu'à une voiture de poupée traînée par un mignon toutou, tendant avec zèle les rubans qui lui servent de rênes. Tous ces bambins ont défilé sous les bravos enthousiastes des tribunes.
Entre temps on applaudit de nouveau, des courses de chevaux, course de la Pomme, course du Javelot, puis des courses entre les chiens d'officiers qui, pour aller rejoindre à l'autre bout de la piste leurs maîtres qui les appellent, escaladent à qui mieux mieux, dans un steeple effréné, les obstacles échelonnés devant eux; 




et les enfants reparaissent, poussant, cette fois, des brouettes sur chacune desquelles est placée une grenouille verte. 



Or, il paraît que le batracien aime peu ce genre de locomotion, car à chaque pas les bestioles sautent de la brouette pour aller gambader dans l'herbe et, au milieu des rires, amusées eux-mêmes de l'aventure, les petits courent après pour les replacer dans leurs équipages.
Tout cela n'était, au surplus, que bagatelles de la porte auprès de la course d'animaux variés qui a terminé les exercices et dans laquelle s'était engagées tout un essaim de femmes charmantes.
Les animaux qu'elles amenaient sur l'hippodrome y semblaient tous plus dépaysés les uns que les autres, et c'était parmi eux des effarements tout à fait réjouissants... pour les spectateurs. 



Ainsi, Mme la comtesse d'Andigné conduisait une tortue; Mme Grouvel une pintade; Mme Lepage, tout de blanc vêtue, guidait de sa houlette blanche, un canard blanc retenu par des rubans blanc; Mme la comtesse de Nalèche menait un pigeon, attaché à des rubans roses; Mme la comtesse Guy de Cherisey, un brave mouton noir, si ému qu'il s'évanouit, à la vue de la brillante assistance;  Mme Jouffroy, un coq; Mme Marcotte, un cochon d'Inde. La course fut fertile en péripéties. De ces animaux, les uns refusaient obstinément d'avancer, les autres partaient avec des gambades folles dans les directions les plus opposées au but, et Mme Marcotte mérita bien les félicitations qui lui furent décernées, avec la plus haute récompense, pour avoir conduit jusqu'au poteau son cochon d'Inde que suivait de près le canard blanc de Mme Lepage.

L'Illustration, samedi 10 juillet 1901.

mercredi 23 septembre 2015

La grève des chemins de fer.

La grève des chemins de fer.


La grève des chemins de fer est terminée. Elle n'a pas rencontré, comme celle des omnibus, la sympathie générale. Le public, souverain anonyme et capricieux, ne s'y est pas montré favorable: peut être a-t-on senti sa sécurité trop directement menacée, peut être aussi les réclamations des grévistes étaient-elles peu sérieuses ou mal définies. 
Quoi qu'il en soit, les meneurs du mouvement ont senti, dès le début, l'opinion les abandonner, et, s'ils sont parvenus à entraîner un instant une partie des ouvriers et des préposés aux services accessoires, le personnel essentiel des Compagnies, mécaniciens, conducteurs et aiguilleurs, s'est abstenu presque complètement et la marche des trains n'a subi aucune perturbation.
En somme, toute cette agitation, qui aurait pu si vite tourner au tragique, n'a donné lieu qu'à des incidents sans gravité, dont nous n'avons plus qu'à enregistrer les aspects pittoresques.
Continuons donc la série des types d'employés. Après le mécanicien et l'aiguilleur, voici la garde-barrière, cette physionomie si connue qu'on voit apparaître aux passages à niveau, coiffée d'un invraisemblable chapeau de toile cirée, qu'elle n'arbore, du reste, qu'au passage du train, et armée de la trompe d'avertissement et du drapeau rouge, enroulé sur sa hampe lorsque la voie est libre. 


La garde-barrière.

Tout cet équipement paraît quelque peu suranné depuis l'adoption du block-système et des freins continus.
Aux environs de Paris et des grandes villes, on tend à supprimer le plus possible les croisements des routes à niveau, et les gardes-barrières disparaissent avec eux. En attendant l'extinction de la race, complétons notre dessin par quelques renseignements. La garde-barrière est presque toujours la femme d'un employé  ou d'un ouvrier des chemins de fer. Suivant l'ancienneté, elle gagne de 50 à 300 francs par an, qui, joints au 900 à 1.600 francs de son mari, constituent un petit budget fort enviable, si l'on y joint le logement, fourni par la Compagnie, et composé d'une maisonnette entourée d'un jardinet.
Aussi, le ménage est-il généralement satisfait de son sort, et ne devait-on pas compter beaucoup de grévistes parmi les garde-barrières.
Les mécontents, nous l'avons dit, faisaient surtout partie du personnel des ateliers de construction et de réparation et de celui de la manutention; c'étaient des menuisiers, tapissiers, hommes d'équipe, puis quelques préposés aux signaux et à la voie. Des premiers il était aisé de s'en passer; pour suppléer les autres, les compagnies avaient fait appel à l'administration de la guerre, qui avait fourni des troupes du génie et des hommes des bataillons des chemins de fer. 



Ceux-ci n'eurent pas de peine à remplacer les employés absents aux quelques postes d'aiguillage et de signaux désertés par les grévistes. en un tour de main, ils se trouvèrent comme chez eux en présence d'appareils dont le fonctionnement leur était familier. 



Le plus souvent, la présence de la troupe n'a eu pour but que de prévenir toute tentative de désordre et de produire un effet moral.
Des détachements de quelques hommes, échelonnés le long des voies, escortant les camions de marchandises, ou postés dans les gares, ont suffit pour intimider les perturbateurs et pour rassurer le public. 



Leur rôle a été purement démonstratif et leur besogne peu belliqueuse. On en jugera par le groupe que reproduit notre gravure. 




Chargés d'occuper la gare Saint-Lazare, les soldats, pour s'occuper eux-mêmes, s'étaient plongés dans la lecture des innombrables journaux que les voyageurs laissent dans les trains de banlieue et qu'un avis les invite à déposer dans la boîte pour les malades des hôpitaux.
Le Figaro, les Débats et le Temps avaient trouvé là des lecteurs inattendus.




L'Illustration, samedi 25 juillet 1891.

Les jeux populaires au 14 juillet.

Les jeux populaires au 14 juillet.


La fête nationale du 14 juillet fait songer tout d'abord aux grandes réjouissances officielles, telles que les revues solennelles des troupes, les feux d'artifice, l'inauguration de monuments publics.
La revue, surtout est le clou de cette journée. dans toute la France, sur toute l'étendue du territoire, depuis le bambin jusqu'au grand-père, tous y courent, comme dit la chanson, pour voir et complimenter l'armée française. Mais cette matinée, une fois consacrée à l'idée de la patrie, l'on se dissémine, et chacun, suivant son rang, cherche à s'amuser pour son argent, et, quand il le peut... pour rien.
Il est alors un autre côté, une physionomie spéciale du 14 juillet, le petit côté pour ainsi dire, celui où l'imagination populaire surtout se donne libre carrière dans sa spontanéité, et qui est amusant à suivre et à raconter.
Les amusements et les jeux de quartiers en sont la caractéristique, partout ils fournissent une mine inépuisable à l'observateur. Décrivons-les à Paris, où ils se sont perpétués avec plus de fidélité peut-être que dans les départements.
Montons les rampes qui conduisent à Belleville, par exemple, ou à Ménilmontant, et regardons.
Partout les rues sont enguirlandées et regorgent de monde sous le chaud soleil de juillet qui tombe à pic; les devantures des marchands de vins, avec leurs alignées de consommateurs assis à des tables, forment une haie vivante le long des trottoirs, entre les deux lignes de laquelle se passent des scènes curieuses.
D'abord un groupe de gens solennellement vêtus de la noire redingote et qu'on s'étonne de rencontrer dans ce quartier populeux d'ouvriers; mais on s'incline quand on apprend que c'est le comité de quartier qui délibère gravement et longuement sur la question des ciseaux, de la grosse tête ou du baquet.
Longues discussions avec l'entrepreneur de ces différents jeux. Prendra-t-il deux sous, trois sous, dix sous, ou fera-t-il tout au rabais? sans quoi le comité installera lui-même la foire en miniature dont les accessoires sont, au surplus, faciles à trouver, et qui sera la joie des enfants et la tranquillité des parents.
Enfin la discussion est terminée, la fête de quartier commence, et nous allons assister à toute une série de jeux divers dont il sera peut-être curieux de rechercher l'origine.
Les petits amusements, les jeux, sont certainement dans tous les pays la partie la plus intéressante des fêtes et des réjouissances publiques. Ils rappellent d'abord tout un passé et ensuite, dûs surtout à l'initiative privée, ils montrent le caractère, les mœurs, les habitudes, de ceux qui s'y livrent.
C'est ainsi que pour les anciens, en effet, les fêtes ou les réjouissances publiques étaient l'occasion de mille extravagances. les sottises du peuple faisaient la plus grosse partie des frais. C'était un débordement de fantaisies, licencieuses surtout, auxquelles, par une singulière opposition, la religion venait mêler son histoire par les représentations des mystères. Lors de l'entrée des rois, qui était alors la plus grande des fêtes, on établissait le long des rues des échafaudages sur lesquels on représentait des sujets tirées du Nouveau et de l'Ancien Testament, puis le peuple se livrait à des saturnales, singulier mélange qui montre bien le caractère à la fois religieux, crédule, de l'époque avec ses ivresses et ses aspirations à la liberté.
Ceci se passait en 1338 au bout de Saint-Maur-les-Fossés.
Dès le quatorzième siècle, des jeux vinrent s'y ajouter.
En 1355, le jour de Saint-Leu et de Saint-Gilles, les habitants de cette paroisse proposèrent de faire un esbattement nouveau. Ils plantèrent dans la rue aux Ours, en face de la rue Quincampoix, une perche de six toises de hauteur à la cime de laquelle était attaché un panier renfermant une oie grasse et quelques pièces de monnaie; ensuite il oignirent cette perche qui était dressée perpendiculairement et promirent l'oie et l'argent à celui qui saurait les atteindre. Personne n'y arriva de la journée; enfin le soir on adjugea l'oie à celui qui était monté le plus haut, mais on ne lui donna ni le panier, ni l'argent.
Voilà l'histoire du mât de cocagne, le premier jeu de réjouissance populaire que l'on trouve dans les chroniques de notre histoire.
Quant aux autres que nous allons décrire, leurs origines sont diverses, empruntés les uns aux époques les plus reculées de l'histoire grecque ou romaine, les autres à nos voisins, les Italiens surtout; ils se sont modifiés, transformés, et dans leur allure actuelle donnent une physionomie bien particulière à notre fête du 14 juillet.
Et d'abord les brouettes. Elles constituent avec le jeu des baquets tout ce qui reste des courses de chars de l'antiquité. L'homme y a remplacé l'animal, le pavé de la rue l'arène, et le quadrige s'est modernisé, il est devenu une brouette. Il s'agit de se mettre en ligne, puis, partant du pied gauche, d'arriver le premier à un but déterminé.



Pour augmenter la difficulté, le Barnum, car c'est toujours, nous le savons, un Barnum du quartier qui organise la petite fête, à son profit bien entendu, le Barnum complique la course par l'intervention de petites grenouilles vertes. Un panier découvert rempli de ces sautillantes bestioles est placé sur chaque brouette et... en avant! On juge si aux cahots les grenouilles doivent se sauver de tout côté en sautant comme des perdues. Il faut alors s'arrêter et les cueillir rapidement pour les remettre dans leur panier, puis repartir. A chaque instant la course est ainsi interrompue et devient une course de lenteur. C'est un vrai miracle si l'on revient au point de départ avec toutes les grenouilles; quelquefois, dix, vingt concurrents se relayent sans arriver au résultat et les assistants de rire, car rien n'est en effet plus amusant que ce tableau.

Au jeu de la poêle à présent. Celui-là, ainsi que le farinier, paraissent provenir de la même origine, et avoir pour père le Trugodiphresis des Grecs ou quête dans la lie, sorte d'amusement assez grossier, qui consistait à mettre ses mains derrière le dos et à saisir avec la bouche un objet placé au fond d'un plat de lie.
Son succédané est le jeu du moyen âge, dans lequel il fallait trouver avec le nez et ensuite arracher avec les dents un petit morceau de bois enterré dans de la terre récemment remuée.
Des amusements pas très propres au demeurant, comme on le voit.



Tout le monde connaît la poêle enduite de noir de fumée sur l'une des faces de laquelle se trouve collée une petite pièce de monnaie, qu'il s'agit d'enlever avec la langue ou les dents. La poêle est suspendue assez haut pour que le gamin soit obligé de se hisser sur la pointe des pieds, et, comme il a les mains derrière le dos, cet état d'équilibre invariable le pousse en avant à chaque tentative et, à la satisfaction de la galerie, la poêle lui racle la figure où de larges traînées noires se dessinent le faisant ressembler à un nègre pie.



Le farinier, on le devine est la contrepartie blanche de la poêle. On installe une chaise sur une table et sur la chaise est placé un panier assez profond pour que la tête entière puisse y rentrer. Au fond du panier, sous une épaisse couche de farine, se trouve dissimulé l'argent qui constitue l'enjeu et qu'il faut aller chercher avec les dents.
Eh bien! c'est beaucoup plus malin qu'on ne le croit.
Retenir son souffle jusqu'à ce que du bout du nez on ait labouré toute cette farine est une opération des plus compliquée, et on doit s'estimer heureux quand on en est quitte avec une bonne quinte de toux. Signalons seulement, maintenant, le jeu des bouteilles, analogue à celui de la grosse tête et des ciseaux que nous allons raconter plus loin. 
Passons au jeu du baquet, une des grandes distractions de l'ancienne fête de Saint-Germain.
Nous l'avons dit, c'est la course antique à laquelle s'est ajouté le jeu de la quintaine ou des bagues. Mais hélas! quelles transformations! A Saint-Germain, cependant char et cheval existait encore.




Le char était une charrette lancée à fond de train, c'est à dire au trot d'une poussive haridelle, l'hippodrome une avenue dans laquelle on suspendait entre deux arbres, un vase... non étrusque.
Derrière l'automédon et fixé sur la charrette, se trouvait un tonneau dans lequel s'encaquait jusqu'à mi-corps le combattant armé d'une mince et lingue perche. Au moment où le quadrige champêtre passait sous le baquet, il devait insinuer le bout de sa gaule dans le trou dont est percée l'anse du baquet. A défaut de ce faire et pour peu qu'il effleurât de sa lance le récipient en équilibre sur son cordeau, celui-ci, véritable vase de Damoclès, se retournait aussitôt et arrosait d'une copieuse et réfrigérante aspersion le nouvel Amadis des Gaules.
Si au contraire, le vaillant et adroit champion avait le bonheur de frapper juste, non-seulement il ne recevait pas d'eau, mais un baril de Suresnes l'attendait au terme de sa noble carrière. Que l'on juge de l'humiliation du vaincu par le prix réservé au vainqueur: à l'un toute l'eau sans le vin, à l'autre par contre tout le vin!
Aujourd'hui il ne reste en quelque sorte que l'ébauche de tout cela: le char romain, la charrette, sont devenus de simples charretons pour les courses en ville et le noble coursier est un camarade du concurrent ou un homme de peine, un mercenaire qui fait là, c'est le cas de le dire, un véritable métier de cheval.
Le jeu du baquet, en traversant le moyen âge, s'était déjà modifié une première fois, et accommodé aux rudes mœurs de l'époque. Un arrosage d'eau! quelques gouttes! il s'agissait bien de cela jadis!



Parlez-moi du faquin, un grand mannequin armé de toutes pièces contre lequel on courait.
Cette figure était fixée sur un pivot de façon à rester ferme si on la touchait au front, au nez, entre les yeux; mais, quand on la touchait à d'autres endroits, elle tournait si vite que si le cavalier n'était pas prompt à esquiver le coup, elle le frappait rudement avec un grand sabre de bois ou avec un sac rempli de terre suspendu au bout de son bras, de façon à faire quelquefois encourir grande malechance et mirifique horion au paladin.
Aujourd'hui les mœurs sont heureusement adoucies, on rit peut-être moins, car il paraît que c'est toujours follement amusant que de voir quelqu'un recevoir de bons et solides coups, mais on s'amuse davantage, et plus pacifiquement ce qui vaut mieux.
Nous arrivons au jeu de la grosse tête, ou de l'aveuglette, dont les ancêtres ne sont pas moins curieux à présenter.
En 1830, les Parisiens se procurèrent un singulier spectacle dans l'hôtel d'Armagnac. Ils formèrent une enceinte, y firent rentrer un cochon et quatre aveugles, chacun armé d'un bâton. On promit le cochon a celui d'entre-eux qui parviendrait à le tuer. L'enceinte était entourée de nombreux spectateurs impatients de voir le dénouement de cette comédie. Les aveugles se précipitaient tous vers l'endroit où ils entendaient courir l'animal et se meurtrissaient réciproquement de coups en croyant le frapper, aux grands esclaffements de la galerie.
Plus tard le cochon était, paraît-il, devenu trop cher et fut remplacé par une marmite de fèves bouillies avec quelque menue monnaie au fond.
Les Italiens l'ont conservé avec sa forme sous le nom de jeu de la pignata. Voici comment il se pratique: on place à vingt pas une belle marmite ou pignata, sous laquelle se trouve réuni l'argent qu'a déposé chacun des partenaires. On tire au sort le premier qui doit commencer, on lui bande les yeux, ou on lui couvre la tête d'un masque, on l'arme d'un fort bâton qu'il tient levé, après quoi on le laisse se diriger vers la marmite; le gain sera à lui, s'il la casse.
Le joueur marche donc à l'aveuglette, pour se diriger vers la marmite et lorsqu'il croit l'avoir atteinte, il doit frapper un grand coup pour la casser. s'il y réussit il prend l'argent, sinon à un autre.
Ce jeu est très difficile, mais très amusant. Il arrive souvent que les joueurs se succèdent une journée entière sans casser la marmite. Il y en a qui tombent avant d'arriver, d'autres qui prennent une route tellement opposée à l'objet qu'ils veulent atteindre, que cela est vraiment drôle.
La pignata est très suivie en Italie, et se jouait beaucoup en France en 1800 dans les familles issues d'Italiens originaires de la Lombardie; aujourd'hui il est resté le même et est connu sous le nom de jeu de la grosse tête, à l'usage des jeunes amateurs.
Il nous reste à passer en revue les ciseaux, les pommes de terre.
Les ciseaux faisaient fureur surtout à Nanterre, et le célèbre pompier de la localité y remplissait un rôle important.



Ce jeu est facile à comprendre. Une petite fille les yeux bandés et une paire de ciseaux à la main, doit essayer de venir couper un fil au bout duquel est suspendu un paquet contenant des colifichets ou des friandises. Il y a là les mêmes péripéties et les mêmes drôleries que pour la pignata. Mais le pompier, que vient-il faire là? Eh bien, n'est-ce pas un jeu de petites filles incapables de retenir leurs langues? Dès lors, tout le cercle, toute la galerie cause, babille, fait des observations et détourne l'attention de la scène qui doit se dérouler dans un majestueux silence; de plus, jamais, paraît-il, les petites filles ne peuvent s'empêcher de guider l'aveugle: "Tu y es, pas par là, à droite, à gauche, plus haut!" tels sont les cris, les exclamations qui s'entrecroisent en l'air et que le pompier doit arrêter d'un roulement de tambour.
Un mot seulement sur les pommes de terre.



Il y en a 34, ni plus ni moins, crues, posées sur le sol en pente à cinq à six mètres les unes des autres. On doit en courant les ramasser successivement et les porter, l'une après l'autre aussi, dans le panier qui sert de but, et cela sans souffler, sans s'arrêter. C'est la course à pied avec obstacles, ces derniers étant remplacés par des pommes de terre.
Tels sont, en résumé, les divertissements et les jeux populaires les plus répandus à Paris et en province  au 14 juillet, sans oublier pour mémoire, ceux de l'arc, de la bague, le katcheli ou balançoire russe composée de quatre, six ou huit fauteuils suspendus autour d'une roue qui tourne, les quilles, les boules, le palet, etc., etc..., presque toujours florissants. Leur origine, on le voit, est ancienne et leur modifications curieuses. Quelques-uns remontent à la fête de la rosière de Sallency instituée au troisième siècle par saint Médard, évêque de Soissons; ils ont, tour à tour, fait la joie des foires de Saint-Lazare, Saint-Denis, Saint-Germain, Corbeil, Nanterre et tant d'autres aujourd'hui disparues. En ce qui concerne Paris, tout au moins, avec les fêtes qu'ils animaient, ils sont rentrés des faubourgs dans la capitale, et, modifiés encore, ont pénétré depuis quelques années jusque dans les salons qui leur empruntent les figures du cotillon.

                                                                                                                           Hacks.

L'Illustration, samedi 18 juillet 1891.