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vendredi 24 juillet 2026

  Les lorettes.

Part IV




Le nom de lorette est apparu sous la Monarchie de Juillet (1830-1840). Il désigne une femme indépendante qui vit des largesses de ses amants.  Ce surnom vient de l'église Notre-Dame de Lorette et de son quartier en pleine construction à l'époque. Les propriétaires proposaient des loyers bas afin qu'elles "essuient les plâtres" ce qui attirait les lorettes..
Alexandre Dumas distinguait trois catégories de femmes de ce genre, les grisettes associées aux étudiants du quartier latin qui vivaient d'aventures mais conservaient un travail, les lorettes qui vivaient uniquement de leurs charmes en ayant plusieurs amants, appelés des "Arthurs", qui se partageaient les factures et enfin les courtisanes ou demi-mondaines qui n'avaient qu'un seul amant à la fois, mais richissime.
Les gravures sont de Gavarni ou de Damourette.







"Joli petit animal qui dévore en quinze jours une prairie dont cinquante vaches ne seraient pas venues à bout en un an."

Métaphore agricole pour désigner les dépenses somptueuses en vêtements et bijoux d'une Lorette capable de ruiner son amant en quinze jours.






" J'hérite, ma chère... un oncle, un vrai, qui me laisse des rentes. Ça va ma paraitre joliment farce de dépenser de l'argent à moi..."








" - C't homme-là, ma chère, un vrai caniche, c'est fidèle...
 - Et ça rapporte."







" - Regardez-les passer belles de jeunesse et d'impudeur, toutes couvertes de dentelles et d'or: et personne dans cette ville corrompue ne s'élève contre cette honte! personne ne trouve mauvais que ces infâmes étalent au grand soleil le spectacle de leur luxe insolent!... Nation dégénérée, Français de la décadence, qu'avez-vous fait à la vertu de vos pères?...
- Et les abonnées avalent ça?..."

La caricature ne dénonce pas la libéralité des mœurs mais l'hypocrisie de la presse  et la naïveté des lecteurs (les abonnés). Damourette montre que les journaux  ne s'indigne de la décadence de la société que pour mettre en avant des situations scandaleuses qui font vendre, et que les lecteurs consomment avec une passivité désolante.






" - Et quand je songe que je regrette le temps où Edouard me fichait des tripotées dans sa mansarde!...
 - Ça, ça ne fait pas l'éloge des agents de change!..."

Cette caricature est une attaque contre les agents de change, constituant la bourgeoisie financière de l'époque. Les agents de change, de par leur fortune,  sont les nouveaux protecteurs des Lorettes, capables de leur offrir le luxe et le confort matériel mais ils sont profondément ennuyeux et froids. Le luxe bourgeois est si monotone qu'il leur fait regretter la misère bohème d'autrefois.







" - Si je te disais que je t'aime assez pour ne jamais rien te demander, mon loup, qu'est-ce que tu croirais?...
 - Que tu vas me demander quelque chose..."






" - Prenez garde, madame Ribochet, je ne suis pas plus bête que j'en ai l'air... une femme ne me tromperait pas pendant deux jours sans que je m'en aperçoive.
 - Menteur!... "






" Font-elles leur tête... parce qu'elle carottent les fils de nos anciens valets de chambre!..."

"Faire sa tête" signifie prendre des grands airs, "carotter" en argot signifie escroquer. Ce couple, malgré  leur luxe apparent ne font ni partie de la noblesse, ni de la bourgeoisie historique. Ce sont des parvenus qui suscitent le mépris de ces deux femmes du peuple.






" T'as bien tort, mon enfant, de jeter comme ça tout ce qu'il y a par la fenêtre... garde-toi au moins d'quoi-z'-avoir du tabac sur tes vieux jours!"








" - Mille pardons, mon cher, j'ai oublié ma bourse, auriez-vous la bonté de payer ma voiture qu'est en bas?...
- C'est une bagatelle, vous devez?...
- Un mois, trois cent soixante-deux francs, vous ajouterez ce qu'il vous plaira pour le cocher."






" - Ce Legrand est un gaillard qui doit à son tailleur la moitié de ses succès.
- Et la totalité de ses habits."







" Cette nuit, monsieur, j'ai rêvé que vous aimiez une autre femme... cela m'a fait mal, Henri, cela m'a fait horriblement mal!...






" Vous ne seriez pas gros comme cela, Edouard, si vous m'aimiez autant que je vous aime."






" - Et combien qu'ça t'rapporte, m'sieu le caricaturiste, de te moquer des femmes?
- Quatre ou cinq mille francs.
- Peuh! Ça nous rapporte plus, à nous, de nous moquer des hommes..."






 Pénurie.





Ordonnance Royale datant du 8 mai 1789 concernant la ville de Chaumont-en-Bassigny (Haute-Marne). L'affiche est signée par Toufot de Béveaux, lieutenant général de police de la ville.
L'année 1789 est une année de pénurie de blé due aux mauvaises récoltes de 1788. Cette pénurie a entraîné une forte augmentation des prix du grain et donc du pain provoquant des vives tensions dans tout le pays.

L'ordonnance porte sur plusieurs points:

- La lutte contre la psychose populaire. L'ordonnance dénonce la "crainte mal fondée" du peuple de manquer de grains.
- La protection des approvisionnements. Les rumeurs, violences et menaces se produisant sur les marchés font fuir les "Laboureurs & Propriétaires de grains des Villages voisins. La crainte du pouvoir est que la ville se trouve privée de nourriture jusqu'à la prochaine moisson.
- Le rétablissement de l'ordre public. La police interdit tout attroupement, les "émotions populaires" (émeutes) et toutes menaces et injures envers les marchands.
- Le rappel des peines. Les contrevenants seront poursuivis de façon extraordinaire et sévèrement punis. L'ordonnance se veut cependant rassurante en précisant que le Roi à pris toutes les dispositions pour importer du grain de l'étranger.
 Ce que j'étois...






Estampe d'Alexis Chataignier de 1797.

"Ce que j'étois, ce que je suis, ce que je devrois être."

"A Paris chez
Maugand, Rue St Denis vis-à-vis celle de la Chanvrerie N° 86
Roullat, Rue Quincampoix Presque Beauvais."

"Ce que j'étois":  l'homme, bandit de grand chemin, s'enfuit après avoir dévalisé une maison bourgeoise avec son sac de butin.
"Ce que je suis": l'homme s'est enrichi à la faveur des troubles politiques et économiques dus à la Révolution. Il se déplace dans une calèche de luxe, vêtu élégamment, visiblement opulent , avec sa compagne;
"Ce que je devrois être": l'homme est représenté comme un bagnard, les chaînes aux pieds et condamné aux travaux forcés.

jeudi 23 juillet 2026

Le médecin aux urines.








Le médecin aux urines.

 
Cette gravure est l'œuvre de Claude Louis Desrais et date du début du XIXe siècle.

Il s'agit d'une satire de l'uromancie, pratique médicale très ancienne, qui consistait à diagnostiquer les maladies et la grossesse par l'examen des urines. Sur cette image, le médecin contraste avec ses visiteuses. Il est vêtu de façon grossière, porte une barbe hirsute, alors que les deux femmes sont très élégantes. A leurs visages, on perçoit une forte anxiété. Nul doute que l'une d'elles attend un diagnostic de grossesse.





Roue des urines médiévale.


Cette roue est issue du traité Epiphanie Medicorum du médecin allemand Ulrich Pinder, publié en 1506.






 Une autre roue d'uroscopie tirée de l'ouvrage Fasciculus Medicinae du médecin allemand Johanes de Ketham en 1491.
Cabinets d'aisance

des fosses inodores.








Le titre fait allusion à une innovation technologique de l'époque destinée à réduire les épouvantables odeurs des latrines publiques. Chaque estampe porte un prénom féminin destiné à rappeler une lorette ou une courtisane fréquentant les salons sous la Restauration, le jeu consistant à deviner laquelle.
Ce genre de gravure n'était jamais exposé dans les vitrines des marchands de la rue Vivienne ou du Palais-Royal à cause des foudres de la censure. Elles se vendaient "sous le manteau" à des collectionneurs qui les rangeaient dans leur cabinet de curiosités.





Eléonore.






 


Babet.





Fanchon.







Gertrude.







Rosemonde.







Oda.


 Petit diner.





L'artiste reste inconnu, cette estampe date de 1820. Elle s'intitule "Petit diner" et représente, à gauche, Olympe de Gouges attablée avec Céline, une de ses amies. Cette estampe a été réalisée pour servir d'illustration au livre d'éducation "Conseils à ma fille" de Jean Nicolas Bouilly.
A noter l'anachronisme vestimentaire: Olympe de Gouges est habillée d'une robe style 1er empire alors qu'elle a été guillotinée en 1793.
La question qui se pose est pourquoi une telle illustration? En fait, sous cette gravure était écrit: "La belle Olympe se trouve à son tour obligée de manger sur ses genoux." En effet, on voit que les deux amies portent chacune leur assiette sur leurs genoux; en cas de manque de place, il est possible de rompre exceptionnellement les convenances .

 Le prétexte.




Caricature d'Aaron Martinet vers 1815.

Elle représente un scène se déroulant durant l'occupation de Paris par les troupes coalisées, notamment anglaises après la défaite de Napoléon 1er à Waterloo.

Elle montre la curiosité des parisiennes vis à vis des Highlanders vêtus de leur kilts et de leur bonnet à poils d'ours. C'est une des premières représentations populaires du "vrai écossais" (True scotsman) qui est supposé ne pas porter de sous-vêtements sous son kilt.
A cette époque les Ecossais provoque une stupeur totale chez les Parisiens. Le kilt est considéré comme une tenue primitive quasi sauvage. L'ensemble des Parisiens est fasciné par la tenue et tous se posent la question, surtout les femmes, "portent-ils quelque chose dessous?"
Les soldats écossais installent leur campement sur les Champs-Elysées et au bois de Boulogne. Les parisiennes viennent s'y promener en masse sous prétexte de prendre l'air ou de jouer avec leurs enfants. En réalité, elles attendent la moindre occasion, un coup de vent, un soldat qui se baisse,  un autre qui s'assoit, etc. Les Highlanders ont été flattés de cette attention et jouant le jeu, ils faisaient tomber exprès un objet pour se baisser et le ramasser, à la grande satisfaction des spectatrices.
Sur l'image, on voit à gauche, deux élégantes qui se penchent ensemble avec chacune un faux prétexte, l'une pour relacer sa chaussure, l'autre pour s'occuper d'un enfant. Nul ne doute que ces prétextes servent d'alibis pour pouvoir jeter un œil indiscret sous le kilt des militaires.
Cet intérêt devient tel que la mode s'en est emparée, le plaid devenant le sommet de la mode en 1815-1916.