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lundi 3 août 2026

Peep-Show.





Caricature intitulée "The Show-man" ( Le montreur de curiosités) de George Moutard Woodward et gravée par Isaac Cruikshank en 1793.

Le montreur de spectacle, charlatan étranger, probablement un français ou un italien, est devant un peep-show (une boîte optique). Devant lui, un paysan naïf, le visage rougeaud se penche pour regarder à travers une des lentilles de la boîte. Au dessus de cette boîte, un écureuil court dans une cage dont la rotation actionne des clochettes. Au XVIIIe siècle, les écureuils étaient des animaux de compagnie très prisés en Angleterre et en Amérique. Cette ambiance sonore attirait les clients qui payaient pour satisfaire leur curiosité.

Dans le dessin original, le show-man s'écrie: " Approchez vos yeux du verre... et vous verrez un grand et vaste lieu rempli de Mort et de destruction - où plus de fléaux attendent les habitués que n'en contenait la célèbre boîte de Pandore!". L'homme cherche à vendre probablement des images de la Révolution française ou de guerre.
Le paysan répond: " Well, you be a droll blade however- I see nothing but a Potticary's Shop!!", "Eh bien, vous être un drôle de gaillard- Je ne vois rien d'autre qu'une boutique d'apothicaire." 
Pour comprendre ce trait d'humour, il faut savoir, qu'à cette époque, pour un quelqu'un du peuple, la boutique de l'apothicaire représentait le summum des fléaux et des destructions, avec ses bocaux multicolores, ses remèdes étranges, ses substances inconnues, bien supérieurs aux guerres et aux révolutions.
Toilettes publiques.






 Estampe de George Emmanuel Opiz datant de 1831.

La scène représente les toilettes publiques dites "Cabinets d'aisance" situées au Palais-Royal. La gestion de ces cabinets était confiée à des concessionnaires et s'avérait fort rentable. Les usagers devaient régler à "Madame", la dame-pipi de l'époque, une somme modique après utilisation des cabinets d'aisance. On constate d'ailleurs que "Madame" vivait très correctement de cette activité à sa tenue, une collerette de dentelle et un imposant chapeau à plumes.

On voit un dandy parisien avec son caniche tondu "à la lion" portant un ruban rouge à son cou et sur la droite un homme portant bicorne qui s'impatiente en tournant le bouton d'une des portes.

A noter qu'il n'y avait pas d'eau dans les cabinets d'aisance. Les sièges étaient situés au dessus de cuves mobiles. C'est là que la taxe payée à « Madame » à l'entrée prenait tout son sens. L'argent servait à rémunérer des garçons ou des filles de cour chargés de nettoyer régulièrement les sièges à la main et de jeter parfois du vinaigre aromatisé pour atténuer les odeurs tenaces.
La comparaison. 








Cette gravure a été réalisée d'après une composition du peintre suédois Laurence le jeune en 1787. Contrairement à ce qui est souvent prétendu, cette gravure n'a pas servi à illustrer une édition des "Liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos. Il s'agit d'une œuvre de salon indépendante devant être encadrée et servir de décoration.

La scène représente deux femmes, dans un boudoir ou une chambre qui comparent la fermeté de leurs seins respectifs. Ce genre de représentation galante était très prisée à l'époque par l'aristocratie et la bourgeoisie.

En bas de l'estampe on peut lire:

A gauche:
While blooming youth & gay delight,
Upon thy eosy Cheeks appear;

(Tandis que la jeunesse florissante et les joyeux délices,
Apparaissent sur tes joues roses,)

A droite:
The Bosom's Charms will more invite,
You'll surely own the Triumph's here.

(Les charmes du sein sauront plus encore inviter,
Tu reconnaîtras sûrement qu'ici réside le triomphe.)

London, Published 1st Jan 1787, by Cha.s Phillips, Walker Court, Soho.
Ventes de femmes.








L'image représente une vente d'épouse (wife selling) en Angleterre, pratiquée au XVIIe, XVIIIe et une partie du XIXe siècle.

Le mari passait une corde au cou de sa femme et la menait sur la place du marché ou à la foire aux bestiaux pour la vendre au plus offrant.




 Gravure de Thomas Rowlandson de 1816.


En fait, malgré cette mise en scène particulièrement dégradante, les transactions étaient la plupart du temps arrangées entre époux. L'acheteur était souvent l'amant de la femme avec qui elle était d'accord pour refaire sa vie. Au cas où un enchérisseur ne lui plaisait pas, elle disposait d'un droit de véto.






Gravure de 1820, auteur inconnu. Bien que le panneau de la gravure affiche: "Marché de bêtes à corne", la gravure est bien anglaise. A noter, la juxtaposition des cornes d'une vache juste au-dessus de la tête du mari vendeur. Ce "hasard" indique que le mari était un mari trompé et qu'il était probablement en train de vendre sa femme à l'amant de celle-ci.

Cette pratique, illégale mais tolérée, était liée à la complexité des formalités légales du divorce en Angleterre. Jusqu'à la réforme de 1857 (Matrimonial Causes Act),  obtenir un divorce nécessitait une loi privée votée au Parlement anglais. Cette procédure, prévue pour l'aristocratie, coûtait extrêmement cher et était hors de portée des milieux populaires.
La vente publique d'une femme, représentait un divorce symbolique, connu de tous et officialisant la situation des ex-époux.
L'historien E.P. Thompson cite un peu moins de 400 cas documentés de ce type de ventes, mais ce chiffre ne tient compte que des ventes ayant fait l'objet d'un rapport écrit, d'un plainte au tribunal ou d'un article de presse. Même si le chiffre réel est plus important, la pratique restait rare, l'abandon de domicile restant le mode de séparation le plus pratiqué.





Gravure de Thomas Rowlandson intitulée "Selling a Wife" réalisée entre 1812 et 1814


La dernière vente documentée, malgré la loi sur le divorce de 1857, eut lieu à Leeds, en Angleterre, en 1913. Un homme a vendu sa femme à un collègue de travail  pour  £1 ( une livre sterling) mettant fin à cette pratique surprenante.

dimanche 2 août 2026

Prothèse nasale. 









Nez artificiel en métal plaqué datant du XVIIe ou XVIIIe siècle conservé au Science Museum de Londres.

Ces prothèses étaient conçues pour cacher les destructions du nez par la syphilis tertiaire ou par des accidents, des combats ou des malformations congénitales. Elles étaient fixées par des rubans de soie attachés de chaque côté de la prothèse. 
Plus tard, après l'apparition des lunettes, cette prothèse fut solidaire de fausses lunettes. 
L'astronome danois Tycho Brahe, à l'âge de 20 ans, en 1566, à la suite d'une soirée bien arrosée, se querelle avec son cousin, pour savoir lequel des deux est le meilleur mathématicien. La querelle se termine par un duel au cours duquel Tycho Brahe eut le nez emporté d'un coup de lame. Il porta par la suite une prothèse faite sur mesure.
Il existait aussi des nez en cire, moulés et peints, très ressemblants. Seulement, les porteurs des prothèses nasales devaient montrer une vigilance de tous les instants en ne s'approchant pas trop près des cheminées ou des bougies qui risquaient de les faire fondre. Ils vivaient, par ailleurs, dans la hantise de l'éternuement qui, immanquablement, étaient susceptibles de projeter le nez à travers la pièce, ce qui, on en convient pouvait provoquer un certain embarras.

samedi 1 août 2026

Affiches.

Part III 







Affiche publicitaire de Jules Chéret en 1895, style Belle époque, Art nouveau.

Dans l'imaginaire de l'époque, les femmes rousses étaient supposées avoir une sensualité incendiaire. Par ailleurs, la rousse de l'affiche, boit seule, en public sans tuteur pour la surveiller, ce qui était révolutionnaire  à la fin du XIXe siècle. L'affiche montre donc une femme émancipée libre et moderne qui incarne la Belle époque.
On aperçoit un chat blanc avec un nœud papillon rouge au côté de la femme. Il s'agit d'une allusion au cabaret "Le Chat noir" de Montmartre, centre de la vie bohème et artistique de Paris.
L'affiche vante le Dubonnet, un apéritif très populaire à l'époque. Mais le Dubonnet n'a pas été créé pour faire la fête. En 1846, le chimiste Jean Dubonnet élabore le Dubonnet, boisson à base de vin fortifié et de quinine pour venir en aide aux soldats de la Légion étrangère stationnée en Afrique du nord, victimes du paludisme. Il ajouta pour compléter le breuvage des herbes et des épices afin de masquer le goût amère de l'écorce de quinquina. Le médicament s'est transformée en une boisson à la mode que l'on trouve, ainsi que le rappelle l'affiche, dans tous les cafés.





Affiche de 1891, réalisée par Henri de Toulouse-Lautrec.

On distingue Louise Weber, dite "La Goulue" en train de lever la jambe en plein quadrille naturaliste qui est l'ancêtre du Cancan. Louise weber était la danseuse vedette du Moulin Rouge. Au premier plan, se trouve la silhouette d'Etienne Renaudin, dit "Valentin le Désossé", son partenaire de danse.

En 1891, le directeur du Moulin Rouge ouvert en 1889, Charles Zidier, désire une nouvelle affiche pour relancer l'intérêt du public. Toutes les précédentes affiches avaient été réalisées par le "roi de l'affiche" Jules Cheret. Toulouse-Lautrec, jusque là inconnu ou presque, réussit un coup de maître en présentant une simple ébauche sur un morceau de carton à Charles Zidier qui fut séduit par la modernité de l'esquisse.
Une fois l'affiche prête, 3 000 exemplaires furent tirés pour couvrir les murs de Paris. Le succès fut si fulgurant que les passants et les collectionneurs arrachaient les affiches pendant la nuit pour les conserver! Ce vandalisme débridé fit connaître Toulouse-Lautrec au grand public et grimper la cote de l'artiste.




Affiche d'Alexandre Charpentier, céramiste et médailleur, datant de 1897.

Cette affiche a été réalisée à la demande de la "Tuilerie d'Ivry Emile Muller & Cie". L'illustration met en scène un jeune ouvrier tenant dans ses mains d'un côté une tuile issue de la fabrication traditionnelle de cette entreprise et de l'autre une statuette, montrant la transition de la production vers la statuaire en grès. Alexandre Charpentier rompt avec l'habitude de présenter des femmes idéalisées et attirantes comme le faisait Jules Cheret ou Alphonse Mucha. Il choisit de présenter un jeune ouvrier athlétique valorisant ainsi le travail manuel et le prolétariat.

Mais l'entreprise Emile Muller était aussi connue pour avoir réalisé toutes les balustrades en grès du premier étage de la tour Eiffel à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889, ce qui lui apporta une renommée mondiale.

Une version de style bas-relief en grès émaillé polychrome de l'affiche a été réalisée pour servir d'enseigne à leur magasin situé au 3 rue Halévy. Cette céramique est aujourd'hui conservée au Metropolitan Museum of Art de New-York.






Affiche de l'artiste Belge Henri Privat-Livemont de 1896.

Cette affiche est un chef-d'œuvre de l'Art nouveau. Une femme rousse vêtue d'une robe translucide, élève un verre avec dévotion. Elle s'apprête a verser l'absinthe sur un sucre posé sur une cuillère percée (la louche). Cette affiche est couramment attribuée à Alphonse Mucha, à tel point que Privat-Livemont a obtenu le surnom de "Mucha belge". La transparence de la robe de la femme jouait avec les limites de la censure. Privat-Livemont a fondu les courbes de la femme avec la teinte verte de l'absinthe (la fée verte) et les motifs d'armoise (plante qui donne l'absinthe après distillation). Il a par ailleurs choisi un lettrage imposant dans la partie supérieure de l'affiche afin de détourner le regard des censeurs sur le produit.

L'affiche vante les mérites de l'absinthe Robette. En fait Zéphir Robette n'était pas un distillateur d'absinthe, mais un négocient belge de tabac et d'alcool. Il achetait l'absinthe à une distillerie de l'est de la France, tenue par Honoré Petitjean à Saint-Loup et il l'embouteillait sous son propre nom de famille.

L'absinthe étant accusée de rendre fou les consommateurs, elle fut interdite en Belgique par la loi du 25 septembre 1906.





Affiche de Léo Gausson de 1897.

Léo Gausson était un peintre avant-gardiste pratiquant le pointillisme. Vivant presque dans la misère, il dut consentir à réaliser des œuvres alimentaires dont fait partie cette affiche.  
Les découvertes de Louis Pasteur sur les microbes, révolutionnèrent la société et l'hygiène devint un argument de vente, d'où la mention "Seule antiseptique". De plus, alors que la ménagère était traditionnellement représentée courbée sous l'effort en faisant la lessive, la femme étendant son linge ressemble à une danseuse élégante grâce à cette lessive moderne et désirable, donnant une raison supplémentaire de l'acquérir.

Gausson ne parvint jamais à vivre de son Art. En 1901, dans une pauvreté extrême, il abandonna sa carrière et s'engagea dans l'administration coloniale au Congo.





Affiche de Jules Cheret de 1894.

Le vin Mariani a été créé en 1983 par le pharmacien corse Angelo Mariani. C'était un "vin tonique" très populaire à l'époque.
La recette originale combinait du vin de bordeaux et des feuilles de coca de l'Altiplano. L'alcool servait de solvant pour extraire la cocaïne des feuilles. Chaque once de boisson contenait 6 à 7 mg de cocaïne!  Comme l'indique le texte en anglais la consommation du breuvage fortifiait le corps et l'esprit en restaurant la santé et la vitalité.

Le vin Mariani connut un succès international et reçut les éloges de nombreuses personnalités comme Thomas Edison, Jules Verne et même le pape Léon XIII. Le colonel américain John Pemberton décida de copier la recette et de créer son propre "French Wine Coca" en 1885. Mais face aux lois américaines sur la prohibition de l'alcool, Pemberton fut contraint de retirer le vin qu'il remplaça par de l'eau gazeuse et des extraits de noix de kola, ce qui donna naissance au Coca-Cola. Le vin Mariani disparut au début du XXe siècle du fait du durcissement des lois sur les stupéfiants.

vendredi 31 juillet 2026

Pas de deux.







 
Cette gravure, réalisée par Théodore Lane en 1821 s'intitule: "A Pas de Deux or Love at first Sight" (un Pas de Deux ou le Coup de Foudre).

Elle représente la princesse Caroline de Brunswick, l'épouse du roi d'Angleterre George IV dansant avec Barolomeo Bergami son amant présumé. Caroline est ici caricaturée, représentée comme une femme grosse, courte sur pattes et vêtue à l'orientale exécutant une danse grotesque avec Bergami qui lui, a conservé les éperons, les bottes et son fouet d'ancien courrier.
Mariés de force en 1795, George, alors prince de Galles et sa cousine Caroline de Brunswick, se détestent rapidement. Ils se séparent après la naissance de leur fille Charlotte, Caroline menant alors une vie débridée en Europe. On lui reproche de nombreuses liaisons entre autre celle avec Bergami.
En 1820 à la mort du roi George III, George IV accède au pouvoir. Il exige auprès de la Chambre des Lords un divorce immédiat, déclenchant un des plus grands scandales politique et judiciaire de l'histoire britannique. Le roi George IV force la Chambre des Lords à voter une loi visant à dépouiller Caroline de ses titres royaux et à dissoudre son mariage pour adultère. Caroline retourne alors en Angleterre pour défendre ses droits malgré les pots-de-vin offerts par le gouvernement anglais pour qu'elle reste éloignée.
Le procès devient rapidement un spectacle pour le public, qui déteste le roi George IV pour ses extravagances, et soutient massivement Caroline. Face aux témoins visiblement corrompus et à l'indignation populaire, la majorité parlementaire s'effondre au Parlement et le projet de loi est définitivement retiré. Cependant, le roi refuse toujours de la reconnaître et la fait exclure des cérémonies de son couronnement dans l'abbaye de Westminster en juillet. Epuisée et humiliée par ce conflit, Caroline meurt trois semaines plus tard le 7 août 1921.

Sous la caricature, on peut lire le texte suivant:

How I'd love you all the day
Every Night we'd Kiss and Play
If with me you'd fondly stray
Over the Hills and far away.

Comme je t'aimerais tout le jour
Chaque nuit nous nous embrasserions et jouerons
Si avec moi tu voulais bien t'égarer tendrement
Par delà les collines et bien loin d'ici.



London Pubd by G. Humphrey 27 St James St. May 1821.