Les femmes socialistes.
Toutes les caricatures sont de Daumier et sont issues de sa série "Les Femmes socialistes" parue dans Le Charivari.
Publiée le 4 juin 1849 dans Le Charivari.
"- Repoussée comme candidate à l'assemblée nationale, une porte me reste ouverte... laisse-moi, Zénobie... ne trouble pas mes pensées... Je suis en train de rédiger un manifeste à l'Europe! ..."
Cette caricature vise Jeanne Deroin. En Avril 1849 elle avait bravé l'interdiction légale lui interdisant de présenter sa candidature aux élections législatives de la Deuxième république.
Jeanne Deroin était issue d'une famille pauvre. Elle travaille comme lingère et brodeuse. Mais en parallèle, elle étudie, toute seule et obtient son brevet d'institutrice, son but étant d'enseigner aux enfants des classes populaires. Elle rejoint le mouvement socialiste en 1831, milite pour l'émancipation des femmes. Elle se marie en 1832 mais refuse de porter le nom de son mari au nom de l'égalité.
A la chute de la royauté en 1848, la République instaure le suffrage universel mais en excluant les femmes. Elle fonde alors plusieurs journaux d'opinion, "La Voix des femmes", puis un mensuel "L'Opinion des femmes".
En avril 1849, bravant les interdits, elle présente sa candidature aux élections législatives en rappelant la célèbre phrase d'Olympe de Gouges: "La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir le droit de monter à la tribune."
Sa démarche suscite des vagues de moqueries et de violentes satires dans la presse, notamment par Daumier. Même au sein des socialistes sa démarche est fermement condamnée, Proudhon lui-même, considérait que la place d'une femme était au foyer.
La révolution de 1848 a eu, entre autres, pour conséquence l'émergence de nombreux mouvements et clubs féminins réclamant l'égalité des droits politiques et civiques.
Daumier, dans cette caricature, montre que l'émancipation des femmes conduit à négliger leur foyer, leurs époux et leurs enfants pour participer aux réunions politiques. Une femme, qui incarne la tradition, tente de retenir Eglantine, tandis que le mari, coiffé d'un bonnet de nuit, tenant dans ses bras un nourrisson en pleurs, assiste impuissant au départ de sa femme.
"-Ah! il prétend m'empêcher d'aller communier avec nos huit cents frères à la barrière du Maine... il faut que je punisse tant d'insolence!
- Arrêtez, Eglantine, laissez ce tyran aux remords de sa conscience."
En 1849, la barrière du Maine était située à l'emplacement actuel de la gare Montparnasse, la tour porte d'ailleurs le nom de tour Maine-Montparnasse. Ce fut à cet endroit que les républicains radicaux et les socialistes se réunissaient. Les clubs et les réunions politiques avaient été interdits par la deuxième République, les socialistes tournèrent l'interdiction en organisant des banquets républicains et socialistes en dehors de Paris. La barrière du Maine se trouvait en dehors du Paris intra-muros de l'époque, juste à la limite. Le dialogue évoque les huit-cents frères en souvenir de décembre 1848 où un immense banquet réunissant des ouvriers socialistes s'était tenu, sous la présidence symbolique d'Auguste Blanqui, (puisqu'il était en prison) pour promouvoir la République démocratique et sociale. Les repas coûtaient deux sous et on y portait des toasts à la destruction du capitalisme, à la solidarité internationale et à l'émancipation des travailleurs.
Publié le 25 mai 1849 dans Le Charivari.
Un groupe de femmes commente la décision des socialistes de rejeter la candidature de Jeanne Deroin (orthographié Derouin) aux élections législatives de 1849.
"- Les délégués du club central socialiste ont à l'unanimité repoussé la candidature de Jeanne Derouin!
- Oh! les aristos!..."
Les militantes socialistes traitent d'aristocrates leurs camarades masculins qui prônent l'égalité sociale en excluant les femmes.
Le dessin montre un renversement violent de l'autorité domestique, l'épouse chassant l'époux et l'enfant retenant son père.
" - Ah! vous êtes mon mari, ah! vous êtes le maître... eh bien moi! j'ai le droit de vous flanquer à la porte de chez vous! Jeanne Derouin me l'a prouvé hier soir!... Allez vous expliquer avec elle!"
Daumier illustre ici l'influence des publications et des conférences de Jeanne Deroin qui défendait l'égalité et la réciprocité des droits dans le mariage.
"- Il paraît que les clubs vont être fermés...
- Les réacs... ils n'auraient jamais osé faire cela avant que la légion des Vésuviennes fût dissoute!..."
Après la Révolution de 1848, les forces républicaines conservatrices au pouvoir cherchaient à restreindre les libertés publiques. Les socialistes qualifiaient ces forces de réactionnaires, d'où l'abréviation "réacs". Les Vésuviennes était un mouvement féministe radical (d'une nature volcanique comme le choix de leur nom l'indiquait) , qui fut rapidement dissout, prônant l'égalité des droits civiques et politiques ainsi que la création d'une garde civique féminine.
Avril 1849.
" L'insurrection contre les maris est proclamée le plus saint des devoirs"
Cette légende copie l'article 35 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 :
"Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."
Mai 1849.
La gravure montre une militante passionnée devant deux femmes qui l'écoutent avec admiration. L'une d'elle tient un bol ou petite soupière rappelant les tâches ménagères que la militante oublie.
" ... qu'est la femme aujourd'hui dans la société, rien! que doit-elle être? tout... oui, tout, tout!
- Ah! bravo, bravo, c'est encore plus beau que le dernier discours de Jeanne Derouin!..."
Il s'agit là d'un pastiche des paroles de l'abbé Sieyés lors de la Révolution de 1789 vis à vis du Tiers-Etat: " Qu'est-ce que le Tiers-Etat? Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique? Rien. Que demande-t-il? A y devenir quelque chose."













