La grande odalisque.
"La grande Odalisque" de Jean-Auguste-Dominique Ingres, peint en 1814.
Cette œuvre est une commande de Caroline Murat faite à Ingres en 1813. Caroline Murat était la plus jeune sœur de Napoléon Bonaparte, reine de Naples. Ingres termine sa toile en 1814. Elle était destinée à servir de pendant à "la Dormeuse de Naples" peinte quelques années plus tôt par Ingres. Mais, lors du pillage de Naples, en 1815, la "Dormeuse de Naples" a disparu et on ne l'a jamais retrouvée. Elle est considérée aujourd'hui comme un des plus grands chefs-d'œuvre de l'histoire de l'art. On ne dispose que de quelques croquis préparatoires de ce tableau.
1814, c'est l'année de la chute de l'Empire. Le roi et la reine de Naples sont renversés, Murat est fusillé et Caroline s'enfuit sans le tableau mais surtout sans l'avoir payé. Ingres est ruiné et bloqué en Italie avec son tableau.
Ingres finit par rentrer en France et présente son Odalisque au Salon de 1819. Son exposition provoqua un immense scandale.
Le principal reproche qu'il dut subir fut l'accusation d'incompétence anatomique. Le critique Auguste de Kératry a déclaré, dans une formule désormais célèbre, que l'Odalisque avait "trois vertèbres de trop". D'autres ont prétendu qu'elle semblait désossée, sans os ni tendons, que ses bras étaient trop longs et que la position de sa jambe gauche était impossible, sans compter la tête qui ne semblait pas bien raccrochée au cou.
Cette histoire de "vertèbres en trop" a longtemps agité le monde de l'art et la médecine s'en est mêlée. En juillet 2004, le Journal of the Royal Society of Medicine publie une étude menée par le médecin français Jean-Yves Maigne, chef de service de médecine physique de l'Hôtel-Dieu sur ce sujet. D'après cette étude, pour atteindre la longueur du dos peint pas Ingres, ce n'est pas 3 vertèbres qu'il faudrait ajouter mais 5. L'étude précise en outre que la structure du bassin est modifiée. Quant à la jambe gauche, l'étude démontre que l'angle de rotation de la cuisse gauche par rapport au bassin est cliniquement impossible sans provoquer une luxation.
Pourtant, en examinant de près, les esquisses préparatoires d'Ingres, conservées au Louvre, on s'aperçoit que les proportions du modèle sont parfaitement conformes à la réalité anatomique. Il s'agit donc d'une déformation volontaire de sa part. Les critiques du Salon ont profondément blessé Ingres. Seule la recherche de l'harmonie la conduit à faire ces choix délibérés qui préfigurent la préférence du style au détriment du réalisme.
Le tableau contient de nombreux accessoires exotiques, bien que Ingres n'ait jamais mis les pieds ni en Afrique du Nord, ni au Moyen-Orient. Une odalisque, dans l'Empire ottoman, était à l'origine une esclave au service des femmes du Sultan dans son harem avant de devenir un grand thème de la peinture orientaliste occidentale. L'accessoire le plus symbolique du tableau est l'éventail en plumes de paon. Le paon est un des attributs de la déesse Junon qui représente la vanité. Les ocelles des plumes renforcent le regard de l'odalisque vers le spectateur. Pour accentuer l'aspect oriental, à ses pieds se trouve une longue pipe à opium rappelant l'altération de la conscience et un brûle-parfum par lequel s'échappe de la fumée suggérant une atmosphère lourde propice au libertinage.
Le turban dont est coiffée l'odalisque, lui, n'est présent que pour berner la censure. Une fois le modèle enturbanné, la scène de nu académique qui aurait été jugée immorale en 1814, se transforme en scène exotique lointaine, rendant l'érotisme de la scène acceptable.

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