Préservatif.
Gravure publicitaire française des années 1760.
Il s'agit d'un des plus anciens témoignages du commerce de la contraception et de la prévention des maladies vénériennes en France. Cette gravure faisait la promotion de la première boutique connue à Paris qui s'appelait " A la capote angloise".
Texte de la gravure:
A LA CAPOTE ANGLOISE.
La cinquième Boutique après le Quai de Gê-
vres, à côté d'une Lingere, vis-à-vis la Statue
du Roi.
BARNOU, M[aît]re Maroquin[ier], demeurant au Magasin Royal,
Fait, vend et debite, tant gros que detail, des habits de
conformité, et toutes sortes de Baudruches ou Charnie-
res, soyeuses et d'un fini sans Egal, habiles à Donner
à toutes Saisons, Pret et Commodes, de toutes Es-
peces, Contre-Peste de la Santé, Propres d'Enfans,
chappeau piqué, capote d'Olyviere, Polono-et
Angloise, Consideratins et Benjamine, Parapluie
de Taffetas et Toile cirée, Sac à Desfense et autres
qui ne de mance, Demeurant à Paris, Demeure
Explication du jargon commercial de l'époque:
- L'adresse: La boutique se situe à Paris. Comme il n'y avait pas de numérotation, on décrivait l'endroit. A côté d'une lingerie, cinq magasins après le Quai de Gêvres ( aujourd'hui quai de Gesvres), en face de la statue du Roi.
- Le marchand: le marchand s'appelle Barnou et possède le titre de Maître Maroquinier.
- Les préservatifs: Les préservatifs sont appelés "baudruches". Il vend en gros et en détail des "Baudruches ou Charnières", soyeuses, d'une finition parfaite, prêtes à l'emploi et très pratiques (Prêt et Commodes). Comme argument commercial, il utilise l'argument médical "Contre-Peste de la Santé) c'est à dire efficace contre la syphilis qui faisait des ravages.
- Les autres articles: le marchand cite d'autres articles afin de ne pas trop insister sur le fond de son commerce.
Il convient de décrire la "baudruche" car son utilisation était assez éloignée de l'utilisation d'un préservatif de nos jours.
Tout d'abord, le préservatif de l'époque était fabriqué à partir de membrane animale le plus souvent, à base d'intestin de mouton, de bœuf ou de chèvre. Ces dispositifs étaient appelés "redingote anglaise"
A l'achat, la baudruche était vendue sèche, plate et rigide. Pour lui redonner de la souplesse et de l'élasticité, il fallait la tremper dans de l'eau tiède ou du lait pendant plusieurs minutes. Sans cette étape, la redingote anglaise était inutilisable.
Les utilisateurs prudents devaient vérifier l'étanchéité, comme le faisait Casanova, en gonflant la baudruche avec la bouche.
Un fois ramolli l'étui était déroulé sur le sexe en érection. Mais la membrane animale n'était pas élastique comme le latex, elle ne tenait pas en place. Elle était donc munie d'un ruban de soie qu'il fallait nouer fermement à la racine du sexe pour éviter de perdre le préservatif pendant l'acte. D'autre part, la baudruche étant assez épaisse, il fallait l'enduire d'huile d'amande ou de graisse comme lubrifiant afin de limiter les frottements douloureux.
Le prix de la membrane était très élevé, on la réutilisait donc. Le personnel de maison lavait soigneusement l'étui à l'eau avec parfois un peu de désinfectant, généralement de l'eau de Cologne.
Après le lavage, on mettait la membrane à sécher. Afin d'éviter qu'elle ne se détériore on la recouvrait de talc ou d'amidon ou de graisse. Elle était ensuite rangée précieusement dans un étui en verre, prête pour le prochain rendez-vous galant.
Le préservatif fut l'objet d'un rivalité entre les Français et les Britanniques. En France, il était appelé "capote anglaise" ou "redingote anglaise". En Angleterre il était appelé la "French letter". De même les Anglais appelait la syphilis le "mal français" (French disease) et les Français la "maladie anglaise". Au XVIIIe siècle, les Anglais étaient les maîtres en matière de qualité sur ces produits, les étuis étaient plus fins, plus souples et plus résistants. Les clients Français fortunés, car les prix étaient exorbitants, exigeaient la qualité "anglaise" comme la gravure le proclame: "A la capote angloise"


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