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mardi 29 septembre 2026

Fin'amor.








 
Cette miniature est issue du codex Manesse (Manessische Liederhandschrift), un recueil de poèmes et de chansons d'amour courtois réalisé entre 1300 et 1340.

L'amour courtois ou fin'amor en occitan, est un manuel de bonne conduite qui décrit à un chevalier la façon de se conduire avec une dame de la noblesse.

Ce code de conduite, établi au XIe siècle, repose tout d'abord sur l'idéalisation de la Dame. La femme occupe une position sociale supérieure à celle de son amant. Le chevalier lui est entièrement soumis sur le modèle vassalique. La dame est perçue comme un être inaccessible, d'une beauté et d'une vertu sans égales. Cette relation doit être menée dans le secret le plus absolu. L'amour courtois et presque toujours adultère, la dame étant en général mariée à un seigneur de la région. Le secret sert à préserver l'honneur de la dame. Dans ses poèmes, l'amant utilise un pseudonyme que seule la dame connait. 
Mais cette relation est longue à établir. La dame de donne pas ses faveurs immédiatement. Le chevalier doit prouver sa valeur par sa patience et sa loyauté. Le temps et la distance font partis de l'épreuve. La souffrance amoureuse purifie le cœur de l'amant.
Au XIIIe siècle un clerc nomme Andreas Capellanus (André le Chapelain) rédige le traité De Amore. Parmi toutes ces règles, on trouve:

"Le mariage n'est pas une excuse légitime contre l'amour" qui veut dire que l'amour véritable ne peut exister que hors du mariage arrangé.
"Qui ne jalouse pas ne peut aimer". La jalousie est la preuve de l'attachement.
"L' Amour diminue et augmente constamment". L'amour n'est jamais figé.
"Un nouvel amour chasse l'ancien".

L'amour courtois est tout sauf platonique, la sexualité y joue un rôle primordial, mais elle est codifiée. L'amour courtois n'est pas pressé, il retarde l'échéance pour augmenter le prix car l'attente participe au plaisir. L'amant gravit petit à petit les "degrés de l'amour" accordés par la dame.
D'abord, la naissance du désir, avec le regard et le soupir; puis la prière, l'amant ose déclarer sa flamme; vient ensuite le baiser et l'attouchement, première concrétisation physique et enfin le don du corps (appelé le surplus) qui dépend de la dame.
Pour bien prouver que les amants aiment languir, la dame, très souvent, imposait à son chevalier l'épreuve suivante: ils se mettaient tous deux entièrement nus, et s'adonnaient uniquement aux caresses et aux préliminaires qui pouvaient durer longtemps avec l'engagement formel de ne pas pratiquer d'acte de pénétration. C'était le moyen aussi de tester la mezura, c'est à dire la maîtrise de soi pour profiter de la source d'extase de cette pratique (le joy).

On voit que l'amour courtois n'a rien à voir avec le devoir conjugal. Le devoir conjugal sert à procréer, il est souvent dénué de plaisir pour la femme. Le fin'amor se vit en dehors du mariage. C'est un espace où le plaisir sexuel fondé sur la réciprocité est célébré pour lui-même.

Pour revenir sur la miniature, on constate que le chevalier est couronné. L'enlumineur a utilisé cette ruse pour pouvoir représenter un couple adultérin nu dans un lit sans s'attirer les foudres des autorités morales. Il pouvait prétendre avoir représenté une allégorie du Royaume de l'Amour. La couronne symbolise de triomphe de l'Amour courtois en élevant les amants au dessus du commun des mortels. Pour rappeler que la scène se déroule la nuit, on voit une énorme bougie blanche qui éclaire la chambre satisfaisant ainsi à l'obligation du secret, mais au moyen âge, la bougie est aussi un symbole phallique pour bien faire comprendre la nature de la scène à ceux qui n'auraient pas compris.


L'Odalisque brune.









 

Huile sur toile, de style rococo, de François Boucher réalisée en 1745 et intitulée "L'Odalisque brune".

Le tableau montre un grand désordre dans les tissus et les coussins. Mais le désordre n'est qu'apparent, l'organisation du tableau est au contraire d'une grande rigueur géométrique. Si l'on trace les deux diagonales du tableau, mais aussi les lignes médianes qui coupent le tableau en deux parties égales, leurs intersections se situent en un point unique juste sur la raie des fesses de la jeune dame. C'est le centre du tableau. Dans les compositions académiques, le centre d'un tableau est réservé à l'élément le plus noble ou le plus sacré. 
C'est un piège pour l'œil, on peut regarder un élément du décor, quel que soit l'endroit, on est vite ramené au centre. L'érotisme n'est pas suggéré il est contenu dans une construction mathématique. Le centre du tableau devient le centre du monde (pas bien loin de l'origine du monde de Gustave Courbet). On peut imaginer que Boucher a commencé son travail à partir de ce centre pour organiser son tableau.

L'odalisque brune a beaucoup choqué la société de l'époque. On admettait alors de peindre une femme nue à la seule condition qu'elle soit liée à un alibi historique ou mythologique comme par exemple une nymphe, ou Vénus ou encore Diane. Mais là, il s'agit d'un nu profane, d'une simple mortelle. Elle est allongée sur le ventre, la chemise relevée, le fessier à l'air sans aucune gêne. Elle montre même sur son visage une certaine complicité, un accord tacite qui enferme le spectateur dans le rôle du voyeur. Le scandale a été d'autant plus grand que des contemporains de Boucher ont cru reconnaître les traits du visage (évidemment!) comme ceux de Marie-Jeanne Buzeau, la propre femme de Boucher. Quand Diderot à découvert une estampe réalisée à partir de ce tableau, il est entré dans une fureur inouïe. Il a accusé publiquement Boucher de "prostituer sa propre femme" en vendant son intimité.

A l'époque, le tableau n'était pas visible. Il s'agissait d'une commande privée qui n'était pas censé être montrée au public. Pourtant, en 1765, une gravure représentant fidèlement le tableau est produite, celle que a provoqué la colère de Diderot. C'était une attaque directe contre Boucher, d'autant que la gravure était accompagnée d'un texte: "Gravé d'après le tableau de Monsieur Boucher, Premier peintre du Roi".
Pourtant, Boucher s'était montré très discret. En regardant de très près la petite table en bois sur laquelle repose un brûle-parfum, on voit, gravé dans le bois de la table la signature de Boucher suivie de la date 1745 (non visible sur cette image).

Le tableau est resté longtemps caché au public. Il n'a quitté les boudoirs isolés ou les cabinets de curiosité privés qu'en 1914 par un leg au Louvre du collectionneur Basile de Schlichting. Ce n'est qu'après la première guerre mondiale que le public pu le découvrir.
Le Baiser.









Huile sur toile du peintre Auguste Toulmouche réalisée vers 1870 et intitulée "Le Baiser". La tableau était de dimension modeste, 64 x 43 cm, de style très académique et montre l'intérieur typique d'une demeure bourgeoise du XIXe siècle.

La scène se passe probablement lors d'un bal masqué, très en vogue à cette époque, puisque l'homme est déguisé en "pierrot" , une des figures de la Commedia dell"arte. Les deux protagonistes se penchent au dessus d'une petite table de desserte, supportant une coupe de fruits, pour s'embrasser. Un seau à champagne est posé au sol, symbolisant la fête. La jeune femme est vêtue de rose. Au XIXe siècle, la couleur blanche, symbolisant l'innocence et la pureté, était réservée aux jeunes filles à marier, le rouge, symbolisant la passion et la maturité,  aux femmes mûres et déjà mariée et le rose se situait entre les deux symbolisant la jeunesse, la séduction autorisée et la liberté de flirter.

Auguste Toulmouche était marié à une cousine par alliance de Claude Monet. En 1862, Monet arrive à Paris avec la volonté de devenir peintre. Sa famille le place sous la tutelle de Toulmouche, peintre très connu à cette époque. 
Mais Toulmouche se rend vite compte que son style académique ne correspond pas au goût du jeune Monet. Il l'envoie donc dans l'atelier de Charles Gleyre et c'est là que Monet fit la connaissance de Renoir, Sisley et Bazille. De cette rencontre allait naître le mouvement impressionniste.







 

lundi 28 septembre 2026

 Le ramoneur.




Gravure à l'eau forte et au burin du graveur français Nicolas Joseph Voyez vers 1770 d'après un tableau de Jean-Baptiste Greuze, intitulée "Le Ramoneur".

La scène représente une femme et un ramoneur, à genoux, dans un intérieur d'une maison du XVIIIe siècle. Dans l'esprit libertin de l'Ancien Régime, le ramoneur est associé à des actes grivois caractérisés. Dans les chansons populaires, les pièces de théâtre "ramoner la cheminée" était une métaphore sexuelle classique. Face à la maîtresse de maison, au décolleté généreux, tenant son balai, le ramoneur, à genoux, lève vers elle des yeux implorant. Officiellement, il quémande un travail ou lui demande de le payer pour le travail accompli. C'est le "drame bourgeois" cher à Greuze. Mais Greuze pratiquait le double sens et pour les spectateurs avertis, il s'agissait d'une parodie de l'amour courtois, issu du moyen âge.
Seul le petit garçon assis sur sa chaise avec son chien empêche le dénouement de la confrontation. On sent que la jeune femme hésite, qu'elle détaille le petit ramoneur. Le chien, qui incarne la fidélité, lui sent le danger moral et observe le ramoneur libertin, prêt à bondir.
Ce genre de situation était très prisé des amateurs car ils pouvaient jouer eux aussi sur le double sens. 

On peut lire:

A gauche: "Ce Dessein est au Cabinet de l'Ordre Royal"
A droite: "de M.r Damery Chevalier Militaire de S.t. Louis"
Au XVIIIe siècle dessin s'écrivait dessein rappelant que la gravure a été réalisée à partir d'une œuvre originale.
Il est amusant de constater que le graveur  Nicolas Joseph Voyez s'est un peu empêtré dans le texte. Il faut lire: "Ce Dessein est au Cabinet de M.r Damary, Chevalier de l'Ordre royal et Militaire de S.t Louis". Le chevalier de Damary, en réalité Pierre-Marie-Louis de Boisgelin de Kerdu, a joué un rôle important en tant que collectionneur. Les peintres et les acheteurs autorisaient souvent des graveurs à reproduire une œuvre originale. Ces estampes étaient tirées à de nombreux exemplaires diffusés dans toute l'Europe, ce qui était source de revenus pour les uns et de notoriété pour les autres. Le fait que l'estampe mentionne le nom de Damery était un gage de qualité.
"Voyez Sculp." veut dire en latin Voyez sculpsit qui signifie "Voyez l'a gravé. De même "Greuze delin." est l'abréviation de Greuze delineavit "Greuze l'a dessiné"
Enfin, on termine par une mention commerciale: "Se vend A Paris chez Beauvarlet, rue St. Jacques vis à vis celle des Mathurins." Jacques-Firmin Beauvarlet était un des plus importants marchands d'estampe de Paris.

dimanche 27 septembre 2026

Le pédicure.









 
Peinture à l'huile de l'allemand Hermann Clementz datant de 1903 et intitulée "Der Pedikör" ("Le Pédicure").

Au delà de l'art de la pédicurie, le peintre inverse les relations de pouvoir et de genre très codifiées au début du XXe siècle. Ici, l'homme, plus âgé, se trouve à genoux, courbé, absorbé par sa tache, devant une jeune femme noyée dans des coussins et des riches étoffes. C'est la raison pour laquelle ce tableau a été qualifié "d'art féministe amusant". Hermann Clementz profite aussi du fait que les soins du corps, autrefois cachés, étaient devenus, à cette époque, des signes de richesse et de distinction. La jeune femme a donc ajouté à la panoplie indispensable des preuves de sa réussite, outre la coupe de fruits frais, le vase de fleurs coupées et son chien blanc blotti contre elle, le pédicure à genoux, à ses pieds, ce qui d'ailleurs pour un pédicure n'a rien de surprenant.

En Egypte ancienne, le soin des pieds était un marqueur social. Les esclaves frottaient les pieds des nobles avec des huiles parfumées et du lait. Le flacon de vernis servait à afficher son rang, seules les familles royales et la haute noblesse avaient le droit de se peindre les ongles de pied en rouge. Les classes inférieures devaient se contenter de teintes plus claires.
Chez les romains, la santé des pieds était essentielle. Et on peut le comprendre. Pratiquement tout le monde marchait en sandales sur des chemins boueux ou des rues pavées plus ou moins régulièrement. Les pieds ne devaient comporter aucun poil et c'est pourquoi dans les thermes des esclaves exerçaient le métier d'alipilus. Les alipilis épilaient les aisselles, les jambes, le dessus des orteils et des pieds. On dispose de ces détails car Sénèque s'était étendu sur le sujet dans ses écrits. Il habitait au dessus de thermes à Rome et il se plaignait fort des hurlements des clients à qui on arrachait les poils à l'aide d'une pâte de poix brûlante.
Pour nettoyer la peau, les Romains n'avaient pas de savon. Ils s'enduisaient d'huile d'olive. Ensuite, un esclave raclait l'huile mélangée à la sueur et à la saleté avec un instrument de métal incurvé appelé strigile. Pour les pieds, ils utilisaient la pierre ponce volcanique pour supprimer la corne et les cals nombreux à cause de la marche.
Au moyen âge, on ne s'occupait pas des pieds que l'on jugeait impurs. Les ongles incarnés et les cors étaient confiés aux barbiers-chirurgiens qui utilisaient les mêmes outils pour couper la barbe, arracher les dents, faire des saignées ou raboter les callosités des pieds sans la moindre aseptie.
Cependant, Louis XV avait à son service un certain Rousselot, médecin-pédicure de son état en 1762. Les pieds du roi ont dû l'inspirer car il a publié un des premiers traités sur les maux de pieds. Napoléon 1er, quant à lui, était obsédé par ses pieds. Son pédicure attitré Tobias Koen le suivait partout et accessoirement s'occupait aussi des pieds de Joséphine et de Talleyrand.

Nous n'aborderons pas ici la podophilie car au vu de la trousse à outils du vieux monsieur, visiblement, il ne s'intéresse qu'aux cors de la jeune fille.
La bière.





Gravure sur bois du français Gustave Doré de 1872, intitulée "Brewers at Rest" ("Brasseurs au repos") pour l'ouvrage collectif "London: A Pilgrimage" dirigé par le journaliste britannique William Blanchard Jerrold.

Cet ouvrage montre le contraste saisissant qui existait entre les quartiers aisés et la misère noire des quartiers populaires à l'époque victorienne.
Cette image est extraite du chapitre relatif à l'industrie de la bière à Londres. Elle montre des ouvriers d'une brasserie pendant une pause sur leur lieu de travail.

Pour réaliser ces dessins, Gustave Doré a dû se déguiser en troquant ses vêtements pour des habits élimés d'ouvriers. Accompagné par Blanchard Jerrold, il a ainsi pu visiter les recoins les plus sombres de Londres. Les habitants de ces quartiers se méfiaient des bourgeois et des journalistes, et non seulement, il fut obligé de se déguiser mais il était hors de question de faire des croquis de ce qu'il voyait. Doré fut donc contraint d'observer attentivement les scènes qui lui étaient offertes et de les dessiner de mémoire une fois de retour à son hôtel. 
Les ouvriers, outre leur salaire, avaient droit à une ration de bière journalière, souvent plusieurs litres par jour, censée leur donner des forces pour porter les lourds tonneaux contenant la bière.
La publication du livre provoqua un véritable scandale à Londres. La presse britannique et la haute société de Londres accusa Gustave Doré d'être un "français ne sachant montrer que la laideur et la misère", de trop s'attarder que sur les conditions de travail très dures des ouvriers au lieu de vanter l'Empire britannique.

L'image nous montre possiblement l'intérieur de la brasserie Barclay Perkins & Co puisqu'on sait qu'il l'a visité.
En 1832, cette brasserie, qui était la plus grande du monde, fut victime d'un immense incendie qui la détruisit presque complètement. Les dommages furent énormes, estimées à plus de 40 000 livres de l'époque, ce qui représentait une fortune. La brasserie fut reconstruite mais sa destruction par l'incendie laissa un traumatisme durable dans l'entreprise.
En 1850, elle fut le théâtre d'un violent incident qui provoqua une crise diplomatique. Le général autrichien Julius Jacob von Haynau, qui s'était fait remarquer lors de la répression des révolutions de 1848 en Italie et en Hongrie par sa cruauté impitoyable, visita la brasserie.
Les ouvriers brasseurs, reconnaissant le général "hyène", c'était son surnom, entrèrent dans une grande colère et attaquèrent le général en lui jetant de la boue et du fumier. Il dut s'enfuir, poursuivi par les ouvriers aux cris de "A bas le bourreau!'. Cet incident provoqua une crise diplomatique majeure entre le Royaume-Uni et l'empire autrichien.

Au XXe siècle, la brasserie Barclay & Perkins, dont le produit phare était la bière Porter, une bière brune qui ne faisait plus recette, se mit à péricliter. En 1955, elle se voit contrainte de fusionner avec son principal concurrent, la brasserie Courage. Le site historique de Park Street, datant de 1616, cesse définitivement ses activités au début des années 1970. En 1981, l'immense site industriel est démoli pour laisser place à des quartiers résidentiels.

samedi 26 septembre 2026

Hystérie.







 
Huile sur toile de Hubert-Denis Etcheverry en 1900 intitulée " Une Consultation de Sigmund Freud".

Mettons tout de suite les choses au point: une consultation de Sigmund Freud est plus qu'improbable. Même si Freud a étudié à Paris dans le service de Charcot à la Salpêtrière en 1885-86, il vivait et exerçait à Vienne, en Autriche, et ce n'était pas du tout un médecin mondain qui se déplaçait dans les familles bourgeoises. C'est sans doute à cause de la renommée mondiale de Freud que le peintre ou des marchands d'art ont ajouté son nom au titre pour augmenter la valeur du tableau.
On voit donc un médecin prendre le pouls d'une jeune femme allongée qui semble épuisée ou victime d'une crise d'hystérie, fréquente à l'époque.
En arrière plan on voit deux hommes en train de discuter et qui ne semblent pas inquiet de l'état de la jeune femme. Seule la servante s'active sur ses oreillers sans doute par solidarité féminine.

Au XIXe siècle l'hystérie, ou réputée telle,  est une pathologie majeure des femmes. Jusqu'en 1860, la médecine reste influencée par la médecine de l'antiquité grecque. En grec hystera signifie utérus. En conséquence, les convulsions, les spasmes sont attribués à des "frustrations" de cet organe. L'idée la plus répandue dans le corps médical était que l'abstinence sexuelle, le célibat ou l'absence de maternité provoquaient des congestions de l'utérus. Celui-ci provoquaient alors des "vapeurs" qui remontaient au cerveau.
Face à une maladie aussi mystérieuse, les traitements délirants fleurirent. Il y eut d'abord le compresseur d'ovaire inventé par Charcot. L'idée était de comprimer fortement la zone ovarienne pour couper court à la crise. Il y eut aussi la douche glacée surprise qui créait un choc tel que la crise s'arrêtait. Enfin, on tenta les inhalations de substances toxiques, du nitrite d'amyle, de l'éther, du chloroforme qui plongeaient les patientes dans un calme artificiel.
D'autres rejetaient ces manières fortes et préconisaient l'isolement. On enfermait la patiente dans une chambre faiblement éclairée pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Il lui était interdit de se lever, de lire, d'écrire et même de parler. Elle se devait de rester dans une immobilité totale, la nourriture, exclusivement à base de lait, lui étant administrée par des infirmières. Ce traitement était censé reposer le cerveau. En fait il s'est vite révélé qu'il créait des atteintes psychologiques très graves par privation sensorielle.
D'autres encore, restant convaincu que l'hystérie était liée à la sexualité pratiquaient des massages pelviens. Le but, d'après eux, était d'amener la patiente au "paroxysme hystérique" afin de relâcher les tensions nerveuses de l'utérus. Le "paroxysme hystérique" en question était en réalité un orgasme! Comme malgré tout ces manipulations étaient longues et pénibles les premiers vibrateurs électromécaniques firent leur apparition dans les cabinets médicaux et furent présentés comme des instrument novateurs pour soigner les nerfs féminins.
Dans les cas incurables, pour les femmes indomptables, on allait jusqu'à recourir à la chirurgie, l'ovariotomie ou la clitoridectomie, notamment aux USA où des milliers de femmes furent ainsi mutilées.
Au delà de la médecine, au XIXe siècle,  toute femme qui refuse son rôle de mère ou d'épouse, qui a des colères excessives, une sexualité trop libre ou même des velléités d'indépendance est qualifiée d'hystérique. C'est une façon de la discréditer et de la mettre sous tutelle familiale ou médicale.

A la fin du XIXe siècle, Freud quitte le domaine neurologique pour celui de la psychologie en affirmant que ce qu'on appelle hystérie est le résultat d'un conflit psychique inconscient soit du fait d'un traumatisme ou des désirs sexuels réprimés ne pouvant s'exprimer par la parole. 

Jean-Martin Charcot, quant à lui révolutionna la compréhension de la maladie dans les années 1870-1890. Charcot se détourne de l'utérus et affirme qu'il s'agit de lésions au cerveau. Il détaille la crise d'hystérie en trois phases: la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme. 
On ne peut toutefois pas parler de Charcot sans évoquer Blanche Wittman.
Blanche Wittman est internée en 1877 à l'âge de 18 ans pour des crises de convulsions. Elle est prise en charge par Charcot. Elle devient rapidement le cobaye parfait, étant très réceptive à l'hypnose. Charcot donne des séances publiques devant le Tout-Paris où Blanche est la vedette.





Ce tableau s'intitule "Une leçon clinique à la Salpêtrière". Il a été réalisé par André Brouillet en 1887. On y voit Charcot en train de présenter Blanche Wittmann, soutenue par Joseph Babinski, en état d'hystérie. Elle mime des hallucinations terrifiantes et adopte la posture célèbre de l'arc de cercle.
A la mort de Charcot en 1893, les séances d'hypnoses s'arrêtent et curieusement les crises d'hystérie aussi. Elle est déclarée guérie mais elle reste à l'hôpital en tant qu'employée. 
La découverte des rayons X révolutionne la médecine. Elle est affectée comme assistante au tout nouveau laboratoire de radiologie de la salpêtrière. Le problème est qu'à cette époque, on ignore complètement les dangers de la radioactivité. Blanche manipule et s'expose quotidiennement au radiations.
Elle développe de nombreux cancers de la peau qui nécessitent des amputations. On commence par les doigts, puis le bras gauche et enfin une partie du bras droit. Malgré ces mutilations, Blanche continue son travail dans une petite voiture à roulettes, avec un courage sans faille. Elle décède en 1912 à l'âge de 53 ans.

Alors, la jeune femme peinte par Etcheverry souffre-t-elle d'une crise d'hystérie comme le prétend le titre? Doit-on lui pratiquer des massages pelviens jusqu'au paroxysme hystérique? ou tout simplement d'une fatigue passagère? Chacun sera juge.