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mercredi 15 juillet 2026

 La fourberie des femmes.

Part I



La Fourberie des femmes en matière de sentiment (ici deuxième série) est un recueil d'estampes réalisées par Paul Gavarni en 1840, édité chez Bauger, rue du croissant, 16 et chez Aubert, galerie Véro-Dodat.




- Virginie!
- Maman!
- Où es-tu donc!
- Je suis là, maman! j'attrape mon sansonnet.

La jeune fille fait croire à sa mère qu'elle est à la recherche de son oiseau, un sansonnet, alors qu'elle se trouve perchée au fait d'un mur en pleine conversation galante.




- Entends-moi bien... demain matin il ira t'engager à dîner... si tu lui vois son parapluie, c'est qu'il n'aura pas sa stalle aux Français, alors tu n'accepteras pas... s'il n'y a pas de parapluie, tu viendras dîner...
- Mais (il faut penser à tout) s'il pleut demain matin?
- S'il pleut? il sera mouillé, voilà tout... si je ne veux pas qu'il ait un parapluie, moi, il n'en aura pas! tu es donc bête?

L'homme et la femme assis sur le canapé sont deux complices, sans doute une lorette et son amant de cœur. Ils évoquent un tiers, le pigeon, un bourgeois aisé, qui viendra le lendemain inviter la femme à dîner. Les deux complices cherchent à évaluer le fortune de leur cible. S'il a sa stalle aux Français, ça veut dire qu'il a les moyens de s'offrir une place réservée à la Comédie-Française (le Théâtre-Français dit le Français en langage populaire) qui coûtait alors très chère. Si c'est le cas, le prétendant n'aura pas besoin d'un parapluie car il se déplace en calèche, mais s'il se présente avec un parapluie, c'est qu'il se déplace à pied ou en omnibus et que donc il est pauvre ou radin.






" Tu avais raison ma femme: c'est bien plus joli ici que par là-bas... ... ... tiens!... Mosieu Gustave!... ah! bien on peu dire que voilà une rencontre bizarre!"

Un mari et sa femme se promènent dans un parc et croise un jeune homme élégant, Mosieu Gustave! 
En disant: "c'est bien plus joli ici" le mari prouve sa naïveté. C'est sa femme qui l'a entraîné dans ce lieu afin d'y croiser son amant, Mossieu Gustave! C'était le but de la promenade.






"- Vous reverrai-je?
- Allons!
- Oui.
- Où?
- Ici.
- Quand?
- Demain... mais partez vite!
- Ange! un mot encore... vous êtes mariée?
- Parbleu!"

Parbleu! veux dire ici: évidemment!







"- Quand je pense que Monsieur Coquardeau va être mon mari, ça me fait de la peine pour Alexandre.
- Et à moi pour Coquardeau."

Coquardeau dérive du mot "cocu". Il représente le mari bourgeois destiné à être trompé. Nous sommes, de toute évidence, pour la jeune femme, devant un mariage de raison. Alexandre est le jeune dandy, le séducteur et l'amant de cœur: la future mariée plaint son amant.
La réplique de la confidente sous-entend que la future mariée n'a pas l'intention de rompre avec Alexandre. Monsieur Coquardeau est déjà le mari trompé avant même d'avoir convolé.








- (Au premier Mosieu): "Attendez-moi ce soir, de quatre à cinq heures, Quai de l'Horloge du Palais. Votre AUGUSTINE".
- (Au deuxième Mosieu): "Ce soir quai des Lunettes, entre quatre et cinq heures. Votre AUGUSTINE".
- (Au troisième Mosieu): "Quai des Morfondus, ce soir, de quatre à cinq. Votre AUGUSTINE".
- (A un quatrième Mosieu): "Je t'attends ce soir à quatre heures. Ton AUGUSTINE."

Le Quai des Lunettes (à cause des nombreux marchands d'optique situés sur ce quai) et le quai des Morfondus (à cause du vent qui frappent les passants étant exposé plein nord) sont deux anciens noms du quai de l'Horloge de l'Ile Saint-Louis.






"- O Henry! Henry! mon Dieu, mon Dieu!... sacrifiez-vous donc pour un ingrat comme ça! ne plus le voir! jamais! mais est-ce que ça va m'être possible à moi de ne plus voir Henry?
- Heureusement que ton Amédée te reste."









" Le v'là!... ôte ton chapeau"


La femme surveille la rue en faisant semblant de broder ou autre occupation. Elle signale l'arrivée d'un autre personnage, le mari ou un autre amant. Elle demande à l'homme assis de retirer son chapeau afin de feindre une simple visite de courtoisie.
 Le cabinet d'un dentiste.




Caricature française de 1823 dessinée par Godisart de Cari, gravée par Louis Maleuvre (fils) et publiée à Paris par le marchand d'estampes Aaron Martinet.

La scène se passe dans un cabinet de dentiste. Un homme au sourire sadique fouille la bouche d'un patient. Celui-ci, terrorisé s'agrippe désespérément aux bras de sa chaise. Un jeune garçon, noir, empêche le patient de s'enfuir. Le tout se déroule sans anesthésie.
Une scie et des instruments divers sont suspendus au mur, bien en vue du patient. Une bassine , un verre et une carafe d'eau complètent le tableau.

mardi 14 juillet 2026

 Mansuétude.





Caricature d'Honoré Daumier de 1834 parue dans le journal "La caricature".

" Celui-là, on peut le mettre en liberté! Il n'est plus dangereux."

Nous sommes sous la monarchie de Juillet. Louis-Philippe a considérablement durci sa politique vis à vis de ses opposants politiques. Les arrestations et les procès politiques frappent les Républicains.

Le personnage représenté de dos et tenant le rôle du médecin est Louis-Philippe, reconnaissable à sa corpulence, ses favoris et son chapeau à la cocarde. Sur le lit git un moribond républicain, enchaîné au poignet, qui vient de rendre le dernier soupir. A côté du roi, se tient un juge au sourire cynique identifié comme le préfet de police de Paris, Henri Gisquet.

Cette caricature est une critique féroce de la Justice. Le roi accorde la liberté au républicain parce qu'il est mort et qu'il ne représente plus de menace.

 A Caledonian beauty.






Caricature de Charles Williams du début du XIXe siècle.

Le nom de "Caledonian" est le nom latin de l'Ecosse.
Ici, Charles Williams se moque des us et coutumes écossaises et notamment de la mode vestimentaire; Il représente cette écossaise habillée d'un kilt, très court pour l'époque, volontairement provocant. Elle porte le "sporran" à la taille, la petite sacoche en fourrure traditionnelle et des chaussettes montantes à losanges rouges et blancs.  La tenue est complétée par un décolleté plongeant, des longs gants et un volumineux chapeau à plume. Afin de se protéger du maigre soleil, elle se sert d'une ombrelle articulée. 
Longtemps interdit car considéré comme indécent, le port du kilt se généralise vers 1822 et culmine lors de la visite de George IV à Edimbourg. Le roi lui-même, à cette occasion, a porté un kilt sur des vêtements couleur chair en dessous, provocant une vague de moqueries.
La satire des modes vestimentaires était utilisée de façon hypocrite par les caricaturistes anglais. Sous prétexte de critiques, les dessinateurs en profitent pour dessiner des femmes très sexualisées afin d'attirer et émoustiller le public. Ce type d'œuvre était exposé dans les vitrines londoniennes offrant ainsi un véritable spectacle autour duquel la foule, toutes origines sociales confondues, s'attroupait.

 Les lorettes.

Part II



Le nom de lorette est apparu sous la Monarchie de Juillet (1830-1840). Il désigne une femme indépendante qui vit des largesses de ses amants.  Ce surnom vient de l'église Notre-Dame de Lorette et de son quartier en pleine construction à l'époque. Les propriétaires proposaient des loyers bas afin qu'elles "essuient les plâtres" ce qui attirait les lorettes..
Alexandre Dumas distinguait trois catégories de femmes de ce genre, les grisettes associées aux étudiants du quartier latin qui vivaient d'aventures mais conservaient un travail, les lorettes qui vivaient uniquement de leurs charmes en ayant plusieurs amants, appelés des "Arthurs", qui se partageaient les factures et enfin les courtisanes ou demi-mondaines qui n'avaient qu'un seul amant à la fois, mais richissime.






Dessin de Damourette vers 1840.

"- Vous voyez bien cette robe à ramages? c'est mon ancienne cuisinière, une gaillarde qui m'a fait des diners déplorables... - Il paraît qu'il est plus facile de fricasser un Anglais qu'une gibelotte..."

La robe à ramage était une ample robe aux motifs de fleurs ou de feuillages, très à la mode à l'époque. Fricasser en Anglais c'est séduire et ruiner un étranger.





Dessin de Damourette, vers 1840-1850.

"- Qu'est-ce que nous ferions bien, Champaubert, si nous n'étions pas ruinés?
- Pardieu, nous nous ruinerions."

Illustration de l'insouciance de certains bourgeois pour qui dépenser leur fortune était leur seule passion.




Illustration de Gavarni de 1852.

"- Qu'e qu' t'as... t'as le vin triste...
- J'ai qu'on menace de me saisir... j'ai peur que les Anglais me foutent dehors...
- Fourre un Anglais dedans..."

Les "Anglais" désignaient les créanciers dans le langage familier et "Fourrer un anglais dedans", c'était boire du gin ou du whisky anglais.






Dessin de Gavarni vers 1860.

"-Vous vous en repentirez, ma belle, je vous apprendrai à mentir.
- Vous, allons donc, mon cher, vous n'êtes pas de force."






Dessin de Damourette, gravée par Dumont vers 1845.

"- Ah çà, mais Anna, vous trichez?...
- Parbleu!..."





Dessin d'Honoré Daumier, vers 1840.

" - Il m'est arrivé un petit malheur, très-bon; j'ai perdu la dernière quittance de mon propriétaire, je vous serez reconnaissante de me la retrouver d'ici demain."

La femme demande à son amant de retrouver, d'ici demain, sa quittance de loyer qu'elle a elle-même perdue! La quittance de loyer était un document très important pour le locataire, sans elle, le propriétaire pouvait exiger un nouveau paiement. Le qualificatif de "très-bon" qu'elle utilise pour qualifier son amant, prouve qu'elle fait appel à sa bonté d'une façon détournée et surprenante , vu la tête du futur donateur.

lundi 13 juillet 2026

 Remplaçants des remplacés.




Départ des remplacés.



Gravure de 1797, intitulée "départ des remplacés" ou "tableau de Paris et de la France en Floréal, suivie de l'autre gravure ci-dessous.

Les "remplacés" désignent les politiciens battus à la suite des élections . On voit sur cette gravure un couple d'"Incroyables et de Merveilleuses", figure de la nouvelle bourgeoisie, affichant une opulence ostentatoire et quittant la scène politique avec leur fortune mal acquise.




Arrivée des remplacans.

L'homme, nouvellement élu, monte un cheval maigre et adopte une attitude raide qui se veut aristocratique. Il porte un habit qu'il pense à la mode mais qui trahit sa véritable condition.
La femme est assise de façon précaire sur une autre monture. Elle arbore une expression de stupéfaction et de panique en traversant les rues de Paris. Ses vêtements sont simples montrant ses origines populaires et en contraste avec les idées de grandeur du couple.


 Les loisirs de Rembrandt.





Cette gravure de Rembrandt van Rijn, datant de 1646 est intitulée "Le lit à la française". Ce titre est sans rapport avec la scène mais concerne le meuble, un lit à baldaquin autoportant, appelés "lits en tombeau", luxueux et très à la mode en France à cette époque. Ce type de lit était alors très peu connu en Hollande où les lits-clos étaient la règle: couchettes encastrées dans les murs ou dans des placards de bois.
Contrairement aux habitudes de l'époque où l'érotisme était caché dans des scènes mythologiques ou bibliques, Rembrandt représente une scène réaliste où l'on voit un couple faire l'amour. Cette liberté a dû susciter le rejet de ses contemporains, puisqu'il a, par la suite, retiré sa signature de la plaque d'impression. 

A noter que la femme possède trois bras!! un droit et deux gauches. Cette particularité à provoqué de nombreux débats qui ont conclu à deux hypothèses:

1° Une modification de composition. Rembrandt, qui avait d'abord dessiné le bras gauche de la femme entourant le bas du dos de l'homme pour accentuer l'étreinte, aurait changé d'avis pour donner plus de dynamisme à la scène.
2° Un choix artistique volontaire. Rembrandt  aurait volontairement créé un effet "cinématographique" avant l'heure, afin de donner une impression de mouvement dans les ébats amoureux.

Quelques détails significatifs sont à noter:
On voit sur un pilier du lit un chapeau à plume d'autruche. En hollande, à cette époque le chapeau à plume était l'attribut des courtisanes et des libertins. L'homme a jeté rapidement son chapeau avant de grimper dans le lit ce qui suppose une certaine hâte. Par ailleurs, les deux protagonistes ont gardé leurs vêtements contrairement aux scènes mythologiques où les acteurs sont nus. L'homme a retiré ses chausses (son pantalon), mais il a gardé sa veste et sa chemise qui se trouvent retroussés par l'étreinte. La femme, elle aussi, a ses vêtements retroussés vers le haut. Ces détails laissent entendre que le désir était tel qu'aucun n'a prit le temps de se déshabiller, prouvant que les deux ont succombé à l'appel de la chair, attitude scandaleuse à l'époque.









Cette gravure de Rembrandt est intitulée "Joseph et la femme de Putiphar" et date de 1634.

Elle représente un épisode du livre de la Genèse de la Bible. Putiphar est un haut fonctionnaire égyptien de Pharaon. Putiphar achète Joseph comme esclave à des marchands madianites et ismaélites. Le femme de Putiphar, tombée amoureuse de Joseph, tente à plusieurs reprises de le séduire. Devant sa résistance, elle accuse Joseph de viol.
La scène de l'estampe montre la femme de Putiphar, nue dans son lit, tentant d'attirer à elle Joseph qui résiste et tente de s'enfuir. Il réussira à s'extirper de cette situation en abandonnant son manteau à la femme de Putiphar.

Certains détails ont intrigué et fait couler beaucoup d'encre. 
Le premier d'entre eux et le plus visible est la présence d'un pot de chambre placé en évidence sous le lit. Ce détail trivial a été considéré comme une touche d'humour de la part de Rembrandt afin d'ancrer le récit biblique dans la réalité prosaïque du quotidien et de rappeler la futilité du désir non assouvi. 
Rembrandt s'est inspiré de la célèbre "Vénus accroupie" dont de nombreux exemplaires ont été découvert sur des site de fouilles romaines en Italie et en France, pour dessiner le corps nu et tordu de la femme de Putiphar. Certains spécialistes de Rembrandt rappellent qu'il refusait de dessiner les corps d'après les statues antiques aux formes lisses et standards, et qu'il préférait ceux des lavandières ou des femmes de bourgeois. C'est la raison pour laquelle la femme de Putiphar présente un corps imparfait avec des plis de peau reflétant la réalité.








Estampe de Rembrandt nommée " Le Moine dans le champ de blé" de 1646.

Caché par les blés un moine franciscain identifié grâce à sa tonsure et sa robe de bure, fait l'amour à une paysanne. En arrière plan, un faucheur poursuit sa besogne, ignorant ce qui se passe.







"Le joueur de flûte" de Rembrandt datant de 1642.

Il s'agit d'une scène pastorale où un jeune homme joue de la flûte près d'une jeune femme qui tisse une couronne de fleurs. à droite, un troupeau de moutons et de chèvres est présent.

Sous son apparence innocente, la scène comporte plusieurs sous-entendus érotiques: 

- la flûte pointée sous la jupe de la jeune fille symbolise le désir.
- le hibou sur l'épaule du garçon représente la folie ou la luxure.
- un visage mystérieux, peu visible, dissimulé dans les feuillages qui incarne l'image du voyeur.


Autre dérivatif de Rembrandt intitulé: "homme et femme faisant de l'eau" qui se passe de commentaires.