La dernière chemise.
L'auteur de cette estampe est anonyme. Au XVIIIe siècle, de nombreux dessinateurs et graveurs restaient anonymes, pour des questions de droits d'auteur, les gravures restant la propriété de l'éditeur. C'est la raison pour laquelle n'apparaît que le nom de l'éditeur en bas à gauche: Carington Bowles, N° 69 Paul's Church Yard à Londres.
Cette image a été publiée vers 1792 et se nomme "The Last Shift" (La dernière chemise). Elle représente une courtisane de l'époque géorgienne dans un logement pauvre et exigu.
A la fin du XVIIIe siècle, le mot "shift" avait trois sens:
- Le vêtement: c'était la chemise de corps.
- La pauvreté: "To be put to one's last shift" voulait dire être réduit à la dernière extrémité, utiliser sa dernière chemise.
- Le changement d'activité: comme par exemple, la cessation d'une période de travail mais aussi, pour une prostituée, le changement de client.
Cette courtisane n'a plus qu'une seule chemise qu'elle est obligée de laver, raison pour laquelle sa poitrine est nue, preuve qu'elle touche le fond de la misère.
Du linge sèche dans la modeste cheminée, tandis que le désordre règne dans la pièce. On peut voir sous la table un corset, ainsi que plus à droite, un chapeau haut-de-forme laissant comprendre le départ précipité d'un client pour des raisons inconnues.
Une chanson imprimée, une ballade, se trouve aussi à terre. Les premiers mots sont: "How happy were my days till now" (Qu'ils étaient heureux mes jours jusqu'à présent), ce qui indique, pour ceux qui n'auraient pas compris, une déchéance récente.
On voit aussi un chat qui tente d'attraper de la nourriture. Au XVIIIe siècle, le chat était le symbole de la sexualité féminine. La présence du chat sur l'image confirme l'état de courtisane de la femme.

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