Voyeurisme.
Estampe de James Gilray intitulée: " Sir Richard Worse-than-sly exposing his wife's bottom, o fye!" de 1782.
Sir Richard Worsley, homme politique britannique avait intenté un procès à son ami, George Bissett pour avoir entretenu une liaison adultère avec son épouse et lui réclamait la somme exorbitante de 20 000 livres. Le titre de l'estampe déforme le nom de Worsley en Worse-than-sly qui veut dire pire que rusé. La traduction du titre en français est donc: "Sir Richard Pire-que-rusé, exposant le derrière de sa femme, oh quelle honte!".
A droite, on remarque les deux voyeurs, Sir Richard Worsley qui porte le capitaine Bissett sur ses épaules pour qu'il puisse regarder par la petite fenêtre du haut.
Lady Worsley, au centre, entièrement nue s'apprête à rentrer dans un bain circulaire situé dans un établissement de bains à Maidstone.
La servante qui apporte les linges de bains et qui commente la situation: "Good lack! my Lady, the Captn will see all for nothing" (Doux Jésus! Milady, le capitaine va tout voir gratuitement!"
Au mur figure une carte de l'île de Wight (Map of the isle of Wight), île sur laquelle Sir Richard Worsley possédait de nombreuses terres et occupait une fonction officielle. Posé à côté du chapeau de Sir Richard, un document précise: "My Yoke is Easy & my Burden light" ( Mon joug est aisé et mon fardeau est léger), parodie d'un verset de l'Evangile selon Matthieu 11.30. Mais ici le fardeau c'est le capitaine Bisett!
Le procès de 1782 opposant Sir Richard Worsley au capitaine George Bissett fut un séisme juridique et social.
A cette époque, le mari ne pouvait pas poursuivre sa femme pour adultère, mais il pouvait poursuivre l'amant de celle-ci. Cette procédure s'appelait la "Criminal conversation". La femme étant la propriété exclusive de son époux, l'adultère était donc traité comme un acte de vandalisme sur un bien ouvrant le droit à des dommages et intérêts.
Le procès Worsley a explosé cette loi. En prouvant que Sir Richard avait aidé Bissett à regarder sa femme nue, Sir Richard devenait complice de l'amant (connivance). Le jury a donc conclu que le mari dépréciait lui-même sa propre marchandise, et qu'en conséquence, elle ne valait plus rien. C'est la raison pour laquelle, au lieu des 20 000 livres réclamées le tribunal accorda à Sir Richard un shilling symbolique!
Dorénavant, un mari ne pouvait plus s'enrichir sur l'infidélité de sa femme s'il avait toléré ou encouragé ces mœurs libertines.
Un autre bizarrerie de la loi de l'époque c'est que ni Sir Richard, ni le capitaine Bissett, ni Lady Lady Worsley n'avaient le droit de témoigner ou de s'exprimer. Le tribunal se basait sur les courriers échangés et sur les témoignages des domestiques, comme la servante de l'image, qui exposaient les détails les plus crus de la vie des couples.
Le cas de Lady Worsley a mis en évidence que les femmes étaient les victimes de ce système. Ce scandale, ajouté à d'autres a permis la grande réforme de 1857, le Matrimonial Causes Act qui transfert des tribunaux ecclésiastiques vers des tribunaux civils les affaires de divorce et qui attribue des dommages et intérêts aux enfants et à l'épouse divorcée et non plus pour la poche des maris.




