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vendredi 7 août 2026

 Cuisine équipée.






"L'intérieur d'une cuisine" a été peint par Martin  Drölling en 1815.

Ce tableau est remarquable par l'effet de la lumière qui pénêtre par la fenêtre du fond de la cuisine, au centre du tableau, venant frapper les batteries de casseroles en cuivre et autres ustensiles.

Cette scène, familière et paisible, cette lumière dorée qui vient baigner les recoins de la cuisine, cache un secret insolite. Pour obtenir les teintes brunes du tableau,  Martin Drölling a utilisé un pigment très recherché à l'époque appelé le "Brun de momie". Cette substance était obtenue en broyant de la chair organique embaumée avec du bitume. Elle permettait d'obtenir un glacis d'une exceptionnelle transparence et des nuances de bruns riches, chaudes et vibrantes, idéales pour les boiseries.
Or pendant la Révolution française, les tombes de la famille royales furent profanées. Un architecte,  Louis-François Petit-Radel, profita de ce pillage pour récupérer une douzaine de coeurs embaumés de la famille royale des Bourbons, notamment ceux d'Anne d'Autriche, de Marie-Thérèse d'Autriche et du régent Philippe d'Orléans. Une légende affime même que le coeur de Louis XIV  faisait partie du butin. Petit-Radel décida de les vendre secrétement à deux peintres, Martin Drölling et Alexandre Pau de Saint-Martin. C'est donc avec ce genre de pigment que Drölling réalisa ce tableau ce qui, avouons-le, à sa vue, une fois informé, procure une étrange sensation.
Ironie du sort, Drölling meurt le 16 avril 1817, quelques jours avant l'ouverture du Salon de peinture à Paris où ce tableau était présenté. Le public et la critique découvrent l'Intérieur d'une cuisine qui fut l'objet d'un immense succès, sans que personne ne se doute du secret qu'il cachait sous son vernis. Il fut d'ailleurs immédiatement acheté par l'Etat pour être placé au Louvre.

Il convient de revenir quelques instants sur cet architecte, Louis-François Petit-Radel, qui ne s'est pas contenté de ce forfait et qui n'était au bout de ses exploits. Il a aussi inventé une méthode pour détruire "en dix minutes" les édifices religieux! Elle consistait à évider la base des piliers de soutien d'une église, d'y introduire du bois et d'y mettre le feu. Il était d'ailleurs très fier de lui puisque au Salon de 1810 il produisit les schémas de son dispositif destiné à "mettre par terre une église gothique en dix minutes".
La destruction la plus significative due à sa méthode fut la Major Ecclesia de l'Abbaye de Cluny qui était alors la plus grande église de la chrétienté occidentale avant la reconstruction de Saint-Pierre de Rome.
Petit-Radel incarne à merveille le vandalisme officiel de la période révolutionnaire.

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