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lundi 17 août 2026

L'inspection médicale.







 


Rue des Moulins (ou l'inspection médicale) d'Henri de Toulouse-Lautrec, tableau de 1894.

Ce tableau représente deux prostituées soulevant leur chemise dans une maison close de luxe de la rue des Moulins à Paris, lors d'une inspection sanitaire, celle-ci étant obligatoire pour pouvoir continuer d'exercer. Ces établissements avaient l'obligation de maintenir les persiennes fermées en permanence, d'où leur nom de "maisons closes".
La plus grande crainte était la transmission de la syphilis, maladie incurable et mortelle à l'époque. Une visite médicale faite par un médecin, souvent hebdomadaire, était organisée dans les maisons closes. Les femmes attendaient en file indienne, dans une procession humiliante, contraintes de dévoiler leur intimité pour cet examen public. Si une femme était atteinte, elle était immédiatement incarcérée à l'hôpital-prison de Saint Lazare pour y être isolée.
La jeune femme rousse à droite s'appelait Rolande. C'était la favorite de Toulouse-Lautrec à cause de son attitude et de sa chevelure rousse flamboyante. Il l'a représentée dans au moins 13 de ses tableaux. Pour pouvoir peindre avec autant de naturel de telles scènes, Toulouse-Lautrec devait passer beaucoup de temps à observer leur quotidien, c'est la raison pour laquelle, il avait loué une chambre à l'année dans cette maison de la rue des Moulins. Les filles l'appelaient "le petit monsieur" à cause de sa petite taille liée à sa maladie osseuse. Il déjeunait avec elles, jouait aux cartes, les peignait. C'est probablement ce climat de confiance qui lui a permis de saisir cette scène sans qu'elles ne cherchent à se cacher. De plus, pour ne pas les gêner, il les étudiait au travers des énormes miroirs à moulures dorées qui parsemaient les salons, en choisissant les bons angles pour les croquer.
Après avoir réalisé la série "Au salon de la rue des moulins", il a refusé de la vendre et l'a gardé dans son atelier disant que c'était son œuvre la plus accomplie. Ce n'était pourtant pas l'avis de sa famille et surtout de son père. Quand il a découvert que son fils passait ses journées dans de tels établissements, lui l'aristocrate pour qui les seules activités honorables étaient la chasse, les chevaux et les honneurs militaires, il a exigé que son fils n'utilise plus le nom de Toulouse-Lautrec, ce qu'il a fait à ses débuts. Puis il le renia et lui coupa les vivres. La famille vouait une telle haine pour ces peintures, qu'à sa mort, à l'âge de 36 ans, la famille héritant de son atelier,  décision fut prise de tout détruire. C'est son ami d'enfance, Maurice Joyant, marchand d'art, qui se battit pour la sauver. Il réussit à convaincre la comtesse Adèle, la mère de Toulouse-Lautrec de faire don à sa ville natale, Albi, de la totalité des œuvres objet du leg, ce qu'elle finit par accepter et par ce fait, les sauva de la destruction. Et c'est donc grâce à ces prostituées, à Henri de Toulouse-Lautrec , à la comtesse Adèle et à Maurice Joyant, que nous pouvons les contempler aujourd'hui et que Rolande n'est pas tout à fait morte.

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