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vendredi 29 novembre 2013

Dans les glaces.

Dans les glaces.

Des nouvelles d'Alaska, parvenues à New-York, annoncent que treize baleinières sont prises dans les glaces du détroit de Behring, vers le 174e degré de longitude ouest et le 74e degré de latitude nord, et que leur situation est désespérée. Environ 500 personnes sont à bord de ces bâtiments, lesquels, ainsi que leurs cargaisons, seront probablement perdus en entier.

Journal des Voyages, dimanche 5 mai 1889.

Le Siam et l'Angleterre.


Le Siam et l'Angleterre.

Quinze étudiants siamois, dont quatre jeunes filles, ont été envoyés par le Siam en Angleterre pour y recevoir l'instruction européenne.

Journal des Voyages, dimanche 5 mai 1889.

L'Europe en Afrique.


L'Europe en Afrique.

D'après un relevé que vient de faire le Société de Géographie sur les derniers renseignements fournis sur l'Afrique centrale, on constate aujourd'hui que sur environ trente millions de kilomètres carrés que contient l'Afrique entière, il n'y en avait plus, au 1er janvier 1889, que dix millions qui n'ont pas encore été réclamés par une puissance européenne; et il faut ajouter que plus de la moitié de cette superficie constitue le désert du Sahara.

Journal des Voyages, dimanche 5 mai 1889.

La pêche de la sardine en 1888.

La pêche à la sardine en 1888.

Les résultats qui viennent d'être publiés de la pêche à la sardine sur les bords de l'Océan pendant l'année 1888 montrent que la campagne n'a pas été fructueuse. La pêche a produit 11.582.666 sardines représentant une valeur de 173.734 francs. C'est une diminution sur l'année précédente de plus de 2 millions et demi de sardines et de plus de 37.000 francs d'argent. La baisse que l'on constate depuis cinq ans ne semble pas s'arrêter, au grand dommage des populations du littoral.

Journal des Voyages, dimanche 5 mai 1889.

Chronique du Journal du Dimanche.

Chronique.


Avec les longues soirées d'automne, voici le temps des longues lectures, et par conséquent des lectures sérieuses.
C'est en ce moment que le beau livre de M. Jules Simon, le Devoir, est entre les mains de beaucoup de gens, et nous désirerions qu'il fût aux mains de tout le monde.
En effet, rien n'est plus précieux que la morale pratique, que la vertu ayant des applications à toute heure de la vie.
Tous les anciens dogmes commandent d'aimer les autres et de s'oublier soi-même; personne ne veut entendre cela, parce que l'amour de soi-même est aussi légitime que l'amour d'autrui.
Mais le monde serait sauvé le jour où on persuaderait aux hommes (ce qui est parfaitement vrai) que le bonheur propre dépend de celui qu'on répand autour de soi, et que les méchants sont les plus à plaindre. C'est ce qu'on trouve prouvé dans tous les estimables ouvrages de M. Jules Simon.
Maintenant, pour les heures de distraction, voici une bonne fortune.
Il se publie en ce moment à la librairie Martinon deux ouvrages hors ligne: nous voulons parler de la splendide édition des Fleurs animées à vingt-cinq centimes la livraison, et des Chansons nationales populaires, réunies et annotées, par Dumersan et Noël Ségur, à quinze centimes la livraison, recueil unique, qui contient plus de quatorze cents chansons, et qui est illustré de quarante gravures sur acier, ainsi que d'un grand nombre de gravure sur bois.
En fait de nouvelles, l'Europe entière se montre assez stérile; les grands événements font faute de tous côtés; et, ce qu'il y a de plus triste, c'est que, en même temps, l'attention publique se trouve attirée par les vols et crimes sans nombre.
En voici un du moins qui a échoué par un singulier hasard.
Dans une de ces dernières nuits, M. D., négociant à Tarascon, se rendait à Brives en cabriolet par un superbe clair de lune. Vers la côte de Puyfort, il voit apparaître au bord de la route, une femme à la mise élégante, portant un voile blanc baissé, et dont la démarche accuse une fatigue extrême. M. D., très-poli de sa nature, arrête sa voiture et demande à la dame la cause de ce pèlerinage nocturne à travers champs. " Monsieur, répond une douce voix, je suis bien malheureuse, à la suite d'une querelle avec mon mari, il vient de me contraindre à descendre de la chaise de poste, et il me faut finir à pied ma route... Suis-je encore loin de Brives, monsieur?
- Certes, madame, , répond M. D., vous en êtes très-loin. Mais veuillez, je vous en prie, prendre place dans ma voiture; j'aurai l'honneur de vous y conduire."
La dame hésite d'abord par timidité; mais la nécessité la force à accepter cette offre obligeante.
En chemin, M. D., qui a déjà réparé en partie les torts de ce brutal mari, veut réparer aussi son inconcevable froideur envers la belle dame... Il parle de clair de lune, de fleurs, d'oiseaux, et puis d'amour. Ce dernier sujet l'engage à se rapprocher sans cesse de la dame...ses lèvres effleurent déjà le voile de dentelle...
O terreur! sous le léger tissu, ses yeux rencontrent des yeux ardents, une affreuse barbe rousse, des traits mats et durs... La charmante dame est un brigand!
Sans se trahir par la voix ni par le geste, le brave négociant laisse négligemment tomber son mouchoir sur la route. Il arrête son cheval, et descend pour reprendre le mouchoir, qui a volé dans un fossé. Mais, comme il faut un instant pour le retrouver, il craint qu'il n'arrive quelque accident à la dame, et la supplie de descendre elle-même. Le brigand n'a pas plutôt mis pied à terre, que M. D. saute dans le cabriolet, et repart au grand galop, laissant l'ennemi derrière lui sur la route.
Il se dit en contant cette aventure presque incroyable, mais très-vraie, que cette dame était bien en effet de Brives-la Gaillarde!
Que nos lecteurs se méfient aussi de cette charmante femme car on sait maintenant que, changeant de toilette, et sous le nom de sœur Marie-des-Anges, elle s'introduit dans les maisons pour vendre une branche du rosier de Jéricho, sur lequel Marie faisait sécher les langes de Jésus...et voler, s'il le peut, montres et bijoux.

                                                                                                          Paul de Couder.

Journal du Dimanche, 23 novembre 1856.

jeudi 28 novembre 2013

L'exposition coloniale de 1889.

L'exposition coloniale de 1889.

La Tunisie.

L'arrivée de M. Massicault à Paris  va activer les derniers préparatifs de l'exposition tunisienne, dont les visiteurs de l'Esplanade des Invalides admirent déjà le palais avec sa coupole, son minaret et ses toits couverts de tuiles émaillées.
Cette section est véritablement le clou des expositions coloniales par son importance, son originalité et les surprises réservées aux promeneurs.
La décoration dans le palais marche rapidement. Des faïences anciennes, qui sont arrivées de Tunis, produiront en effet très artistique. On attend les marbres pour la décoration de la fontaine intérieure, de même que les palmiers de Gabés pour le jardin.
Cinquante Arabes, damasquineurs, brodeurs, parfumeurs, etc... fabriquerons ou vendrons dans les souks les produits indigènes. Les plus belles Juives de Tunis, en costume national, tiendront des bars autour du restaurant et du café-concert, dont les danses d'almées authentiques, constitueront la grande attraction.

Journal des Voyages, Dimanche 21 avril 1889.

Les étrangers en Algérie.

Les étrangers en Algérie.

M. Savarie a publié dans la Revue française de l'étranger et des colonies, un travail intéressant sur les étrangers en Algérie.
En examinant séparément la situation des trois départements, on a les chiffres suivants:

                                                         Français                  Étrangers
                                                      (y compris les
                                                        israélites)

Alger................................................106.313                    69.603
Oran................................................. 80.746                   109.956
Constantine..................................... 75.163                     47.993
                                                         _______              _______
                                                         262.222                  227.552

En d'autres termes, défalcation faite des indigènes sujets français, la population des départements d'Alger et de Constantine se compose de Français pour 6/10 et d'étrangers pour 4/10; celle du département d'Oran se compose de Français pour 4/10 et d'étrangers pour 6/10.
Ce ne sont donc pas seulement des marins, des ouvriers, des artisans et des commerçants que nous envoient l'Espagne, l'Italie et les autres pays d'Europe, mais aussi des agriculteurs, c'est à dire des colons dans toute la véritable acceptation de ce terme.
Les statistiques publiées à l'appui des travaux annuels du conseil supérieur de l'Algérie nous apprennent que, depuis l'année 1865, c'est à dire depuis l'époque où l'on a instauré un régime de naturalisation spécial à la colonie, jusqu'en 1887, les étrangers qui ont demandé et obtenu la qualité de citoyens français sont au nombre de 11.095, se répartissant ainsi:
Allemands, 3.538; Américains, 6; Anglo-Maltais, 353; Autrichiens et Hongrois, 42; Belges, 270; Danois, 2; Égyptiens, 10; Espagnols, 1.905; Grecs, 15; Haïtien,1; Hollandais, 28; Italiens, 2.948; Israélites indigènes, 200; Luxembourgeois, 40; Marocains, 347; Mexicains, 3; Indigènes musulmans, 705; Portugais, 1; Roumains, 2; Russes polonais, 76; Suédois, 12; Suisses, 359; Syriens, 3; Tripolitains, 4; Tunisiens, 211; Turcs, 14.
On ne doit pas considérer comme étrangers, au vrai sens du mot, ni les 3.538 Allemands, ni les 200 Israélites indigènes, ni les 705 indigènes musulmans qui figurent dans ces statistiques.
Les premiers sont sans doute, des Alsaciens-Lorrains. Quant aux indigènes musulmans et Israélites, ils étaient déjà, avant leur naturalisation, sujets français. Le nombre des étrangers naturalisés en Algérie n'est donc que de 6.600 en chiffres ronds pour une période de vingt trois ans, ce qui est assez peu assurément, et ce qui prouve que les facilités offertes pour la naturalisation ne sont pas encore assez grandes
M. Savarie pense, avec raison, qu'il serait injuste de prétendre que l'élément étranger supplante l'élément français, et qu'il est plus vrai de dire que les étrangers  ne prennent que la place laissée libre par l'élément français. Il est malheureusement évident que l'immigration nationale ne fournit pas, en Algérie, tous les éléments utiles à l'accomplissement de l'oeuvre de colonisation ou les fournit en quantité insuffisante, et que les étrangers nous sont des auxiliaires aussi utiles et même aussi indispensables que le sont les indigènes.

Journal des Voyages, dimanche 21 avril 1889.

mercredi 27 novembre 2013

A travers le continent noir.

Les Betchouanas.

Sous le nom générique de Betchouanas, on désigne un groupe de tribus de l'Afrique australe ayant une origine et un langage communs et des mœurs à peu près semblables. ces tribus sont répandues entre le fleuve Orange au sud, le Zambèze au nord, le désert de kalahari à l'ouest et la chaîne du Zrakemberg à l'est. Ce pays représente une bonne partie du plateau austral. Une partie de ce pays est passée, de nos jours, au pouvoir des fermiers émigrés de la colonie du Cap. Ce n'est guère qu'au commencement de ce siècle que le nom des Betchouanas est parvenu en Europe. En 1801, Fruter et Sommerville; en 1808, Towan et Douaven parcourent une partie du pays des Betchouanas, où ils périrent. En 1812, Buschell explorait à son tour cette région et y recueillait de curieux renseignements. En 1820, le révérend John Campbell pénétrait dans le pays des Bahouroutsis; enfin, en 1834, le savant naturaliste Smith parvenait jusqu'à sur les rives du Limpopo. Depuis lors, les explorateurs ont sillonnés le plateau austral; Livingstone (1849), Shelley (1852), Chapmann (1864), Baines, Moler, etc..., et aujourd'hui les Betchouanas sont aussi connus que la plupart des anciennes tribus africaines.
S'ils appartiennent à la race nègre par la couleur foncée de la peau, la nature laineuse des cheveux, les Betchouanas s'en distinguent par la régularité des traits, leur nez n'est pas écrasé, la mâchoire n'est pas proéminente comme celle des autres nègres. Leur taille est au-dessus de la moyenne, leur tempérament vigoureux; pourtant les Cafres l'emportent sur eux par la force musculaire et la juste proportion des formes.
Entre le Vaal et Orange, il ne reste plus aujourd'hui que trois tribus Betchouanas: les Bassoulots, les Barolougs et les Bapoutis; quelques autres tribus, éparses sur la surface du Transvaal, entre le Vaal et le Limpopo, ont été soumises par les Boërs; entre le Limpopo et le Zambèze s'étendent celles soumises aux Matabélès; enfin, la région occupées par les tribus indépendantes est limitée au nord par le Zambèze, au sud par le Griqualand-West, à l'est par le Free-State, le Transvaal et le pays des Matabélès; à l'ouest, il se confond avec le Kalahari. Les Anglais y ont été bien accueillis, dans ces derniers temps, surtout dans le pays des Batlapis qui comprend 12.000 hommes mâles et 15.000 esclaves Batlaras.
Les mœurs des Betchouanas méritent une mention toute particulière. Appartenant à la grande famille des Cafres, mais se rapprochant beaucoup des Koosas, ils laissent aux femmes la partie la plus pénible des travaux manuels. Les hommes font la guerre, chassent, préparent les peaux dont ils se revêtent et soignent leur bétail; les femmes bâtissent les maisons, ramassent et transportent le combustible, labourent, sèment et moissonnent le blé, le battent et le mettent en farine. Aussi leur tournure virile, courte, épaisse, manque-t-elle de séduction. Le docteur Anderson, qui le premier a décrit les Betchouanas avec quelques détails, déclare qu'elles sont assez laides, en dépit des couleurs dont elles se badigeonnent la peau. 
Lorsqu'elles sont sur le point de se marier, elles entrent en apprentissage chez de vieilles femmes chargées de leur enseigner l'obéissance passive envers leur futur époux. " L'épreuve principale qu'elles ont alors à subir consiste à tenir dans les mains pendant quelque temps un fer chaud; elles apprennent ainsi à supporter la douleur et le travail. On les enduit ensuite de graisse; la partie inférieure de leur tête est rasée, et le reste de leur chevelure graissé avec profusion de sibilo, pommade composée de beurre et d'un minerai gris à reflets métalliques comme le mica, après quoi, elles revêtent le costume de femme et elles se marient."
Au dire de Gordon Cumming, qui les a visités dans ses chasses, les Betchouanas sont vifs, intelligents, d'humeur joyeuse. Bien faits, avec de beaux yeux, des dents très blanches, le teint légèrement cuivré, ils ont fort bon air. Ils vivent avec leurs chefs dans les kraals ou villages; leurs wigwams ou habitations, de forme circulaire et couverts de longues herbes, sont enduits, sur le sol et les murs, en dedans et en dehors d'un mastic fait de craie et de fiente de vache. L'entrée a trois pieds de haut et deux de large. Chaque wigwam est entouré d'une haie d'osier, tandis qu'une grande haie d'épines forme l'enceinte du kraal et protège les habitants contre les lions et les autres animaux carnassiers.
L'habillement des hommes se compose d'un karost et d'un tsécha, tous deux faits de peaux de bête. Le premier est un manteau dans lequel ils se drapent avec une certaine élégance; l'autre leur couvre les reins. Ils portent aux pieds des sandales de peaux de buffles ou de girafe. Leurs bras et leurs jambes sont surchargés d'ornements de cuivre qu'ils fabriquent eux-mêmes; outre des colliers, ils portent à leur cou de nombreuses amulettes auxquelles ils attribuent une vertu surnaturelle pour les préserver de tout mal; un de ces colifichets est un os percé dans lequel ils soufflent lorsqu'ils se voient dans un pressant péril. Un autre est un jeu de dés en ivoire qu'ils jettent pour consulter le sort avant leurs entreprises; ils pendent aussi à leur cou des tabatières faites avec une petite calebasse qu'ils cultivent de manière à lui faire prendre la forme d'une bouteille.
Ils ne vont jamais sans leurs armes qui consistent en un bouclier de beau de buffle, une hache d'armes, une massue et un faisceau de sagaies ou "javeline longues de deux mètres, qu'un guerrier habile plante dans le corps de son ennemi à cent mètres de distance". Ils portent encore, pour frapper de près, une autre espèce de sagaie à lame plus forte et à manche plus court que ceux des premières; cette arme est surtout commune aux tribus de l'intérieur: leur hache de combat, d'une forme triangulaire, sont enchâssées dans un manche de corne de rhinocéros, et ne manquent pas d'élégance.
Les femmes portent, comme les hommes, un karost et un jupon court en peau d'antilope; de long bracelets de verroterie de couleur, entrelacés avec goût, entourent leur cou et couvrent leur poitrine, leurs bras et leurs jambes. Hommes et femmes ont toujours la tête découverte. Quelques tribus se frottent le corps avec un enduit de graisse et de craie rouge qui leur donne la teinte des Indiens Peaux-Rouges. La plupart possède du bétail, que les hommes seuls peuvent traire; car l'entrée du kraal au bétail est interdite aux femmes. La polygamie est tolérée chez les Betchouanas; un homme a autant de femme qu'il peut en acheter. Chez les tribus riches, une femme vaut dix têtes de bétail; chez les plus pauvres, on ne la paie que quelques bêches à long manche que les naturels fabriquent eux-mêmes et dont ils se servent comme nos paysans normands ou dauphinois font de la houe. On voit souvent, dans les champs, les femmes rangées en ligne, retournant la terre, et faisant entendre des chants dont elles marquent la mesure par le mouvement régulier de leurs bêches.
Terminons cette courte esquisse, en rappelant que les missionnaires ont fondé, chez les Betchouanas, les établissements de Kourouman, de Motito, de Litakou, de kolobeng, de Shoshong.

                                                                                                          N. Pilgrim.

Journal des Voyages, 5 mai 1889.

mardi 26 novembre 2013

La naissance des grandes plages.

La naissance des grandes plages.

Il nous a paru intéressant, au moment où les plages regorgent de monde, de rechercher quels avaient été les débuts des stations balnéaires à la mode: ce sont de véritables petits romans qui montrent comment les plages ont été lancées, et avec quelle modestie, par des hommes de lettres ou par des artistes illustres.




Les débuts d'une plage à la mode peuvent, selon un humoriste, être ainsi décomposés:

                             Un peintre;
                             Trois peintres;
                             Dix peintres;
                             Un homme de lettres;
                             Cinq journalistes;
                             Un spéculateur;
                             La foule....

Cette boutade contient un fond d'exactitude. Chaque station balnéaire a été lancée par un homme de lettre ou un artiste célèbre; c'est Alexandre Dumas pour Trouville, Alphonse Karr pour Etretat, Villemessant pour Paris-Plage, d'Ennery pour Cabourg, le critique Haussard pour Beuzeval-Houlgate, Pitre-Chevalier pour Villers etc, etc. Les débuts de Trouville sont particulièrement amusants. Ils remontent à 1834. A cette époque, les indigènes de ce minuscule port de pèche virent, non sans stupéfaction, débarquer sur la plage un matelot portant à califourchon sur son dos un grand diable basané et crépu, tenant ses souliers à la main et riant aux éclats.
C'était Alexandre Dumas qui découvrait Trouville!



Il n'y avait à ce moment-là que des pêcheuses de moules et de crevette sur cette plage immense et toute de sable qu'inonde maintenant chaque été un flot de vingt mille étrangers. Une seule auberge dans ce pays peuplé aujourd'hui de tant d'hôtels, une seule! Elle était dirigée par la mère Oseraie.
Quand Alexandre Dumas se trouva en face de cette hôtesse avenante et d'une spontanéité tout à fait délicieuse, il échangea avec elle ce dialogue:
- Je désire savoir un peu ce que vous me prendrez par jour.
- Et la nuit, ça ne compte donc pas?
- Par jour et par nuit.
- Il y a deux prix: quand ce sont des peintres, c'est quarante sous.
- Comment quarante sous? Quarante sous pour quoi?
- Pour la nourriture et le logement donc?
- Ah! quarante sous! Et combien de repas?
- Autant qu'on veut! Deux, trois, quatre...à la faim, quoi? Etes-vous peintre, vous?
- Non!
- Eh bien! ce sera cinquante sous!
Et voici, pour cinquante sous par jour, tout compris, le premier repas qui fut servi à l'auteur des Trois mousquetaires.

Potage (salade de crevettes)
Côtelettes de pré-salé
Sole en matelote
Homard en mayonnaise
Bécassines rôties
Fruits
Cidre à discrétion

Comparer avec les prix actuels et vous reconnaîtrez que le prix total de la pension arriverait tout juste, en l'an de grâce 1906, à payer le premier plat!

Des peintres avaient précédé Dumas. Dès 1825 Ch. Mozin et Isabey avaient signalé Trouville. Et comme son nouvel hôte interrogeait la mère Oseraie sur ses connaissances dans le monde des arts:
- Ce sont eux qui ont commencé la réputation de mon auberge.
- A propos, connaissez-vous un peintre nommé Decamps?
- Decamps, je crois bien!
- Et Jadin?
- Jadin! je ne connais que ça.
- Et Huet?
- Oh! celui-là, je le connais aussi.
- Je suis contrarié, conclut le bon géant, que Trouville ait été découvert par trois peintres avant de l'être par un poète.
- Vous êtes donc poète, vous? Qu'est-ce que c'est ça, un poète? Ça a-t-il des rentes?
- Non.
- Eh bien! alors, c'est un mauvais état.


Et la mère Oseraie, sur cette profonde parole, conduisit le voyageur mystérieux dans sa chambre: un quadrilatère passé à la chaux, avec un parquet de sapin, une table de noyer, un lit de bois peint en rouge et une cheminée avec un miroir à barbe, au lieu de glace et, pour garniture, deux pots de verre façonnés en corne d'abondance; plus le bouquet d'oranger de la mère Oseraie âgé de vingt ans et frais comme le premier jour, grâce à la cloche qui le défendait du contact de l'air. Des rideaux de calicot à la fenêtre, des draps de toile au lit, blancs comme la neige, complétaient l'ameublement avec une commode à ventre bombé qui sentait sa Du Barry d'une lieue!

Quelques parrains et marraines.

Sommes-nous assez loin des caravansérails somptueux et de ces planches, où défilent, pendant la grande semaine, toutes les personnalités parisiennes. Helleu, Sem et Boldini, peintre de la beauté, caricaturiste du snobisme, peintre de l'élégance ont remplacé Decamps, Jadin et Huet qui venaient prendre là des paysages rustiques et des marines! Et la mère Oseraie, si elle revenait sur cette terre, serait sidéré par le Japonais qui taille imperturbablement des banques de dix mille louis!
La fondation de Cabourg est moins pittoresque. Jusqu'en 1855, c'était un petit village de pécheurs de 300 habitants. En 1855, par une belle soirée de septembre, deux touristes arrivaient à Dives. Épuisés de fatigue, ils allaient trouver enfin un gite à l'auberge de Guillaume le Conquérant, quand l'un d'eux, M. Durand-Morimbeau, eut l'idée de pousser jusqu'à Cabourg. Là, ils furent frappés d'admiration par cette vaste étendue de sable fin dominée par des dunes qui formaient une terrasse naturelle.



- Eureka, fit M. Durand-Morimbeau.
Et les inévitables hommes de lettres et artistes firent peu à peu leur apparition: d'Ennery, le célèbre dramaturge; Adam, le musicien du Postillon de Longjumeau; Théophile Gautier, Ed. Thierry, administrateur du théâtre français; Amédée Achard, Arsène Houssaye, Marc Fournier, Hostein. Plus tard, les habitants du pays montraient respectueusement, la nuit, une fenêtre allumée à la façade d'uns splendide villa: "C'est M. Xavier de Montépin qui travaille."
Beuzeval et Houlgate remontent à 1850. C'est un critique d'art du National, M. Haussard, qui acheta le premier un terrain à Beuzeval, et M. Jouvet qui, la même année, traça les avenues, fit planter des arbres et construisit le casino de Houlgate.
En 1856, un architecte de Paris, M. Pigeory, acheta cent mille mètres carrés de terrain à Villers. Le directeur du Musée des Familles, Pitre-Chevalier, s'y installa, et après lui Alphonse Karr, Hippolyte Castille, etc.
Berck n'était, il y a quelques années, qu'un village de pécheurs; le choix de cette plage pour l'installation d'un grand hôpital appartenant à l'Assistance publique décida de son sort heureux.

                                                                                                Fécamp jadis
                                        Cette estampe date du temps où Victor Hugo villégiaturait à Fécamp



Les Anglais firent la fortune de Boulogne.
Dieppe doit sa renommée à la Duchesse de Berry et c'est la duchesse de Berry, elle adorait la mer,  qui introduisit en France la mode des bains de mer à une époque où elle était pour ainsi dire générale en Europe. Quand la cour de la duchesse tomba, au début de la Restauration, dans ce coin paisible, ce fut, comme bien l'on pense, un tohu-bohu indescriptible. Le moindre boucher qui lui avait fourni une côtelette, le moindre sabotier qui lui avait vendu une paire de sandales pour le bain, firent peindre en belles lettres sur leur boutique ces mots: Fournisseut de S. A. R. Madame.


Les gens de la ville constituèrent une garde d'honneur à l'Altesse royale. Cette garde d'honneur, à défaut d'élégance, était pleine de conviction. Un des plus ardents parmi ces fidèles n'abordait jamais la duchesse autrement qu'en ces termes, par lesquels il lui demandait des nouvelles de la santé du roi:
-Y a-t-il longtemps que Votre Altesse n'a reçu de lettre de Monsieur son oncle?
La colonie parisienne se baignait, faisait sur les bateaux de pèche des promenades en mer, dînait en pique-nique au château d'Arques. Des orchestres invisibles jouaient des symphonies dans les ruines. Des chœurs de jeunes filles, vêtues de blanc, couronnées de bleuets, dansaient des rondes.
Le soir, enfin, la troupe du Gymnase, le Théâtre de Madame, donnait des représentations avec Bernard Léon, Goutier, Jenny Vertpré et Déjazet.
C'était le commencement des représentations estivales données par les comédiens de Paris. Quand, plus tard, à Trouville, on décida de faire construire un théâtre, Alphonse Karr fit retentir par la voix de ses Guèpes cette protestation indignée.
- Savez-vous qui a fait depuis dix ans la fortune de Trouville? C'est son isolement, c'est son aspect calme, c'est tout ce que vous vous efforcez de lui faire perdre.
Alphonse Karr se trompait et l'avenir lui donna un démenti sanglant. Le second Empire vit fleurir les débuts d'une quantité de stations balnéaires, pourvues de théâtres, et cela malgré les clameurs des moralistes sévères, "les moralistes à faux-cols", qui trouvaient effroyable le costume de bain et critiquaient amèrement l'institution des maîtres-baigneurs.

Tout le Paris élégant à la mer.

Un jour de fantaisie, le duc de Morny créa, comme par une gageure, Deauville que l'établissement du champ de course lança tout à fait.
Vingt ans après Trouville, Etretat naquit. C'était l'époque où le maestro Offenbach jouissait d'une énorme réputation. Il s'installa à Etretat  où il fut bientôt suivi par une bande de journalistes célèbres, de peintres et de comédien en renom. Etretat devint la plage des artistes. Paris y était transporté sous sa forme la plus plaisante. 




Puis ce furent Dinard, Paramé, saint-Malo.
Le Havre, grâce à Alphonse Karr qui découvrit le charme intense de Sainte-Adresse, ne devait par tarder à attirer, autant par sa proximité de Paris que par sa beauté propre, un nombre considérable de touristes.

 Les bains Frascati en 1860
                                                L'aspect rustique et peu confortable de la rive balnéaire du 
                                               Havre montre qu'il y a une quarantaine d'années la grande 
                                                ville n'accueillait que peu de "baigneurs".




Enfin, l'impératrice Eugénie entraîna un mouvement mondain à Biarritz, qui fit une rude concurrence aux plages normandes.
Les flots bleus qui se brisent en lames argentées sur le rocher de la Vierge, le ciel limpide, la proximité de l'Espagne eurent vite fait d'attirer au pays basque non seulement la cour de Napoléon III mais les élégantes et les élégants, voire jusqu'aux simples bourgeois. Et les villas s'élevèrent autour de la villa de l'Impératrice.
Il serait très amusant d'écrire l'histoire du début des plages célèbres par le détail. Elles fourmillent d'anecdotes savoureuses. Ainsi, pendant l'été 1860, au moment où la vogue des bains de mer se dessinait, un chroniqueur parisien qui cherchait un sujet d'article, enfermé dans son cabinet de travail, reçut la visite d'un monsieur qui fit passer sa carte adornée d'un nom quelconque et accompagnée d'une vague recommandation.

Comment on lance une plage.

Après les premières salutations, l'inconnu s'exclama:
- Quelle température torride, n'est-ce pas, mon cher maître?
- Torride, en effet, monsieur, mais pourrai-je savoir?...
- Ce qui vous vaut ma visite... Mon, Dieu! c'est bien simple. Je suis propriétaire, à quatre heures et demie de Paris, d'une petite plage exquise: température adorable (nous sommes à l'expiration du Gulf stream et les camélias pousseraient, monsieur, si on en plantait!), sable fin, indigènes bienveillants...
- Je ne vois pas...
- Il nous manque une chose, une seule: un Alexandre Dumas, un Alphonse Karr, un Villemessant pour nous apporter l'autorité de son nom et entraîner là-bas la foule des moutons de Panurge. Je n'y vais pas par quatre chemins: je vous offre ma plus belle villa, un valet de chambre, une cuisinière et cent francs par jour pour trois mois: juillet, août, septembre. Topez-là et c'est une affaire faite.
Le chroniqueur, qui était d'une loyauté intransigeante et n'aurait pas pu, d'ailleurs vivre huit jours hors des boulevards plus qu'un poisson hors de l'eau, ne se fâcha point. Il remercia l'ingénieux propriétaire, l'assura de sa reconnaissance de lui avoir fourni un sujet d'article, en fit un, terrible, qui s'intitulait: Les majors de  table d'hôte... et, quinze jours après, le directeur du journal où cette diatribe virulente avait paru acceptait les propositions du spéculateur, s'installait bruyamment dans la villa gratuite et embouchait en l'honneur de la petite plage, devenue illustre depuis, toutes les trompettes de la Renommée!

Le revers de la médaille, coûteuses déceptions.

Souvent la médaille a son revers, et quelques spéculations de ce genre ont été légendairement désastreuses.
On cite le cas d'un gentilhomme littérateur très connu, d'une noblesse aussi authentique que son talent était contestable, qui s'était mis en tête de lancer une nouvelle plage.
Il baptisa, acheta, loua à bail, bâtit, aménagea, afficha. L'endroit était exquis, quoique un peu éloigné, l'idée était excellente, la spéculation s'annonçait magnifique.
Malheureusement, il y a toujours, dans les décisions à la mode, l'arbitraire qui caractérisent les vraies tyrannies.
M. de X... en fit la ruineuse expérience. La société élégante se refusa à faire connaissance avec la plage neuve, et, du fond de son désert, il constata mélancoliquement, au bout de deux ans, que ses invités eux-mêmes ne venaient plus l'y voir.
Le public aimait mieux lire ses médiocres romans que d'aller à sa belle plage, se sorte que ce qu'il gagnait avec ses mauvaises élucubrations lui servait à boucher les trous faits à sa bourse par la seule bonne idée que lui jamais fournie son imagination
Le cas de ce Robinson Crusoé des grèves rappelle bien des retentissants déboires et fait penser notamment à ces deux casinos que nous ne nommerons pas et qui, admirablement aménagés, ont actuellement beaucoup de succès... en tant que laboratoire et qu'usine de boites de sardines.

                                                                                                                   Maurice Level.

Je sais tout, 15 août 1906.

lundi 25 novembre 2013

La paresse...mère de l'invention.

La paresse...mère de l'invention.

Le célèbre inventeur Edison raconte que l'une de ses premières inventions lui fut suggéré par la paresse. Voici dans quelle circonstances:
Alors qu'il n'était encore qu'un petit employé des télégraphes, il était obligé de prendre, à son tour, le service de nuit.
Or, les règlements prescrivaient à chaque télégraphiste d'envoyer, toutes les demi-heures, un signal convenu au surveillant, c'était là une sage précaution permettant de s'assurer que chaque employé était bien à son poste.
Mais le jeune Edison considérait cette obligation comme un véritable abus de pouvoir, car il eût volontiers fait un petit somme de temps en temps. Aussi cherchait-il un moyen lui permettant d'esquiver cette corvée; et il trouva!
Un appareil automatique fut par lui fixé à l'appareil télégraphique de telle sorte que toutes les demi-heures le signal parvenait au surveillant qui ne se doutait nullement de la supercherie.
Edison put alors dormir en paix.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 14 juin 1903.

Maisons d'Haussonviller.

Maisons d'Haussonviller, village d'Alsaciens-Lorrains en Algérie.

La Société de protection des Alsaciens-Lorrains, présidée par le comte d'Haussonville, qui s'est consacré de tout cœur à cette oeuvre patriotique et sainte, avait fait établir dans le parc du Trocadéro, lors de l'exposition de 1878, trois types de maisons rurales. Ce sont les types adoptés dans les villages qu'elle a commencé à créer en Algérie pour les émigrants de nos anciennes provinces françaises de l'est.





Notre gravure donne le type moyen, la maison à trois pièces, ayant coûté 3.464 francs. En ôtant le demi-étage, on a le type le plus petit, celui de la maison basse à deux pièces, cuisine et chambre, du prix de 2.579 francs. En complétant ce demi-étage, on a la maison d'un étage revenant à 4.188 francs. On pourra transformer le type à deux pièces en type à trois ou quatre. Un appentis, le même pour les trois types, adossé au mur de derrière, abrite les bœufs et le fourrage; il a 3 mètres sur 4 m 20 dans oeuvre et coûte 255 francs. Un petit grenier est aménagé sous les toits; une cave, dont la trappe est dans la chambre à coucher, règne sur toute l'étendue de la maison. Le rez-de-chaussée est élevé de trois marches au dessus du sol naturel, ce qui rend l'habitation plus saine et a permis de donner plus d'élévation à la cave (1 m 90) sans occasionner trop de frais pour le creusement. La porte d'entrée ouvre dans la cuisine, où se trouve l'escalier de l'étage supérieur, et qui est percée d'une fenêtre donnant sur le jardin. La chambre du rez-de-chaussée a vue par un petit œil de bœuf sur les animaux logés dans l'appentis. Chaque maison présente une façade de 8 m, 80 sur une profondeur de 5 mètres pour le petit type et de 7 m, 50 pour le grand. Toutes sont bâties en pierre, carrelées et plafonnées; l'intérieur est blanchi à la chaux.
C'est bien conçu. Il y a commodités, convenances et surveillance facile. C'est bon marché, mais un peu exigu; suffisant toutefois pour une famille pendant les premières années d'exploitation.
La concession des terres attribuées à chaque famille a d'abord été  de 26 à 27 hectares dont un en vigne et 30 ares de jardin. Ces terres appartiennent en toute propriété aux colons sous certaines conditions de remboursement et de continuité de résidence. La Société s'était réservé à l'origine  de donner par la suite aux familles nombreuses et laborieuses un supplément de terrain; elle a été conduite à le faire plus tôt qu'elle ne le prévoyait, pour permettre de faire reposer les champs, moins fertiles qu'on ne les avait supposés; elle a donc porté à 30, 35 et même 50 hectares pour quelques familles.
Le village est à 82 kilomètres à l'est d'Alger, dans la province de ce nom, à l'embranchement de la route d'Alger à Dellys et de celle d'Alger à Tizi-Ouzou et Fort-National; les voitures publiques y circulent journellement. Le pays est salubre, les eaux sont abondantes et de bonne qualité.
Le gouvernement de l'Algérie a pris à sa charge: rues, conduites d'eau, fontaines, lavoirs, abreuvoirs; construction de mairie, d'église, d'écoles et du presbytère; délimitation du territoire, lotissement des terres selon les instructions de la Société de protection. A celle-ci restent les avances à faire pour les dépenses suivantes: construction de maisons, choix et transport des familles, achats des animaux et des instruments de culture, semences, mobilier, enfin entretien et nourriture des émigrants jusqu'à la première récolte. Elle compte que le remboursement pourra s'effectuer sur une période de six à huit ans à partir de la fondation. Le prix des maisons devait d'abord être compris dans ce remboursement; mais, depuis, elle s'est décidée à en faire don aux familles qu'elle juge définitivement fixées.
C'est du mois de juin 1873 au mois de novembre suivant  que le village a été créé, aménagé, peuplé, sur un emplacement où rien n'existait. Il a reçu dans cet intervalle de temps 40 familles composées de 170 personnes.
En avril 1878, la Société a fait connaître qu'un second village, celui de Boukhalfa, commencé par M. Dollfus, ancien maire de Mulhouse, non loin du premier, dans la province d'Alger et sur la même route de Dellys, avait été achevé et peuplé comme celui que nous venons de décrire et qui s'appelait d'abord Azib-Zamoun. Ce nom arabe a été remplacé depuis par celui d'Haussonviller. C'était justice, et l'hommage était dû bien légitimement. Ces deux créations récentes étaient composées au moment de l'Exposition universelle, de 90 maisons où la Société avait installé 90 familles, dont 66 étaient définitivement acclimatées et fixées sur le sol africain. Les dépenses de toutes natures, celles indiquées plus haut et celles qui en avaient été la suite obligée, s'élevaient à 750.000 francs.
Si l'on veut bien se figurer les difficultés de l'entreprise, les embarras de détail, les soucis, les oublis, les mécomptes, les exigences, les disparités de caractères, les réclamations, les prétentions, qui fourmillent dans toute colonisation et surtout dans une création si prompte faite en bloc, pour laquelle il a fallu transporter par terre, par mer, et encore par terre, d'une contrée septentrionale de la France sous le climat brûlant de l'Algérie, une population de vieillards, d'enfants, de femmes, d'adultes, dont un grand nombre étaient dénués d'habits, de vivres et d'argent, on reconnaîtra que le succès a demandé, chez les fondateurs, des miracles d'énergie et de prudence, de bienveillance et de fermeté, d'activité ardente et de labeur patient.
Le choix des emplacements de village a été fait par MM. d'Haussonville et Guynemer dans un voyage expressément accompli pour cet objet; les constructions sont dues à MM. Billiard et Dérotrie, des ponts et chaussées; les éléments d'installation ont été préparés à Alger par M. Pierre Lacroix, agent de la Société dans cette ville; les achats agricoles ont été opérés par M. Darru, professeur d'agriculture, et M. Delamotte, vétérinaire militaire; les gouverneurs Gueydon et Chanzy, le commandant Riff, les membres du comité d'Alger; tous, directeurs, administrateurs, ingénieurs, chefs et agents, ont rivalisé de zèle, de courage et d'entrain.
Un troisième village, le camp du Maréchal, placé à l'entrée de la Kabylie, sur la même route de Dellys, est en voie de formation. C'est une nouvelle dépense de trois cent mille francs, qui réclame une nouvelle intervention du public.
Si jamais contribution volontaire a dû soutenir une société méritante, c'est certes celle-ci. La colonisation algérienne par les émigrés de l'Alsace-Lorraine est une oeuvre à portée double. Philanthropique pour nos malheureux compatriotes, dont elle adoucit les pertes et calme les souffrances morales, elle est encore éminemment patriotique, et sert merveilleusement les intérêts de la patrie en activant la colonisation de l'Algérie.

Magasin pittoresque, 1879.

dimanche 24 novembre 2013

Inauguration.


Inauguration.

M. Dranem, prononçant son discours à l'inauguration, présidée par M.Fallières, de la maison de retraite des artistes lyriques, à Ris-Orangis (14 mai 1911).


Ce nouvel établissement hospitalier est installé dans le beau château de Ris, qu'entoure un parc spacieux: il abritera 60 pensionnaires, heureux d'écouler là leurs vieux jours.

Je sais tout, 15 juin 1911.

Le carnet de Madame Elise.


L'art de se faire aimer de son mari.

Une de mes lectrices m'adresse de sérieux reproches: "Pourquoi, madame, avez-vous traité l'art de se faire aimer de sa femme? La belle difficulté vraiment pour un homme de gagner le cœur d'une femme qui n'a pensé qu'à son futur mari depuis son adolescence et qui ne demande qu'à lui donner son cœur; traitez donc l'art de se faire aimer de son mari; nous savons toutes que les époux sont grognons, blasés, capricieux, rebelles à l'attendrissement; dites-nous s'il existe un moyen de se les attacher?"
Mais certainement ce moyen existe, il est efficace et capable de fixer même l'époux rébarbatif que le sort paraît avoir dévolu à ma lectrice.
Beaucoup de jeunes femmes ont le tort de limiter à leur seule beauté et à leurs charmes toute la tiédeur attirante du nid; c'est une illusion qui fausse leur ligne de conduite. Certainement un mari prend plaisir à voir sa femme élégante, gracieuse, jolie; mais il se blase vite sur ces qualités de parade pour réclamer  les vertus de la maîtresse de maison.
Pourquoi vous irriter de cette tendance? Votre beauté, si éclatante soit-elle, ne peut prétendre à surpasser toutes les autres; et si, par impossible, vous réalisiez cet idéal, par le seul fait que vous demeurez semblable à vous même, vous lui paraîtrez bientôt monotone. Une femme très coquette risquerait même d'irriter son mari, car un homme ne tolère pas longtemps le gaspillage d'argent ou de temps; il lui suffit que sa femme soit propre, soignée, pour les heures de loisirs ou d'intimité.
Mais pour le courant ordinaire de la vie, il réclame surtout d'elle un soin minutieux et intelligent du ménage, de la cuisine, des enfants, des relations; il la veut maîtresse de maison irréprochable, sans défaillance, sans nervosité, sans plainte. Car ce n'est pas assez pour un mari de posséder une épouse qui soit tour à tour ménagère habile, femme du monde, mère dévouée, il aime à lui voir remplir sa tâche avec une humeur égale et un vaillant sourire.
Enfin, il a besoin d'être plus particulièrement l'objet de ses soins, il veut être la plus chère de ses occupations et il  est infiniment doux à son orgueil de "seigneur et maître" de sentir qu'il est le pivot autour duquel se déploie son activité, il lui plait d'être le centre de tous ses travaux; il aime à constater que sa femme a toujours, comme but final de ses efforts, la pensée de lui être agréable ou de lui rendre service. Dans la matinée, elle se fait cuisinière pour satisfaire sa gourmandise; à midi, elle est accueillante, aimable, elle le distrait, l'entoure de prévenances; quand il part, elle brosse ses habits, refait le nœud de sa cravate, l'embrasse, lui souhaite bonne chance dans ses affaires.
J'entends d'avance ma lectrice se plaindre:
- Vraiment, votre moyen est étrange, je ne vois dans ce tableau qu'une femme exploitée par un égoïsme masculin; croyez-vous qu'un mari ainsi entouré sera aimable, empressé, songera même de temps en temps à me rapporter un bouquet de violettes?
- Pardon, lui répondrai-je, vous m'avez demandé l'art de se faire aimer de son mari, je vous le donne infaillible; maintenant, vous réclamez, je crois, l'art de se faire gâter de son mari; celui-là est moins utile; tous les moyens que je pourrais vous citer sont transitoires et incertains; d'ailleurs, cette science n'est pas nécessaire à votre bonheur.
Votre mari vous aime profondément, voilà l'essentiel; si son affection est mêlée d'une pointe d'égoïsme, tant mieux, elle n'en sera que plus durable. Qu'importe le bouquet de violettes qu'il oublie! Si vous y tenez beaucoup, réclamez-le-lui gentiment; ces attentions délicates supposent des subtilités de tendresse qu'on ne rencontre pas très souvent, même chez les meilleurs époux.

                                                                                                                Mme Elise.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 14 juin 1903.

Plus de blondes.

Plus de blondes.

Il paraît que le nombre des chevelures blondes diminue dans de notables proportions.
C'est un savant anglais qui en fait la remarque, et la cause en serait qu'il y a 77 brunes se mariant sur 100, tandis que 53 blondes sur 100 seulement sont dans le même cas.
On ignore si les blondes ont plus d'aversion pour le mariage que les autres, ou si ce sont les brunes qui sont plus demandées.
Mais la statistique est là pour enregistrer le fait. 
Les enfants bruns et châtains étant, en conséquence,  plus nombreux que les blonds, il en résulte que, si cela continue, dans 300 ans, chiffres à l'appui, les chevelures blondes auront disparu!
Et les poètes amoureux ne pourront plus chanter avec Fortunio:

Nous allons chanter à la ronde,
Si vous voulez,
Que je l'adore et qu'elle est blonde
comme les blés!



Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 14 juin 1903.

samedi 23 novembre 2013

Demande insidieuse.

Demande insidieuse.

Quand on a exécuté récemment le berger Leclerc à Saint-Michel, il a refusé du café, alléguant sa peur d'être empoisonné. Un de ses prédécesseurs devant la guillotine à Chartres, s'est montré encore plus jovial.
Cet affreux gredin, assassin de profession, et condamné à la peine capitale, apprend, un vilain matin, que son recours en grâce étant rejeté, il n'a plus que quelques instants à jouir de l'existence.
Tandis que cet excellent M. Deibler procède à sa toilette suprême et lui échancre largement le col de sa chemise, le directeur de la prison lui demande ce qu'il désire, l'usage, en pareil cas, étant de faire droit aux dernières volontés des condamnés.




D'habitude, ceux-ci, qui ne sont pas très en train et n'ont guère d'appétit, se contentent d'une cigarette ou d'un verre de rhum, et c'est bien ce qu'on entend proposer à notre chenapan.
Mais celui-ci, faisant le loustic, répond d'une voix éraillée:
- Ah ben! pas de refus!
- Que voulez-vous?
- Faut vous dire, j'ai la tête un peu dure...
- Ce n'est pas la question.
- Oh que si.
- Bref, qu'est-ce que vous désirez?
- Apprendre l'anglais!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 7 juin 1903.

Ce qui jamais ne s'était vu.


Ce qui jamais ne s'était vu.

Ceci se passait à Beaucaire (près Tarascon, ne l'oublions pas), à l'époque où la célèbre foire avait sa plus grande vogue. On a publié par toute la ville et sur tout le champ de foire qu'à quatre heures de l'après-midi, on pourrait voir sur le pont suspendu: ce qui ne s'est jamais vu de mémoire d'homme, et cela pour la bagatelle de 4 sous!
Chacun voulant satisfaire sa curiosité à si bon compte, une foule immense se presse sur le pont à l'heure indiquée.
La recette encaissée, on voit s'avancer un homme à cheval drapé dans un long manteau;



Sur le milieu du pont, il s'arrête, criant d'une voix tonnante:
- Regardez tous!
Tirant alors de son manteau un maigre gigot de mouton, il le brandit et, le lançant dans le Rhône, il ajoute:
- De mémoire d'homme a-t-on jamais vu tant de bouillon pour si peu de viande?

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 7 juin 1903.

Léopold a de l'esprit.

Léopold a de l'esprit.

Lors de l'arrivée du roi Edouard VII à Paris, le monarque anglais, descendant du wagon, s'adressa au président de la République:
- Bonjour , monsieur Loubet. Comment allez-vous?
Certaines personnes ne virent en ces paroles qu'une bonhomie franche et loyale, un oubli de l'étiquette bien excusable chez l'ancien prince de Galles.
D'autres au contraire, y trouvèrent en sans gène bien britannique.


Elles dirent: " Que voulez-vous qu'un souverain puisse penser d'un chef d'Etat élu tous les sept ans?"
La réponse est facile, elle tient toute entière dans l'anecdote suivante:
Un jour, le roi Léopold II recevait une délégation du part socialiste belge; le chef de cette ambassade, voulant complimenter le roi, lui dit:
- Quel malheur que vous soyez roi! Vous feriez un si bon président de la République, savez-vous?
- Jamais de la vie, répondit Léopold en souriant finement, c'est demander à un médecin de sa faire vétérinaire.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 7 juin 1903.

vendredi 22 novembre 2013

La côtelette de Charles Hugo.

La côtelette de Charles Hugo.

Sous la monarchie de juillet, Victor Hugo était un des convives des fameux soupers du duc d'Orléans,  que présidait la danseuse Fanny Essler.
L'artiste plaisait fort au grand poète, mais le jeune et beau Charles Hugo plaisait davantage à la jolie fille. Elle le recevait volontiers à dîner, et, le pauvre Charles étant assez mal vêtu, on le pris un jour pour un maître à danser.
Humilié de cette mésaventure, il confia son amour et sa détresse à sa mère, qui lui fit faire un habit.
Victor Hugo, fâché de cette dépense qu'il n'avait pas autorisé, déclara que dorénavant, Charles, n'aurait plus qu'une côtelette à déjeuner, au lieu de deux qu'il mangeait d'ordinaire;
A quelques soirs de là, Victor Hugo se trouve à table près de Fanny Essler. Il lui fait une cour empressée. Le poète était fort galant: la belle parut touchée.
- Demandez quelque chose qui soit en mon pouvoir, belle hôtesse, dit le poète, je vous l'accorde à l'avance!
Elle sourit, et se penchant vers Victor Hugo ravi,



lui glisse à l'oreille, tendrement:
- Dis, rends-lui sa côtelette!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 7 juin 1903.

Si nous gavions nos filles?

Si nous gavions nos filles?

On sait que les Orientaux n'estiment les femmes qu'en fonction de leur poids. Leur idéal est, comme chantent les poètes: "celle dont le visage est rond comme une lune en son plein". Pour obtenir cet effet de pleine lune, ils n'hésitent pas à gaver leurs filles, comme nous le faisons pour les oies et les canards.
Dès qu'une fille a dix ou douze ans, les parents soucieux de son avenir, lui interdisent tout mouvement. Ils lui entravent les pieds, lui lient les mains derrière le dos et la couchent sur un tapis.



Pendant des heures, la mère lui introduit de force dans la gorge des boulettes de maïs concassé et de couscoussou. Armé d'une cravache, le père frappe la victime si elle ne veut pas se laisser engraisser. Au bout de quelques semaines, la jeune fille est grasse à point, et les heureux parents trouvent dans un riche mariage la récompense de leur touchante sollicitude.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 7 juin 1903.