Translate

dimanche 22 septembre 2019

Gare aux microbes.

Gare aux microbes.







Le Monsieur.- Voila cinq minutes que je mouille ce timbre et il ne colle pas.
L'Employée.- C'est curieux, dix fois on me l'a rapporté pour le même motif.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 26 août 1906.

samedi 21 septembre 2019

Paris, province de Russie.

Paris, province de Russie.


L'affaire de ces étudiants et étudiantes russes Sokoloff et Spéranska, traduits devant le tribunal correctionnel pour avoir fabriqué et détenu des bombes, est encore présente dans toutes les mémoires. Par le curieux article que nous sommes heureux de leur offrir, nos lecteurs apprendront la vie, les mœurs et les pensées de la pittoresque province de Russie qui a émigré à Paris.





L'affaire des anarchistes russes vient d'appeler un instant l'attention sur les réfugiés politiques russes dont le nombre, à Paris, s'accroît de jour en jour. Actuellement on en compte plus de 900 parmi lesquels de nombreux étudiants et étudiantes. Ils forment à eux seuls une véritable colonie russe qui a son centre dans les 5e, 13e et 14e arrondissements.

A la glacière.

Mais c'est principalement dans la triste rue de la Glacière*, dont le nom évoque dans l'esprit de certains d'entre eux, le climat peu hospitalier de la froide Sibérie, que la plupart des Russes à Paris ont établis leurs pénates. Ils habitent, en les vastes immeubles de ces quartiers pauvres, de petits logements d'où le luxe est banni et que meublent sommairement une table, une armoire, un poêle et... plusieurs lits... car c'est à plusieurs que les étudiants occupent ces locaux exigus. L'esprit de communauté si répandu en Russie se manifeste ici dans les hôtels, au Restaurant et dans les familistères, où Slaves de tout sexe se réunissent pour s'entretenir des événements de là-bas et se préparer eux-mêmes aux luttes futures pour l'émancipation de leur pays.
Nulle part ailleurs que chez les étudiants et les étudiantes russes, on ne trouve plus parfaite entente et plus tenace cohésion. Un même idéal, voir leur pays heureux et libre est la cause initiale de cette promiscuité... purement intellectuelle qui réunit étudiants et étudiantes russes.

L'étudiante russe.

A vrai dire, l'étudiante russe ne cherche guère à séduire. Ne vivant que pour son idée, elle dédaigne apporter à sa toilette les soins minutieux de la Parisienne. Elle ignore les servitudes de la mode. Petite de taille, rarement jolie, mais toujours intelligente, les cheveux souvent coupés à la garçon ou coiffés parfois en bandeaux, vêtue de vêtements étriqués et chaussée de vastes bottines, l'étudiante russe constitue une des silhouettes les plus originales du quartier Latin où on la rencontre, soit sur les bancs de la Sorbonne, soit sur les chaises de la bibliothèque Ste-Geneviève. Mais elle ne va pas à la Sorbonne pour entendre M. Brunetière*, pas plus qu'elle ne se rend à Ste-Geneviève pour lire les œuvres de M. Bourget*, car les pédagogues l'agacent et les psychologues l'énervent. Elle ne se plait qu'au cours de littérature de M. Lanson* ou à la lecture des œuvres de Fourrier, de Karl Marx, de Proudhon, de Kropotkine, de Bakounine et de tous les sociologues. Toutefois, si elle est nihiliste, l'étudiante russe se plait également à l'étude de la chimie, enseignée à la Faculté des Sciences. Etudiants et étudiantes russes vivent très modestement. il est rare que leur loyer dépasse 800 fr. par an. Quant à leur nourriture, elle se compose des mets russes que leur sert pour des prix modiques leur restaurateur de la rue Vauquelin car la colonie russe de la rive gauche a son restaurant à elle, restaurant tenu par des russes où l'on ne sert que des mets russes, parmi lesquels domine le caviar qui est toujours accueilli avec une ferveur vraiment patriotique et un appétit réellement révolutionnaire. Les deux vastes salles dont se compose ce restaurant sont toujours remplies, de midi à 2 heures et de 6 heures à 7 heures d'une foule bruyante de clients au type slave ou sémite. 
Des célébrités russes y sont passées, parmi lesquelles  Matouchenko*, le chef des marins révoltés du Potemkine et le fameux pope Gapone*, lors de son séjour à Paris. Alexandre et Victor Sokoloff, les condamnés de la correctionnelle, y étaient déjà bien connus ainsi que Sophia Speranska, leur amie*. On y aperçoit parfois la haute et robuste silhouette de M. Roubanovitch, qui habite à côté, au coin des rues Lhomond et Vauquelin.
Le budget de l'étudiante est très maigre, et toutes ne peuvent prendre leur repas au restaurant russe, quelque modiques qu'en soient les prix. Certaines d'entre elles n'ont un budget que de 45, 50, 60 ou 70 fr. à dépenser par mois.
Or, voici, d'après les documents puisés à bonne source, quelles sont les dépenses journalières d'une étudiante qui a un budget de 60 fr. par mois, 2 fr. par jour. Et l'on sait que la vie coûte cher à Paris!

Le matin, café noir ou thé... 0,10
Déjeuner à midi:
2 œufs ou une côtelette... 0, 30
1 fruit ou fromage... 0,15
Pain... 0,10
Pas de vin.
Un verre de café ou gwass (bière)... 0,15
Dîner:
Un bouillon ou une tasse de chocolat...0,20
Pain (2 croissants)... 0,10
Une coquille de beurre ou de simili beurre... 0,10
Chambre de 25 francs par mois, partagée avec une amie qui en paie la moitié, 12 fr. 50 par mois (avec pourboire), par jour... 0,45
                                    Total... 1,65
Reste 0,35 pour la toilette et les menus-plaisirs.

Aussi peut-on juger, d'après ces prix, du peu de luxe de cette toilette et de la rareté de ces menus-plaisirs.
M. Roubanovitch, professeur de chimie à la Sorbonne, est le chef aimé et respecté de toute cette jeunesse. C'est aussi leur conseil et leur modèle. ils savent tous que le savant professeur a lutté toute sa vie pour la cause de la liberté, de la justice. Ils savent qu'il fut l'un des membres les plus influents de la redoutable société russe"Norodnaja Volja", La volonté du peuple!, qui pendant plusieurs années terrifia le gouvernement russe, et dont la plupart des membres ont péri sur l'échafaud ou furent enterrés vivants dans la forteresse de Schlusselbourg*. M. Roubanovitch est encore membre de ce parti révolutionnaire et de ce comité secret dont les décisions redoutables font osciller depuis quelque temps l'énorme trône moscovite qu'on croyait inébranlable.
Naturalisé Français depuis longtemps, fonctionnaire de la République puisqu'il enseigne à la Sorbonne, M. Roubanovitch est à l'abri des griffes de la police impériale russe qui donnerait beaucoup pour le tenir mort ou vif!
Très accueillant, apportant à ses compatriotes son aide moral et pécuniaire, M. Roubanovitch jouit d'une prestigieuse sympathie et d'une grande popularité parmi les réfugiés russes dont il dirige le journal.


Le journal des étudiants russes et des réfugiés russes.

La Tribune russe. Tel est le titre du journal des russes à Paris. Aucun événement politique ne se passe en Russie sans qu'aussitôt il soit signalé par ce journal, qui traite à la fois des questions politiques, économiques et sociales. L'article leader, signé la plupart du temps par M. Roubanovitch, est toujours conçu dans la forme virulente ainsi qu'il convient à un journal révolutionnaire. On y voit également les vues prises durant les massacres, malheureusement si fréquent en Russie, et des portraits des célèbres révolutionnaires. Très bien renseigné, il est lu avidement par les étudiants et étudiantes russes.

Les réunions secrètes.

Plusieurs fois par mois, les étudiants et réfugiés russes se réunissent à l'Alcazar d'Italie, pour discuter entre eux des questions politiques et sociales intéressant leur pays. Ces réunions sont strictement secrètes, car les révolutionnaires ont à se méfier des policiers du tzar qui notent soigneusement leurs paroles, prennent leur signalement pour l'envoyer à la 3e section du Ministère de la police de Pétersbourg. Malheur à celui qui, signalé ainsi, s'avise de retourner en Russie. A peine a-t-il franchi la frontière russo-allemande qu'il est arrêté et expédié, par mesure administrative, c'est à dire sans autre forme de jugement dans les bagnes de Sibérie. Car de tels procédés sont encore de règle courante dans l'Empire moscovite. Le pauvre diable qui a eu le malheur de déplaire en haut lieu ou qui a commis l'imprudence d'exprimer devant témoins une pensée libérale, un blâme même timide contre "les bureaux", contre l'administration unanimement contestée et maudite en Russie comme étant la cause de tous les troubles graves qui agitent le pays, est saisi, jeté dans l'un de ces convois de prisonniers que Tolstoï a décrits comme l'un des enfers les plus effroyables où les hommes puissent descendre et littéralement enterré vivant dans les steppes glacées du Nord.
Aussi, les réfugiés russes prennent-ils un soin tout particulier, se livrent-ils à une surveillance rigoureuse pour exclure les policiers, au sein de leurs délibérations. Et ils sont impitoyables lorsqu'ils en découvrent parmi eux. On se souvient encore de la scène vraiment dramatique qui se déroula il y a quelques mois à l'Alcazar d'Italie. Deux policiers qui s'étaient présentés comme révolutionnaires à la réunion, furent reconnus; saisis au collet par la foule, jetés sur l'estrade où, malgré leurs protestations d'innocence, ils furent démasqués, signalé comme traîtres et fouettés en public. Ils auraient subis un sort  encore plus fâcheux, sans l'intervention de M. Roubanovitch, qui les arracha à temps à la fureur vengeresse de ses compatriotes.

Le professeur Roubanovitch arracha
les policiers aux fureurs de ses compatriotes.

Ajoutons, pour terminer, que depuis cette époque oncques ne vit de policiers aux réunions des partisans de la Révolution russe... futurs membres de la Douma réélue.

                                                                                                                               Guy Peron.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 19 août 1906.



* Nota de Célestin Mira:

* Rue de la Glacière:



* M. Brunetière:

Ferdinand, Vincent-de-Paul, Marie Brunetière,
historien et critique littéraire.

* M. Bourget:

Paul Bourget.

* M. Lanson:

Gustave Lanson,
historien de la littérature et critique littéraire.

* Matouchenko:


Afanassi Matouchenko,
fut le principal meneur de la révolte
du cuirassé Potemkine.
* Pope Gapone:


Gueorgui Apollonovitch Gapone.

* Alexandre et Victor Sokoloff, Sophia Speranska:



* Forteresse de Schlusselbourg:






jeudi 19 septembre 2019

Les étrangleurs de Londres.

Les étrangleurs de Londres.

Un des procédés les plus familiers de nos Apaches nationaux, en mal d'agression nocturne, est le "coup du père François"* qui se pratique avec un foulard. Les bandits de Londres ont aussi leur truc favori, l'attaque au lasso. Elle est singulièrement redoutable, car la longueur de la courroie de corde ou de cuir qui vous enserre inopinément le cou, paralyse toute défense. Les étrangleurs de Londres, aussi habiles que des cowboys au lancement du lasso, procèdent en toute sécurité; cachés derrière un arbre ou dans le renfoncement d'une porte, malheur au promeneur isolé! La courroie siffle dans l'ombre et étreint la gorge: on peut périr en quelques minutes par strangulation.
Les honnêtes gens exposés à rentrer tard, ont trouvé un moyen de "self-defense" assez original et qui consiste en un mince collier d'acier qu'ils se passent autour du cou, par-dessus le faux col. Cet appareil déjoue les ruses des malandrins: le lasso n'a plus d'effet sur le collier et on s'en débarrasse facilement.
Il est fréquent, à la sortie des théâtres, de voir des gentlemen en habit mettre leur collier en place. Ganté de velours, il semble de loin une cravate et passe inaperçu. Un bon pistolet à répétition complète l'armement.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 19 août 1906.

* Nota de célestin Mira:

* Le coup du père François:

Le coup du Père François.

Le pain des sorciers.

Le pain des sorciers.

On pourrait supposer que la magie n'est plus et que les pratiques d'envoûtement ne se sont pas conservées dans notre siècle de science. Il n'en est rien. Il existe un peu partout, dans les villes et dans les campagnes, des officines occultes où les naïfs vont chercher des guérisons problématiques ou des sortilèges.
Comme aux beaux jours du moyen âge, sorciers et sorcières composent des philtres d'amour et des drogues aux vertus mystérieuses.
Un chimiste a pu analyser récemment le fameux pain des sorciers. En voici la composition:

Farine d'avoine: 50 grammes.
Farine d'amandes amères: 5 grammes.
Basilic pulvérisé: 5 grammes.
Semences de cresson alénois: 5 grammes.
Graines de chanvre concassées: quantités variables.
Racine de cynoglosse pulvérisée: 1 gramme.
Feuilles de verveine en poudre: 2 grammes.

Il paraît qu'il suffit de faire manger ce pain à la personne que l'on souhaite en mariage pour qu'elle devienne amoureuse de vous. Malheureusement, il y a la manière de le préparer et de le cuire, la manière de l'administrer et vous n'y réussirez pas... à moins d'être sorcier vous-même.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 12 août 1906.

mercredi 18 septembre 2019

Celles de qui on parle.

Mme Bartet.

Sans être précisément une enfant de la balle, Mme Bartet appartient à une famille à qui les choses de théâtre sont depuis longtemps familières. Sa grand'mère a rendu à la Comédie-Française des services dévoués, mais sans éclat: elle n'était qu'une ouvreuse. Le père de Mme Bartet était également un serviteur de l'art: il faisait partie De la garde qui veille aux barrières du Louvre, c'est à dire qu'il était gardien de musée. (Les alexandrins viennent d'eux-mêmes quand on parle de la fameuse tragédienne.)
A douze ans, Mme Bartet, qui s'appelait alors Julia Regnault et qui accompagnait souvent sa grand'mère au théâtre, s'éprit follement du spectacle et de celui qui personnifiait à ses yeux l'art dramatique: Delaunay*. Instruit de cette passion, Delaunay désira connaître l'enfant: celle-ci lui déclara avec assurance qu'elle voulait faire du théâtre. Delaunay approuva... et la fit reconduire chez ses parents. On la plaça dans les modes. C'est très joli, les chapeaux et les fleurs, mais la petite tenait à son idée et manœuvra si bien, qu'aidée par une actrice, Mme Pruvost-Pousin et son camarade Régnier*, elle quitta à dix-sept ans l'atelier pour le Conservatoire.
Régnier l'avait prise dans sa classe. Au bout de deux ans, elle en sortit avec un second accessit de comédie seulement. Elle relevait de maladie et était passée devant le Jury à la fin de la journée, après toutes ses concurrentes: peut être son jeu avait-il été moins brillant que celui des autres. Francisque Sarcey* fut un de ceux qui en pénétrèrent le charme et la délicatesse.
Depuis cette époque (1873) la carrière de Mme Bartet* se raconte en quelques mots: elle a joué au Vaudeville pendant sept ans et ensuite au Théâtre Français, où elle fut nommée sociétaire en moins d'un an et demi et dont elle est aujourd'hui la doyenne.



De son talent, je ne dirai que peu de choses car il est inutile d'ajouter des épithètes à toutes celles qu'on lui prodigue généralement et qui se résume dans le surnom flatteur qui est le sien: la divine. Si elle a séduit tant d'admirateurs, c'est, je crois, grâce à la mesure, au tact dont elle a fait preuve; c'est à cela qu'elle doit d'être toujours égale à elle-même, soit qu'elle aborde la tragédie ou la comédie.
Par contre, certains critiques l'accusent d'impassibilité et regrettent de ne pas trouver dans son jeu ces élans de passion qui ont fait la réputation de Sarah Bernhardt.
Cette mesure que Mme Bartet met dans l'expression de ses rôles, comme dans ce qu'elle livre de sa vie privée, lui vaut une grande considération dans la compagnie solennelle à laquelle elle appartient. Les pouvoirs publics eux-mêmes ont arrêté leur attention sur cette artiste qui s'est consacrée à son art, et on lui a donné, pour ce simple motif, la croix de la Légion d'honneur. C'est la première comédienne qu'on ait décoré, pour sa carrière d'artiste, sans chercher à justifier cette faveur par des prétextes pris au dehors du théâtre.
Ah! pourquoi faut-il que Mme Bartet, qui avait donné une nouvelle preuve de son intelligence en se réjouissant de cette victoire sans fracas, pourquoi a-t-elle adhéré à l'Oeuvre des Amis des éléphants? Dites-nous, Madame, ce que vous avez à faire avec ces intéressants mais lourds pachydermes, et quel concours vous donnerez à ceux qui ont formé le noble projet d'en perpétuer l'espèce? Vous ne songez pas sérieusement à prendre part à une représentation au bénéfice des éléphants veuves et orphelins? Vous n'allez pas renvoyer votre dévouée femme de chambre pour la remplacer par un de ces ruminants, même s'il vous arrivait au bras de votre camarade Truffier* qui s'est déclaré, lui aussi, ami des animaux à trompe. On vous en conjure, cessez de penser à l'avenir des éléphants et d'assombrir par ce souci votre front; sans quoi, nous serions contraints, nous, de fonder "l'oeuvre des amis de Mme Bartet", pour protéger contre elle-même l'exquise interprète de Sophocle et d'Hervieu.

                                                                                                                                   Jean-louis.

Mon Dimanche, revue populaire et illustrée, 3 juin 1906.

* Nota de Célestin Mira:

* Delaunay:

Louis Arsène Delaunay.

* Régnier:

François Regnier de la Brière.


* Francisque Sarcey:



* Mme Bartet:

Jeanne Julia Bartet.

* Truffier:

Jules Truffier.

mardi 17 septembre 2019

Ce que disent les oreilles.

Ce que disent les oreilles.

Une oreille mince et angulaire annonce presque toujours un mauvais caractère.
Si les lobes sont minces et petits, il y a probabilité pour que vous ayez affaire à un esprit délicat et raffiné dans ses goûts.
Ceux qui ont des dispositions musicales ont généralement les oreilles largement développées et proéminentes.
On a déjà remarqué que presque tous les grands penseurs, philosophes, diplomates et littérateurs étaient doués d'oreilles bien ouvertes, à lobes arrondis.
Les oreilles de Napoléon n'étaient pas trop grandes, les lobes en étaient bien formés et correctement recourbés.
Chez les dames, on a remarqué qu'une oreille qui rougit, c'est à dire se nuance en rose rapidement, annonce une nature aimante, douce et modeste.
Une oreille au lobe fin, bien arrondi et d'une blancheur constante est signe d'un caractère passionné et dominateur.
Messieurs, avant de vous choisir une compagne, regardez bien les oreilles de vos fiancées.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 3 juin 1906.

Ceux de qui on parle.

M. Gabriel Fauré.


"Prenez ce remède pendant qu'il guérit" recommandait un médecin. Jean-Louis s'est dit: Parlons de M. Fauré pendant qu'il dirige. Que dirige M. Fauré, se demanderont, j'en suis sûr, bon nombre de lecteurs. Quelques-uns, mieux informés, penseront: c'est un musicien, il dirige évidemment un orchestre. Ceux-là approcherons de la vérité. Mais l'orchestre si l'on peut dire, qui a M. Fauré à sa tête, est très homogène: il se compose d'exécutants divers, les uns professeurs, les autres élèves, qui ne cherchent autre chose qu'à s'éclabousser mutuellement de leur talent et de leur chic et qui collaborent non pas à une symphonie, mais à une épouvantable cacophonie: car c'est le Conservatoire National de musique et de déclamation, titre que l'on devrait, pour plus d'exactitude, écrire: Conservatoire de musique et de réclamation.
Les élèves du Conservatoire ne croiraient pas faire consciencieusement leur apprentissage d'artistes et de comédiens s'ils ne se montraient pas un peu turbulents et jaloux. C'est pourquoi ils réclament quand un ou une camarade semble attirer l'attention d'un professeur, quand ils n'ont pas de récompense, ou même quand ils en ont, parce qu'ils en désireraient une autre. Les professeurs leur donnent l'exemple, en protestant si le ministre leur donne un collègue qui ne leur plait pas, si le jury ne récompense pas tous leurs élèves, ou si l'on veut les obliger à faire leur classe.
Il est d'usage que celui qui doit faire, de son mieux, régner l'harmonie dans cet établissement soit un musicien, mais non le premier de tous. On a donc envoyé M. Fauré après Auber, Ambroise Thomas et M. Théodore Dubois. Toutefois, averti par l'expérience, le ministre s'est préoccupé des inconvénients qu'il y avait à donner tant d'autorité à des personnes qui ne savent pas s'en servir; et pour éviter que M. Fauré qui, somme toute n'avait pas fait de tort à l'art musical par ses œuvres, ne lui en fit par sa direction, on étendit les pouvoirs de M. Bourgeat, le secrétaire du Conservatoire, et l'on dit au nouveau directeur: "Jusqu'à présent, vous touchiez de l'orgue et de modestes appointements; vous en recevrez à l'avenir de beaucoup plus gros. Tout ce qu'on vous demande, c'est de continuer à faire tranquillement votre petite musique."




Les musiciens n'aiment pas le bruit. Ce poste discret tenta M. Fauré et il l'occupe si docilement qu'on l'appelle, là-bas "le meilleur élève du Conservatoire". Son arrivée fut accompagnée de réformes trop soudaines pour qu'on puisse les attribuer au directeur, à peine installé, qui en accepta la responsabilité. On pria notamment les professeurs de ne plus faire l'école buissonnière, ce qui ne fut pas du goût de chacun: MM. de Féraudy et Le Bargy donnèrent leur démission, la dignité de ces messieurs leur interdisant de remplir avec exactitude des fonctions sollicitées par eux. Ils partirent en faisant claquer les portes, mais M. Fauré ne les entendit pas, étant occupé à mettre en musique le sonnet d'Arvers.
M. Fauré représente le goût classique. On l'a comparé à Schumann et à Schubert, c'est très flatteur. Il n'est pas encore de l'Académie, mais il y entrera un jour et ce sera la deuxième fois que l'on parlera de lui.

                                                                                                                        Jean-Louis.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 27 mai 1906.

Nota de Célestin Mira:

Gabriel Fauré est né en 1845, à Pamiers, où son père était instituteur. Il n'a pas été l'élève du Conservatoire, où il entra seulement comme professeur de composition en 1896, après avoir été successivement organiste à Rennes (1866), puis dans les églises de Paris: Saint-Sulpice (1870), Saint-Honoré, La Madeleine (1896).
Parmi ses compositions on apprécie surtout ses mélodies, sur des paroles de Verlaine, de Baudelaire, d'Albert Samain etc., ses œuvres religieuses: Requiem, Ecce fidelis, Tantum ergo; des morceaux d'orchestre: La Naissance de Vénus, Prométhée, musique pour Caligula, Shylock, Pelleas et Mélissande, des morceaux de piano, etc.



Gabriel Fauré: il pleure dans mon coeur, poème de Verlaine.








Un marchand de plaisir.

Un marchand de plaisir.

- Régalez-vous, mesdames, voilà le plaisir!*
Tous les ans, au moment où Paris embaume le printemps, le vieux marchand, portant sa haute boîte de fer blanc, paraît sous les arbres des squares.
Il est tout cassé, tout rabougri, le vieux marchand au nez rouge, il marche à petits pas, mais il y a tant de joie dans ce seul mot: Plaisir!, que l'on évoque sous son habit usé, verdi de pluie, et sous son feutre trouvé quelque falote silhouette de la Régence.
- Régalez-vous, mesdames, voilà le plaisir!
Par tradition, le vieux marchand s'adresse aux dames, mais ce sont les petites filles à larges ceintures qui sont ses clientes, les petites filles et les moineaux bruyants qui voltigent parmi les branches et qui picorent les miettes qu'il laisse tomber sur son passage.
- Rouge, blanc, 2, 5, 10 avec un bruit de cri-cri, au hasard, l'aiguille tourne sur le cadran de la boîte rouge, et pour deux sous, pour deux sous l'on gagne tant de plaisir que, les mains n'y suffisant plus, on est obligé d'en manger!
De la couleur de l'ambre, léger comme le rire, saupoudré de sel blanc comme un matin de rosée, croustillant, roulé en cornet pour contenir la joie et justifier son nom charmant, tel est le plaisir...
Régalez-vous, mesdames, voilà le vieux marchand de plaisir qui passe; le plaisir, c'est le printemps, et ce cornet fragile s'appelle aussi un oubli.

                                                                                                                      Paul Leclercq.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 20 mai 1906.

* Nota de Célestin Mira:

source: france-pittoresque.com

Au XIXe siècle, on entendait crier dans les rues: Voilà l'plaisir, mesdames, voilà l'plaisir. Dans les siècles précédents, les marchands de plaisirs étaient appelés des "oublieurs" car ils vendaient des gâteaux appelés "oublies". Une oublie était fabriquée à base de farine, d'eau, de lait ou de vin blanc et était cuite entre deux fers comme des gaufres.

Une oublie.

Le nom d'oublie fut donné à ces gâteaux parce qu'ils étaient si légers qu'après les avoir mangés, on ne s'en souvenait plus. Le mot "plaisir" fut substitué à celui d'oublie par analogie avec son caractère éphémère.


Marchande de plaisir.



Laitière et oublieur au XVIIe siècle.


Marchand de plaisir vers 1900.


lundi 16 septembre 2019

Ceux de qui on parle.

Alfred Bruneau.


M. Alfred Bruneau, qui s'appelle encore Louis, Charles et Bonaventure, est né à Paris, voici quarante neuf ans. Il entra au Conservatoire où il suivit les leçons de Massenet pour la composition et remporta le premier prix de violoncelle. Quelques années plus tard, il obtenait le second grand prix de Rome.
Dès son jeune âge, il fit naturellement l'orgueil de sa famille et l'admiration des invités. On rappelle à ce propos qu'un vieil ami de la maison, qui restait seul indifférent à la virtuosité de l'enfant, s'attira les reproches d'un parent.
- Allons, n'aurez-vous pas un mot gentil pour notre Alfred? lui dit-on à voix basse.
Le vieillard, peu mondain, était incapable de déguiser ses sentiments dans un compliment fade. Voulant néanmoins témoigner de l'intérêt au jeune musicien, il s'approcha de lui en lui pinçant paternellement l'oreille: "Eh bien, nous avons déjà fini, petit tapageur".
En 1887, le "tapageur" fit jouer son premier opéra Kérim au théâtre du Château-d'Eau.
M. Bruneau s'était mis en tête de rompre avec la tradition et les sujets conventionnels, et comme il ne voulait pas davantage recourir à ce moyen trop simple qui commençait à entrer en pratique, l'imitation de Wagner, il eut l'idée de mettre en musique les œuvres de Zola. Plût au ciel qu'il n'en ait eu que l'idée! Mais il se mit bel et bien à l'oeuvre, et en 1891, il donnait à l'Opéra-Comique le Rêve*, dont le livret, signé par Louis Gallet, était presque entièrement  de la main de Zola. Le Rêve ne connut pas un de ces succès qui restent légendaires, le public l'écouta dans le calme et n'en troubla pas la représentation par des applaudissements immodérés.




Cet opéra dut cependant avoir une carrière assez fructueuse, puisque le directeur de l'Opéra-Comique, M. Carvalho commanda à M. Bruneau un autre ouvrage un peu plus mouvementé. Ce conseil fut pris au mot: M. Bruneau écrivit l'Attaque du moulin*, épisode de guerre, dont nos lecteurs ont pu suivre les dramatiques péripéties dans Mon Dimanche, qui a publié cette nouvelle l'an dernier.
L'Attaque du moulin reçut un accueil sympathique qui acheva de persuader M. Bruneau que sa mission sur cette terre était de transformer en opéra tout ce qu'avait écrit Emile Zola. il composa donc Messidor*. Messidor est un opéra social; on y entend les revendications ouvrières formulées en musique. Cette oeuvre témoigne évidemment d'une excellente intention, mais elle n'a servi, je le crains bien, ni les intérêts du peuple ni ceux de l'art lyrique.
Deux autres opéras: l'Ouragan*, puis l'Enfant-Roi fournirent à M. Bruneau la preuve que la recherche outrée du réalisme ne s'accommodait pas encore au goût des amateurs de musique et de chant. Mais M. Bruneau est têtu et il remplira sa mission jusqu'au bout, c'est à dire jusqu'à ce qu'il ne trouve plus de théâtre pour le jouer; il possède encore trois poèmes écrits par Zola*. Il en fera des opéras, ou ce qu'il appelle ainsi, et puis il mettra en musique la Faute de l'abbé Mouret et, qui sait, peut-être ensuite l'Assommoir et pour finir l'Histoire de M. Thiers.
Les personnes qui, ayant entendu les opéras de M. Bruneau, désireraient faire plus ample connaissance avec l'auteur, pourront lire les critiques musicales qu'il a publiées dans certains journaux et qui formeraient aujourd'hui plusieurs volumes. Ce genre de littérature peu folâtre s'est enrichi, grâce à lui, de longues pages, qui ont dû donner le spleen à plus d'un typographe.

                                                                                                                             Jean-Louis.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 13 mai 1906.

* Nota de Célestin Mira:

* Alfred Bruneau:

Alfred Bruneau.


* Le Rêve d'Alfred Bruneau:







* L'Attaque du moulin d'Alfred Bruneau:







* L'Ouragan d'Alfred Bruneau:





* Messidor d'Alfred Bruneau:





* Lazare, poème lyrique écrit par Emile Zola, d'Alfred Bruneau:






* Alfred Bruneau,  Romance pour cor.



Folies de millionnaires.

Folies de millionnaires.


Quand on est riche, depuis peu ou depuis longtemps, il est naturel qu'on veuille se distinguer, n'est-ce pas?
Cet hiver, à Londres, il est probable que l'on va revoir pas mal de gens, qui tiennent à ce qu'on les sache favorisés par la fortune, prendre l'attitude navrée qu'ils avaient prise déjà, l'année dernière. Il leur arrive, en effet, un grand malheur. Il y a eut la guerre entre la Russie et le Japon.
Eh bien! direz-vous, la guerre est finie. Ils n'ont plus à gémir sur ces tristes hécatombes...
Bah! vous n'y êtes pas! Ce sont là des soucis et des sentiments vulgaires. Nos gens ont un autre motif de s'affliger, plus sérieux et plus grave.
Ils ne peuvent plus manger de caviar!
Le caviar est un mets qui se compose, vous le savez, d’œufs d'esturgeons. Or, il n'y a plus d’œufs d'esturgeons ou, s'il y en a, ils restent dans les rivières, parce que les pêcheurs étaient occupés, hier, à la guerre, et le sont, aujourd'hui, à la révolution. Comprenez-vous tout ce que doit souffrir un Anglais bien renté, qui se voit si malencontreusement dérangé dans ses plus chères habitudes? S'ils y songeaient, les empereurs et les peuples hésiteraient à se mettre en guerre ou en révolution.

Quelques modes de Paris.

Chez nous, que mangeront les beaux messieurs et les belles dames qui se flattent de ne pas manger comme tout le monde?
Les "nids d'hirondelle" sont trop connus, on ne se distingue plus en en servant à sa table. Les œufs couvés, conservés six mois dans le foin, ont été à la mode. C'est passé. La soupe à la tortue est commune. Il y a bien les côtelettes de chien qu'on essaya de lancer, avec les gigots de chèvre, voilà quelque quatre ou cinq ans. Si l'on y revenait?...
Oui, mais en tout état de cause, ces choses-là ne seront jamais assez chères. On ne se distinguera  jamais beaucoup, ni longtemps, en mangeant des côtelettes et des gigots qui sont à la portée de presque toutes les bourses. Les snobs parisiens sont bien à plaindre, autant que ceux de Londres. Il faut inventer un mets nouveau.
A moins de se rabattre sur une maladie. Une maladie de choix, bien aristocratique, voilà qui est très bien porté et qui vous classe, d'un coup, son homme ou sa femme du monde!
Le diable est que les maladies sont traîtresses; on ne peut pas compter même sur celles qu'on a le mieux caressées. Voyez l'appendicite, par exemple! On pensait bien tenir, pour longtemps, la maladie exceptionnelle, à laquelle pouvaient seuls prétendre les millionnaires et les authentiques descendants des Croisés. Et puis, baste!... Les bourgeois, les ouvriers, les paysans avaient aussi un appendice qui se permit d'être malade. Les bourgeois, les ouvriers et les paysans osèrent avoir l'appendicite!... Amassez donc des millions, après cela, pour être impuissant même à vous payer une maladie qui soit bien à vous, rien qu'à vous et à vos égaux,

La poudre de garkwar de Baroda.

Il y a une vingtaine d'année, à défaut d'un plat ou d'une maladie, les riches s'offraient un breuvage, un assaisonnement en guise d'épices, d'une essence rare. C'était le garkwar de Baroda, un opulent prince hindou des environs de Bombay, qui avait mis la chose en honneur. Cléopâtre faisait fondre des perles pour les boire. Le garkwar buvait de la poudre de rubis. Il en faisait aussi des sauces. Il s'en servait même comme purgatif, car elle avait d'innombrable propriétés et se prêtait à peu près à tous les usages. Les millionnaires, et ceux qui voulaient le paraître, imitèrent le garkwar de Baroda. Si vous alliez dîner chez eux, vous faisiez un repas de poudre de rubis. En Angleterre, cela fit fureur. Tout était à la poudre de rubis.
Mais, il fallut encore déchanter bientôt. Il y eut des falsificateurs et des fumistes. On servit du verre pilé, au lieu de poudre de rubis; on en servit généreusement. Et l'aristocratie anglaise eut des coliques telles qu'elle n'en avait jamais eu.
Ces coliques-là étaient bien aristocratiques. Elles l'étaient même trop!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 22 avril 1906.

dimanche 15 septembre 2019

Comment voyagera-t-on en l'an 2000?

Comment voyagera-t-on en l'an 2000?

Le Pearson's Magazine a ouvert une enquête: "Comment voyagera-t-on au début du siècle prochain?" et a publié les réponses des plus considérables personnages.

Sur terre.

Dans l'enquête ouverte par le Pearson's Magazine, les hauts dignitaires des chemins de fer anglais sir Daved Salomons, directeur de la compagnie des "South-Western and Chatham railways" et sir James Thompson, président du conseil d'administration du Caledonian, croient l'un et l'autre à la très prochaine substitution de l'électricité à la vapeur pour les courtes distances et aux services que pourront rendre les moteurs à pétrole sur les embranchements peu encombrés. Le directeur du South-Western, qui a écrit d'importants ouvrages sur l'électricité, n'ose pas se prononcer sur le point de savoir si ce mode de traction deviendra jamais assez économique pour être appliqué au transport des marchandises, mais il sera, dit-il, sûrement employé pour les trains de voyageurs qui pourront aller de l'une à l'autre extrémité de la Grande-Bretagne avec une vitesse de trois-cent vingt kilomètres à l'heure.

Dans les airs.

"Si le gouvernement britannique, dit sir Hiram Maxim, voulait dépenser le quart de la somme que les expériences sur les ballons dirigeables ont coûté à la France, je me chargerai, moyennant du prix de deux millions cinq cent mille francs, de mettre dans trois ans au plus tard l'Angleterre en possession d'une machine volante. Mais comme j'ai déjà sacrifié cinq cent mille francs sur ma fortune personnelle et que ma femme m'a fait jurer de ne pas dépenser un sou de plus pour cette invention, je ne ferai plus de nouvelles expériences à mes frais."
Si l'inventeur des aéroplanes paraît quelque peu découragé, en revanche, M. George Griffith croit fermement au triomphe prochain de la navigation aérienne. Pour donner une preuve de la confiance que lui inspire ce mode de locomotion, l'éminent romancier a fait le trajet de Londres au champ de bataille d'Azincourt à bord d'une machine volante dont il a donné une description minutieuse. Malheureusement, ce voyage et cet appareil n'ont jamais existé que dans l'imagination du Jules Verne de l'Angleterre.

Un "navire"ailé.

Ce n'est pas dans un roman que M.  Santos-Dumont* expose ses découvertes. L'infatigable inventeur emploie des procédés plus scientifiques. Le Pearson's Magazine nous apprend qu'il a lui-même dessiné les plans d'un croiseur aérien gigantesque.
Au dire du collaborateur du périodique anglais, ce navire qui doit voguer à travers l'atmosphère, au lieu de fendre les flots de la mer, sera mis en mouvement par trente machines à pétrole de cent chevaux agissant chacune sur un propulseur.
L'équipage sera de vingt hommes et la vitesse sera de cent-vingt kilomètres à l'heure.
Cette conception n'a rien de chimérique et bien que l'homme soit un bipède qui par ses instincts naturels éprouve de la répugnance à s'éloigner de l'écorce du globe terrestre, un jour viendra peut-être où les Parisiens du vingt et unième siècle prendront le paquebot aérien pour New-York ou Constantinople avec autant de facilité et sans manifester plus de crainte que leurs ancêtres en montant dans l'omnibus de la Villette ou de l'Odéon. Une génération qui a vu naître les rayons X, la télégraphie sans fil et le radium a le droit de rayer le mot "impossible" du vocabulaire de la science, sans oublier toutefois, que les grandes découvertes ont en général quelque chose d'imprévu comme une illumination soudaine et que les progrès depuis trop longtemps annoncés ne se réalisent pas toujours.

                                                                                                                       G. Labadie-Lagrave.

Mon dimanche, revue populaire illustrée, 22 avril 1906.

* Nota de Célestin Mira:

* Santos-Dumont:

Alberto Santos-Dumont
Premier vol : 12 novembre 1906.