Gravure anglaise tiré d'un conte de Décaméron de Boccace (Jour 5, Nouvelle 1), rendue célèbre par le poète John Dryden, datant de 1783 et intitulée "Cymon and Iphigenia".
Les vers imprimés sous la gravure sont issus du poème de Dryden:
"He trudg'd along unknowing what he sought,
And whistled as he went for want of thought."
(Il marchait péniblement, sans savoir ce qu'il cherchait,
et sifflait en marchant par manque de réflexion.)
vient ensuite la mention de l'éditeur: "Printed for & sold by Carington Bowles" "N° 69 in St. Paul's Church Yard, London".
Intéressons-nous au dénommé Cymon.
A Chypre, Aristippe, un homme fortuné et noble a un fils, Cymon. Cymon est un colosse au physique impressionnant, mais, hélas!, sa bêtise et sa grossièreté le sont tout autant. Il se montre incapable d'étudier les lettres, d'apprendre les bonnes manières et la politesse. En bref, c'est le rustaud parfait.
Il fait honte à son père qui, pour le soustraire à sa vue, l'envoie vivre à la campagne au milieu des paysans et des esclaves. Ceux-ci, qui en ont pourtant vu d'autres, le surnomment Cymon ce qui signifie localement "gros mouton" ou "brute" au choix.
Un bel après-midi du mois de mai, Cymon, désœuvré, part se promener dans les bois un peu au hasard et arrive dans une clairière. Et là, il découvre une ravissante jeune fille, endormie sur l'herbe avec ses servantes, au bord d'une source d'eau fraîche, vêtue d'une robe légère laissant deviner ses formes. Il apprendra plus tard que la jeune fille se nomme Iphigénie. C'est la découverte d'Iphigénie endormie par Cymon que montre la gravure.
En fait de vêtement léger laissant apercevoir ses formes, on est un peu déçu. La jeune fille est habillée à la mode géorgienne de l'Angleterre.
Cymon s'est arrêté et s'appuie sur son bâton de marche. il la contemple longuement et soudain il ressent un choc au fond de lui-même. Une étincelle de conscience nait dans son cerveau rustique: il contemple la plus belle chose qu'il n'a jamais eu l'occasion de voir! En un mot, il est émerveillé. Cette beauté fait naître en lui l'amour, et cet amour le transforme entièrement. Iphigénie finit par se réveiller et découvrant l'acabit, elle prend peur. Mais Cymon se montre étonnamment doux et prévenant. Il insiste pour la raccompagner jusqu'à chez elle.
Voilà notre gaillard en proie aux plus grands troubles. Il retourne en ville, retrouve son père, et il lui annonce qu'il ne retournera pas vivre à la campagne. Pendant quatre ans, il apprend à lire, à écrire et même à philosopher. Il apprend les arts de la chevalerie, du combat, mais aussi de la musique. Sa voix s'adoucit et il finit par devenir un des hommes les plus raffinés de l'île.
Ayant fait sa mue, fin prêt, il décide de retrouver Iphigénie. Et là il découvre un détail qui ne lui avait pas effleuré l'esprit, Iphigénie est promise à un noble de l'île de Rhodes, un dénommé Pasimondas. Et Iphigénie est en partance pour Rhodes.
Qu'à cela ne tienne, il arme un navire de guerre, attaque le bateau qui transporte Iphigénie et enlève celle qu'il aime. Il savourait à peine sa victoire, qu'une énorme tempête survient, drosse le navire de Cymon et le fait échouer sur les côtes de Rhodes. Evidemment, il est capturé et jeté en prison. Là, il fait connaissance d'un nomme Lysimaque dont la bien aimée a été enlevée par le frère de Pasimondas. Ils font équipe, et s'évadent. Juste à temps, ils s'arment et interrompent le banquet de mariage, au passage ils massacrent Pasimondas et son frère, et récupèrent l'un Iphigénie, l'autre son amante.
Cymon et Iphigénie s'enfuient en Crète le temps que la colère s'apaise à Rhodes, puis rentrent enfin à Chypre. Cymon épouse Iphigénie et ils filent le parfait amour jusqu'à le fin de leur vie.
Boccace nous explique que l'amour peut transformer les hommes (et même les femmes) en mettant au grand jour leurs qualités réelles.
De nos jours, on ne se rend pas compte du retentissement que ce conte a apporté en Angleterre. Ce fut un véritable phénomène culturel qui contribua à l'émergence du concept du "gentleman" anglais avec ses deux piliers principaux: "politeness" et "refinement" (politesse et raffinement).
La scène dans les bois est devenu un thème privilégié pour grand nombre de peintres à travers les âges. D'autant plus qu'il permettait de peindre des nus féminins.
Voici quelques exemples de cette scène où Cymon découvre Iphigénie endormie, mais il en existe bien d'autres.
Version de John Everett Millais qu'il a peint à 18 ans. Cette huile sur toile est conservée à la Lady Lever Art Gallery à Merseyside au Royaume-Uni.
Huile sur toile de l'anglais Frederic Leighton en 1884. Le tableau est conservé à l'Art Gallery of New South Wales à Sydney en Australie.
Voici la version du maître flamand Rubens datant de 1617 et conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne, en Autriche.
Cymon et Iphigénie peints par le hollandais Willem van Mieris vers 1698. Tableau conservé au Musée Poldi Pezzoli à Milan en Italie.
Version de l'anglo-américain Benjamin West datant de 1766. Huile sur panneau conservée au Yale Center for British Art, New Haven, Connecticut, USA.
Autre version de Benjamin West datée de 1773, conservée au Los Angeles County Museum of Art, California, USA.
Huile sur toile signée de l'autrichienne Angelica Kauffmann réalisée vers 1780 et conservée au Gibbes Museum of Art à Charleston, USA.
Version du néerlandais Daniel Vertangen vers 1630, conservée au Centraal Museum d'Utrecht.
Cymon et Iphigénie du néerlandais Jan van Noordt, non daté (entre 1644 et 1676), conservé au Musée d'Art Thomas-Henry de Cherbourg.