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dimanche 25 octobre 2026

Maison dorée.







Lithographie de Paul Gavarni datée de 1853, intitulée "Un souper à la Maison d'Or".

La "Maison dorée" était le temple de la fête parisienne et de la gastronomie sous le second Empire. Elle était située 20, boulevard des Italiens. Elle doit son nom aux riches dorures de ses balcons et balustrades.
En 1970, le bâtiment, racheté par la BNP (Banque nationale de Paris) était menacé d'une destruction totale. Sous l'influence du ministre de la culture, Maurice Druon, sa magnifique façade fut sauvée et intégré au nouveau bâtiment, qui est le siège de la BNP.
La particularité de la Maison dorée était ses salons privés, richement décorés. Le rez-de-chaussée accueillait le grand public et les clients de passage, les cabinets particuliers se situaient à l'étage. L'accès à ces cabinets se faisait par le n°1 de la rue Laffitte à l'abri des regards indiscrets. C'est là que la jeunesse dorée, les dandys surnommés les gommeux, les écrivains et évidemment les courtisanes se retrouvaient après les bals masqués de l'Opéra pour prolonger la nuit. Le plus réputé de tous ces cabinets était le cabinet n°6 pour sa fréquentation, actrices en vogue, haute aristocratie, millionnaires excentriques, etc. et probablement pour d'autres raisons plus exotiques. Pour y accéder, il fallait montrer patte blanche et réserver longtemps à l'avance. Ce salon était muni de verrous intérieurs, de lourdes tentures de velours pour étouffer les bruits, bref de toutes les garanties permettant une confidentialité absolue.
Mais, la Maison dorée, ne servait pas qu'à la gaudriole la plus débridée. Elle servait aussi une des meilleures gastronomies de Paris. Le Tout-Paris s'y bousculait, l'empereur de Russie, le prince Napoléon (le futur Napoléon III), mais aussi des écrivains célèbres comme Gustave Flaubert, Emile Zola, les frères Goncourt et surtout le compositeur Gioachino Rossini qui en avait fait sa cantine. C'est d'ailleurs à la Maison dorée que fut créé par le chef Casimir Moisson le célèbre tournedos Rossini en l'honneur du compositeur. Pour mémoire, il s'agit d'un filet de bœuf surmonté d'une généreuse tranche de foie gras poêlée et parsemée de lamelles de truffes.
Le temps passa, la mode changea, le centre des plaisirs parisiens se déplaça vers l'Opéra Garnier et ce fut le déclin. La Maison dorée ferma définitivement ses portes en 1902.

Gavarni, qui ne manqua jamais de fréquenter les salons au prétexte de croquer les scènes auxquelles il participait, nous montre la débauche et la fatigue extrême des participants. L'ivresse et le libertinage ont cédé la place à la léthargie. Seule une femme, les deux jambes sur la table, le verre vide, tente d'haranguer les hommes autour d'elle. Elle s'époumone, mais plus personne ne l'entend.

En quelque sorte, Gavarni nous montre l'arrière scène du carnaval et des bals masqués, celle qu'il ne fallait pas montrer.
 
Tempérance.









 
Gravure sur bois, parue dans le journal The National Police Gazette, un journal précurseur de la presse à scandales,  en novembre 1879 et intitulée "A woman's liquor raid — how the ladies of Fredericktown, O., abolished the traffic of ardent spirits in their town", "Un raid de femmes contre l'alcool — comment les dames de Fredericktown, Ohio, ont aboli le trafic de spiritueux dans leur ville".

L'image montre des femmes en train de détruire des tonneaux et des bouteilles d'alcool dans un saloon à Fredericktown dans l'Ohio. Aux Etats-Unis, la consommation excessive d'alcool était considérée comme la cause essentielle des violences domestiques, de la pauvreté et du déchirement des familles. Les femmes s'emparèrent du sujet et constituèrent des associations très influentes comme la Woman's Christian Temperance Union (WCTU). 
La WCTU est fondée en 1874 par Frances Willard. Jusqu'à ce jour les militants tentaient de persuader les adeptes de l'alcool avec des arguments moraux. Mais, malgré leurs efforts, ils se rendirent compte que ces arguments n'étaient que peu efficaces. Ils en vinrent donc à réclamer que la loi interdise la production et la vente d'alcool.
Une figure emblématique de la WCTU est Carry Nation. Pourtant, rien ne prédisposait cette femme à militer dans cette ligue. En 1867, Carry Nation, extrêmement pieuse, épouse Charles Gloyd, un jeune médecin au brillant avenir. Mais elle découvre assez vite que son mari est atteint d'un alcoolisme sévère. Elle le quitte alors qu'elle se trouve enceinte. Son mari meurt peu de temps après, de cette consommation excessive d'alcool. Profondément marquée par cette expérience malheureuse, elle sera atteinte d'une haine viscérale contre les saloons de tout genre et les fabricants d'alcool, les accusant de détruire les familles. Elle s'installe au Texas où l'alcool est officiellement interdit mais où il coule à flots dans des saloons clandestins. Carry Nation fonde la branche locale de la WCTU et elle commence à intervenir publiquement par les méthodes classiques. Elle organise des prières collectives devant les bars, les militants entonnent des cantiques et distribuent des tracts, sans aucun effet. Soudain, en 1900, elle affirme avoir reçu un message de Dieu lui conseillant de prendre les armes. Et pour la première fois, le 27 décembre 1900, elle utilise une hache pour saccager le bar d'un hôtel de luxe, l'Hôtel Carey à Wichita. Elle appelle ce genre d'action une "Hatchetation". C'est à partir de cette époque qu'elle fut surnommée "Hatchet Granny" (La grand-mère à la hache).
Il faut reconnaître que Hatchet Granny était plutôt impressionnante: mesurant pas loin de 1,80 m, vêtue d'une longue robe noire et d'un voile, elle entrait dans les saloons en criant "Bonjour les gars! je viens délivrer vos âmes pour vous sauver!". Et tel un cyclone, une bible dans une main, une hache dans l'autre, elle détruisait tout sur son passage.

Petit à petit, l'idée de l'interdiction fait son chemin et en décembre 1917, le Congrès interdit la fabrication, la vente et le transport de toute boisson alcoolisée, c'est à dire toute boisson contenant plus de 0,5% d'alcool.
Cette décision eut des conséquences inattendues aux USA, bouleversant l'organisation de la criminalité, de l'économie et de l'agriculture. Ce fut l'âge d'or du crime. Des gangs se créèrent pour gérer la production et la vente d'alcool avec des leaders comme Al Capone à Chicago ou Lucky Luciano à New-York. Une concurrence barbare s'installa entre tous ces gangs dont le paroxysme fut le Massacre de la Saint-Valentin en 1929 à Chicago. Le South Side Gang dirigé par Al Capone affronte le North Side Gang dirigé par Georges "Bugs" Moran. Un guet-apens est tendu par Al Capone au gang adverse. Sept membres du clan adverse sont abattus, mais Moran, arrivé en retard, eut la vie sauve. Tous furent tués sauf un, Frank Gusenberg qui fut transporté à l'hôpital par la police. Juste avant de mourir, il déclara: "Personne ne m'a tiré dessus". Il avait 14 balles dans le corps, mais l'omerta était la plus forte.
Ce massacre choqua profondément l'Amérique à tel point que le gouvernement fédéral se décida à faire tomber Al Capone. Ce fut Eliot Ness et ses "incorruptibles" qui s'en chargea.
Avant la Prohibition, les saloons étaient principalement fréquentés par des hommes. Les bars clandestins (Speakeasies) qui ont succédé à ces saloons, sont devenus des lieux festifs, hauts lieux des années folles et des orchestres de jazz. Les femmes se sont mises à fréquenter massivement ces speakeasies où le mythe de la garçonne (Flapper) qui fume et boit publiquement a prit naissance.
La fabrication clandestine d'alcool, sans contrôle, permit de mettre sur le marché énormément d'alcool frelaté (Moonshine) provoquant la mort de milliers d'américains tandis que des milliers d'autres devenaient aveugles ou restaient paralysés.
Par ailleurs, la prohibition eut un effet catastrophique sur les finances de l'Etat à cause des pertes fiscales, sans compter les milliers d'emplois supprimés. Devant ce désastre, la prohibition fut abrogée en 1933.

Fort heureusement, en France, pays du vin, du cognac, de l'armagnac et autres breuvages, nous n'avons pas eu à connaître de "Hatchet granny", mais restons vigilants.

samedi 24 octobre 2026

La lettre.







 


Huile sur toile d'Auguste Toulmouche réalisée en 1874 et intitulée "La lettre".

Auguste Toumouche était un peintre académique spécialisé dans la "peinture de genre". L'Académie des beaux Arts avait toujours privilégié la "peinture d'histoire" qui traitait de sujets mythologiques, historiques ou religieux. La peinture de genre, considérée comme secondaire, n'arrivait que bon dernier dans les types soutenus par l'Académie.
Mais après la Révolution française et la prise de pouvoir de la bourgeoisie, les nouveaux acheteurs d'art faisaient partie de cette classe. Et les goûts de la bourgeoisie différaient grandement de ceux de l'aristocratie. Les bourgeois préféraient des tableaux plus petits, mieux adaptés à leurs habitations et qui surtout, mettaient en valeur leur mode de vie. Les scènes de genre du second Empire portent sur les salons élégants fréquentés par la haute société parisienne et surtout de l'intimité des femmes inactives de la bourgeoisie. Ainsi, la lecture, la correspondance amoureuse, les travaux de toile et la toilette sont des sources d'inspiration récurrentes, sans oublier, les sorties au théâtre, à l'opéra, les promenades et les grands boulevards. 
Bien entendu, ce style n'était pas du goût de tout le monde. Certains critiques lui avaient donner le surnom étonnant "d'art pompier". On lui reprochait son manque d'ambition, d'avoir délaisser les grandes idées philosophiques au profit de sujets futiles comme une femme qui boude, qui lit une lettre ou qui admire un bijou. Ainsi, Emile Zola qualifiait les femmes de Toulmouche de "poupées délicieuses", ajoutant que ses tableaux ressemblaient à des vitrines de grands magasins. Courbet et Millet, quant à eux, lui reprochaient d'ignorer la pauvreté, l'industrialisation forcenée de l'époque et la dureté de la vie ouvrière.
Charles Baudelaire pensait que le peintre moderne ne devait pas chercher ses sources d'inspirations dans l'antiquité mais dans la rue parisienne. Sa définition de l'art moderne est restée célèbre: "La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable", tellement célèbre que, de nos jours, bien souvent, nous avons même supprimé la deuxième moitié, de sorte que l'art n'est plus transitoire, mais instantané.

Revenons donc à l'art pompier avec ce tableau de Toulmouche.
Il représente une femme vêtue à la mode de l'époque. En 1874, les crinolines toutes rondes ont disparu au profit de la "robe à tournure". La robe à tournure est le terme bien-pensant de ce que tout le monde appelait le "faux-cul". Le faux-cul est une demi-cage fixée à l'arrière sous les jupons ce qui faisait ressembler les femmes de l'époque à certains convois grande longueur visibles parfois sur nos routes. Si ces robes accentuaient le volume fessier des dames, elles avaient un gros inconvénient, c'est que les chaises n'étaient pas conçues pour supporter de tels excès volumétriques. C'est la raison pour laquelle la dame n'est assise que sur l'extrémité de la chaise pour laisser de la place à l'attirail.
La femme s'est arrêtée d'écrire, elle repose sa tête sur sa main en la penchant à gauche, c'est à dire vers le passé, ce qui peut signifier qu'elle se remémore un souvenir en rapport avec la lettre ou qu'elle cherche ses mots. Sur la table, recouverte d'une épaisse nappe à franges, rouge ornée de fleurs, se trouve un bouquet de violettes entouré d'un papier blanc qui indique que ce bouquet vient d'arriver. C'est le cadeau d'un prétendant ou d'un amant et c'est à celui-ci qu'elle répond. Au XIXe siècle on pratiquait une sorte de code, le langage des fleurs. La violette symbolisait l'amour secret, la discrétion et la fidélité.
Les fleurs sont largement présentes dans la pièce. Outre la nappe rouge de la table et son bouquet de violettes, le papier peint bleu est à fleur et les rideaux aussi. Cette profusion de fleurs montre l'univers domestique étouffant dans lequel la femme est confinée.
On aperçoit un encrier pour rappeler à la fois le niveau d'éducation de la femme mais aussi que la correspondance était une des rares activités intellectuelles qu'elle pouvait pratiquer en toute liberté. Afin de bien rappeler le poids des conventions sociales un imposant vase néo-grec en marbre noir vient imposer ses formes géométriques dans cette cage dorée.

Ainsi, au premier abord, on voit une jolie femme dans un intérieur luxueux, mais un examen plus attentif laisse apparaître l'attente, l'ennui et le secret qui peuplent sa solitude. Comme quoi, il faut souvent s'y prendre à deux fois.

mercredi 21 octobre 2026

Rapine.








 
Gravure d'après un tableau de John Collett, publiée en 1778 par Sayer & Bennett et intitulée "Shop-Lifter Detected" (La voleuse à l'étalage démasquée).

Texte qui accompagne l'image:  

SHOP-LIFTER DETECTED.
From an Original Picture Painted by M.r John Collett.
London, Printed for ROBERT SAYER, Map & Printfeller, N.o 53 
Fleet Street, as the Act directs Aug.t 10. 1778.

LA VOLEUSE À L'ÉTALAGE DÉMASQUÉE.
D'après un tableau original peint par M. John Collett.
Londres, Imprimé pour ROBERT SAYER, marchand de cartes et d'estampes, au N° 53 de la rue Fleet Street,
 conformément à la loi, le 10 août 1778.

Une jeune femme, très élégante vient d'être surprise en flagrant délit de vol à l'étalage. Deux employés du magasin s'empressent pour récupérer la marchandise dérobée, l'un maintient fermement la jeune femme et l'autre retire de sous ses jupes la dentelle de luxe dérobée.
A gauche, une femme lève les mains horrifiée. A droite, un constable constate les faits tandis qu'un petit chien lui aboie dessus.

De nos jours un tel larcin est chose banale, on se contente d'admonester la coupable, et encore. Mais à cette époque, la loi était plus rigoureuse. Au Royaume-Uni, tout vol d'objets d'une valeur supérieure à 5 shillings dans une boutique (Pour situer, le rouleau de dentelle sur l'image valait une vingtaine de shillings) constituait un crime passible de la peine de mort par pendaison, ( Shopliting Act loi de 1699). Cette loi fut modifiée seulement en 1823.

Pour comprendre la présence de ce rouleau de dentelle sous les jupes de cette femme, il faut évoquer un accessoire de mode très usité au XVIIIe siècle: les poches détachables.
Contrairement aux vêtements masculins qui intégraient des poches cousues dans les vestes et les pantalons, les vêtements féminins en était totalement dépourvus. Les femmes portaient donc une ou deux poches amovibles attachées autour de la taille par un ruban cachées sous leurs jupes. Elles accédaient à ces poches par des fentes aménagées dans leurs robes. Cette technique était avantageuse car fouiller dans de telles poches sans le consentement de la dame était considéré comme quasiment un viol.
Les femmes de l'aristocratie portaient des poches de soie brodées de motifs floraux, les femmes chambres, les marchandes et les ouvrières des poches en toile de lin ou de coton confectionnées dans des chutes de tissus. Ces poches détachables constituaient pour les femmes les plus pauvres, contraintes de changer souvent de logement, une sorte de coffre-fort destiné à contenir ce qu'elles possédaient de plus précieux.
Que pouvait bien contenir ces poches? à peu près le même bric-à-brac que celui que l'on peut trouver dans les sacs à main de nos dames modernes. Les femmes de de la haute société y transportaient des pièces de monnaie, des billets de loterie, des reconnaissances de dettes, des petites clés de coffrets ou de meubles où elles cachaient ce que les maris ne devaient pas voir, etc. On trouvait dans les poches des femmes de la classe moyenne ou du peuple des ciseaux, des dés à coudre, des pelotes d'épingles, des carnets. Et puis des choses communes aux femmes de toutes les classes, des tabatières, des flacons de sel, des lunettes, des miroirs de poche et parfois même des lettres d'amour. (informations fournies par les fouilles effectuées sur les femmes arrêtées et disponibles dans les archives judiciaires. Pour en savoir plus, voir The Pocket: A Hidden History of Women'Lives de Barbara Burman et Ariane Fennetaux). Il ne manquait plus qu'un raton laveur, nous aurait dit Jacques Prévert.
Ces poches constituaient donc un lieu idéal pour cacher les produits du vol à l'étalage. Il suffisait de disposer de très grandes poches pour y dissimuler des pièces entières de tissus, des bouteilles et même de la vaisselle.

Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les boutiques étaient ouvertes à l'air libre, séparées de la rue par de simples comptoirs en bois. Les vitrines en verre ont tout changé, empêchent les vols à l'étalage. Il devenait possible pour les commerçants d'exposer la marchandise et pour les dames de faire du "lèche-vitrine". Une autre invention permit aussi de réduire les vols:  les miroirs convexes. Ces miroirs bombés étaient appelés "miroirs de sorcière" et permettaient de voir les clients comme sous l'effet d'un grand angle. Le boutiquier pouvait surveiller les mains d'un client tout en lui tournant le dos en montant chercher un article haut perché. Les commis étaient choisis en fonction de la robustesse de leur morphologie. Comme les voleurs agissaient en bande, ils surveillaient par deux. Quand l'un cherchait un article, l'autre observait les clients prêt à donner l'alerte.

Toute cette ambiance et ces mœurs sont résumés par la statue située en arrière plan. Il s'agit de la statue de Mercure, le dieu du commerce et des marchands, mais aussi le dieu des voleurs. 
Elle nous rappelle ainsi que le boutiquier et le voleur ont le même patron sans doute à cause de certaines pratiques commerciales de l'époque qui brouillaient la frontière de l'honnêteté.

mardi 20 octobre 2026

Cataracte.









 
Opération de la cataracte par la technique du "couching" (abaissement du cristallin) issue du traité "Ophthalmodoumeia: Das ist, Augendienst" du barbier-chirurgien allemand Georg Bartisch  publié à Dresde en 1583.

Le patient est fermement tenu par l'assistant. Le barbier-chirurgien va introduire un instrument pointu dans l'œil pour déplacer le cristallin devenu opaque.
Il s'agit du premier ouvrage imprimé de la Renaissance entièrement consacré aux maladies et à la chirurgie de l'oeil.

A cette époque, les opérations des yeux était pratiquées par des chirurgiens-barbiers ambulants qui opéraient sur les places publiques. Après quelques opérations, ils partaient vite une fois payés avant que les infections ne débutent, ce qui était fréquent. On voit que là, le chirurgien opère dans une pièce apparemment propre  et bien éclairée.
Le plus curieux c'est que si Georg Bartisch est considéré comme le père de l'ophtalmologie, il n'avait jamais mis les pieds à l'université. Il avait juste commencé comme barbier-chirurgien à l'âge de 13 ans et avait appris sur le tas. Il ne savait ni lire, ni écrire le latin ce qui était obligatoire pour exercer la médecine. Il a écrit son livre en allemand, ce qui a contribué à son succès auprès des autres barbiers-chirurgiens.
Par contre, il avait une phobie des lunettes. Il affirmait que le port de lunettes détruisait la vue définitivement. Il disait même que le port de verres correcteurs était une "insulte" à l'anatomie humaine.
Comme il était très superstitieux il pensait que certaine maladies des yeux étaient l'œuvre de la sorcellerie ou du diable ou même des péchés non confessés. Les dates de ses opérations étaient conditionnées aux différentes phases de la lune ainsi qu'aux signes astrologiques.

Comme quoi, on peut être avancé dans certains domaines tout en étant attardé dans d'autres.


La carole.








 
Enluminure du XVe siècle extraite du manuscrit du Roman de la Rose, conservée à la Bibliothèque nationale de France.


Un groupe de gentilhommes équipés de poulaines et de dames chapeautées de hennins dansent une carole dans le Verger du Déduit autour du dieu Amour (allégorie du Doux Regard). La carole est une ancienne danse du moyen âge où les participants se tenaient par la main en formant une ronde.
Le Roman de la Rose a été écrit au XIIIe siècle mais les enluminures datent du XVe. Le dessinateur a représenté les participants habillés à la mode de son temps. C'est la raison pour laquelle tout le monde porte des poulaines. Or ces chaussures étaient tellement longues et pointues qu'il était presque impossible de danser sans trébucher, ce qui rend la ronde peu probable, mais passons sur cet anachronisme.

A l'écart de la fête on voit, au premier plan, un homme allongé sur le ventre qui admire son reflet sur l'eau. C'est la Fontaine de Narcisse et ce personnage est l'Amant. Cette fontaine abrite deux cristaux de roche au fond de l'eau. Ils agissent comme un miroir et permettent de voir la totalité du Verger du Déduit. Et c'est en regardant ce reflet que l'Amant va voir pour la première fois le bouton de rose dont il va tomber éperdument amoureux. Il s'agit d'une allégorie du coup de foudre.

Laissons donc l'Amant sous le charme et ne répétons pas ce que, plusieurs siècles plus tard, Charles Baudelaire a dit: "L'amour est une rose, chaque pétale une illusion, chaque épine une réalité."

lundi 19 octobre 2026

Pygophile.






 


Caricature d'Isaac Cruikshank de mai 1790 du "Monstre de Londres".

Entre 1788 et 1790, un mystérieux agresseur s'en prenait aux femmes élégantes de Londres. Il s'approchait d'elles par derrière, leur débitait des insanités et leur lacérait les vêtements avec des lames ou bien leur piquait les fesses à l'aide de pointes acérées.
La caricature nous décrit une scène typique d'un homme sur le point de piquer une femme. On remarque des lames fixées à ses genoux car il les agressait aussi d'un coup de genou. 
Sur le mur, une affiche promet une récompense "Monster a reward 100 Gs". Cette récompense considérable de 100 guinées était financée par le propriétaire de la Lloyd's, John Julius Angerstein. Le nom d'Angerstein est d'ailleurs indiqué sur la porte à droite.

En juin 1790, Rhynwick Williams, un jeune fabricant de fleurs artificielles fut arrêté et condamné à six ans de prison après de multiples péripéties judiciaires. Cependant, si certaines victimes prétendaient le reconnaître, beaucoup d'autres en faisaient un portrait tout différent. Certains spécialistes, de nos jours, remettent en cause sa responsabilité exclusive dans cette affaire et penchent plutôt pour une hystérie collective amplifiée par la presse. En clair, la publicité donnée à cette affaire multipliait les vocations des piqueurs de fesses.
John Julius Angerstein était littéralement obsédé par ces faits divers, il s'impliqua personnellement dans l'enquête. Il convoquait les jeunes femmes victimes du piqueur pour tenter de dresser un portrait robot du maniaque. Seulement, très vite, les mauvaises langues de Londres, ont prétendu qu'il prenait un plaisir suspect à demander aux dites jeunes femmes de lui décrire leur blessure voire de lui montrer. C'est ce que nous rappelle cette caricature.

Ces divers événements créèrent une véritable psychose à Londres. Que pouvaient faire les jeunes femmes terrorisées à l'idée de rencontrer le piqueur fou?
On vit surgir un homme qui proposait une solution originale.





Cette nouvelle caricature nous montre un artisan en train de riveter une jupe en cuivre sur une cliente. Certains autre proposaient des fessiers en cuivre en guise de protection. Certaines femmes cousaient elle-même des plaques de cuivre ou de liège à l'intérieur de leurs jupons.
On voit, dans la boutique, plusieurs modèle de jupe de cuivre: "Pour les demoiselles de 15 ans", "Pour les dames de 30 ans" et "Pour les femmes très fortes". A droite, une pancarte publicitaire précise: "Les fesses des dames sont couvertes aux conditions les plus raisonnables" et c'est signé "l'Anti-monstre".
Dès la sortie de cette caricature de Cruikhank, le dessinateur rival, James Gillray publiait la sienne. On y voyait l'agresseur soulever la jupe d'une dame et s'y casser les dents sur un couvercle de marmite en fonte fixée sur ses fesses, avec pour titre: "Le Monstre déçu de son déjeuner".

Mais le pire est à venir. Le pygophile ne s'attaquait qu'aux femmes de la haute société londonnienne. Aussi très vite, le fait d'avoir été attaquée, approchée ou frôlée par l'énergumène devenait un signe de distinction sociale. Celles qui n'avaient pas été attaquées simulaient parfois des agressions par snobisme, ce qui accentuait la confusion. Mais toutes se précipitèrent pour acheter des jupons en cuivre, faisant la fortune des artisans, ajoutant au snobisme un phénomène de mode.