Translate

dimanche 4 octobre 2026

Pèlerinage.









Cette enluminure date de l'an 1400 environ. Elle est issue de "Liber de quibusdam ultramarinis partibus et præcipue de Terra sancta" (Le livre des contrées d'outre mer et surtout de la Terre sainte) rédigé par Guillaume de Boldensele.

On y voit une femme et homme se baignant nus, entourés d'une forêt. Le "Liber de quibusdam ultramarinis partibus et praecipue de Terra sancta" est un livre, écrit en 1336, qui se distingue des autres écrits par sa rigueur et la curiosité de son auteur.

Guillaume de Boldensele (né Otto de Nygenhusen), un moine dominicain très érudit, effectue un long voyage, entre 1332 et 1336 à la demande de la papauté pour se livrer à une mission de reconnaissance de l'Orient sous couvert de pèlerinage. Contrairement à beaucoup de pèlerins de l'époque qui se contentaient de répéter les légendes et les miracles apprises localement, lui, prend le temps de vérifier et de comprendre, en faisant preuve d'esprit critique.
Il se rend d'abord à Constantinople, puis sur les îles de Chios, Rhodes et Chypre, avant d'entrer en Egypte. En 1335, il visite les pyramides d'Egypte. La croyance de l'époque y voyait les "greniers de Joseph". Il s'inscrit en faux en constatant que les pyramides sont pleines, construites en pierre de taille et il conclut qu'il s'agit probablement de sépultures. 
Quand il a visité le site, la Grande pyramide de Khéops possédait encore une grande partie de son revêtement en calcaire blanc poli. En examinant ce revêtement, il constate qu'il est recouvert par des centaines d'inscriptions, les graffitis de l'époque, laissés par les visiteurs grecs, romains et arabes au cours des siècles. Il remarque une longue inscription en latin. Il la recopie dans son carnet de voyage pour l'étudier ultérieurement. Il s'agissait d'un poème funéraire écrit 1 200 ans plus tôt par une femme nommée Terentia. Elle y exprimait sa tristesse de visiter ce site sans son frère, Decimus Terentius Gentianus, décédé quelque temps auparavant. Elle avait gravé ce texte pour que la mémoire de son frère soit présente aussi longtemps que les pyramides. Trouvant l'idée originale, Guillaume de Boldensele décide de graver son nom, la date de son passage et sa qualité de pèlerin à côté du texte romain. Hélas! Quelques décennies plus tard, les mamelouks de l'Egypte s'emparèrent du calcaire poli qui recouvrait les pyramides pour construire des mosquées et le texte romain de Terentia ainsi que la signature de Guillaume disparurent à jamais. C'est grâce à la présence d'esprit de Guillaume, qui a noté le texte latin du poème, que la mémoire du frère de Terentia n'est pas totalement effacée, puisque nous venons de l'évoquer.
Il quitte l'Egypte, traverse le désert du Sinaï et atteint le Levant, visitant la Palestine et Jérusalem. Lorsqu'il arrive sur les rives du Jourdain, il assiste à des scènes de baignades collectives de pèlerins complétement nus, tout sexe confondu, comme le montre l'enluminre. Les pèlerins plongeaient avec empressement dans les eaux du Jourdain pour se faire purifier mais, contrairement à ce que nous montre l'enluminure, ils étaient aussi en proie à une grande terreur à cause des "grands lézards aquatiques". Et il y avait de quoi, le fleuve était entouré de marécages infestés de crocodiles. La légende prétendaient qu'ils étaient inoffensifs envers les chrétiens pendant leur bain rituel, mais que la protection divine cessait une fois le bain terminé, donc pas question de patauger. Boldensele, qui observa à plusieurs reprise la scène, nota dans ses carnets la hâte avec laquelle les pèlerins sortaient de l'eau.
Plus tard, lorsque l'enlumineur parisien, qui n'avait jamais quitté la France, dû illustrer la scène, il se trouva très embarrassé. Il n'avait aucune idée de ce à quoi pouvait ressembler un crocodile. Il se contenta de dessiner un petit poisson parfaitement ordinaire qui est visible dans l'eau devant le couple. De même, les arbres exotiques de Judée sont vite devenus comparables à une forêt de chêne française. Et pour bien faire, il a chapeauté la femme d'une coiffe à la mode de son temps à la cour de France.

Le manuscrit original était écrit en latin et connu un succès considérable au moyen âge. Le frère Jean Le Long d'Ypres, le traduisit en français et c'est cette version qui sera intégré dans le "Livre des Merveilles" accompagnée de nombreuses enluminures dont celle présentée ici.



samedi 3 octobre 2026

La fée verte.










Tableau de Jean Béraud, de 1908 intitulée "Les Buveurs d'absinthe".

Ce tableau représente uns scène de café parisien typique. Une femme élégante est assise, appuyée sur une table en marbre et semble s'ennuyer. A ses côtés un homme verse doucement de l'eau pour diluer son absinthe, la fameuse fée verte.

Au début du XXe siècle, la consommation d'absinthe constitue un vrai rituel. C'est "l'heure verte" qui rassemble de nombreux consommateurs. Le versement de l'eau obéit à des règles très précises. L'absinthe ne se boit jamais pure du fait de son fort degré d'alcool pouvant atteindre 72% et de son amertume. Le serveur verse une dose d'absinthe pure dans un verre. On place sur ce verre une cuillère à absinthe sur laquelle on pose un sucre pour adoucir le breuvage. Puis on verse goutte à goutte de l'eau glacée sur le sucre. Sous l'effet de l'eau, le liquide change de couleur. Il passe du vert émeraude au vert laiteux.

Le tableau de Jean Béraud est une réponse à Edgar Degas qui en 1875 a lui aussi peint des buveurs d'absinthe dans un café.





La femme que Degas a peint est l'actrice Andrée Ellen et l'homme le peintre et graveur Marcellin Desboutin. La scène se passe au café de la Nouvelle Athènes, place Pigalle.
Le tableau de Degas avait provoqué un immense scandale, jugé trop cru et vulgaire, montrant des personnages ravagés pas l'alcool, des "épaves urbaines". Un comble puisque Andrée Ellen confia plus tard qu'ils avaient l'air de "deux andouilles" et qu'en plus elle n'avait jamais bu d'absinthe avant cette pose et que Desboutin ne buvait jamais d'alcool fort. Béraud choisit de replacer la scène dans un cadre plus mondain et élégant.

L'absinthe a inspiré beaucoup d'autres peintres.




"Monsieur Boileau au café", tableau de Toulouse-Lautrec de 1893. Monsieur Boileau était un chroniqueur mondain. Contrairement à ses autres tableaux décrivant des scènes de cabaret, Toulouse-Lautrec, qui a dit "l'automne c'est le printemps de l'hiver", s'égare avec cette composition dans le milieu bourgeois.






Consommant régulièrement de l'absinthe, Vincent van Gogh n'eut pas de mal à trouver le modèle pour peindre ce verre d'absinthe en 1887 accompagné de sa carafe d'eau. Ce tableau est intitulé "Table de café avec absinthe".





Cette femme, aux doigts distordus, visiblement en proie à une grande détresse, assise seule à la table d'un café devant son verre d'absinthe est l'œuvre de Pablo Picasso en 1901. Elle est intitulée "La Buveuse d'absinthe". Cette toile fait partie du tout début de la période bleue de Picasso.


Contrairement à ce qui est souvent dit, l'absinthe n'est pas née dans les bistrots de Paris. Elle a pris naissance en Suisse, dans le Val-de-Travers vers la fin du XVIIIe siècle. La mère Henriod, une herboriste locale, met au point un mélange d'herbes aux propriétés digestives et stimulantes. Ce mélange contient de la grande Absinthe, de l'anis vert et du fenouil.
Un certain Major Dubied achète la recette et ouvre la première distillerie en 1798 avec son gendre Henri-Louis Pernod. Ce dernier s'installera par la suite en France pour fonder à Pontarlier la société Pernod-fils qui dominera le marché mondial.
L'absinthe doit son succès grâce aux guerres coloniales en Algérie. On en distribuait aux soldats français pour lutter contre la dysenterie. Les vétérans y prirent goût et ramenèrent la mode à Paris. Les bourgeois firent le reste.
Victime de son succès et devant les ravages que certaines marques trafiquées produisaient, l'absinthe sera interdite en mars 1915. Et c'est pour la remplacer que fut créé le pastis.

Quelques publicités de l'époque:




















Liaisons dangereuses.








Gravure réalisée par Jeanne Deny, d'après un dessin de Charles Monnet datant de 1796 pour illustrer l'édition "londonienne" des "Liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos.

"Les liaisons dangereuses" est un roman épistolaire. Cette image illustre la lettre XLIV. Nous sommes au moment où le vicomte de Valmont a décidé de séduire la vertueuse et pieuse Présidente de Tourvel. Mais la tâche est ardue. Afin de meubler son ennui en attendant ce moment, il décide de séduire la jeune et innocente Cécile de Volanges.
Dans cette lettre, Valmont raconte une anecdote à la marquise de Merteuil. Alors qu'il terminait sa toilette intime, il se rend compte qu'il est observé par deux femmes. Il s'agit de Cécile de Volanges et de sa femme de chambre.
Valmont est représenté avec la morphologie d'une statue antique. Il ne sort pas de son bain comme tout un chacun mais comme Apollon. Il se savait observé. En sortant de sa baignoire, le drap qui était censé le couvrir, glisse. Il cherche à peine à le récupérer. Il s'agit là d'un procédé classique du libertinage. Cécile et sa compagne sont reléguées au rôle de voyeurs derrière une porte vitrée. Dans le texte de Laclos, Valmont se sait observé, mais il a capturé le regard de sa future victime, le piège commence à fonctionner.

L'illustration porte une mention "imprimée à Londres". En fait, le livre a été imprimé clandestinement à Paris. A la fin du XVIIIe siècle le livre fait l'objet de censures successives car il est jugé susceptible de corrompre les mœurs. C'est la raison pour laquelle, l'éditeur a fait ce faux, faisant ainsi passer le livre pour un produit d'importation. Cette édition a été vendue sous le manteau et les amateurs l'ont acquis à prix d'or pour le voir figurer dans leurs cabinets de curiosité.

Sous l'Ancien Régime, à sa parution en 1782, le roman fait scandale, mais il circule librement. Après la Révolution, au XIXe siècle, l'ordre bourgeois domine. Les libertins ne sont plus appréciés comme des provocateurs mais comme des monstres corrupteurs qui veulent s'en prendre à l'ordre moral et à la famille bourgeoise. En 1826, un éditeur essaie de réimprimer une nouvelle édition des "Liaisons dangereuses". La justice saisit tous les exemplaires et le 18 mai 1826 le Tribunal correctionnel condamne le roman pour "outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs".
En 1850, l'Eglise se joint à la partie. Elle inscrit officiellement le roman à l'Index Librorum Prohibitorum, interdisant aux catholiques du monde entier de le lire. Pour le lire en effet, pendant des décennies, il fallait se procurer des éditions clandestines.
Cependant, au début du XXe siècle, deux écrivains ouvrent les hostilités. Le premier est Apollinaire qui rédige des notices en vue de réhabiliter Laclos. Il est suivi par André Gide qui classe ce roman parmi les dix meilleurs romans français.
Puis, en 1832, André Malraux révolutionne la compréhension du livre. Il explique que Valmont et Merteuil ne sont pas que des simples débauchés mais aussi des "personnages à idées". Le roman quitte la famille des romans libertins pour intégrer celle des romans psychologiques. La même année, en 1932, il est publié chez Gallimard dans la collection célèbre de "La Pléiade". Mais c'est le théâtre et le cinéma, dans les années 1980, qui permirent une consécration populaire et mondiale.
 
Un sentimental.







 
Eau-forte colorée à la main de Thomas Rowlandson publiée en 1811 à Londres sous le titre "A man of feeling" (un homme de sentiment).

Cette caricature utilise le même nom que le livre de Henry Mackenzie de 1771, un roman larmoyant qui connut un grand succès à l'époque. Le héros était un homme hyper-sensible qui pleurait page après page devant le malheur des autres et qui finit par mourir lui-même d'un chagrin d'amour platonique.

Mais dans le cas de cette estampe, il s'agit d'une critique acerbe de la luxure et de la décadence des mœurs des milieux universitaires, notamment des universités d'Oxford et de Cambridge. 
L'image décrit la chambre d'un "Fellow", c'est à dire un enseignant-chercheur titulaire d'âge mûr. Assis sur une chaise, tenant sur ses genoux une jeune fille, coiffé de son "mortarboard" (bonnet doctoral), il affiche un sourire lubrique. Sur la table, des bouteilles d'alcool étiquetées "Gin", "Rum" (Rhum) et "Coniac" (Cognac) ainsi que des citrons nécessaires à la confection du punch invitent à la libation. Sur le sol, gisent un grand livre, le "Doomsday Book" ( le Grand Livre du Jugement dernier), des pipes, un tire-bouchon et un livre plus petit, ouvert, où il est écrit: "a Fellow Feeling for the human Race" (un penchant pour la nature humaine). En anglais, le mot "Fellow" désigne à la fois le grade universitaire mais aussi, un ami, un compagnon. Il s'agit ici d'un jeu de mot: le "penchant pour la nature humaine" du "Fellow" en question se résume surtout par un penchant pour la nature de la jeune fille assise sur ses genoux.
Un écriteau, accroché au mur, rappelle les faits marquants de la vie universitaire: "Term begins -Term ends- Long vacation" (Le trimestre commence-Le trimestre se termine-Les longues vacances). Sur le manteau de la cheminée, on peut voir un violon, une statuette de nymphe en train de se déshabiller et l'almanach d'Oxford.
A noter qu'un collègue du "Fellow" observe la scène par la fenêtre en montrant un intérêt certain.

Thomas Rowlandson n'avait pas beaucoup d'efforts d'imagination à faire pour dessiner cette scène. Il n'avait qu'à faire appel à ses propres souvenirs car il pratiquait lui-même assidument la fête, l'alcool et les plaisirs charnels. C'était de plus un joueur compulsif. On raconte qu'il aurait joué 36 heures d'affilée dans un tripot. Il a plusieurs fois perdu sa fortune, dont un héritage très important qu'il tenait d'une tante française. Pour se refaire, il produisait en série des caricatures.

L'utilisation du même titre que celui du roman à l'eau de rose de Henry Mackensie était destiné à entretenir une confusion dans l'esprit de l'acheteur. Celui-ci croyait acheter une illustration poétique et hautement morale et il se retrouvait avec un vieil érudit lubrique, à la trogne rougeaude due à l'alcool, en train d'explorer le corps d'une jeune fille. C'était un "clickbait"  comme disaient les anglais de l'époque, un "attrape-nigaud".


vendredi 2 octobre 2026

Podonipsie.







La podonipsie vient du grec ποδονιψία, constitué de poús (pied) et de nipsein (laver). C'est donc l'art de se laver les pieds.





Tableau du peintre français Jean-Alphonse Roehn datant de 1830 environ et intitulé "Jeune femme à sa toilette".

En 1830, la nouvelle bourgeoisie parisienne apprécie beaucoup les scènes d'intimité du quotidien mais elle se montre extrêmement prude. Pour Roehn, comme pour tous les peintres, la voie était étroite car il convenait d'exciter la curiosité du public sans pour autant exciter celle de la censure.

La jeune femme est représentée en se baissant pour se laver les pieds. Ce faisant, sa chemise a glissé sur ses épaules dévoilant l'esquisse d'un sein. Voilà qui était suffisant pour réveiller le bourgeois, un pied et un sein nus, c'était plus qu'il n'en fallait. Par contre, on ne peut être qu'interloqué par le bonnet qu'elle porte sur la tête. C'est tout sauf un bonnet de nuit. Celui-ci est en dentelle et agrémenté de roses et de rubans en tissu. Il est probable que, même au XIXe siècle, il ne venait à l'idée de personne de faire sa toilette dans une tenue aussi endimanchée. L'intention du peintre était de bien indiquer que son modèle n'était pas une quelconque paysanne mais plutôt une jeune femme de la classe moyenne. Voilà qui autorisait à suspendre ce tableau chez soi puisqu'il n'était pas le reflet d'une scène de bain commune.

Le dessus de la cheminée offre une collection d'objets divers intéressant à détailler. Dans un bougeoir en bronze se trouve une bougie éteinte qui montre que nous sommes en plein jour. Un pot de fleurs symbolise la jeunesse même s'il est rejeté à l'extrémité du linteau de la cheminée pour rappeler le temps qui passe. Un coffret à bijoux est ouvert avec un ruban rouge qui en dépasse, couleur qui symbolise la passion, comme le grand châle rouge posé négligemment sur une chaise derrière la jeune femme. On voit aussi deux flacons en verre contenant sans doute des secrets de beauté. Un sachet de senteur est suspendu au mur, son usage était quasi systématique à l'époque pour masquer les odeurs de cheminée (entre autres). Enfin un miroir incliné, orienté vers le bas est accroché au mur. Le miroir est le symbole de la coquetterie, mais il ne reflète pas la jeune femme qui échappe ainsi à ce travers. Un petit mot, pense-bête ou billet doux, est coincé dans l'encadrement du miroir.

La jeune femme semble pensive tout en s'essuyant le pied. Est-ce parce qu'elle vient de lire le mot qu'elle a jeté ensuite à terre par dépit et qui se trouve près d'un broc? Ce papier, ainsi abandonné, suggère un déboire amoureux ou une rupture. En se lavant les pieds, elle se purifie aussi des restes d'une aventure passée. C'est du moins la théorie qui circulait à l'époque. 

Jean-Alphonse Roehn, au delà du portrait, dépeint un mélodrame silencieux et il laisse le soin au spectateur de l'époque d'imaginer la teneur et les mots figurant sur cette lettre. Chacun, de nos jours, peut toujours tenter d'en faire autant.

Croque-mitaine.







Tableau du peintre russe Firs Sergeyevich Zhuravlev réalisé en 1874-75 et intitulé "Le Ramoneur" (Трубочист).

Zhuravlev joue sur le contraste existant entre la noirceur du ramoneur couvert de suie et la blancheur immaculée des vêtements et de la peau de la servante. La scène se déroule dans une cuisine rustique typiquement russe. 

Zhuravlev et treize autres étudiants rompent avec  l'Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg dans les années 1860 qui impose aux peintres de ne produire des toiles que sur des thèmes historiques ou mythologiques. Il cherche à montrer la réalité de la vie des Russes, la pauvreté, l'injustice sociale et la vie de tous les jours.
Ce parti-pris inquiète les autorités qui craignent que ses œuvres ne viennent conforter les différents mouvements révolutionnaires qui agitent la Russie de l'époque. Il est placé sous la surveillance de la police secrète de 1862 à 1874.

Le ramoneur jouait un rôle particulier en Russie. D'abord, il était indispensable afin de limiter les incendies dévastateurs mais il suscitait aussi une certaine inquiétude. Il était souvent associé au diable. L'obscurité des conduits et la couleur noire qu'il arborait à cause de la suie permettaient tous les délires. Les mères russes le présentaient à leurs enfants comme le Croque-mitaine et pour effrayer les moins obéissants, elles leur disaient: "Si tu n'es pas sage, le ramoneur t'emportera dans sa cheminée".

Voilà qui explique sans doute, en plus de la suie, le mouvement de recul de notre brave servante qui n'a nulle envie d'aller accompagner le compère dans le conduit de cheminée.


 

jeudi 1 octobre 2026

Cœur d'amour épris.







 "Le livre du Cœur d'amour épris" est un manuscrit allégorique écrit en 1457 par le roi René d'Anjou, pour partie en prose, pour partie en vers.

Le récit est assez touffu mais on peut le résumer de la façon suivante: pendant le sommeil d'un chevalier poète (qui est le roi René lui-même), le dieu Amour en profite pour lui arracher le cœur qu'il confie à l'écuyer Ardent Désir. Le cœur personnifié par le chevalier Cœur reçoit une mission: libérer Douce Merci, une dame idéale comme décrite dans l'amour courtois, qui était prisonnière de Refus, Honte et Crainte. Dans leur fuite, ils traversent la Forêt de Longue Attente, naviguent sur la Mer d'Envie, s'arrêtent à l'Hôpital d'Amour et font halte au Château de Bon Repos. Pendant ce périple, ils nourrissent par leurs sentiments Espérance, Jalousie, Tristesse et Courroux.

Les miniatures sont données dans le désordre et peuvent provenir de plusieurs copies différentes. En effet, le roi René n'avait écrit que le texte qui fut recopié plusieurs fois et dont les copies furent enluminées plus tard.





Le roi René est endormi sur son lit. C'est en profitant de son sommeil que le dieu Amour, va lui arracher le cœur qui sera personnifié par le chevalier Cœur. Celui-ci, va entreprendre une quête chevaleresque pour délivrer sa dame Douce Merci.





L'opération est faite. Le dieu Amour s'est saisi du cœur du roi René. Il va le confier à Ardent désir. Personnifié par le chevalier Cœur, la longue quête va commencer.






L'homme vêtu de rouge sur le cheval noir, à droite est l'écuyer Ardent Désir. Il fait la rencontre d'Humble Requête, le "poursuivant d'amour", vêtu de blanc sur un cheval alezan, qui est le messager du dieu Amour.
Le dialogue est inscrit sous l'image et commence par une explication écrite en rouge:

Icy parle de la humble Requeste le poursuyvant damours et dit:

Ici parle humble Requête, le poursuivant d'amour, et dit:

puis vient un poème:

Que lors lee tres bien trouvee
Devant poursuyvant bien approuve
Mon doulx amy humble requeste 
Outre mer ou allez en queste.

Quelle joie d'avoir si bien trouvé,
Devant moi, ce poursuivant de valeur!
Mon doux ami [moi] Humble Requête,
[Je vous demande]! allez-vous en quête au-delà des mers?

Humble Requête salue courtoisement Désir. Il lui demande s'il part "outre mer". Au moyen âge "outre mer" signifiait "voyage lointain" comme par exemple les croisades. Pour réussir sa quête, le chevalier Cœur devra s'allier avec les forces de la Courtoisie.







Cœur et Désir arrivent au Château de Tristesse. La femme vêtue de rouge, au sein apparent est l'allégorie de la mélancolie. Au dessus de la porte du château fortifié que Désir est en train de franchir, il existe une inscription qui symbolise la dépression amoureuse.





Le chevalier Cœur, à droite,  affronte le chevalier Courroux à gauche, sous le regard de l'écuyer Désir. Le casque de Courroux est surmonté d'une tête de dragon crachant du feu. Le chevalier Cœur, lui, arbore des ailes de cygne rouges et un caparaçon recouvert de cœurs ailés.
Pour les lecteurs impatients, disons tout de suite que le chevalier Cœur va terrasser le chevalier Courroux.






Le chevalier Cœur, accompagné de son écuyer Désir arrivent devant le Pont Périlleux. Une vieille femme tente de les avertir du danger qui les attend. En effet, de l'autre côté du pont, se tient le Chevalier Noir, représentant le refus amoureux, décidé à leur barrer la route.







Au cours de leur voyage, le chevalier Cœur et l'écuyer Ardent Désir découvrent une petite maison à colombage. Le chevalier Cœur descend de cheval et pénètre dans la maison. Il découvre une personne vêtue de noir couleur du deuil. Il s'agit de Mélancolie.






Le chevalier Cœur a été terrassé par Mélancolie et jeté dans la Rivière des Larmes. Fort heureusement, une femme habillée d'une robe violette, se penche pour sauver Cœur. C'est Espérance qui vient à son secours pour le tirer de ce mauvais pas. Pendant ce temps, l'écuyer Ardent Désir assiste, impuissant, à la scène. Le Chevalier Noir, de l'autre côté de la Rivière des Larmes attend toujours patiemment.









Espérance, près de sa tente, décrit au chevalier Cœur les épreuves qu'il devra surmonter. Il devra vaincre Danger pour pouvoir rejoindre Douce Merci.





Cœur et Désir arrivent devant une chapelle. Une naine, vêtue d'une peau de lion et possédant des grands pieds les accueille. Son nom est Jalousie. Ils réclament le gite pour la nuit.







Cette image est double: à droite, on voit le chevalier Cœur et son écuyer Désir boire de l'eau de la Fontaine de fortune, et à gauche, les deux mêmes endormis. La lance et le casque à ailes de cygne rouges de Cœur reposent à terre.





Alors que la nuit tombe, une terrible tempête se lève. Cœur et Désir se réfugient sous un tremble.








Le chevalier Cœur et son écuyer Désir, après s'être arrêtés à une fontaine, subissent une énorme tempête qui les laissent paralysés. Après avoir dormi, alors que Désir dort encore, Cœur déchiffre le début de l'inscription de la Fontaine de Fortune:

"Voir cy devant soubz ce perron
De marbre noir comme charbon
Sourd la fontaine de fortune..."

La Fontaine de Fortune prévient les voyageurs que celui qui boira de son eau ou qui renversera de l'eau, même une seule goutte sur le perron, déclenchera une terrible tempête. Cette fontaine symbolise les tourments de l'amour. En ignorant cet avertissement la veille, ils ont déclenché la tempête.





Après avoir fait halte au manoir d'Honneur, le chevalier Cœur et Ardent désir arrivent au bord de la mer de la Basse Tromperie. Cœur, Désir et Largesse, un autre compagnon trouvé en route accostent sur le rocher de la Franchise. Ils y rencontrent deux femmes, Attente qui symbolise l'espérance et Fiancée qui symbolise la confiance, en train de pécher.







Pour continuer leur route, ils doivent trouver un bateau. Les deux femmes, Attente et Fiancée, propriétaires d'un bateau, accueillent les héros méritants, et leur offre leur aide pour leur permettre de poursuivre leur quête.








Après bien d'autres péripéties, ils arrivent enfin au but de leur quête. Cette enluminure se nomme "Cœur devant Mercy". A gauche se trouve la dame Douce Mercy, assise sur son trône, avec sa compagne. Le chevalier Cœur en armure, revêtu d'une tunique rouge s'adresse à elle en tendant les bras, entouré des membres de la cour. Son casque aux ailes de cygne rouges est posé à terre.






Une arche monumentale supporte 20 armoiries certaines anciennes, d'autres contemporaines du roi René. Le chevalier Cœur, vêtu de son armure et d'une veste rouge désigne les blasons à son écuyer Désir et à un autre compagnon. Le porche ouvre sur le Cimetière des amants fidèles dont on aperçoit les tombeaux.





L'écuyer Désir rendant hommage à Honneur. La scène se passe dans un camp militaire.


On ne peut s'empêcher de penser que le livre du Cœur d'amour épris est un peu l'ancêtre de nos bandes dessinées. Plusieurs enlumineurs s'y sont mis, aidés par des tas d'apprentis. Imaginons le temps passé et la monotonie du travail de ceux qui dessinaient les encadrements sur certaines miniatures !