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samedi 22 août 2026

Tournures.









 
Caricature argentine nommée "Surtido de Tournures" (Assortiment de tournures)  parue en 1885 dans le journal "El mosquito".

On appelait "tournure" ou faux-cul un accessoire de mode largement partagé en Europe et particulièrement par l'Angleterre victorienne. La tournure se plaçait sous les jupes des femmes pour accentuer leur volume fessier.
Le dessinateur imagine des différents rembourrages que les femmes pouvaient utiliser selon leur métier ou leur classe sociale.

La de mi prima (celle de ma cousine): Le volume est obtenu à l'aide d'un coussin.
De la cocinera (de la cuisinière): La cuisinière utilise une grosse casserole ou un faitout qu'elle a glissé sous sa jupe.
De la mujer del vigilante (de la femme du gardien): là, c'est une lanterne allumée, dont la lumière traverse le tissu de la jupe.
De una de aquellas (de l'une de "ces femme-là"): une courtisane, fumant une cigarette, utilise des ballons gonflables pour tromper sur ses formes.
De una beata (d'une bigote): une femme pieuse cache un bénitier ou un pupitre d'église sous ses vêtements.
De la hija del musico (de la fille du musicien): elle utilise un tambour attaché à ses reins.
De la sirvienta (de la servante): un panier en osier, servant aux courses ou à transporter du linge, fait l'affaire.
De la maestra de escuela (de la maîtresse d'école): une pile de livres sanglée assure le volume nécessaire.
De mi tia la solterona (de ma tante vieille fille): la tante a utilisé une cage à oiseau, avec un oiseau à l'intérieur, pour le rembourrage.

Cette vision satirique, peut surprendre, mais il faut reconnaître que la mode féminine au XIXe siècle a subi une évolution chaotique.

De 1830 à 1850: La taille rétrécit et la bas de robe s'élargit. Pour donner du volume, les femmes portent jusqu'à sept à huit jupons de coton ou de lin. C'est extrêmement lourd  et chaud à porter et la marche est entravée. Pour diminuer le nombre de jupons tout en conservant la forme, on fabrique des tissus rigides fait de crin de cheval et de fil de lin pour créer des jupons de soutien. Ces accessoires en crin de cheval donneront le nom de crinoline.

De 1850 à 1864: Tous ces jupons sont remplacés par une structure constituée de cerceaux d'acier reliés par des rubans breveté par l'américain Thomson. La structure est très légère, c'est une libération pour la femme, les jambes sont libérées.
En 1860, le volume devient gigantesque atteignant parfois plus de deux mètres de diamètre. Les femmes ne peuvent franchir les portes de face et ne peuvent s'asseoir. La crinoline devient l'accessoire favori des humoristes.

De 1864 à 1869: La crinoline ronde lasse les femmes et apparaît alors la forme elliptique, le volume migre vers l'arrière. Le devant de la robe s'aplatit tandis que les cerceaux métalliques assurent un volume gigantesque à l'arrière.

De 1869 à 1875: Ce déport de forme a ouvert la porte aux "faux-culs". La crinoline disparait et le volume est uniquement concentré sur le fessier. On utilise une demi-cage de cerceaux ou un coussin de crin attaché à la taille. Pour ne pas trop gêner les dames, le faux-cul est appelé "tournure". La robe est directement drapée dessus.

De 1876 à 1881: Cette période forme une parenthèse, la mode impose une silhouette verticale. La femme est moulée dans une robe très étroite resserrée aux genoux, appelée "robe princesse" ou "cuirasse". Les femmes sont contraintes par ces robes de marcher à petits pas.

De 1882 à 1888: C'est le retour en force de la tournure mais de façon plus géométrique, instaurant le profil "tablette". Le dos forme un angle de 90° avec le bas du dos comme un pouf. C'est l'époque de la caricature qui tourne en dérision cette mode. Pour obtenir, cet angle, les structures métalliques de la robe sont munies de ressorts ce qui permet à la tournure de s'aplatir lorsque la femme s'assoit. Une fois relevée, les ressorts retendent la tournure.

La fin du siècle voit disparaître toutes les structures métalliques, pour revenir au naturel incarné par la mode "Belle époque".

Les modes sont toujours critiquables, mais la crinoline était aussi dangereuse. On estime que plusieurs milliers de femmes sont mortes brûlées vive à cause de la crinoline. En effet, les robes étaient constituées de dizaines de mètres de tissus très inflammables, comme la gaze de soie, le mousseline de coton. En raison de la taille des robes les femmes ne se rendaient pas compte qu'elles frôlaient une bougie ou une cheminée. L'air s'engouffrait sous la robe activant le feu. Un fois celui-ci déclaré, il était impossible à la femme de retirer rapidement la robe enflammée, celle-ci étant solidement sanglée à la taille.
Mais la crinoline, de part son ampleur, était aussi dangereuse dans le quotidien. Beaucoup de femmes furent entraînées sous les roues des calèches ou les portes des premiers tramways car elles ne contrôlaient pas l'arrière de leur parure.
Le vent était aussi un danger, la robe se comportant comme une voile de bateau. La presse de l'époque relate de nombreux cas de femmes emportées ou déséquilibrées sur des falaises ou des ponts.
La tournure avait aussi ses inconvénients notamment sur la santé. Pour accentuer l'effet de la tournure, les femmes devaient porter leur buste en avant afin d'adopter un profil en S. Leur démarche s'en trouvait affectée et elle était surnommée la "marche de la poule". Cette attitude provoquait des douleurs chroniques au dos. La taille devait être minuscule. Le corset était indispensable, ce qui comprimait l'estomac et le foie et réduisait la capacité pulmonaire. La tournure et la robe pouvaient peser jusqu'à cinq kg ce qui accentuait les risques, causant souvent les trop célèbres évanouissements victoriens.
Ces abus donnèrent naissance en Angleterre en 1881 à la Rationnal Dress Society qui proposait d'interdire les vêtements de plus de 3 kg (hors manteaux), de remplacer les cerceaux rigides par des pantalons bouffants (bloomers), d'éliminer les structures comprimant la cage thoracique et la colonne vertébrale.

La pratique de la bicyclette finit par mettre tout le monde d'accord.

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