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jeudi 20 août 2026

Economie domestique.






 


Illustration de Carlegle (Charles Emile Egli) de 1910 pour le magazine "Le Sourire".

"J'ai réfléchi, tu as raison, ce serait une folie d'acheter ce bracelet dans un moment où n'avons pas trop d'argent. Et puis, ce sera toujours 200 frs d'économisés et avec cet argent-là je pourrais peut-être acheter un chapeau, qu'est-ce que tu en penses?"

Vu l'air abattu du pauvre homme, nous nous garderons de tout commentaire.
Serin serein.






 


Dessin de Jacques Wély  pour la revue "La Vie en Rose" en 1903.

" S'il y avait vraiment danger à laisser les serins en liberté, vous ne seriez pas là!"


Le serin désigne, dans le sens commun, une variété de volatile, un petit oiseau passant souvent sa vie en cage. Mais, à la Belle Epoque, en langue verte, c'est à dire en argot, il désignait aussi un homme niais et naïf, sans risque pour la dame qui peut le recevoir en petite tenue.
Echec et mat.







 
Cette enluminure est extraite d'un ouvrage, "Le Livre des échecs amoureux moralisés" d'Evrart de Conty. On y voit Louise de Savoie jouant aux échecs, avec derrière elle, Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, son époux (Le père et la mère du futur François 1er). Charles se tient derrière Louise et semble se retenir de la conseiller.

Il s'agit d'une scène évoquant l'amour courtois, la partie d'échec étant d'ailleurs qualifiée de partie "d'échecs courtoise". Le couple montre une grande complicité bien que le mariage fut forcé. A l'époque Charles d'Angoulême avait 28 ans et Louise de Savoie 12 ans seulement. Le chien, quant à lui, symbolise la fidélité.
Cette partie d'échec entre un homme et une femme, au moyen âge n'était que prétexte à la séduction réciproque qu'on appelait "l'amour courtois". Chaque pièce déplacée fait partie de l'entreprise,  le pion est un regard, le cavalier une audace, etc., l'échec et mat étant la concrétisation de la démarche.
L'enlumineur, Robinet Testard, montre un plateau d'échec de 5x5 cases alors que traditionnellement ceux-ci en comporte 8x8. Les spécialistes de la période pensent qu'il s'agit d'un choix délibéré de l'enlumineur, destiné à rétrécir le champ de vision afin de mettre les personnages en valeur.
Charles d'Angoulême est en retrait, en position de spectateur attentif, et ce n'est pas par hasard. Le personnage qui tourne le dos, permettant à celui qui observe cette scène de se mettre à sa place, procédé classique qui s'appelait Rückenfigur, représente l'amant, réel ou en devenir. Il porte des chausses rouges, comme la robe de Louise, couleur de la passion, et un manteau bleu, couleur de la mélancolie amoureuse. Voilà de quoi, inquiéter Charles. D'autant que la fenêtre nous montre l'issue de cette partie. A travers ses vitres, on voit un champ de fleurs rouges. Cette évocation vient en droite ligne du Roman de la Rose et représente le "Verger du Déduit" (le jardin d'Amour). Ce champ de fleurs est la concrétisation de la joute amoureuse, de la partie d'échecs et la conséquence de l'échec et mat.

mercredi 19 août 2026

Leis armetos.







Il serait difficile de retrouver au juste l'origine de ce qu'on appelle en Provence leis armetos. Suivant toutes les probabilités, c'est là un des usages remontant à l'antiquité païenne, que, dans l'ancienne province romaine, les premiers chrétiens qui conservèrent, en les transformant, tant de ces usages du culte antique, transportèrent dans leurs nouvelles cérémonies. On sait en effet que les Romains célébraient dans le mois de mai les lémuries* ou larvæ, images effrayantes sorties des tombeaux, terreurs des esprits faibles, comme il n'y a pas longtemps encore, les revenants. L'apparition de ces larves avait lieu pendant la nuit, et c'est contre ces mêmes images terrifiantes que l'Eglise, dès ses premiers temps, invoque les secours divins:

Procul recedante somnia
Et noctium phantasmata.

                                     (Hymne des Complies)

La cérémonies des lémuries fut transportée au jour de la commémoration des morts, parce que, tous les fidèles priant ce jour-là pour les trépassés, les croyances superstitieuses du moyen âge supposaient que les âmes des décédés revenaient dans les corps qu'elles avaient abandonné, et que, dans leurs vagations nocturnes, elles passaient et repassaient devant les vivants pendant leur sommeil et les épouvantaient. De là l'usage de sonner toute la nuit les cloches des églises afin d'éloigner ce qu'en provençal on nommait leis armeros (les petites âmes).
Un ancien écrivain dit que les larves des méchants portaient, chez les anciens, le nom de démons: Larvas ex hominibus facias dœmones aiunt, que meriti mali tuerint*. C'est principalement contre ces larves sataniques que les cloches étaient employées, et qu'on invoque le secours des anges gardiens, de peur que, profitant de ces courses nocturnes des âmes, les agents du malin esprit ne pussent en saisir quelqu'une. Dans son singulier mythe de la procession de la Fête-Dieu d'Aix, le roi René fit allusion à cette circonstance en introduisant l'armeto, jeune enfant, expression de l'âme pure, dont cherche à s'emparer un esprit malin, et que protège un ange qui roue de coups le démon quand il s'en approche.
Dans la cérémonie des lemuries, les Romains, pendant le sacrifice qui s'accomplissait au foyer des larves, jetaient des fèves hors de la maison par la porte d'entrée, croyant par là en chasser les larves. Dans la cérémonie des armetos, nos chrétiens méridionaux, donnaient aux sonneurs des cloches, pour les empêcher de s'endormir et de pas laisser ainsi en péril les âmes voletantes, des châtaignes et du vin cuit; à ce frugal somnifuge, on substitua ensuite des mets plus substantiels que les sonneurs allaient quêter de maison en maison.




Le jour des morts à Toulon.
(d'après M. Letuaire.)



L'Illustration, novembre 1854.



* Nota de célestin Mira:

* Les lémuries (lemuria chez les Romains) sont considérées comme l'origine d'Halloween et de la Toussaint.






Memento mori de Pompéi , céramique du 1er siècle avant JC.




Larvas ex hominibus facias dœmones aiunt, que meriti mali tuerint:

"On dit que tu fais des démons à partir des hommes qui ont mérité un mauvais sort après leur mort"
Spleen.







 


" Un anglais attaqué du spleen vient se faire traiter en France"

Les deux caricatures sont de Godissart de Cari en 1815.
Les Français, à l'époque, et avant que Baudelaire ne s'en mêle,  considéraient que le "spleen" était une maladie spécifiquement anglaise.

Un anglais, maigre et abattu est accueilli par un aubergiste qui le guide. La vue des denrées à l'enseigne "Au bien venu" revigore déjà l'anglais.





" Guéri du spleen par la Cuisine Française, l'Anglais retourne à Londres en embonpoint"
Métissage.






 


Enluminure de 1467 figurant dans le roman courtois "Parzival" de Wolfram von Eschenbach.

Cette enluminure représente les retrouvailles entre le chevalier Parzival (Perseval) et son demi-frère Feirefiz.
Après s'être affrontés sans qu'aucun ne puisse prendre le dessus sur l'autre, déclinant leurs identités respectives, ils découvrent qu'ils ont le même père. En effet, Feirefiz est né de l'union du chevalier Gahmuret et de la reine maure Belacane. Or si Gahmuret était blanc, Belacane était noire.
Il est précisé, dans le texte, que Feirefiz avait la peau tachée de noir, comme "du parchemin sur lequel on avait écrit des lettres". Au moyen âge, la laideur était associé aux anomalies physiques or, Feirefiz était très beau et séduisant! 
Embarras de l'enlumineur! Comment traduire la beauté chevaleresque avec ces taches noires sans trahir le texte? Sans doute après moult réflexions, il décida de couper le visage en deux, une moitié noire et une moitié blanc. C'est ce qui apparaît sur l'enluminure.
Il est précisé dans le texte que Feirefiz était un roi païen, c'est à dire musulman dans l'esprit de l'époque, mais très riche et très puissant. Après les retrouvailles, il suivit son frère Parzival jusqu'au château du Saint-Graal. Ce château était ainsi nommé car il protégeait le saint Graal, le calice qui aurait servi lors de la Cène. On exposa cette coupe. Or, seuls les chrétiens baptisés pouvaient le voir. Feirefiz ne voyait rien du tout! Il demanda à être baptisé sur le champ, mais pas par ferveur religieuse, ni pour satisfaire sa curiosité. Il venait de tomber amoureux fou de Repanse de Schoye, la prêtresse qui portait le Graal. Pour pouvoir convoler en justes noces, le baptême était incontournable. Dès qu'il reçut l'eau bénite, le Graal apparut à sa vue et Repanse dans ses bras.
Feirefiz est le premier personnage métis qui apparaît dans la littérature occidentale comme un personnage positif et un double de Parzival, le grand chevalier de la Table ronde.

 Rue en cage.




 


Ce dessin de Jean-Baptiste Drevet représente la rue Grenette à Lyon au XVIe siècle. Il est extrait du livre "Le Lyon de nos pères" parut en 1901. On y voit une rue très fréquentée et sur les murs d'une maison, à droite, un homme enfermé dans une cage.
Cette cage jouait le rôle de pilori. On y exposait les blasphémateurs, les parjures et les commerçants fraudeurs pendant plusieurs heures voire plusieurs jours, qui étaient alors soumis à la vindicte populaire. La rue Grenette était une des rues de Lyon les plus fréquentée à l'époque et, au moyen âge, où le code de l'honneur était au dessus de tout, une telle exposition était plus terrible à vivre que des douleurs physiques.
Lors des grands travaux d'urbanisation du XIXe siècle, la rue Grenette fut élargie et la bâtisse supportant cette cage fut démolie, mais au niveau du n° 25 de cette rue l'une des fenêtres a longtemps soutenu une cage symbolique en souvenir de la première.
Au fil du temps, on oublia la punition en inventant une histoire de mari trompé: un marchand fortuné qui découvrit, un jour, les infidélités de sa femme, aurait fait construire cette cage pour y installer l'épouse coupable au vu et au su de tout le monde.
Les lyonnais ne sont pas avare de légendes: On peut citer le Mâchecroute, créature incertaine qui vivait sous le pont de la Guillotière, unique pont de l'époque, qui se nourrissait des passants imprudents; ou bien celle des amants de l'Hôtel-Dieu: Au XVIIIe siècle, un interne en médecine et une jeune sœur hospitalière tombèrent follement amoureux l'un de l'autre. Amour interdit, ils ne pouvaient le vivre au grand jour et ils se firent surprendre en plein déduit dans un des greniers de l'Hôtel-Dieu. Pour ne pas vivre séparés ils préférèrent mourir ensemble, il se jetèrent du haut du grand dôme dans les eaux glacées du Rhône. On raconte que parfois, les nuits de pleine lune, on voit leurs silhouettes vaporeuses, main dans la main, se promener derrière les balustrades du grand dôme.


mardi 18 août 2026

Les femmes de Balzac.



C'est toujours la même chose. On cherche un livre, on se dit qu'il devrait se trouver sur ce rayonnage, ou celui-là, on tente de lire les noms dans les pièces de titre du dos écrits en lettres dorées plus ou moins effacées par l'épreuve du temps, on retire certains livres pour les remettre en place et soudain on tombe sur un ouvrage que l'on avait oublié. On oublie la quête qui nous a guidé jusqu'à ce livre, on le feuillette et des gravures apparaissent cachées sous le papier de soie qui les protège. 

Toutes ces gravures représentent des femmes des romans de Balzac. Elles ont été gravées sur acier par G. Staal. L'auteur de l'ouvrage est inconnu mais la notice biographique est d'un certain P. L. Jacob qui se présente comme bibliophile. 
Il s'intitule "Les Femmes de Balzac", mais toutes les femmes de Balzac n'y sont pas. Comme par exemple, la femme de trente ans, Julie de Chastillon, ou Véronique Graslin, la fille unique des Sauviat, des gens de Limoges.

Qu'à cela ne tienne, je vais vous présenter les autres:




Voici "La Fosseuse", une jeune paysanne fragile et hypersensible, qui doit son nom au fait qu'elle ramassait du bois mort dans les forêts d'alentour, héroïne du "Médecin de campagne".





Antoinette, "La duchesse de Langeais", réfugié sous le nom de sœur Thérèse dans un couvent espagnol.




"Pierrette", Pierrette Lorrain, une jeune orpheline bretonne recueillie à Provins par les Rogron, ses cousins.





"Modeste Mignon" du roman éponyme. Modeste est une jeune fille romantique  riche qui vit au Havre qui vécut des amours épistolaires.





Les deux filles du "Père Goriot", Anastasie de Restaud, l'aînée,  mariée au Comte de Restaud et qui réclame toujours de l'argent à son père, et Delphine de Nucingen, la cadette, mariée à un banquier et qui deviendra la maîtresse d'Eugène de Rastignac.




Madame Blanche-Henriette de Mortsauf, héroïne du "Lys dans la vallée" qui vécut un amour platonique.





L'austère madame de Grandville, du roman "La femme vertueuse", à la piété asphyxiante, qui pousse son mari dans les bras de Caroline de Bellefeuille.






Madame Guillaume, personnage de "La Maison du chat qui pelote" qui appartient à la petite bourgeoisie marchande et qui se tient si droite à son comptoir qu'on la croirait empalée.





Pauline Gaudin de Witschnau, personnage de "La peau de chagrin", honnête et droite, désintéressée, elle représente la vertu.





Madame Marneffe personnage de "La cousine Berthe" la courtisane bourgeoise qui vit de ses charmes.




Marguerite Claës dans "La recherche de l'absolu" qui protège ses frères et sœurs après la mort de sa mère et qui gère les finances de son père.




"Eugénie Grandet" la fille du tonnelier de Saumur qui subira l'avarice de son père.





Mademoiselle Armande d'Esgrignon dans "Le Cabinet des Antiques" qui symbolise les valeurs de l'Ancien Régime face à la montée de la bourgeoisie matérialiste.




Et enfin, l'androgyne "Séraphita", cet être mystérieux qui a atteint la perfection humaine avant l'ascension céleste.


Et voilà! J'ai reposé sur toutes ces femmes leurs draps de soie, j'ai refermé le livre, je l'ai ramené à sa place, c'est à dire que je l'ai perdu à nouveau. Quand et qui rouvrira ces pages pour les ressusciter et les sortir de leur long sommeil?


Les femmes de Balzac, Mme Ve Louis Janet, éditeur, grand in-8, 1851, première édition.
Colonies agricoles de l'Algérie.







L'opinion publique a suivi avec trop d'intérêt le compte rendu publié à plusieurs reprises par la presse des tentatives de colonisations agricoles en Algérie, pour que l'Illustration ne s'empresse pas d'accueillir les notes et dessins qui viennent de lui être communiqués par M. Edouard Lullin, de Genève, sur le développement des colonies suisses qu'une grande compagnie genevoise a entrepris d'établir dans le Sétif; à ces documents nous avons cru pouvoir joindre, comme complément indispensable, quelques croquis sur la colonie fondée, en 1848, à Montenotte, dans le Chelif, croquis recueilli par M. Job, jeune artiste qui a exploré le sol algérien, et qui a surtout étudié avec soin le côté pittoresque des demeures, des physionomies et des habitudes de nos nouveaux colons sur la terre d'Afrique.


Colonie de Montenotte (Job).



Maison de colon à Montenotte (Job).





L'entreprise genevoise, qui est pour la France un pas important fait dans la grande œuvre de la colonisation algérienne à laquelle le gouvernement français a donné un élan particulier, est pour la Suisse un asile ouvert à ceux de ses enfants qui ne trouvent plus dans leur patrie les ressources dont ils ont besoin. Les regards se sont donc bien vite dirigés vers ce plateau de Sétif, fort peu connu auparavant, et fréquenté seulement par ceux qu'y appelait quelque intérêt particulier; bientôt la petite ville qui en forme le centre a vu se presser dans ses murs, avec les colons qu'y envoyait la compagnie d'émigration, un certain nombre de voyageurs qui venaient visiter le pays dans le but de rapporter des notions exactes sur ce nouveau noyau de colonisation, ou bien d'en apprécier les ressources pour y fonder eux-mêmes plus tard des établissements.
A côté des richesses agricole qui ne demandent qu'un travail intelligent pour se produire en abondance, ce pays offre au touriste plus d'un attrait, et une excursion au plateau de Sétif réserve, soit pas des beautés que présente sa nature dans plusieurs parties de la route à parcourir, soit par l'originalité des mœurs au milieu desquelles on est appelé à vivre, de nombreuses jouissances à celui que ne rebutent pas les voyages lointains.
Si l'Afrique française ne présente pas les aspects grandioses que l'on admire dans les Alpes ou dans les Pyrénées, elle peut cependant, dans plusieurs contrées, et principalement aux environs de Philippeville, de Constantine et de Bougie, montrer telles montagnes, telles rives de fleuve, telles profondeurs de forêts ou tel entassement de rochers de nature à forcer l'admiration. Il n'est pas jusqu'à la campagne de Sétif même qui, bien que complètement privée d'arbres, d'arbustes et d'autres éléments de végétation qu'on pourrait croire indispensables à la beauté du paysage, n'offre cependant au simple voyageur un attrait particulier qui l'attache à cette contrée et qui lui fait parcourir, avec un plaisir dont il ne se rend pas bien compte, un pays d'une apparence si monotone. Quant à l'artiste, il peut y étudier les formes belles et gracieuses, tout à la fois des ondulations de terrain, les teintes chaudes et harmonieuses qui les colorent, et jouir enfin de cette indispensable poésie que présente une vaste contrée où l'œil et l'esprit se promènent librement jusqu'aux horizons les plus lointains, arrêtés tout au plus, soit par quelques ruines romaines assises sur les collines pour attester qu'une nation puissante a su jadis exploiter cette riche nature, soit par une tente arabe qui ramène l'imagination des fastes du peuple géant aux mœurs pastorales des enfant d'Ismaël.
Nous n'avons pas l'intention de parler ici de la fertilité reconnue du plateau de Sétif, ni des excellentes conditions climatiques qui résultent de son élévation considérable au-dessus de la mer; notre rôle plus modeste se bornera à donner quelques vues de Sétif et de ses environs; Quoique bien insuffisantes à rendre des paysages dont la couleur est l'élément dominant, nos gravures feront du moins connaître la position et l'aspect de Sétif, en montrant:
La principale place de la ville; 
La vue de Sétif, prise de la ferme d'El-Bèz, appartenant à la compagnie genevoise;
La chaine des montagnes de Bou-Thaleb, situées à 50 km de Sétif, et dont les forêts de cèdres séparent le plateau sétifien du désert de Bouçada;
Et une fontaine d'origine romaine, restaurée, qui, grâce à sa position ombragée, à sa proximité de Sétif et à l'établissement culinaire qui y a été construit, est devenue le but de la promenade des citadins.



Mosquée et bureau arabe à Sétif (Dullin).




Sétif, vue du village d'Aïd-Arnat (Dullin).





Aïn-Sfia et chaîne du Bou-Thaleb (Dullin)





Hôtellerie et télégraphe de la fontaine romaine (Dullin).




La compagnie genevoise qui s'était engagée envers le gouvernement français à construire et à peupler dix villages dans un délai de dix années, à partir du 26 avril 1853, a si bien rempli jusqu'à présent ses obligations qu'elle aura complété au printemps de 1855 le peuplement de 5 centres de population. Le premier, Aïn-Arnat, a été établi l'année dernière; il est en pleine voie de prospérité: les travaux de maçonnerie ont dû être achevés dans les quatre autres à la fin de septembre dernier. La compagnie aura donc accompli en moins de deux ans la moitié de son œuvre.


Plan, coupe et élévation d'une maison de colon à Aït-Arnat.



Les maisons du village d'Aït-Arnat, comme celles des quatre autres villages en construction, se composent chacune, comme on peut le voir sur le plan, de trois pièces; elles sont habitées par une population de 400 personnes. chaque colon, en outre de son lot urbain, a reçu quatre pièces de terre, c'est à dire un jardin de 20 ares, une prairie de 1 hectare 80 ares, , un champ de première qualité de 6 hectares, et un champ de deuxième qualité de 12 hectares. Une milice de 80 hommes, instituée par le gouverneur général, et dont les chefs ont été nommés par l'administration, s'exerce régulièrement au tir à la carabine et au fusil.
Un magasin de comestibles et d'épiceries, une boucherie, quelques métiers de tisserands, une fabrication de cigare et de beurre, ont été établis dans le village, dont les colons se sont en outre réunis pour former une bergerie commune; les femmes filent, tricotent, et s'occupent, en général, des ouvrages de leur sexe. 



Transport des grains en Algérie (Job).



Plusieurs bœufs à l'engrais, vaches, chevaux, mulets, ânes, moutons et chèvres sont déjà en la possession des colons, bien que ceux-ci n'aient eu à présent pour les nourrir que la provision de foin que la compagnie avait faite dans cette prévision; ce bétail s'accroîtra dès le moment où la récolte des foins permettra de le nourrir.
Sur les 1000 hectares qui ont été affectés au territoire du village, les colons ont mis en culture:
450 hectares en blé et orge,
100 hectares en blé à la méthode européenne; 
3 hectares en plantes potagères,
Et ils ont plantés 200 quintaux de pommes de terre.
Quant aux arbres, les colons ont déjà plantés 30 000 boutures de peupliers et de saules, environ 26 000 pourettes de mûriers et 500 arbres fruitiers; enfin, ils ont entouré leurs maisons de quelques ceps de vigne, qu'ils espèrent devoir être la source de beaux et bons vignobles.
De son côté, la compagnie a élevé la ferme d'El Bèz sur la concession de 800 hectares qui lui est faite pour chaque village construit et peuplé, concession qui est le seul bénéfice qu'elle en retire, puisqu'elle doit vendre au prix de revient les maisons destinées aux colons. Cette ferme, composée seulement, quant à présent, d'une grande cuisine, de quatre chambres à coucher, d'une écurie fermée pour quinze têtes de bétail, d'une remise à claire voie et d'un magasin, et dont la construction devra être prochainement accrue d'autres bâtiments, est desservie, en dehors du personnel administratif, par un personnel agricole composé d'un maître valet, de deux femmes chargées du ménage, d'un domestique pour le bétail, de trois chefs ouvriers, de quatre domestiques de campagne et d'un certain nombre de journaliers, dont l'alimentation consiste en trois repas en viande chaque jour; chacun des ouvriers reçoit en outre, pour sa boisson, un litre de bière  par jour cinq fois par semaine, et un litre de vin le jeudi et le dimanche; cette nourriture, saine et abondante, ne donne lieu qu'à une dépense de 1 fr. 20 c. par jour et par tête; dépense compensée par la bonne santé du personnel et son vigoureux travail, qui est, en moyenne, de 10h par chaque journée.


Repas de colons (Job).




Le temps qui a manqué à la Compagnie, ne lui a permis de mettre en valeur qu'une faible partie des 800 hectares qu'elle a consacré à la culture de la pomme de terre, du coton de Malte, des betteraves, carottes, colzas, maïs, des plantes potagères, du millet, du chanvre, des foins artificiels, comme aussi à faire des essais de garance, tabac et cotons de différentes qualités; elle a aussi fait des plantation de mûriers, cèdres, ormeaux, frênes, peupliers, saules, noyers et arbres fruitiers, enfin des travaux exécutés avec intelligence amènent à la fontaine de la ferme une quantité d'eau suffisante.
Ce court résumé des travaux des colons suisses et de l'administration genevoise est de nature à rassurer sur l'avenir de cette entreprise et de toutes les tentatives analogues; il fera disparaître ainsi toutes les préventions qui ont trop longtemps existé contre l'Algérie.

L'Illustration, Journal universel, 21 octobre 1854.
Hydrothérapie.








 
Cette planche montre les différents équipements de salles de bains et d'hydrothérapies disponibles vers la fin du XIXe siècle.

Les différents éléments sont:

1 Cuvette pliable de voyage.
- 2 Cuvette en métal.
- 3 Gant de friction.
- 4 Sangle de massage.
- 5 Bain de siège.
- 6 Baignoire fauteuil.
- 7 Cylindre de chauffage de bain.
- 8 Seau de douche.
- 9 Appareil de douche à colonne.
- 10 Salle de bain.

(Nota: La traduction du portugais est approximative)

En cette fin du XIXe siècle, apparaissent des appareils plus sophistiqués, comme les chauffe-eau compacts, appelés geysers, ou les baignoires sabots pour lutter contre le manque de place dans les logements où aucune salle de bain n'étaient prévues.
Les découvertes de Pasteur ont favorisé l'hygiène corporelle. On se lave les mains et le visage au savon de Marseille, on utilise des "tub" venus d'Angleterre où l'on se tient debout et des bidets d'invention française où on se tient assis, souvent dans les chambres ou les cuisines.
L'hydrothérapie se développe, en dehors des cercles médicaux. Le plus souvent, elle est pratiquée avec de l'eau glacée en projection sur le corps. Ces pratiques ouvriront les portes des villes d'eau un peu partout en Europe, avant de servir de traitement de choc en psychiatrie.
Le baiser.







"Le Baiser" (Der Kuss) entre 1907 et 1908 de l'autrichien Gustav Klimt.

"Le Baiser" est une peinture à l'huile sur toile mais réhaussée de feuilles d'or, d'argent et de platine, pour augmenter l'éclat et faire varier la couleur selon l'éclairage.
Klimt n'a jamais révélé l'identité des modèles mais la théorie la plus répandue est qu'il s'agirait de sa femme, une créatrice de mode avant-gardiste de Vienne,  et de lui-même. Cette toile fait partie d'une série appelée "Cycle d'or" que Gustav Klimt a entrepris après avoir été ébloui par les mosaïques byzantines de la basilique San Vitale en 1903.
Avant le "Cycle d'or", Klimt a traversé une période difficile. L'Université de Vienne, qui l'avait sollicité pour la décoration d'un plafond n'a pas donné suite à son projet, celui-ci ayant été qualifié de pornographique.
C'est après qu'il commença la réalisation du "Baiser". La toile, non encore terminée, est néanmoins exposée en 1908 à la Kunstschau de Vienne, mais son effet est tel que la Galerie du Belvédère de Vienne l'achète immédiatement pour la somme colossale de 25 000 couronnes (à titre de comparaison, jusqu'à ce jour, le record de prix d'achat pour une peinture autrichienne était de 500 couronnes).
On voit que Klimt a utilisé le contraste existant entre des formes géométriques simples pour distinguer les deux protagonistes. Des rectangles noirs, blancs et gris pour l'homme afin de symboliser la force et des cercles concentriques, des spirales ainsi que des motifs floraux pour la femme afin de symboliser la douceur et la fertilité. Ces motifs distincts se mélangent au niveau de leur étreinte symbolisant la perte d'individualité au moment de l'étreinte amoureuse.
Mais le sujet le plus discuté par les critiques d'Art porte sur l'attitude de la femme qui est duale: d'un côté, les yeux clos, la tête renversée, le visage apaisé et le bras enlaçant son partenaire montre une attitude d'abandon et d'extase, de l'autre, un examen plus attentif montre ses orteils crispés recroquevillés sur le sol, sa main gauche qui s'accroche fortement à l'homme et son visage détourné de la bouche de l'homme, ne lui offrant que sa joue; ces éléments révèlent une certaine résistance et une forte tension.
Il semblerait que le couple soit situé près d'un précipice, la femme se trouvant la plus proche du vide. Le vertige de l'amour est-il contrarié par la crainte d'une chute? Ceci explique-t-il cela? 
En tous les cas, le message de Klimt est clair: l'amour n'est pas qu'extase et abandon, il peut aussi se révéler dangereux et vertigineux.

lundi 17 août 2026

L'inspection médicale.







 


Rue des Moulins (ou l'inspection médicale) d'Henri de Toulouse-Lautrec, tableau de 1894.

Ce tableau représente deux prostituées soulevant leur chemise dans une maison close de luxe de la rue des Moulins à Paris, lors d'une inspection sanitaire, celle-ci étant obligatoire pour pouvoir continuer d'exercer. Ces établissements avaient l'obligation de maintenir les persiennes fermées en permanence, d'où leur nom de "maisons closes".
La plus grande crainte était la transmission de la syphilis, maladie incurable et mortelle à l'époque. Une visite médicale faite par un médecin, souvent hebdomadaire, était organisée dans les maisons closes. Les femmes attendaient en file indienne, dans une procession humiliante, contraintes de dévoiler leur intimité pour cet examen public. Si une femme était atteinte, elle était immédiatement incarcérée à l'hôpital-prison de Saint Lazare pour y être isolée.
La jeune femme rousse à droite s'appelait Rolande. C'était la favorite de Toulouse-Lautrec à cause de son attitude et de sa chevelure rousse flamboyante. Il l'a représentée dans au moins 13 de ses tableaux. Pour pouvoir peindre avec autant de naturel de telles scènes, Toulouse-Lautrec devait passer beaucoup de temps à observer leur quotidien, c'est la raison pour laquelle, il avait loué une chambre à l'année dans cette maison de la rue des Moulins. Les filles l'appelaient "le petit monsieur" à cause de sa petite taille liée à sa maladie osseuse. Il déjeunait avec elles, jouait aux cartes, les peignait. C'est probablement ce climat de confiance qui lui a permis de saisir cette scène sans qu'elles ne cherchent à se cacher. De plus, pour ne pas les gêner, il les étudiait au travers des énormes miroirs à moulures dorées qui parsemaient les salons, en choisissant les bons angles pour les croquer.
Après avoir réalisé la série "Au salon de la rue des moulins", il a refusé de la vendre et l'a gardé dans son atelier disant que c'était son œuvre la plus accomplie. Ce n'était pourtant pas l'avis de sa famille et surtout de son père. Quand il a découvert que son fils passait ses journées dans de tels établissements, lui l'aristocrate pour qui les seules activités honorables étaient la chasse, les chevaux et les honneurs militaires, il a exigé que son fils n'utilise plus le nom de Toulouse-Lautrec, ce qu'il a fait à ses débuts. Puis il le renia et lui coupa les vivres. La famille vouait une telle haine pour ces peintures, qu'à sa mort, à l'âge de 36 ans, la famille héritant de son atelier,  décision fut prise de tout détruire. C'est son ami d'enfance, Maurice Joyant, marchand d'art, qui se battit pour la sauver. Il réussit à convaincre la comtesse Adèle, la mère de Toulouse-Lautrec de faire don à sa ville natale, Albi, de la totalité des œuvres objet du leg, ce qu'elle finit par accepter et par ce fait, les sauva de la destruction. Et c'est donc grâce à ces prostituées, à Henri de Toulouse-Lautrec , à la comtesse Adèle et à Maurice Joyant, que nous pouvons les contempler aujourd'hui et que Rolande n'est pas tout à fait morte.
Mi-bas.






 
Voici un détail d'une enluminure du mois de février tiré des "Très riches heures du duc de Berry". Les auteurs de cette enluminure ont été réalisés par les frères de Limbourg, Herman, Paul et Jean, entre 1412 et 1416.

La scène montre la rigueur du froid de février avec un jeune couple au fond et une femme en robe bleue au premier plan qui se réchauffent devant une cheminée. On remarquera l'absence de sous-vêtements du couple et parallèlement leur absence de pudeur puisque les sexes de l'un et de l'autre sont apparents. Ce comportement montre que le rapport au corps et à la nudité étaient très différents à l'époque de celui des époques modernes.
Si ce couple exposait au feu le haut de leurs jambes, il est à noté qu'ils portaient tous les deux des mi-bas, des chausses comme on les appelait alors.

Le mi-bas a survécu au temps et reste encore porté de nos jours, autant chez les hommes que chez les femmes. Il évite à l'homme, lorsqu'il est assis de montrer les poils de ses mollets. 
Quant à la femme, elle a le choix entre plusieurs styles:
- Style Preppy Chic: c'est le look écolière, mi-bas en laine couleur foncée, mocassins à semelles crantées, jupe plissée courte.
- Style Grunge Soft: mi-bas en maille côtelée, bottine motardes, mini-jupe en jean et blouson de cuir.
- Style Romantique: mi-bas en dentelle blanche, ballerines à brides, robe midi fluide.

Mais attention, au moyen âge comme de nos jours, le mi-bas coupe la silhouette et la rapetisse. Il n'est pas certain que ces considérations modernes préoccupaient  les gens au moyen âge, et cette enluminure nous prouve même que non. Laissons-les donc continuer à se réchauffer au coin de leur cheminée.
Bureau de change.





 


Dessin de Charles-Emile Carlège publiée vers 1906, typique de "la Belle époque"


Lui: - Allons, répète ta phrase...

Elle: - No paper, gold, please ...

Lui: - Très bien, ça veut dire: "Pas de papier; de l'or". 
Tu diras ça à tous les Américains qui viennent te voir.


Cette scène montre la méfiance de l'époque envers le papier monnaie. L'homme, probablement un souteneur ou un tenancier de maison close, rappelle à la femme ce conseil de prudence financière.