Translate

mercredi 5 août 2026

Les femmes socialistes.









Toutes les caricatures sont de Daumier et sont issues de sa série "Les Femmes socialistes" parue dans Le Charivari.







 
Publiée le 4 juin 1849 dans Le Charivari.

"- Repoussée comme candidate à l'assemblée nationale, une porte me reste ouverte... laisse-moi, Zénobie... ne trouble pas mes pensées... Je suis en train de rédiger un manifeste à l'Europe! ..."

Cette caricature vise Jeanne Deroin. En Avril 1849 elle avait bravé l'interdiction légale lui interdisant de présenter sa candidature aux élections législatives de la Deuxième république.
Jeanne Deroin était issue d'une famille pauvre. Elle travaille comme lingère et brodeuse. Mais en parallèle, elle étudie, toute seule et obtient son brevet d'institutrice, son but étant d'enseigner aux enfants des classes populaires. Elle rejoint le mouvement socialiste en 1831, milite pour l'émancipation des femmes. Elle se marie en 1832 mais refuse de porter le nom de son mari au nom de l'égalité.
A la chute de la royauté en 1848, la République instaure le suffrage universel mais en excluant les femmes. Elle fonde alors plusieurs journaux d'opinion, "La Voix des femmes", puis un mensuel "L'Opinion des femmes".
En avril 1849, bravant les interdits, elle présente sa candidature aux élections législatives en rappelant la célèbre phrase d'Olympe de Gouges: "La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir le droit de monter à la tribune."
Sa démarche suscite des vagues de moqueries et de violentes satires dans la presse, notamment par Daumier. Même au sein des socialistes sa démarche est fermement condamnée, Proudhon lui-même, considérait que la place d'une femme était au foyer.





Gravure de 1849 publiée dans Le Charivari.

La révolution de 1848 a eu, entre autres, pour conséquence l'émergence de nombreux mouvements et clubs féminins réclamant l'égalité des droits politiques et civiques.
Daumier, dans cette caricature, montre que l'émancipation des femmes conduit à négliger leur foyer, leurs époux et leurs enfants pour participer aux réunions politiques. Une femme, qui incarne la tradition, tente de retenir Eglantine, tandis que le mari, coiffé d'un bonnet de nuit, tenant dans ses bras un nourrisson en pleurs, assiste impuissant au départ de sa femme.

"-Ah! il prétend m'empêcher d'aller communier avec nos huit cents frères à la barrière du Maine... il faut que je punisse tant d'insolence!
- Arrêtez, Eglantine, laissez ce tyran aux remords de sa conscience."

En 1849, la barrière du Maine était située à l'emplacement actuel de la gare Montparnasse, la tour porte d'ailleurs le nom de tour Maine-Montparnasse. Ce fut à cet endroit que les républicains radicaux et les socialistes se réunissaient. Les clubs et les réunions politiques avaient été interdits par la deuxième République, les socialistes tournèrent l'interdiction en organisant des banquets républicains et socialistes en dehors de Paris. La barrière du Maine se trouvait en dehors du Paris intra-muros de l'époque, juste à la limite. Le dialogue évoque les huit-cents frères en souvenir de décembre 1848 où un immense banquet réunissant des ouvriers socialistes s'était tenu, sous la présidence symbolique d'Auguste Blanqui, (puisqu'il était en prison) pour promouvoir la République démocratique et sociale. Les repas coûtaient deux sous et on y portait des toasts à la destruction du capitalisme, à la solidarité internationale et à l'émancipation des travailleurs.



 

Publié le 25 mai 1849 dans Le Charivari.

Un groupe de femmes commente la décision des socialistes de rejeter la candidature de Jeanne Deroin (orthographié Derouin) aux élections législatives de 1849.

"- Les délégués du club central socialiste ont à l'unanimité repoussé la candidature de Jeanne Derouin!
- Oh! les aristos!..."

Les militantes socialistes traitent d'aristocrates leurs camarades masculins qui prônent l'égalité sociale en excluant les femmes.





1849.

Le dessin montre un renversement violent de l'autorité domestique, l'épouse chassant l'époux et l'enfant retenant son père.

" - Ah! vous êtes mon mari, ah! vous êtes le maître... eh bien moi! j'ai le droit de vous flanquer à la porte de chez vous! Jeanne Derouin me l'a prouvé hier soir!... Allez vous expliquer avec elle!"

Daumier illustre ici l'influence des publications et des conférences de Jeanne Deroin qui défendait l'égalité et la réciprocité des droits dans le mariage.





Avril 1848.

"- Il paraît que les clubs vont être fermés...
- Les réacs... ils n'auraient jamais osé faire cela avant que la légion des Vésuviennes fût dissoute!..."

Après la Révolution de 1848, les forces républicaines conservatrices au pouvoir cherchaient à restreindre les libertés publiques. Les socialistes qualifiaient ces forces de réactionnaires, d'où l'abréviation "réacs". Les Vésuviennes était un mouvement féministe radical (d'une nature volcanique comme le choix de leur nom l'indiquait) , qui fut rapidement dissout, prônant l'égalité des droits civiques et politiques ainsi que la création d'une garde civique féminine. 






Avril 1849.

" L'insurrection contre les maris est proclamée le plus saint des devoirs"

Cette légende copie l'article 35 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 :

"Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."






Mai 1849.


La gravure montre une militante passionnée devant deux femmes qui l'écoutent avec admiration. L'une d'elle tient un bol ou petite soupière rappelant les tâches ménagères que la militante oublie.

" ... qu'est la femme aujourd'hui dans la société, rien! que doit-elle être? tout... oui, tout, tout!
- Ah! bravo, bravo, c'est encore plus beau que le dernier discours de Jeanne Derouin!..."

Il s'agit là d'un pastiche des paroles de l'abbé Sieyés lors de la Révolution de 1789 vis à vis du Tiers-Etat: " Qu'est-ce que le Tiers-Etat? Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique? Rien. Que demande-t-il?  A y devenir quelque chose."


 Lecture d'un roman.




Auteur anonyme, cette estampe a été publié autour de 1823. Elle a été édité par la maison Janet pour son almanach "Le Règne de la mode. Nouvel Almanach des modes rédigé par le Caprice."

Un homme lit à haute voix un livre d'une façon théâtrale. Sur le canapé, une jeune femme vêtue d'une robe blanche, soutenue par une femme plus âgée, s'est évanouie, terrassée par l'émotion suscitée par l'histoire.
La femme plus âgée interrompt le lecteur et lui demande:

"De grâce, Monsieur, auriez-vous par hazard  quelqu'esprit?"

A noter l'écriture anglaise de l'époque du mot "hasard". Ce texte joue sur l'ambiguïté du mot "esprit" qui peut être compris de deux façons. L'esprit au sens d'intelligent et spirituel (opposé à une lecture fastidieuse) et l'esprit au sens de l'esprit de sels (corne de cerf ou ammoniaque) utilisé pour faire reprendre conscience aux personnes évanouies. 

Sous la Restauration, l'alphabétisation est en nette progression et soutient l'industrie du livre, alors en pleine expansion. La lecture, d'abord élitaire, devient un loisir de masse, surtout pour les femmes de la bourgeoisie qui souhaitaient à la fois s'émanciper et combler leurs longues heures d'oisiveté. Mais cette passion est vue d'un très mauvais œil par certains. Les romans sont accusés de corrompre l'esprit des jeunes filles et de détourner les femmes de leurs devoirs domestiques et religieux en provocant chez elles des attentes irréalistes sur l'amour et la vie.
Ce désir de lire est concomitant avec l'arrivée du courant Romantique qui exacerbe les sentiments par l'usage du tragique, de la passion et de la mélancolie. La gravure ci-dessus moque la propension des femmes à s'identifier aux personnages des romans jusqu'à faire des malaises, voire s'évanouir pour imiter cette sensibilité romantique alors à la mode.

mardi 4 août 2026

Compagnon de bain.







 
Gravure satirique britannique de Théodore Lane de Juin 1821 intitulée: "Installation of a Knight Companion of the Bath" (Installation d'un Chevalier compagnon de Bain).

Le Très honorable ordre de Bain (Most honourable order of the bath) est le quatrième ordre de chevalerie britannique par ordre d'importance. Cet ordre remonte au moyen âge, et son nom vient du fait qu'il fallait se laver de tous ses péchés en prenant un bain chaud avant d'être adoubé.
L'image montre la princesse Caroline de Brunswick, l'épouse délaissée du roi George IV,  en compagnie de son amant italien, Bartolomeo Pergami.
Evidemment, l'image tourne dérision l'Ordre du Bain, puisque qu'elle représente un trivial bain dans une baignoire.
La baignoire est ornée d'une croix de Malte, du lion et de licorne britannique qui ferment les yeux pour ne pas trop en voir. A gauche se trouve une bouteille de Brandy et un flacon marqué "Essence de Bergami". Deux personnes espionnent la scène par une porte entrebâillée à droite. Ce sont les domestiques Majocchi et Louisa Demont, témoins clés du procès qui avaient révélé les détails croustillants de la vie intime de la princesse.


On peut lire au bas de la gravure:

While she received the copious shower,
He got a step in honor's path,
And grew from that auspicious hour,
A Knight Companion of the Bath.

Pendant qu'elle recevait la douche copieuse, 
Il gravit un échelon sur le chemin de l'honneur, 
Et devint à partir de cette heure propice, 
Un chevalier compagnon du Bain.
 A dada.





Huile sur toile de Louis Léopold Boilly réalisé vers 1790, intitulé:" La Toilette intime ou la Rose effeuillée."

Ce tableau montre une femme vivant au XVIIIe siècle faisant sa toilette intime à califourchon sur un bidet de salon. La rose effeuillée au premier plan évoque la virginité et l'innocence perdues.
C'est dans les années 1710-1730, que le bidet fait son apparition à la Cour de France dans l'aristocratie. Le meuble était en bois léger, hêtre ou acajou pour les plus luxueux, contenant une cuvette en faïence ou en étain. Son nom vient du vieux français bidet qui désignait un petit cheval de poste monté. Ce fut une révolution car il introduit dans la toilette le retour de l'eau pour les parties intimes du corps. On le pratiquait n'importe où, le boudoir, le salon, ce n'est que plus tard, après l'invention des salles d'eau puis des salles de bain qu'il migra dans ces lieux.
En effet, jusque-là, seule la toilette sèche était pratiquée. La douche était inconnue et on se méfiait des bains, l'eau chaude étant soupçonnée d'ouvrir les pores et de laisser alors les maladies pénétrer le corps. 
La propreté était jugée sur deux critères, l'aspect visuel et le caractère olfactif. On se frictionnait le corps avec des linges blancs imbibés de vinaigre ou de liquides aromatiques. Les poudres étaient massivement utilisées pour la coiffure et les perruques pour masquer la saleté ainsi que le fard pour les visages, hommes compris. Afin de lutter contre les odeurs corporelles, on utilisait des parfums capiteux comme le musc et l'ambre pour la base puis des notes plus florales par dessus.

La toilette, pour l'aristocratie et la haute bourgeoisie était un rite plus théâtral qu'hygiénique. Il existait deux types de toilette: la petite et la grande. La petite toilette s'effectuait au saut du lit, à l'abri des regards sauf ceux des domestiques, et consistait en un soin minimal. La grande toilette tenait plus du salon mondain que de la toilette. Assise devant sa coiffeuse, la femme recevait ses intimes, ses amants, des marchands de tissus ou des artistes tout en se faisant coiffer et maquiller.

Mais le tableau de Boilly a bien failli ne jamais nous parvenir. En 1794, la France est soumise à sa période la plus noire de son histoire, la Terreur. Le nouveau régime, mené par Robespierre, traque tout ce qu'il considère comme élément de la corruption de l'Ancien Régime et verse dans un puritanisme excessif. Un peintre concurrent et jaloux de Boilly le dénonça auprès de la redoutable Société populaire et républicaine des Arts qui faisait détruire tout ce qui ne lui plaisait pas et condamner à mort leurs auteurs. Il le dénonça aussi auprès de Comité de salut Public en prétendant que Boilly peignait "des obscénités répugnantes pour les mœurs républicaines".
Averti des perquisitions imminentes, Boilly dissimule ses toiles les plus libertines et galantes pour l'époque dont "la Toilette intime". Durant quelques jours il peint une immense toile, intitulée "Marat triomphant"!, Jean-Paul Marat assassiné dans son bain un an plus tôt étant le grand martyr de la Révolution.
Devant cette œuvre vibrante d'héroïsme révolutionnaire, les membres du Comité effacent toutes les accusations et Boilly a ainsi pu conserver sa tête sur ses épaules et nous transmettre sa "Toilette intime".
 Vieillissement.






Lithographie de Edme-Jean Pigal vers 1825, présente sur la planche n°56 de l'album "Mœurs parisiennes".

La formule: "La Mort n'a pas faim" était une expression utilisée par les médecins et le peuple à l'époque. Elle désignait les personnes très maigres et très âgées qui, malgré leur fragilité apparente, survivaient à toutes les maladies. La mort n'avait pas faim surtout car il n'y avait presque rien à manger sur leurs os.
Cette réflexion est celle du badaud parisien, assis sur une borne, au ventre replet et au regard moqueur qui regarde deux vieillards décharnés.
 Le corset.




Gravure  anglaise d'après une peinture de John Collet dans les années 1770 intitulée "Tight Lacing or Fashion before Ease" (Le laçage serré ou la mode avant le confort).

Une femme, à la coiffure volumineuse, s'agrippe au montant de son lit à baldaquin tandis qu'un groupe de personnes serre son corps à baleine. Le "Corps à baleine" (Stay) est l'ancien nom du corset. Afin d'obtenir le résultat escompté, trois personnes s'arcboutent en tirant sur les lacets du corset: son mari, portant des gants, la servante tirant le mari et un jeune page noir tirant la servante. Un petit singe, au premier plan montre du doigt un livre ouvert où l'on peut lire:" Fashion"s victim a Satire".

Sous le titre de l'image, on peut lire:
"From the original Picture by John Collet, in the possession of the Proprietors"

" Printed for & Sold by Bowles & Carver, at their Map & Print Warehouse, N°69 in St. Paul's Church Yard, London. Published as the Acts directs."

(Imprimé pour et vendu par Bowles & Carver, dans leur entrepôt de cartes et d'estampes, au N° 69 de la cour de l'église Saint-Paul Londres. Publié conformément à ce que la loi prescrit.)





Caricature de James Gillray de janvier 1793 intitulée: " Fashion before Ease; or, A good Constitution sacrificed for a Fantastick Form".

L'image du "corps à baleine" est utilisé ici pour charger Thomas Paine, le célèbre intellectuel Franco-Américain, auteur des "Droits de l'Homme".

Pourquoi ce rapprochement? Dans la passé, Thomas Paine avait été apprenti fabricant de corset à Thetford et ce rappel est utilisé pour le rabaisser. Sa maison porte l'enseigne : " Thomas Pain, Stay-maker from Thetford. Paris modes, by express". Il porte sur la tête un bonnet phrygien orné d'une cocarde tricolore, symboles de la Révolution française.

Paine serre violemment les lacets du corset de Britannia (symbole de la Grande Bretagne), rougissant sous l'effort et en appuyant son pied sur son fessier. De sa poche dépasse des ciseaux et un ruban à mesurer sur lequel est écrit "Rights of Man". Britannia s'accroche à un chêne, symbole de la stabilité britannique alors que son bouclier représentant l'Union Jack, sa lance et une branche d'olivier, représentant la Paix sont tombés à terre.

Gillray prévient le peuple britannique que les théories révolutionnaires radicales de Paine sont susceptibles de détruire la solide Constitution de la Grande Bretagne au profit d'une mode venue de Paris.




lundi 3 août 2026

Peep-Show.





Caricature intitulée "The Show-man" ( Le montreur de curiosités) de George Moutard Woodward et gravée par Isaac Cruikshank en 1793.

Le montreur de spectacle, charlatan étranger, probablement un français ou un italien, est devant un peep-show (une boîte optique). Devant lui, un paysan naïf, le visage rougeaud se penche pour regarder à travers une des lentilles de la boîte. Au dessus de cette boîte, un écureuil court dans une cage dont la rotation actionne des clochettes. Au XVIIIe siècle, les écureuils étaient des animaux de compagnie très prisés en Angleterre et en Amérique. Cette ambiance sonore attirait les clients qui payaient pour satisfaire leur curiosité.

Dans le dessin original, le show-man s'écrie: " Approchez vos yeux du verre... et vous verrez un grand et vaste lieu rempli de Mort et de destruction - où plus de fléaux attendent les habitués que n'en contenait la célèbre boîte de Pandore!". L'homme cherche à vendre probablement des images de la Révolution française ou de guerre.
Le paysan répond: " Well, you be a droll blade however- I see nothing but a Potticary's Shop!!", "Eh bien, vous être un drôle de gaillard- Je ne vois rien d'autre qu'une boutique d'apothicaire." 
Pour comprendre ce trait d'humour, il faut savoir, qu'à cette époque, pour un quelqu'un du peuple, la boutique de l'apothicaire représentait le summum des fléaux et des destructions, avec ses bocaux multicolores, ses remèdes étranges, ses substances inconnues, bien supérieurs aux guerres et aux révolutions.