Soumission.
Enluminure issue de "l'Histoire de Grisélidis" du XVe siècle.
On voit une homme tirer une femme à terre par les cheveux. Sa robe est retroussée laissant voir ses mi-bas. Cette image est souvent considérée comme une scène de violence conjugale. La vérité est plus complexe et difficile à comprendre de nos jours.
D'une manière générale, il est vrai qu'au moyen âge, la coutume et la législation tolérait ce qui était appelé dans le droit la "correction modérée" des épouses par leur mari. Mais il ne fallait pas dépasser les limites fixées pas la coutume. S'il s'avérait que la femme était blessée ou si le mari mettait sa vie en danger, elle pouvait recourir à la justice, seigneuriale, ecclésiastique ou royale pour demander une séparation de corps.
Pour en revenir à l'enluminure, elle évoque le mythe de Grisélidis, une jeune femme pauvre mariée à un noble nommé Gualtieri. Le mari ne bat pas sa femme par colère, mais il teste sa patience et sa fidélité. Afin d'éprouver sa soumission, il lui fait subir des tortures psychologiques et physiques. Grisélidis supporte tout sans se plaindre. Cette histoire de Grisélidis est largement inspirée par la dernière nouvelle du Décaméron de Boccace du XIVe siècle, traduite en latin par Pétrarque, puis diffusée dans toute l'Europe.
Au moyen âge, cette scène n'est pas perçue comme une scène de violence mais comme la preuve de l'obéissance de l'âme chrétienne à Dieu. Evidemment, à notre époque, on a du mal à comprendre de tels comportements. Christine de Pizan aussi avait un peu de mal. C'était la première femme de lettre et sans doute la première féministe. Elle traite du mythe dans son ouvrage, la "Cité des Dames" de 1405. Tout en louant la force morale de Grisélidis, elle ne glorifie pas la soumission et condamne la cruauté du mari.
La femme semble souffrir de calvitie frontale. Il n'en est rien. Au XVe siècle, la mode chez les femmes nobles est de se raser ou de s'épiler très haut le front, parfois avec du sang de grenouille ou de préparations à base de chaux. Un grand front dégagé était le summum de la mode à cette époque.

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