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mardi 11 août 2026

Quand les moines copiste 
s'ennuyaient. 





Au moyen âge, donc avant l'invention de l'imprimerie,  les moines copistes étaient chargés de reproduire les livres à la main. Ces tâches obligeaient à suivre une discipline sans faille. 
Ce travail s'effectuait dans le scriptorium, qui était une pièce spécifique dans une abbaye. Dans les abbayes soumises aux rigueurs de l'hiver, cette pièce était proche du chauffoir afin d'éviter que l'encre ne gèle. Le scriptorium était placé sous l'autorité de l'armarius, c'est à dire du bibliothécaire du monastère. Le travail faisait appel à deux types de compétence, le copiste qui traçait les lettres et l'enlumineur qui ajoutait ensuite les lettrines colorées et les illustrations à la feuille d'or.
On y recopiait les texte religieux, principalement la Bible, mais aussi les œuvres de l'antiquité grecque et latine.
Le quotidien du scriptorium est d'une rigueur et d'une monotonie extrême. On peut prendre l'exemple de l'abbaye de Saint-Gall, situé en Suisse, qui fut l'un des centres intellectuels les plus importants de l'époque carolingienne au IXe siècle.
Les moines passaient six heures par jour assis sur leurs bancs en bois dans un silence absolu pour éviter les fautes d'inattention. Ceci n'empêchait pas les erreurs régulières de copie qui d'ailleurs ont parfois fixé de nouvelles règles d'orthographe ou de grammaire. Pour demander quelque chose (encre, grattoir, règle), les moines utilisaient des gestes codifiés sans jamais utiliser la parole. Par exemple le signe pour demander un livre consistait à placer l'une contre l'autre, ses deux mains puis à les ouvrir en maintenant les petits doigts collés, simulant un livre, ou s'il s'agissait d'un livre païen, faire le geste du livre et se gratter l'oreille comme le font les chiens ou encore  dresser son index et souffler dessus pour réclamer une bougie, etc.
Les travaux s'arrêtaient dès le coucher du soleil pour éviter les incendies liés aux bougies.
L'organisation du scriptorium était assurée par l'armarius qui distribuait les tâches aux différents intervenants: les Régleurs, moines les moins lettrés qui traçaient des lignes équidistantes sur le parchemin à la pointe sèche, les scribes proprement dits, les Scribes d'élite qui s'occupaient des livres de luxe comme les livres d'heures, les Correcteurs qui traquaient les sauts de mots et les fautes d'orthographe. 
L'abbaye de Saint-Gall était située en altitude, souvent l'encre était gelée dans les cornes. Outre le froid, les moines souffraient de l'inconfort de leurs chaises et certains s'en plaignaient dans les colophons, ces notes en fin de livre: "Trois doigts écrivent, mais c'est tout le corps qui souffre".
Chacun peut aisément imaginer que ces moines tentaient d'introduire un peu de fantaisie dans leurs travaux et le seul endroit où ils pouvaient en glisser c'était dans les enluminures et les marges des manuscrits. Les exemples sont multiples et en voici quelques-uns.







Cette enluminure provient du livre d'heures enluminé  des "Grandes Heures de Jean de Berry" datant du début du XVe siècle.
La scène montre deux personnages mythologiques, un triton portant un bonnet rouge et une sirène en train de s'embrasser tendrement.






Issue aussi des "Grandes Heures de Jean de Berry" cette enluminure représente un être hybride, en haut, la moitié d'un homme échevelé tenant une arme tranchante à la main et en bas un loup ou un chien.





Lettrine issue du "Psalter of Joan of Navarre" (Le Psautier de Jeanne de Navarre).
Le texte biblique commence par la formule: "Dixit insipiens in corde suo: non est Deus" (L'insensé a dit en son cœur; il n'y a point de Dieu). En bas, on peut lire: "[corr]upti sunt et abhominabi[les]" (Ils sont corrompus, ils ont commis des actions abominables).
Le fou est représenté à moitié nu, vêtu seulement d'une chlamyde bleue. Il mange une miche de pain, "ceux qui dévorent mon peuple comme on dévore du pain" et porte la marotte des fous. Dans le coin, en haut à gauche, on aperçoit Dieu qui émerge d'un nuage.





Cette image montre une "drôlerie" (marginalia), exemple type des dessins scabreux ajouté par les moines dans les marges de leurs parchemins. Elle est date du XVe siècle et est issue de "Le Livre des hystoires du Mirouer de Monde".
La présence de fesses dénudées, pour les moines copistes était une sorte d'exutoire. Le travail était long, répétitif et fatigant, la marge constituait un espace de liberté. Tourner le dos et montrer ses fesses était une façon de bafouer l'autorité et les convenances sociales.





Cette drôlerie du XIVe siècle provient du "Bréviaire de Renaud de Bar".  On y voit deux singes dont l'un utilise un clystère sur le premier, tandis qu'un oiseau lui enfonce son bec dans l'anus, le premier singe recueillant une sorte de plat. Renaud de Bar est devenu évêque de Metz en 1302.





Enluminure d'un livre d'heures commandé pour l'abbaye de Saint-Pierre de Gand au XIVe siècle. Ce livre a ensuite été divisé en deux volumes, MS Douce 5 et MS Douce 6 du nom  de Francis Douce écrivain antiquaire et collectionneur britannique qui  acquit le livre en 1923.
Le texte en latin  est issu d'Isaïe, le cantique du roi Ezéchias. L'enluminure représente à gauche un couple adultère s'enlaçant tendrement dans un lit tandis qu'à droite des servantes ou serviteurs montent la garde.






Drôlerie issue  du "Psautier de Gorleston" vers 1310.
Un homme portant capuche, baisse ses braies et montre ses fesses et son anus directement vers le texte sacré et le lecteur. Un moment de détente!







Enluminure du "Roman de la Rose" réalisée par Richard et Jeanne de Montbaston, une des rares femmes enlumineuses du moyen âge.
Un homme tend un phallus démesuré à une femme. Le texte au-dessus évoque l'usage du ou dans le mariage ("... lusage/...onmerriage"). 
Dans le même texte on trouve une miniature où l'on voit une nonne cueillant des phallus sur un arbre.




Cette illustration est attribuée à Jeanne de Montbaston. Après la mort de son époux, elle a continué à décorer des manuscrits en y ajoutant des scènes marginales particulièrement osées.
Contrairement aux idées reçues au moyen âge l'humour grivois et la satire du clergé étaient chose banale. Le "Roman de la Rose" traite de l'amour courtois et de la "cueillette" de la rose, symbole de la virginité. L'illustration ne fait qu'inverser les rôles.





Drôlerie issue du "Decretum Gratiani' (Décret de Gratien) accompagné des commentaires de Bartolomeo da Brescia vers 1340.
L'ouvrage traitait du droit canonique de l'Eglise, sujet aride et la drôlerie était là pour détendre le lecteur.
On y voit une femme nue chevauchant une créature non identifiée en forme de phallus.



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