Origine d'Hercule.
Cette miniature est issue du manuscrit " Vie des femmes célèbres" écrit par Antoine de Dufour et enluminé par Jean Pichore vers 1505. Antoine de Dufour était un théologien dominicain et c'est la reine Anne de Bretagne qui lui commanda ce recueil de biographies.
On voit ici trois personnes partageant le même lit.
Il n'y a pas lieu de s'en étonner. C'était la règle au moyen âge d'accueillir des gens dans son lit pour la nuit. On offrait une place dans son lit à un hôte, un voyageur qui demandait l'hospitalité ou à un marchand de passage. Les serviteurs dormaient en général sur des paillasses au pied du lit des maîtres mais il n'était pas rare qu'ils dormissent dans le lit familial l'hiver pour se tenir plus chaud.
A ce stade, il convient d'apporter une précision essentielle. L'habitude était de dormir entièrement nu en ne conservant qu'un bonnet de nuit. C'est le cas de nos trois personnages, ils sont nus comme des vers. On retirait les vêtements de la journée pour ne pas les user, les sous-vêtements étant inconnus, et surtout pour limiter la prolifération des puces et des poux. Alors pourquoi se couvrir la tête? Parce que, les médecins de l'époque étaient formels, le cerveau était très sensible aux "humeurs froides" et aux courants d'air.
Puisque nous en sommes au sommeil, il faut rappeler que celui du moyen âge n'avait rien à voir avec notre sommeil moderne. Au moyen âge, on pratiquait le sommeil biphasique. La nuit était divisée en trois parties. On se couchait tôt, peu après le coucher du soleil, ce qui évitait de casser les pots et de s'endormir en compagnie. On se réveillait vers minuit et on restait éveillé une à deux heures, en pleine forme. On en profitait pour recharger le feu, pour prier, pour lire pour ceux qui savaient à la lueur d'une bougie, pour parler de tout et de rien et accessoirement pour avoir des rapports sexuels. On se rendormait ensuite jusqu'au lever du jour. On ne restait pas au lit après le lever du soleil car c'était considéré comme une paresse spirituelle.
Le décor étant planté revenons à nos trois dormeurs, qui d'ailleurs n'ont pas beaucoup dormi si on en croit l'histoire. Elle montre Alcème, toute blanche, entre son époux Amphitryon et le dieu Zeus, qui avait pris les traits d'Amphitryon pour séduire Alcème. Hé oui! encore lui, car le bougre avait plus d'un tour dans son sac. Et les choses avaient du lui plaire puisqu'il s'arrangeât pour prolonger la nuit en trois nuits d'affilées afin de prolonger ses ébats avec Alcème, qui donnèrent naissance à un beau bébé que l'on nomma Hercule. En effet, Zeus demanda au dieu soleil Hélios de ne pas se lever et à Hypnos, celui du sommeil, d'endormir l'humanité pour qu'elle ne se doute de rien. Zeus avait prétendu qu'une seule nuit ne lui suffirait pas pour concevoir un tel héros qu'Hercule. On est en droit de se demander s'il n'avait pas d'autres motivations.
Le mot "amphitryon" est passé dans le vocabulaire commun français non pas à cause de cette biographie, mais à cause d'une pièce de théâtre éponyme de Molière. Alcème, rentre chez elle et se trouve face à deux maris rigoureusement identiques. Comme Zeus est d'un naturel joyeux, il en a profité pour inviter des amis d'Amphitryon à dîner qui eux aussi voient double. Lequel est le bon? se demandèrent-ils, lequel est le bon? se demande Alcème. C'est alors que le valet Sosie entre en scène. Son nom à lui aussi est passé dans le vocabulaire commun. Et il tranche la question: "Le véritable Amphitryon est l'Amphitryon où l'on dîne", c'est à dire celui qui paye le repas en régalant les convives. Et si Zeus est un peu facétieux, mais il n'est pas toujours prodigue. Et c'est ainsi que l'on appelle amphitryon une personne qui offre un somptueux repas.
On lit à droite:
« & for b[on]
dont je
nommell[e]
ne adv[int]
que sex[te]
les au[tres]
bourego[is] »
dont je
nommell[e]
ne adv[int]
que sex[te]
les au[tres]
bourego[is] »
Puis en bas:
« nagueres lequel contre la coustu[me] »
ce qui peut se traduire par:
« ... [un événement] fort bon dont je fais mention,
il n'advint jamais que ceci ..
. [qui s'est passé] naguère, lequel était entièrement
contre la coutume ».
"contre la coutume" précise que ce qui s'est passé dans ce lit est exceptionnel et doit le rester. Pas question d'aller rejoindre au lit le couple voisin en prétendant être Zeus. Par contre nous ignorons l'avis d'Alcème concernant cette triple nuit et donc nous ne saurons pas si Zeus est à la hauteur de sa réputation.



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