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dimanche 23 août 2026

Olympia.









 
Qui ne connait pas ce célèbre tableau d'Edgard Manet, appelé "Olympia" crée en 1863  et exposé au Salon de Paris en 1865 ?

Ce chef-d'œuvre est considéré comme un des monuments fondateur de l'art moderne.
Lors de l'Exposition, il a provoqué un scandale énorme. D'abord parce qu'il pastiche la Venus d'Urbino du Titien, ce qui en soit est déjà une provocation. Mais aussi et surtout parce qu'il a remplacé la déesse mythologique par une courtisane, renvoyant le nu académique au commerce sexuel. Evidemment, tout à droite, le chien du Titien, symbole de fidélité, a été remplacé par un chat. Le chat ou la chatte, dans l'argot parisien de l'époque, comme de nos jours d'ailleurs, faisait référence au sexe féminin. Alors peindre un chat, à la queue dressée et au poil hérissé sur le lit d'une courtisane, les bourgeois parisiens ont tout de suite compris.
La fureur du public était telle que les organisateurs du Salon de Paris ont dû engager deux gardes armés à plein temps pour assurer la sécurité de la toile. Les visiteurs, déchaînés, tentaient de trouer ou de lacérer la toile à coups de canne ou de parapluie.
Les organisateurs ne pouvaient pas décrocher la toile sans se désavouer, mais ils l'ont déplacée. Ils l'ont accrochée au dessus d'une porte, tout en haut du mur afin de la mettre hors d'atteinte de la foule. Par dépit, les visiteurs la comparait à une "immense araignée au plafond".
Après la mort de Manet, un collectionneur américain voulu acquérir Olympia. Mais refusant de voir ce tableau quitter la France, le peintre Claude Monet lança en 1889 une souscription publique qui rapporta 20 000 francs. Il l'acheta à la veuve de Manet et l'offrit à l'Etat français. Il est conservé aujourd'hui au Musée d'Orsay à Paris.

Il nous faut à présent parler des personnages.

D'abord la servante noire. Elle s'appelle Laure. Les critiques ne se sont guère intéressés à elle et l'on aurait rien su d'elle si, en 2019, lors de l'Exposition "Modèles noirs" au Musée d'Orsay, les travaux de Denise Murrell ne nous étaient pas parvenus.
Elle nous apprend que Edgard Manet a rencontré Laure fortuitement dans la rue en 1862. Il fut séduit par sa prestance et l'invita à passer à son atelier rue Guyot. Dans ses carnets, Manet note: "Laure, très belle fille noire." On apprend que Laure habitait au 11 rue de Vintimille, au troisième étage , dans le 9ème arrondissement de Paris. Elle faisait partie de la première génération de la communauté noire libre de Paris, depuis l'abolition définitive de l'esclavage dans les colonies françaises, en 1848. Pour survivre, elle cumulait les emplois de lingère, couturière et domestique.
Laure apparaît sur trois toiles de Manet. Outre Olympia, elle est présente sous les traits d'un nourrice dans le tableau "Enfants aux Tuileries" et sur un portrait intitulé "Le Portrait de Laure" anciennement nommé "La Négresse".

Parlons à présent d'Olympia. Vers 1860, le nom d'Olympia était un pseudonyme courant chez les prostituées. L'orchidée rouge dans les cheveux et le ruban noir autour du cou viennent renforcer la nature de ses activités.
Elle fixe de son regard froidement le spectateur, sans aucune pudeur, le mettant dans la position inconfortable du client et face à ses turpitudes, ce qui a participé à la fureur des bourgeois.
Elle s'appelle Victorine Meurent. C'est aussi elle qui figure dans "Le Déjeuner sur l'herbe". C'était une jeune fille du peuple surnommée par les artistes de Montmartre "La Crevette" en raison de sa petite taille et de sa silhouette menue. Mais surtout, c'était une rousse flamboyante au teint très pâle.
Si elle posait volontiers, elle gagnait sa vie en jouant du violon et de la guitare dans les rues et en chantant dans les cafés-concerts. Victorine n'était pas du genre a rester dans l'ombre. Elle décide de prendre des cours de dessin à l'Académie Julian. En 1876, elle présente son Autoportrait au Salon de Paris. Son tableau est accepté alors que toutes les toiles de Manet cette année-là sont refusées.
Son portrait dans Olympia et aussi dans le déjeuner sur l'herbe, l'on fait ignorer des critiques. Les biographies officielles prétendaient que Victorine Meurant avait sombré dans l'alcoolisme et la prostitution et qu'elle était morte dans la misère noire. Ces biographies étaient écrites par des critiques puritains, incapables d'admettre qu'une femme ayant posé nue pouvait réussir dans la vie. L'historienne de l'art, Eunice Lipton a prouvé qu'elle était morte à l'âge de 83 ans. Elle a passé les vingt dernières années de sa vie à Colombes, en banlieue parisienne avec une amie Marie Dufour, en donnant des cours de musique et de peinture.
Victorine Meurent exposa régulièrement au Salon de Paris entre 1876 et 1904. Mais la plupart de ses œuvres ont été perdues. 





"Le jour des Rameaux", sa peinture la plus célèbre, disparue depuis plus d'un siècle et retrouvée en 2004.




Autoportrait exposé en 1876.

Le destin des autres œuvres de Victorine fut funeste. Après sa mort en 1927, Marie Dufour a conservé précieusement sa maison, ses œuvres et ses ateliers. Mais à son décès en 1930, tout fut liquidé. Des témoignages des voisins ont révélé que toutes ses toiles empilées, ses dessins et même son étui à violon ont été brûlés dans un feu de joie par les exécuteurs testamentaires à cause d'une ignorance crasse.




Victorine, Louise, Meurent



Au delà du talent de Manet, il m'a semblé important de rendre hommage à Victorine.
Tests de grossesse.








De tout temps, la crainte ou l'espoir d'une grossesse a agité l'humanité. Attendre que le ventre de la femme s'arrondisse au delà de la normale n'était pas une solution, et des moyens divers et variés ont été imaginés afin de pouvoir bénéficier d'un diagnostic précoce.

Peut-être que le plus ancien test connu nous est parvenu de l'Egypte ancienne. Il était très simple. En 1350 avant JC, les femmes désirant connaître leur état devait uriner sur des graines de blé et d'orge pendant plusieurs jours. Si le blé germait, c'était une fille. Si l'orge germait, c'était un garçon. Si aucune des deux ne germait, elles n'étaient pas enceintes.

Hippocrate, le célèbre médecin grec et père du Serment , proposait une solution plus originale,


  


Le test de l'oignon. En quoi consistait-il? La femme qui soupçonnait une grossesse, devait s'introduire un oignon à forte odeur dans le vagin avant de se coucher. Le matin, au lever, si son haleine sentait l'oignon, elle n'était pas enceinte. Hippocrate pensait que si le femme était enceinte, l'utérus était fermé et donc empêchait à l'odeur d'oignon de remonter jusqu'à la bouche, ce qui tendrait à prouver que ses notions d'anatomie étaient assez approximatives.

Plus récemment, on trouve dans "L'Evangile des Dames" une autre recette. L'Evangile des Dames appelé aussi "l'Evangile des Quenouilles" est un recueil de savoirs populaires et de remèdes transmis oralement par des femmes âgées qui racontaient leur savoir lors de veillées, tout en filant leurs quenouilles, vers 1495. On qualifierait aujourd'hui ces conseils de remèdes de bonnes femmes. Dans toutes ces recettes, on trouve un moyen de connaître si une femme est enceinte: on prend une bassine dans laquelle on met une clé ou un loquet, l'objet reste imprécis, et on demande à la femme concernée d'uriner dedans. On laisse mijoter trois à quatre heures, puis on vide l'urine. On retire ensuite la clé ou le loquet, si l'empreinte de l'objet est présente dans la bassine, c'est bon, la femme est enceinte. 

Puis vinrent "les prophètes de l'urine" au XVIe siècle. 




Ces "spécialistes" prétendaient tout savoir en examinant la couleur des urines et même son goût (utile en cas de diabète). Certains allaient même jusqu'à mélanger les urines avec du vin.





Nous sommes en 1826. Un médecin examine les urines de la jeune fille en pleurs. Aucun doute, il aperçoit dans la fiole la silhouette d'un bébé miniature. La jeune fille est enceinte. La mère, pointe du doigt la fiole pour mieux morigéner sa fille. Elle est furieuse en imaginant le scandale familial. Derrière la porte, l'amant, piteux, se cache.

Jacques Guillemeau, médecin de son état au XVIe siècle prétendait que l'on pouvait deviner une grossesse en regardant les yeux de la personne concernée. D'après lui, dès le deuxième mois, la femme enceinte présente des yeux enfoncés, des pupilles rétrécies, des paupières tombantes et des petites veines gonflées au coin de l'œil. Mais s'il travaillait sur l'œil, il ne travaillait pas à l'œil.

En 1836, un médecin français remarque que vers la sixième semaine, le col de l'utérus, les lèvres et le vagin peuvent prendre une teinte bleu foncé ou rouge violacé à cause de l'augmentation du flux sanguin. L'idée fit son chemin puisque lors de l'American Gynecological Society en 1886, James Read Chadwick la reprit à son compte pour lui donner son nom, le "signe de Chadwick". Goodell,  lui aussi avait  son signe, le ramollissement du col de l'utérus. Mais d'autres ne se livraient pas à de telles explorations et se contentaient de tâter le pouls au niveau des carotides, un pouls rapide et bondissant ne trompant pas.

En 1920, apparut le "test du lapin" qui consistait à injecter de l'urine des femmes dans une lapine. L'urine d'une femme enceinte provoquait le développement des ovaires chez les lapines immatures grâce à la présence d'une hormone spécifique dont je tairai le nom. Les résultats du test étaient annoncés simplement: le lapin est mort! signifiait que la dame était enceinte. En réalité, tous les lapins mouraient après cette injection, vu que les médecins examinaient les ovaires de l'animal après les avoir extraits.
On a aussi utilisé, les grenouilles et des crapauds avec la même méthode et en observant leurs pontes.
Il fallut attendre les années 1970 pour disposer d'une méthode simple et fiable à domicile. L'outil, appelé "Predictor" inonda les USA et l'Europe en 1977 après une expérimentation au Canada. Il nécessitait des précautions d'emploi mais était fiable à 97%. Cependant, il dû faire face à de fortes résistances venues des autorités et des médecins, certains médecins craignant que les femmes soient trop hystériques pour gérer le résultat seules!
La dernière chemise.









L'auteur de cette estampe est anonyme. Au XVIIIe siècle, de nombreux dessinateurs et graveurs restaient anonymes, pour des questions de droits d'auteur, les gravures restant la propriété de l'éditeur. C'est la raison pour laquelle n'apparaît que le nom de l'éditeur en bas à gauche: Carington Bowles, N° 69 Paul's Church Yard à Londres.
Cette image a été publiée vers 1792 et se nomme "The Last Shift" (La dernière chemise). Elle représente une courtisane de l'époque géorgienne dans un logement pauvre et exigu.

A la fin du XVIIIe siècle, le mot "shift" avait trois sens:
- Le vêtement: c'était la chemise de corps.
- La pauvreté: "To be put to one's last shift" voulait dire être réduit à la dernière extrémité, utiliser sa dernière chemise.
- Le changement d'activité: comme par exemple, la cessation d'une période de travail mais aussi, pour une prostituée, le changement de client.

Cette courtisane n'a plus qu'une seule chemise qu'elle est obligée de laver, raison pour laquelle sa poitrine est nue, preuve qu'elle touche le fond de la misère.
Du linge sèche dans la modeste cheminée, tandis que le désordre règne dans la pièce. On peut voir sous la table un corset, ainsi que plus à droite, un chapeau haut-de-forme laissant comprendre le départ précipité d'un client pour des raisons inconnues.
Une chanson imprimée, une ballade, se trouve aussi à terre. Les premiers mots sont: "How happy were my days till now" (Qu'ils étaient heureux mes jours jusqu'à présent), ce qui indique, pour ceux qui n'auraient pas compris, une déchéance récente.
On voit aussi un chat qui tente d'attraper de la nourriture. Au XVIIIe siècle, le chat était le symbole de la sexualité féminine. La présence du chat sur l'image confirme l'état de courtisane de la femme.

samedi 22 août 2026

Les lits-clos. 







En Bretagne, les maisons rurales ne disposaient souvent que d'une seule pièce. Les lit-clos, à étage ou pas, permettaient de préserver l'intimité des dormeurs et de s'isoler contre le froid. Les lit-clos à étage étaient fréquents dans la région de Cancale jusqu'au début du XXe siècle.





Allons les filles, à dodo.






Quand Jean-Pierre n'est pas là,
je me console avec ma pipe.






Les deux jeunes filles sont chacune dans leur lit, admiré par un jeune homme qui tient un bougeoir. Mais le titre le rappelle à l'ordre "Chasse Réservée".




Le coucher de la mariée.





Rappel à l'ordre.





Tu t'casseras la goule à quéqu'détour, la Julie...
ty f'rais mieux, crais-mouai, d'pas monter si haut!..
.






Qui va faire une bise à son père?





Coin de ferme.
Le matin- La fille lassée.





Le Bain de la belle Marivonne.

Le vieillard souffre de ses perpétuelles jérémiades,
"Tu me paieras cela quelque jour, coquine",
bougonne-t-il à part lui, ruminant une petite vengeance
.





La soupe du matin.


Tournures.









 
Caricature argentine nommée "Surtido de Tournures" (Assortiment de tournures)  parue en 1885 dans le journal "El mosquito".

On appelait "tournure" ou faux-cul un accessoire de mode largement partagé en Europe et particulièrement par l'Angleterre victorienne. La tournure se plaçait sous les jupes des femmes pour accentuer leur volume fessier.
Le dessinateur imagine des différents rembourrages que les femmes pouvaient utiliser selon leur métier ou leur classe sociale.

La de mi prima (celle de ma cousine): Le volume est obtenu à l'aide d'un coussin.
De la cocinera (de la cuisinière): La cuisinière utilise une grosse casserole ou un faitout qu'elle a glissé sous sa jupe.
De la mujer del vigilante (de la femme du gardien): là, c'est une lanterne allumée, dont la lumière traverse le tissu de la jupe.
De una de aquellas (de l'une de "ces femme-là"): une courtisane, fumant une cigarette, utilise des ballons gonflables pour tromper sur ses formes.
De una beata (d'une bigote): une femme pieuse cache un bénitier ou un pupitre d'église sous ses vêtements.
De la hija del musico (de la fille du musicien): elle utilise un tambour attaché à ses reins.
De la sirvienta (de la servante): un panier en osier, servant aux courses ou à transporter du linge, fait l'affaire.
De la maestra de escuela (de la maîtresse d'école): une pile de livres sanglée assure le volume nécessaire.
De mi tia la solterona (de ma tante vieille fille): la tante a utilisé une cage à oiseau, avec un oiseau à l'intérieur, pour le rembourrage.

Cette vision satirique, peut surprendre, mais il faut reconnaître que la mode féminine au XIXe siècle a subi une évolution chaotique.

De 1830 à 1850: La taille rétrécit et la bas de robe s'élargit. Pour donner du volume, les femmes portent jusqu'à sept à huit jupons de coton ou de lin. C'est extrêmement lourd  et chaud à porter et la marche est entravée. Pour diminuer le nombre de jupons tout en conservant la forme, on fabrique des tissus rigides fait de crin de cheval et de fil de lin pour créer des jupons de soutien. Ces accessoires en crin de cheval donneront le nom de crinoline.

De 1850 à 1864: Tous ces jupons sont remplacés par une structure constituée de cerceaux d'acier reliés par des rubans breveté par l'américain Thomson. La structure est très légère, c'est une libération pour la femme, les jambes sont libérées.
En 1860, le volume devient gigantesque atteignant parfois plus de deux mètres de diamètre. Les femmes ne peuvent franchir les portes de face et ne peuvent s'asseoir. La crinoline devient l'accessoire favori des humoristes.

De 1864 à 1869: La crinoline ronde lasse les femmes et apparaît alors la forme elliptique, le volume migre vers l'arrière. Le devant de la robe s'aplatit tandis que les cerceaux métalliques assurent un volume gigantesque à l'arrière.

De 1869 à 1875: Ce déport de forme a ouvert la porte aux "faux-culs". La crinoline disparait et le volume est uniquement concentré sur le fessier. On utilise une demi-cage de cerceaux ou un coussin de crin attaché à la taille. Pour ne pas trop gêner les dames, le faux-cul est appelé "tournure". La robe est directement drapée dessus.

De 1876 à 1881: Cette période forme une parenthèse, la mode impose une silhouette verticale. La femme est moulée dans une robe très étroite resserrée aux genoux, appelée "robe princesse" ou "cuirasse". Les femmes sont contraintes par ces robes de marcher à petits pas.

De 1882 à 1888: C'est le retour en force de la tournure mais de façon plus géométrique, instaurant le profil "tablette". Le dos forme un angle de 90° avec le bas du dos comme un pouf. C'est l'époque de la caricature qui tourne en dérision cette mode. Pour obtenir, cet angle, les structures métalliques de la robe sont munies de ressorts ce qui permet à la tournure de s'aplatir lorsque la femme s'assoit. Une fois relevée, les ressorts retendent la tournure.

La fin du siècle voit disparaître toutes les structures métalliques, pour revenir au naturel incarné par la mode "Belle époque".

Les modes sont toujours critiquables, mais la crinoline était aussi dangereuse. On estime que plusieurs milliers de femmes sont mortes brûlées vive à cause de la crinoline. En effet, les robes étaient constituées de dizaines de mètres de tissus très inflammables, comme la gaze de soie, le mousseline de coton. En raison de la taille des robes les femmes ne se rendaient pas compte qu'elles frôlaient une bougie ou une cheminée. L'air s'engouffrait sous la robe activant le feu. Un fois celui-ci déclaré, il était impossible à la femme de retirer rapidement la robe enflammée, celle-ci étant solidement sanglée à la taille.
Mais la crinoline, de part son ampleur, était aussi dangereuse dans le quotidien. Beaucoup de femmes furent entraînées sous les roues des calèches ou les portes des premiers tramways car elles ne contrôlaient pas l'arrière de leur parure.
Le vent était aussi un danger, la robe se comportant comme une voile de bateau. La presse de l'époque relate de nombreux cas de femmes emportées ou déséquilibrées sur des falaises ou des ponts.
La tournure avait aussi ses inconvénients notamment sur la santé. Pour accentuer l'effet de la tournure, les femmes devaient porter leur buste en avant afin d'adopter un profil en S. Leur démarche s'en trouvait affectée et elle était surnommée la "marche de la poule". Cette attitude provoquait des douleurs chroniques au dos. La taille devait être minuscule. Le corset était indispensable, ce qui comprimait l'estomac et le foie et réduisait la capacité pulmonaire. La tournure et la robe pouvaient peser jusqu'à cinq kg ce qui accentuait les risques, causant souvent les trop célèbres évanouissements victoriens.
Ces abus donnèrent naissance en Angleterre en 1881 à la Rationnal Dress Society qui proposait d'interdire les vêtements de plus de 3 kg (hors manteaux), de remplacer les cerceaux rigides par des pantalons bouffants (bloomers), d'éliminer les structures comprimant la cage thoracique et la colonne vertébrale.

La pratique de la bicyclette finit par mettre tout le monde d'accord.

vendredi 21 août 2026

HLM.








 
Cette photographie prise à Hambourg en 1904 est la maison natale de Johannes Brahms.
Après s'être mariés, malgré la forte opposition de leurs entourages et leur pauvreté, les parents de Brahms s'installèrent dans cette maison. Son père Johan Jakob était un musicien ambulant de 24 ans et sa mère couturière de 41 ans.  Brahms y est né le 7 mai 1833. Le logement était bas de plafond et comportait trois petites pièces. Ils n'y vécurent pas longtemps, six mois après la naissance de Brahms, ils déménagèrent pour habiter une demeure plus confortable.
A la fin du XIXe siècle, en 1892, il fut décidé de raser tout le quartier à cause de son insalubrité, seule cette maison fut préservée pour sa valeur historique. Elle a été détruite par les bombardements de la ville d'Hambourg en 1943.
Le ballet du balai.






Le balai, cet instrument familier, indispensable, qui d'autre qu'une femme sait aussi bien le manœuvrer, le diriger, l'obliger à aller dans les endroits les plus improbables. Dans les coins et les recoins, sous les meubles, entre les pieds d'une chaise, il glisse, il virevolte, L'homme n'a pas ces talents, il appuie exagérément dessus, il le dirige, sans grâce, machinalement, pressé d'en finir. 

D'abord, il faut savoir le choisir, car il en existe de toute forme, de tout poils, de tout usage. 







Cette estampe, gavée par Jean-Baptiste Bonnart est issue d'une série du "Recueil des modes de la cour de France" vers 1674. Chargée d'une collection de balai sur le dos, la brave femme nous dit que:

" Quiconque veut se garantir
De l'amende du commissaire
De mes balets doit se garnir
On ne sçauroit jamais mieux faire."

Elle nous rappelle, qu'à cette époque, il était obligatoire de balayer devant sa porte, sous peine d'amende.

Une fois muni du balai indispensable, il fallait pouvoir s'en servir efficacement.




Edmé Bouchardon nous montre comment sa balayeuse assure sa prise vers 1740. La main gauche saisit fermement le manche dudit balai, tandis que la droite, prend son extrémité par en dessous, pour pouvoir assurer les changements de direction voulus.







Comme pour les coiffures, le balai peut adopter une coupe en brosse, lui donnant ainsi un air viril et guerrier, et c'est avec une ardeur non feinte que la "Jeune femme nettoyant le sol" du hollandais Willem Joseph, en 1778, nettoie son plancher en bois.







ou encore "la servante de La Haye" (Haags Dienstmeisje) de Paulus Constantijn la Fargue; en 1775, avec son balai de genêt qui nous regarde d'un air amusé et interrogateur, tout en balayant et lavant les pavés.






Jean-Baptiste Antoine Emile Béranger en 1872, lui,  nous rappelle que c'est grâce au balai, même un simple balai de sorgho, que l'on fait parfois des découvertes, que l'on apprend les nouvelles même si elles sont anciennes. "An interest in Old News" (Intérêt pour de vielles nouvelles). Ici, le ballet du balai est interrompu, la servante prend le temps de déchiffrer un morceau de journal ou de papier que le balai a déniché.






Rien n'est plus difficile que de balayer des plumes! Un simple mouvement un peu brusque du balai génère un petit courant d'air suffisant pour les faire s'envoler, certaines repartent là où on avait balayé, d'autre plus perverses s'installent directement sur le balai.  Victor Gabriel Gilbert nous montre dans son tableau "Balayage de plumes" (Sweeping the Feathers) réalisé vers la fin du XIXe siècle, la dextérité d'une femme qui se bat pour faire un petit tas de plumes et le comportement inqualifiable de certaines d'entre elles. Que cette dame se console de son infortune, Johan Wolfgang Goethe a dit: "La main qui samedi tient un balai, est celle qui dimanche vous caresse le mieux".





Pehr Hilleström dans son tableau de 1774 intitulé "En piga som sopar och en flicka som ostädar" (Une servante qui balaie et une petite fille qui désordonne) nous montre une servante qui "passe" le balai, comme on dit. On ne voit pas la petite fille désordonnée, mais personne ne parle du balai! Il a une existence pénible, alors qu'on s'est emparé de son manche, il a toujours la tête dans la poussière, on le force à aller des coins, même si l'on sait que "seul le vieux balai peut aller dans les coins" comme le dit un proverbe irlandais. Et puis, lorsqu'il s'est acquitté honorablement de sa tâche, que fait-on de lui? on le cache, comme si on en avait honte, dans un vieux placard près d'une serpillère qui sent le croupi.






Joseph Caraud, en 1897, lui, nous rappelle aussi dans son tableau "Les Tourtereaux" 'The love birds), malgré son intérêt pour les deux volatiles qui roucoulent sur la rampe, que balayer des feuilles sur une terrasse, n'est pas non plus de tout repos, on est à la merci du moindre coup de vent qui nous oblige à tout recommencer, et chacun sait qu'Eole est d'un naturel plutôt farceur.







Mais il est temps de prendre un instant de repos. En 1860, Joseph Caraud a surpris "La Jolie Servante" (The Pretty Maid) en train de s'admirer dans une glace de château. Obéissant, le balai attend la fin de l'inspection. Il reprendra ses explorations une fois celle-ci terminée.

Cependant, malgré ce petit tour d'horizon chez des artistes talentueux, aucun n'aborde le problème crucial, que personnellement je n'ai pas réussi à résoudre, qui est le maniement simultané de la pelle et du balai. J'en ai pourtant compris le principe, on pose la pelle à terre, on l'incline et à l'aide du balais on pousse les découvertes dans la pelle. Jusqu'ici, tout va bien. Mais il reste toujours une petite ligne de poussière qui vous nargue, qui refuse obstinément d'aller dans la pelle. On recommence en se déplaçant peu, rien y fait, elle persiste; on tourne de 90°,  elle tourne aussi. On approche le balai doucement de la pelle, on y va plus fort, elle est toujours là. Pas de doute, la pelle, le balai et la poussière se sont ligués. Mais ne manquant jamais d'idée, comme j'ai la chance de posséder de nombreux tapis, je soulève un coin du tapis délicatement, et d'un coup vif, j'expédie la poussière dessous. C'est ce qu'on appelle 'mettre la poussière sous le tapis". Il ne me reste plus qu'a recevoir les compliments pour le travail effectué et à relire ce poème de Rimbaud qui s'intitule "Le balai"!

C’est un humble balai de chiendent, trop dur
Pour une chambre ou pour la peinture d’un mur.
L’usage en est navrant et ne vaut pas qu’on rie.
Racine prise à quelque ancienne prairie
Son crin inerte sèche : et son manche a blanchi.
Tel un bois d’île à la canicule rougi.
La cordelette semble une tresse gelée.
J’aime de cet objet la saveur désolée
Et j’en voudrais laver tes larges bords de lait,
Ô Lune où l’esprit de nos Sœurs mortes se plaît.


Pour conclure, on peut se demander si Michel Heyns, dans son livre "Le Passager récalcitrant", n'a pas raison de dire que "La civilisation occidentale doit sa survie au balai et au plumeau"?.