Le remède de grand-mère.
Estampe de 1840, intitulée "Das Hausmittel" ("Le remède de grand-mère"). Il s'agit d'une lithographie réhaussée à l'aquarelle par l'imprimeur berlinois H. Waldow
Une femme applique un fer à repasser brûlant sur le bas du dos de son mari pour le soulager de ses douleurs lombaires. Les deux enfants et le chien assiste à la scène avec stupeur et inquiétude.
Il s'agit là d'une des innombrables recettes populaires pour soulager les maux. La médecine officielle était hors de prix, les médecins étaient rares et inefficaces. C'était les femmes qui exerçaient cette responsabilité en se transmettant les recettes de générations en générations.
Cette médecine reposait d'abord sur la phytothérapie. On utilisait la menthe contre la fièvre, la racine de pissenlit comme tonique ou des cataplasmes de plantain contre les piqûres d'insectes. On utilisait aussi des outils domestiques comme sur la gravure. Pour chasser le mal, on se servait de briques brûlantes ou de fers enveloppés dans du tissu. Les substances animales n'étaient pas de reste: le sang, la graisse animale, la bave d'escargot et mêmes les excréments étaient appréciés pour soigner les brûlures ou les infections cutanées. Bien sûr, on accompagnait ces traitements de formules plus ou moins magiques, de signes de croix et de pèlerinages.
Quand les remèdes maisons ne suffisaient pas, on faisait appel aux guérisseurs ou aux rebouteux. Le rebouteux était spécialisé dans les os et les muscles. Ils savaient remettre les os en place. C'était des hommes forts, maréchaux-ferrants, bouchers ou bergers qui savaient manipuler. Le guérisseur, lui, était plus mystique et savaient guérir les brûlures, le zona, les verrues, les rages de dents et les maux d'estomac.
En parlant de brûlures, justement, la pratique du fer à repasser brûlant tournait parfois à la catastrophe, le linge protecteur ne suivait pas le fer et celui-ci occasionnait des brûlures au deuxième, voire au troisième degré!
Il existait aussi les Saints guérisseurs, chacun ayant sa spécialité:
- Saint Roch contre les maladies contagieuses et les épidémies.
- Saint Sébastien qui repoussait la mort subite et la contagion.
- Saint Laurent pour soigner les brûlures, notamment au fer car il est mort sur un gril.
- Sainte Apolline qui soignait les maux de dents, car on lui avait arraché les dents lors de son martyr.
- Saint Blaise qui soignait les maux de gorge.
- Sainte Claire qui guérissait les maladies des yeux, sans raison particulière, par simple goût des jeux de mots, pour y voir clair.
etc.
Chaque région de France a eu, en plus ses pratiques propres. Il serait trop long de toutes les décrire. Ne prenons qu'un seul exemple parmi tous les autres.
L'Orléanais, ancienne province au cœur de la France qui réunissait le département du Loiret et une partie de la Sologne et de la Beauce.
L'une des figures majeures de l'Orléanais est Saint-Liphard, un magistrat d'Orléans devenu ermite au VIe siècle à Meung-sur-Loire. La légende prétend qu'il aurait vaincu un immense dragon qui terrorisait la région. En fait de dragon, il s'agirait plutôt des crues de la Loire et des maladies issues des marécages insalubres qui peuplaient la région. Liphard fit assécher les marais de Meung-sur-Loire en même temps qu'il faisait construire son monastère. Dans l'Orléanais, on invoquait Liphard pour lutter contre la paresse mais aussi pour protéger contre les fièvres et les crues.
Au XVIIIe et XIXe siècles, la Sologne était une région de marécages stagnants. Le paludisme, aussi appelé malaria, y faisait des ravages. Les paysans, ne connaissant pas la quinine allaient se soigner à la fontaine et à la crypte de Saint-Viâtre. Le lieu était célèbre et la dévotion tellement intense que le village proche de la crypte décida de changer de nom en 1854. Il s'appelait auparavant Tremblevy, du latin tremuli vicus qui signifie le "village du tremble" par référence aux nombreux arbres du même nom qui peuplaient la région. De "village du tremble" à "village qui tremble" à cause du paludisme, il n'y a qu'un pas et il fut vite franchi. C'est la raison pour laquelle il s'appelle désormais Saint-Viâtre.
Les sources miraculeuses où on effectuait des pèlerinages étaient aussi nombreuses. Citons deux exemples:
D'abord la source Saint Cyr à Ardon. Située au sud d'Orléans, cette source était réputée pour soigner les maladies de peau et les affections des yeux. Les bergers y menaient leurs bêtes malades. La source fut si importante qu'elle a fait l'objet d'une rénovation complète terminée en 2025. Autre curiosité, le circuit des Fontaines Lorris au cœur de la foret d'Orléans. Ce circuit de randonnée, comme le Sentier des Sources à Lorris permet de découvrir des petites niches en pierre abritant d'anciennes fontaines. Les bûcherons et les charbonniers au XIXe siècle y venaient guérir leurs blessures et soigner leurs rhumatismes.



.jpg)
















