A dada.
Huile sur toile de Louis Léopold Boilly réalisé vers 1790, intitulé:" La Toilette intime ou la Rose effeuillée."
Ce tableau montre une femme vivant au XVIIIe siècle faisant sa toilette intime à califourchon sur un bidet de salon. La rose effeuillée au premier plan évoque la virginité et l'innocence perdues.
C'est dans les années 1710-1730, que le bidet fait son apparition à la Cour de France dans l'aristocratie. Le meuble était en bois léger, hêtre ou acajou pour les plus luxueux, contenant une cuvette en faïence ou en étain. Son nom vient du vieux français bidet qui désignait un petit cheval de poste monté. Ce fut une révolution car il introduit dans la toilette le retour de l'eau pour les parties intimes du corps. On le pratiquait n'importe où, le boudoir, le salon, ce n'est que plus tard, après l'invention des salles d'eau puis des salles de bain qu'il migra dans ces lieux.
En effet, jusque-là, seule la toilette sèche était pratiquée. La douche était inconnue et on se méfiait des bains, l'eau chaude étant soupçonnée d'ouvrir les pores et de laisser alors les maladies pénétrer le corps.
La propreté était jugée sur deux critères, l'aspect visuel et le caractère olfactif. On se frictionnait le corps avec des linges blancs imbibés de vinaigre ou de liquides aromatiques. Les poudres étaient massivement utilisées pour la coiffure et les perruques pour masquer la saleté ainsi que le fard pour les visages, hommes compris. Afin de lutter contre les odeurs corporelles, on utilisait des parfums capiteux comme le musc et l'ambre pour la base puis des notes plus florales par dessus.
La toilette, pour l'aristocratie et la haute bourgeoisie était un rite plus théâtral qu'hygiénique. Il existait deux types de toilette: la petite et la grande. La petite toilette s'effectuait au saut du lit, à l'abri des regards sauf ceux des domestiques, et consistait en un soin minimal. La grande toilette tenait plus du salon mondain que de la toilette. Assise devant sa coiffeuse, la femme recevait ses intimes, ses amants, des marchands de tissus ou des artistes tout en se faisant coiffer et maquiller.
Mais le tableau de Boilly a bien failli ne jamais nous parvenir. En 1794, la France est soumise à sa période la plus noire de son histoire, la Terreur. Le nouveau régime, mené par Robespierre, traque tout ce qu'il considère comme élément de la corruption de l'Ancien Régime et verse dans un puritanisme excessif. Un peintre concurrent et jaloux de Boilly le dénonça auprès de la redoutable Société populaire et républicaine des Arts qui faisait détruire tout ce qui ne lui plaisait pas et condamner à mort leurs auteurs. Il le dénonça aussi auprès de Comité de salut Public en prétendant que Boilly peignait "des obscénités répugnantes pour les mœurs républicaines".
Averti des perquisitions imminentes, Boilly dissimule ses toiles les plus libertines et galantes pour l'époque dont "la Toilette intime". Durant quelques jours il peint une immense toile, intitulée "Marat triomphant"!, Jean-Paul Marat assassiné dans son bain un an plus tôt étant le grand martyr de la Révolution.
Devant cette œuvre vibrante d'héroïsme révolutionnaire, les membres du Comité effacent toutes les accusations et Boilly a ainsi pu conserver sa tête sur ses épaules et nous transmettre sa "Toilette intime".