Correspondance.
Toutes les gravures sont de Gavarni et sont issues de la série "La Boîte aux lettres" produite entre 1837 et 1839.
L'image met en scène deux jeunes modistes, l'une lisant une lettre, l'autre en écrivant une, sur leur lieu de travail reconnaissable aux chapeaux suspendus.
La lettre qu'on lit (à gauche):
Je vous attendrais
à la grande Chaumière
Derrière les Robertmans
Dimanche à l'heure que
vous m'avés dit, s'y vous
manqués l'on que vous aim
Disesperrera.
La Grande Chaumière, située boulevard du Montparnasse, était un des bals les plus célèbres des années 1830. C'était un lieu de rencontre et de séduction où l'on dansait le chahut et le cancan. Les Robertmans devaient être un bosquet sombre du jardin ou un endroit précis isolé du bal.
La réponse qu'on cachette (à droite):
Monsieur
je suis au désespoir de qui
je ne pourrai m'exposer de près de vous
de puix deux jours je suis obli
gai par un malle de genout que
me force de garder le lit au
moyen de quoi mon cher jetes
obligai de me priver du
plesif il faut espoirer que
cela vat si quairir.
La jeune femme feint la maladie pour annuler un rendez-vous.
Gavarni s'est inspiré de la phonétique réelle des classes populaires, notamment de ces jeunes ouvrières, réputées pour leur liberté de mœurs, et leur argot qui, si elles apprenaient à parler correctement, écrivaient "comme elles entendaient". "Un malle de genout" ou "si quairir' (se guérir) faisaient partie des fautes classiques que la bourgeoisie moquait en fustigeant l'illettrisme populaire.
Un dandy lit une lettre tandis qu'une femme lui fait des papillotes pour lui friser les cheveux.
Texte de la lettre:
"J'ai ta lettre chérie, ô mon Ernest, je la relis vingt fois par jour et la moitié de mes nuits. Qu'il est doux de pense que tu es bien instruit de la mienne comme d'aucune autre; préserves les choses les plus vulgaires!
Signé: Elise."
Légende: Ernest s'en fait des papillotes.
Elise, sincèrement éprise, déclare sa passion et pense que ses lettres seront conservées précieusement. En réalité, Ernest s'en fait des papillotes! Les papillotes étaient des morceaux de papier dont on se servait pour friser les cheveux. On utilisait tous les papiers disponibles, vieux journaux, pamphlets, et pourquoi pas, les lettres d'amour d'Elise.
Cette gravure eut un grand succès puisque l'expression "s'en faire des papillotes" est passée dans le vocabulaire commun pour signifier qu'on se moquait d'une chose.
Une femme, d'un milieu modeste, s'applique à écrire une lettre d'amour et de reproche sur une table de cuisine, après avoir poussé le lapin mort qui l'encombrait.
"... peut-être en ai-je trop dit mon excellence et doit mon cœur notre changement de conduite et puis quel que jour je m'étonne d'avoir donc à voir la complaisance de m'en donner l'explication je n'est pas d'ailleurs mérité de ne pas avoir de réponse cette pour quoi j'olle espérer que vous vouderez bien m'en faire une quel quelle soit pour quoi vous aije vue troubler mon repos et ma ségurité.
je suis avec estime et amitié."
L'écriture cursive, utilisée au XIXe siècle dans les lettres d'amour, est difficile à déchiffrer. Cette fois-ci, il s'agit d'une lettre de rupture.
"Monsieur,
Malgré que je sois sans expérience, je n'ai pas l'habitude de servir de bouffon, je trouve que le rendez-vous d'hypocrite n'est pas délicat et pour l'enterrer d'une manière digne, je me trouverai avec vous pour éviter tout éclat.
L'honneur me l'ordonne, la plus suprême, je vous salue,
Eugénie."
Une jeune femme, ne sachant visiblement pas écrire, utilise les services d'un écrivain public, qui demeure imperturbable sous la dictée de sa lettre d'amour passionnée.
" Je prends la plume d'une main tremblante... mon Julien! Mes larmes me troublent les yeux, je ne sais si vous pourrez me lire..."
Trois cavaliers, en tenue du XIXe siècle sont arrêtés sur leurs chevaux. L'un d'entre eux lit une lettre, en la faisant visiblement partager à ses amis:
"Vous avez le secret de ma vie... ô mon Alfred adoré, vous ne le trahirez pas? -Du château de Montgomery. 7 juillet."
Un sabotier est en train de rédiger une lettre de réclamation à l'orthographe très personnelle.
Monsieur, Je me suis présenté avec de mes voisin au randéz vous l’heure dite il nia que l’tambour qui se proménait mais comme nos billet porte la grande tennu moi la mien a bisser og m’a trouvé bon comme cela dans le temps D’ailleurs il m’est ossi inposible de mabilér comme de prendre la lune avec les dens il bien étonant que ces toujours au boutique et Artisans qui n’ont riu a perdre que l’on comende garde tandis que des propriaitaire en fir Deme qui ont 22 24 et 28 Ans sur la rondinuance ne sous pas mème suo ou cun controlela que vous trouverez des gent qui ont le moyin de s’abillér sant s’ablegemi mais n’et petit messieu aimeu beaucoup mieux leuro parti de Campagne il admerais bieu legardant les y sarais és béfaites il ne regarderais pas son sak a la depeute maiz couchez la Corde garde sa leur samble trop d’av er epandants ces pouruer et leur propriéti’s plutot que dorachéz un homme de sa boutique qui travaille comme un kacharre pour faire face a tous es perdre 2 jour et sou upou tandis que l’autre livre au seig de la Mau – lesse a deplessir landis que nous le gardons
Cette lettre est écrite en phonétique de l'époque:
- « randéz vous l'heure dite » → rendez-vous à l'heure dite.
- « il nia » → il n'y a.
- « la mien a bisser og m'a trouvé bon » → la mienne a baissé [de qualité], on m'a trouvé bon comme cela.
- « ces toujours au boutique » → c'est toujours aux boutiquiers.
- « en fir Deme » → en ville de même / de même.
- « la rondinuance » → la ordonnance / la ronde.
- « suo ou cun controle » → sous aucun contrôle.
- « le moyin de s'abillér sant s'ablegemi » → le moyen de s'habiller sans s'obliger (sans se priver).
- « leuro parti de Campagne il admerais bieu legardant les y sarais és béfaites » → leurs parties de campagne, ils aimeraient bien les gardes, ils y seraient à leur aise.
- « comme un kacharre » → comme un gâcheur / comme un acharné.
- « livre au seig de la Maulesse » → livrés au sein de la mollesse.







Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire