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mardi 25 août 2026

Engrâce.



Engrâce était une jeune noble chrétienne originaire de Bracara Augusta, actuellement Braga, au Portugal. Nous connaissons des détails de sa vie grâce au poète Prudence et son livre Peristephanon.
Engrâce était promise en mariage à un riche duc chrétien de la Gaule narbonnaise. En l'an 303 ou 304 après JC, elle se met en route pour rejoindre son fiancé, avec son oncle Lupercie, sa servante Julia et une escorte de 18 hommes en armes. Il lui fallait traverser l'Espagne. Lors de ce périple, le cortège fait halte à Caesaraugusta, actuellement Saragosse. 
A cette époque les empereurs romains menaient une violente persécution contre les chrétiens, notamment les empereurs Dioclétien et Maximien. Le préfet romain local de Caesaraugusta, le cruel Dacien menait une répression sans merci.
Horrifiée par les tortures infligées aux chrétiens de la ville, Engrâce se rend au palais de Dacien pour plaider leur cause.
Dacien, irrité de voir une femme lui tenir tête, la fait arrêter sur le champ ainsi que toute son escorte. Il imagina ensuite une série de tortures à lui infliger. La première fut la flagellation publique.





Cet épisode a été peint par l'espagnol Bartolomé Bermejo entre 1474 et 1477. 
On voit Engrâce, dénudée, en train d'être fouettée, devant le proconsul Dacien, assis dans un fauteuil. On peut relever une curiosité concernant Dacien. Il porte un turban et des vêtements qui n'ont rien à voir avec la tenue d'un Romain de cette époque, mais plutôt avec celle d'un dignitaire musulman. Il faut se souvenir que les années 1470 en Espagne était l'époque de la Reconquistada de la région de Grenade occupé par les Maures. Pour les Espagnols de l'époque, représenter un romain sous les traits d'un musulman, renforçaient la ferveur religieuse et soutenait la politique locale.
De plus, Bartolomé Bermejo se devait d'être prudent. On pense qu'il s'agissait d'un converso, c'est à dire un juif converti de force au christianisme. Sa femme, Gracia de Palaciano avait d'ailleurs était condamnée par l'inquisition espagnole pour pratique secrète de rites juifs. Il était sous surveillance et ne pouvait se permettre aucune fantaisie.
L'originalité de ce tableau se situe dans le réalisme anatomique d'Engrâce. Au moyen âge, les saints martyrs étaient très stylisés, paraissant insensibles à la douleur.
Après la flagellation, on lui déchira les flancs avec des pinces métalliques, puis pour terminer on lui enfonça un clou dans la tête et on la laissa agoniser. Pendant ce temps, les 18 hommes d'armes furent décapités. Dans la région, on évoque encore de nos jours l'histoire des "Dix-huit Martyrs de Saragosse".

Au Xe siècle, des voleurs s'introduisent dans la crypte où reposait le corps d'Engrâce et lui coupe un bras paré de bijoux. Arrivés en France, les voleurs, qui étaient traqués, cache le bras dans un vieux chêne près d'un village nommé Urdax. Plus tard, des bergers remarquent une chose étrange: un bœuf vient s'agenouiller devant le chêne et ses cornes se mettent à briller de mille feux. Les villageois fouillent l'arbre et découvrent le bras qu'ils décident de garder. Pour le protéger, ils bâtirent une très belle église romane et rebaptisèrent le village "Sainte-Engrâce", nom qu'il porte toujours.

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