Dame Fortune.
Cette enluminure représente dame Fortune face à l'écrivain italien Jean Boccace. Elle est issue du manuscrit "De casibus virorum illustrium" (Des cas des nobles hommes et femmes) traduite en français par Laurent de Premierfait. Ce manuscrit est conservé à la BNF.
Dame Fortune est souvent représentée avec des multiples bras, cent bras, précise Boccace. Cette bizarrerie symbolise sa nature aléatoire, changeante, capricieuse; elle distribue la richesse ou ruine de nombreuses personnes simultanément sans logique apparente.
Fortune est souvent associée à la Roue de la fortune.
A gauche, un homme, en tunique verte, monte, plein d'espoir: Regnabo (je régnerai).
Il est couronné et triomphant une fois arrivé au sommet: Regno (je règne).
La roue tourne et la déchéance débute: Regnavi (j'ai régné).
Enfin, en bas, déchu de tout pouvoir, ignoré de tous: Sum sinz regno (je suis sans royaume).
Autre représentation de dame Fortune devant Boccace et cette fois-ci, elle a les yeux bandés, afin de rappeler que ses choix sont arbitraires.
Dame Fortune discute avec Boccace. Elle a relevé sur son front son bandeau ce qui prouve qu'elle peut cesser d'être aveugle. Elle a ses favoris du moment. En fait, elle distribue souvent ses largesses en toute conscience jusqu'au moment où elle se lasse ou on la lasse.
Dame Fortune n'a pas disparu avec le moyen âge. Elle réapparaît de temps en temps.
comme le montre cette lithographie de Fortuné-Louis Méaulle (quand on se prénomme Fortuné, on ne peut faire moins) pour la Loterie de l'Union centrale des Arts décoratifs datant de 1878. Dame Fortune a changé de tenue, certes, mais ses yeux sont bandés et la roue est toujours présente, sous un de ses pieds.
ou encore cette couverture du magazine allemand Juden du 8 janvier 19oo, du genre "Art nouveau" réalisée par la comtesse Otolia Olga Kraszewska. Dame fortune est toujours là, toujours les yeux bandés le pied sur la roue de la fortune. Cette fois-ci, elle avance l'aiguille d'une horloge pour quitter le XIXe siècle et entrer dans le XXe siècle. Hélas! elle ne nous a pas gâté, si ce nouveau siècle nous a donné le meilleur, il nous a aussi apporté le pire.











