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vendredi 19 juin 2026

 Le bon genre II

La vie quotidienne.






L'égoïsme personnifié. (Année 1814)

A lui seul ce petit maître occupe six chaises, et sans avoir égard à l'affluence des promeneurs, il allonge d'un côté une botte armée d'un éperon, et de l'autre agite sa cravache.
C'est ici le lieu de signaler quelques autres traits d'incivilité non moins choquants.
Quand la saison permet que sur son habit, on porte une houppelande, il est reçu qu'au théâtre, on ôte celle-ci, et qu'on la place, pliée en quatre sur la portion de banquette que l'on doit occuper, comme si tous les spectateurs avaient, pour s'exhausser, la même ressource, ou s'ils avaient fait preuve d'incivilité pareille.
Il m'arrive souvent d'entrer dans un café pour y lire les papiers publics; mais quelque heure que je choisisse, qu'il y ait beaucoup de monde ou un seul lecteur, je me trouve presque toujours désappointé; tel a, en entrant, accaparé cinq à six journaux, dont il ne se dessaisit que pour des habitués.
Si l'on doit tirer un feu d'artifice dans un jardin public, dès que les premières fusées partent, les femmes, comme les grands enfants, montent sur des chaises et forment une muraille vivante.
L'homme poli, un jour d'affluence à la porte d'un spectacle, court risque de n'être point placé, lors même qu'il avoisine le guichet, si, brusquement, il n'allonge la main devant ceux qui le précèdent pour déposer l'argent de son billet. J'ai vu des hommes, dont le costume annonçait l'opulence, se présenter comme des garçons bouchers, semer la terreur sur leurs pas, et monter, pour ainsi dire, à l'assaut du guichet.






Une Parisienne à son lever. (Année 1815)

Il me vient une idée en contemplant cette marchande à la toilette, qui fait admirer à une femme indécise une élégante garniture de robe; je la compare au chirurgien qui, avant de vous percer la veine, passe long-temps la main sur votre bras pour l'endormir: les marchandes, pour tirer l'argent de votre bourse, endorment aussi votre intérêt à force de persévérance et de discours.






Mon petit doigt me l'a dit. (Année 1816)

Ce jeu inventé pour les enfants, peut amuser les grandes personnes, surtout si l'on se doute de quelques liaisons ou de quelques intrigues qui peuvent embarrasser ceux ou celles qu'on interroge.
On appelle ce jeu la maîtresse de pension. Ici, c'est la maîtresse d'un magasin de lingerie.






La corbeille de mariage. (Année 1816)

Que donne-t-on en général à sa future le jour des accords? Une corbeille remplie de dentelles, de bijoux, de diamants et autres choses agréables, mais futiles. Ces cadeaux ruinent; et tel époux qui a commencé par donner des cachemires à sa femme, n'a souvent pas de quoi s'acheter des chemises.






Luxe d'indigence. (Année 1817)

Couchée sur un lit de sangle, la tête sur un oreiller garni, cette jeune personne a pour coiffure une cornette dont la valeur surpasse celle d'un bonnet paré. Deux cartons à chapeaux l'un sur l'autre tiennent lieu de  somno* ou table de nuit, et, en place de chandelier, c'est un vase de porcelaine ébréché.
On aperçoit sous le lit des souliers, couleur de rose, en pantoufle.







La caninemanie.
(Année 1813)

Azor, le gentil épagneul, avec son grelot noué d'une faveur rose, est placé vis à vis de la dame; il croque dans le moment une aile de poulet, tandis que, reléguée dans un coin, la demoiselle de la maison, qui tient une assiette sur ses genoux, mange un hareng.






La perfection du désordre. (Année 1821)

Ce n'est point... le luxe allié à l'indigence: mais les contrastes ne sont pas moins frappants. Pour écrire, cette petite dame a pris la table qui renferme le vase de nuit: un oreiller lui sert de marche-pied: elle n'est frisée que d'un côté; de l'autre on voit des papillotes. Sur la table à thé, un tour de cheveux se trouve à côté d'un cornet de dragées. Le verre qui couvre une belle pendule a des fêlures recouvertes d'un papier bleu. sa guitare est sur le parquet; on y voit aussi un soulier et un gant. Le chien déchire une collerette; et le chat est couché sur une magnifique robe de bal.






Leur crédulité fait
toute sa science. (Année 1801)

Les esprits faibles vont consulter cette femme, qui ne possède d'autre secret que celui de persuader qu'elle les connait tous.






Le déjeuner. (Année 1802)

Une grande familiarité règne partout le matin; on n'a pas encore le temps de devenir cérémonieux: le déjeuner est le repas du cœur.






Le choix du jockey. (Année 1803)

Vous connaissez la charmante femme de chambre de Mme*** - Et même son charmant jockey. - Je le crois bien, c'est la même personne: à la toilette  le matin, derrière le cabriolet l'après-midi.




Les trois grâces parisiennes. (Année 1816)

C'est surtout en fait de modes que le troupeau servile des imitateurs abonde. Une coiffure, un ajustement sied-il bien à une de ces femmes qui embellissent tout, il n'en est aucune, mêmes des plus laides, qui ne brûle de l'adopter.








Les ennuyées de Lonchamp. (Année 1805)

Comment, disent ces élégantes, pas une âme! maudite pluie! Mais où donc rencontrer quelqu'un à qui parler, à qui se faire voir! Il est vrai que la coiffure de ces dames est du dernier goût. Ce sont presque des têtes d'enfans de chœur.






Une soirée de Coblentz. (Année 1805)

En 1791 et 1792, le boulevard des Italiens, qui n'avait guère été fréquenté par les élégants du quartier devint, on ne sait comment, la promenade favorite des partisans de la cause royale. S'y montrer, c'était faire profession publique d'aristocratie, c'était s'enrôler dans l'armée des princes, c'était afficher enfin, de la manière la plus authentique, que l'on épousait les intérêts, comme les opinions, des Français réfugiés à Coblentz. De là le nom de Coblentz donné à cette partie des boulevards qui se trouve entre la rue Taibout et la rue Neuve-Lepelletier.







Le lever des grisettes. (Année 1807)

Avec quelle ingénieuse coquetterie sont mises ces petites ouvrières! On ne voit ici que des négligés apprêtés. Les grisettes ont un art pour faire valoir des choses très-simples.






Le coucher des grisettes.(Année 1807)

idem ci-dessus.









Le vieux style. (Année 1807)

Faut-il que dans la lanterne magique on ne nous fasse jamais voir que M. le Soleil, Mme la Lune, et le Mitron tirant le diable par la queue?
La Fontaine désirait qu'on employât la lanterne magique à donner des leçons utiles.







Les étrennes. (Année 1807)

Les enfans, les adolescents, les demoiselles de quinze à seize ans, les domestiques, les pauvres hères, présentent au premier de l'an des visages riants et heureux. La moitié du monde devient, à cette époque, tributaire de l'autre.






La marchande de modes
parodie de la Vestale. (Année 1808)


Le sujet est une scène de la Marchande de modes, parodie de la Vestale, par M. Jouy. Mlle Julie, apprentie ouvrière en modes, est représentée montant l'escalier de la chambre où elle doit garder les arrêts; ses compagnes viennent de lui chanter:


Trempe ton pain, Julie,
Trempe ton pain dans l'eau claire.

Sur l'air de cette chanson que l'on entendait naguère dans toutes les rues:

Trempe ton pain, Marie,
Trempe ton pain dans ma sauce.

Parodier c'est, disait le chevalier de Boufflers, Bâtir une guinguette sur les débris d'un temple.







Les chiens à la mode. (Année 1808)

Le spectacle des chiens continue d'attirer la foule au théâtre Montansier. Il y a longtemps qu'on sait que ces animaux sont capables de beaucoup de choses; mais on ignorait qu'ils fussent susceptibles de devenirs de très-bons acteurs, et de figurer au théâtre d'une manière aussi distinguée. Tout se découvre petit à petit. Il n'y qu'à laisser faire les bêtes.








Récréation maternelle. (Année 1809)

Il suffit de jeter un œil sur ces gravures, pour voir que l'on, pourrait dire; à leur sujet, les plus jolies chose du monde. Une jeune maman, qui à peine paraît avoir atteint son quatrième lustre, uniquement occupée de ses enfants: quel tableau! Mais aussi que deviendrait les promenades publiques, les bals, si l'on inspirait pareil goût à nos jeunes dames? à quoi serviraient les modes, s'il prenait fantaisie aux belles Parisiennes de vivre casanières comme des bourgeoises de Rotterdam?





Le ravissement maternel.

idem ci-dessus.







Les visites en pelisse. (1809)

Jadis, ou plutôt naguère, on ne voyait qu'épaules et bras nus; aujourd'hui, affublées de witzchouras* et coiffées de bonnets de poil, nos dames montrent à peine le bout de leur nez.





Le parapluie officieux. (Année 1810)


Au moment où une connaissance faite à l'improviste prend le caractère de l'intimité, un jeune homme qui, du même parapluie, abritait, à droite et à gauche, la tante et la nièce, imagine, pour mettre la surveillance en défaut, de rapprocher insensiblement et de glisser entre son épaule droite et la tante le parapluie commun.





L'embarras du choix. (Année 1810)

Les femmes ne boivent plus de vin, à cause de la faiblesse de leurs nerfs;  mais elles avalent le kirschwaser*, le marasquin*, le scubac*, et toutes les liqueurs des îles: j'ai même vu les fruits à l'eau de vie passer par plus d'une jolie bouche.





L'averse. (Année 1813)

Un vieux petit-maître et une jeune élégante ont été surpris par un orage épouvantable; ils se sauvent, se défendent le visage de la grêle par une ombrelle: le monsieur fort galant (c'est sans doute le commencement d'une passion), a quitté son habit et l'a mis sur les épaules de madame, qui a aussi sur la tête le chapeau de monsieur; tandis que monsieur a dans son mouchoir la capote de notre merveilleuse, et sous son bras le petit chien noir, au collier rouge avec les grelots. Quelle folie! Le preux chevalier est tout trempé, il gèle, il fait une grimace horrible... Et la dame, l'ingrate, la friponne, rit aux éclats de l'aventure.








La toilette chinoise. (Année 1814)

La Chine ne nous envoie pas de dessins de ses modes, et sans cesse les modes chinoises se renouvellent à Paris. On a recours aux vieux paravents, aux vieux écrans, aux vieilles tapisseries et aux magots qui étaient si communs, il y a un demi-siècle, sur les cheminées de la capitale.
Dans un moment de gaîté, un dessinateur a fait de ces magots trois artistes qui rivalisent de zèle et d'empressement pour transformer en chinoise une belle Parisienne: l'un donne du jeu à quelques mèches de cheveux, l'autre essaie une paire de babouches, et le troisième présente la tunique à clochette.






Faut apprendre à souffrir pour être belle. (Année 1814)


La coiffure à la chinoise constitue définitivement la grande toilette. Qu'on se figure tous les cheveux, depuis le front jusqu'à la nuque, rassemblés sur le sommet de la tête, puis tordus et liés fortement: la vue seule de cette coiffure, qui n'a rien d'ailleurs de très-agréable, inspire un sentiment triste, par l'idée des souffrances qu'elle doit causer; cependant toutes nos belles l'ont adoptée; elles en supportent les inconvénients avec intrépidité. Il n'y a que les petites filles, qui ont plus de franchise que d'amour-propre, que l'on voit pleurer quand l'artiste les coiffe à la chinoise; mais la maman les console en leur répétant ce vieux proverbe: Mademoiselle, il faut souffrir quand on veut être belle.





Les vapeurs ou le jour 
des mémoires. (Année 1813)


Voulez-vous, tendres époux, guérir vos femmes des maux de nerfs? Laissez-les dépenser comme elles voudront; chargez-vous seulement d'acquitter les mémoires.






Observations sur les modes et les usages de paris pour servir d'explication, Paris, chez l'éditeur, boulevard Montmartre, n°4, 1827.




* Nota de Célestin Mira:

* Somno: ancêtre de la table de nuit, le somno, très en vogue sous le Consulat et premier Empire, se présente sous forme cylindrique ou rectangulaire.


Un somno.

* Witzchouras

Le witz chouras, inspiré de la mode polonaise, déformation du nom polonais wilczura signifiant "peau de loup", est un manteau à manche très ample, doublé de fourrure, apparu en 1808 et à la mode pendant la première moitié du XIXe siècle.

* Kirschwasser, marasquin, scubac.

Le kirschwasser , plus connu sous le nom de kirsch est une eau de vie à base de cerises noires.
Le marasquin est aussi une eau de vie d'une variété de cerises appelées marasques originaire de Croatie.
Le scubac est une ancienne eau de vie obtenue par la distillation de safran, d'écorces d'orange et d'épices.


mercredi 17 juin 2026

 Le bon genre I.

Jeux et loisirs.





Le pont d'amour. (Année 1814)

Celui qui doit faire cette pénitence reçoit sur son dos, ayant les mains jointes par terre, la dame avec laquelle on lui a indiqué de faire le pont d'amour: il la porte ainsi autour du cercle et doit s'arrêter devant tous les cavaliers pour qu'ils usent du droit que le jeu leur donne d'embrasser la voyageuse.







Les oubliés. (Année 1815)

L'espoir du lot le plus riche, les divers sentiments de peine et de plaisir pendant le temps que tourne la fatale aiguille, sont propres à donner un passe-temps agréable à la jeunesse.

Mes enfants, puissiez-vous dans le cours de la vie,
Ne connaître jamais de pire loterie!







Le cache-cache. (Année 1815)

A ce jeu, comme dans la société, peu d'amies se dévouent pour sauver leur amie ou partager son infortune.







Les petites marionnettes. (Année 1815)

Je passai dernièrement sur le quai: une vieille femme couverte de lambeaux et pâlie par la faim, implorait la pitié d'une voix timide; elle hésitait, n'osait même attendre l'aumône et s'éloignait en suppliant encore; mais on passait à côté d'elle sans la regarder.
Plus loin, un petit Savoyard, par des mouvements cadencés de son genou, faisait danser des marionnettes. Ce trémoussement grotesque produisait un grand effet: l'enfant ne demandait pas; chacun lui donnait. Il n'est donc que trop vrai qu'il faut plaire pour réclamer la bienfaisance.






Le troubadour jouant de six instruments. (Année 1815)

Ce troubadour agite en mesure la tête, les coudes et les genoux, pour faire résonner à la fois une flûte de Pan, une grosse caisse, une mandoline, un triangle et le triple rang de sonnettes groupées sur le plumet de sa toque. L'instrument dans lequel il excelle est la mandoline, qu'il accompagne de sa voix.







Les jongleurs Indiens. (Année 1816)

Un de ces jongleurs fait tourner sans interruption deux larges anneaux autour de ses pouces et deux anneaux pareils autour de ses orteils; il défile en même temps un chapelet d'une vingtaine de perles, qu'il met dans sa bouche, et dont le fil pend à la vue des spectateurs. Pendant qu'il les enfile avec sa langue, et qu'on les voit descendre l'une après l'autre, il tient une cravache en équilibre entre ses deux yeux.







Les jongleurs indiens. (Année 1816)

Le sabre, qu'un de ces jongleurs avale, a un pouce de large et dix-huit de long. Ce tour, ou plutôt cette expérience, que l'on voit exécuter avec une surprise et un effroi toujours nouveau, est la preuve de la puissance d'une longue habitude.







Le joueur de bâton enlève la pièce 
de monnaie sans toucher au nez. (Année 1816)

On ne sait lequel on doit le plus admirer de la justesse du coup d'œil de ce bâtonniste ou l'agilité de son poignet. Sa femme est agenouillée, portant sur le bout de son nez une très petite pièce de monnaie; le bâtonniste, après avoir fait faire pendant une ou deux minutes des moulinets à son bâton, emporte la pièce sans avoir effleuré le nez.
Le but de spectacle est de réunir une société d'amateurs à laquelle on veut faire une confidence. Pour la modique somme de 2 sous vous avez un cure-dent, un cure-oreille, un étui, et trois bons numéros pour la loterie.






L'équilibre du chandelier. (Année 1816)

Après avoir fait ce tour d'équilibre, Mme Herculanus attache à ses cheveux deux ancres de vaisseau en guise de papillotes, et soulève avec ses mains une enclume comme nous ramasserions une épingle.





Le joueur de baguettes. (Année 1816)

Ce joueur de baguettes les jette en l'air après les avoir fait pirouetter, les ressaisit, les rechasse par-derrière, par-dessous sa jambe, puis recommence à battre la caisse.





Jacques de falaise, le polyphage.
(Année 1816)

Jacques de Falaise avale des noix, un fourneau de pipe, trois cartes roulées ensemble, une rose avec ses feuilles, sa tige et même ses épines, un moineau vivant, une souris vivante et enfin une petite anguille vivante: puis, à l'instar de l'un des jongleurs indiens, il fait descendre dans son gosier douze ou treize pouces d'une lame d'acier poli. Après chaque corps solide qu'il a avalé, Jacques boit assez précipitamment une petite dose, toujours à peu près la même, d'un vin qu'on lui a préparé. Voilà quinze jours qu'il est chaque soir à ce bizarre régime. Jusque-là il s'était borné à étonner ses camarades de cabaret et de leur gagner, de loin en loin, quelques bouteilles de vin, pour avoir fait ses prouesses. Son nouveau métier lui semble très-préférable à celui de plâtrier; il parle des carrières de Montmartre, où il a travaillé trente-cinq ans, en homme bien décidé à ne pas y retourner, et qui n'a d'autre regret que d'avoir méconnu si longtemps les grandes vues que la Providence avait sur lui.







Les montagnes russes de la 
barrière du Roule. (Année 1816)

Les prétendues Montagnes russes sont formées de quelques planches où l'on a pratiqué des coulisses pour assurer et diriger la marche des voitures mobiles qui doivent les parcourir. Comme les bords des coulisses sont très peu saillants et à peine remarqués, que la pente est fort raide et le mouvement très rapide, les voyageurs inspirent toujours une vague inquiétude à ceux qui s'empressent de les voir. Six traineaux, descendant à la fois deux montagnes, font un bruit qui retentit dans tout le jardin. On parvient au sommet de ces montagnes par un escalier en bois: c'est là que, sous un dôme, autour d'une balustrade dont la modeste enceinte est de douze à quinze pieds, on voit se presser ceux qui aspirent à la gloire de glisser.
Le Français est tellement dans son centre au milieu de l'agitation et du bruit, que la joie se peint sur tous les visages.





La ramasse.
(Année 1816)

Dans le Prospectus des Montagnes Russes, chanson de M. Oury, nous avons remarqué le couplet suivant:

Air du Ballet des Pierrots.

Des fiacres sont la providence;
Et ont retrouvé leurs Beaux jours:
Ils voiturent ici l'enfance, 
L'âge mûr, l'âge des amours.
C'est un flot qui vers nous s'écoule
Que ce bon peuple parisien.
Comme on le roule, roule, roule,
Comme on le roule, roule bien!





Munito.
 (Année 1817)

Munito porte le nom du village où il est né, à un quart de lieu de Milan.
Ce merveilleux barbet entend l'l'Italien et le Français, sait lire, calculer et jouer au domino. Tous les soirs on voit des équipages s'arrêter à sa porte.
Munito a, sur les talents de société, l'avantage de ne se faire jamais prier.
A peine lui a-t-on demandé une carte, qu'il va en faire la recherche parmi celles qui couvrent un cercle tracé sur le parquet, et il l'apporte.
Les mots qu'on écrit sur une ardoise, il les forme, l'instant d'après, en allant chercher une à une les lettres dont ces mots sont composés.
Il n'est pas moins expéditif en opérant avec des chiffres, et résout toutes les questions qu'on lui propose sur les trois premières règles de l'arithmétique. 
Mais voilà ce que certains épilogueurs prétendent avoir découvert. Munito, en circulant autour de la jambe de son maître, examine vis-à-vis de quel chiffre, de quelle carte se trouvent alternativement placées la pointe du pied et la petite boucle qui attache le soulier sur le côté.






Montagnes russes dans 
la salle de l'Odéon. (Année 1817)

Les Montagnes russes de la salle de l'Odéon sont des montagnes plébéiennes, comparées à celles de la barrière du Roule; mais il y a encore de quoi contenter les amateurs de chutes; et la facilité de garder sous le masque un profond incognito encourage les plus timides à se livrer à un jeu qui parait être une espèce de fureur.
Ces montagnes laissent une place à la danse. On voit que, dans les bals masqués, le costume des dames de la halle et celui des élégantes Bernoises sont toujours à la mode.





Promenades aériennes. (Année 1817)


Partout ailleurs qu'à Paris les entrepreneurs des Promenades Aériennes auraient joué un jeu à se ruiner: leur établissement est gigantesque. La plate-forme du pavillon d'où les chars se précipitent à 63 pieds au-dessus du sol, des deux côtés partent des rampes en fer à cheval chacune de 400 pieds de développement, et qui viennent se réunir au pied d'une troisième rampe droite et beaucoup plus rapide, dont le sommet s'appuie au troisième côté de la plate-forme du pavillon. C'est par cette troisième rampe que les chars remontent, chargés de leurs voyageurs, en s'accrochant aux anneaux de chapelets mis en mouvement par une roue à manège, attelée de quatre chevaux. Ce manège occupe la partie inférieure du pavillon.
Les rampes circulaires, assez larges pour la voie de trois chars, avant que de l'une des voies on eût fait une galerie pour les curieux, sont évidées dans leur hauteur, par un, deux ou trois voies d'arcades semblables à celles des aqueducs.
Une course se compose de trois ascensions et de trois glissades. En une minute on a parcouru 600 toises, et, si le jeu plait, on peut, sans quitter le char, se faire reporter à la rampe montante, et continuer ainsi toute une journée sa promenade aérienne.
Outre le caractère de grandiose qu'on ne peut trop faire remarquer, l'exécution des Montagnes Aériennes mérite qu'on s'occupe des détails. La charpente en est admirable, la menuiserie si parfaite, qu'on la croirait exécutée par des ébénistes, et les chars ont un avant-train qui est un chef-d'œuvre de serrurerie.
Un café occupe douze arcades sous la montagne du milieu, les domestiques qui en font le service sont uniformément vêtus.







Montagne artificielle de Belleville. (Année 1817)


M. Beauchêne, médecin, auteur d'un recueil de Maximes, Réflexions et Pensées diverses, imprime en 1818, dit des montagnes artificielles: "La mode y a élevé son temple. C'est aux femmes qu'elle a confié le soin de son culte, et permis d'en révéler les mystères. C'est là que, bravant la rigueur des saisons, l'intempérie de l'air, elles défient le léger zéphyr de les suivre dans la rapidité d'un entraînement si différent des doux mouvements que la nature leur inspire, et si peu propre à leur donner l'idée de la retenue, qui, pourtant sied si bien à leur sexe."
Cinq chars peuvent rouler de front sur la montagne de Belleville, une chaîne les remonte par une galerie latérale depuis le point de l'arrivée jusqu'au point du départ. La distance d'un but à l'autre est de six cents pieds, et l'on franchit cet espace en neuf ou dix secondes.







Le château de cartes. (Année 1818)

Une robe qui descend à mi-jambe, permet aux petites filles de courir et de folâtrer; et pour joindre la décence à la commodité, elles portent un pantalon jusqu'à ce qu'elles aient atteint l'âge de dix à onze ans.
Le même système d'aisance et de commodité préside à la toilette des petits garçons; et soit que leur costume retrace les modes polonaises ou turques, il est toujours favorable à la course.








Jeu de bague volante. (Année 1819)

Adopté par les Parisiens, le jeu créole ou de bague volante, ne pouvait manquer d'être embelli: ils ont recouvert d'un ruban le jonc qui forme la bague, puis placé sur le cercle autant de rosettes qu'il y avait de grelots.







La promenade sous le berceau. (Année 1820)

Longchamp est une époque remarquable pour toutes les personnes qui s'occupent des modes; là, paraissent les nouvelles formes d'habits, de chapeaux, de robes, de voitures, etc. ; et lors même que cette réunion ne serait pas agréable, son utilité devrait la rendre à jamais chère aux Parisiens.






La rencontre au bal. (Année 1801)

Que se disent ces masques en s'abordant? Je te connais, tu ne me connais pas. Je te connais, c'est-à-dire, j'ai une foule de moyens pout te mettre dans l'embarras, de te jouer, de m'amuser à tes dépens. Tu ne me connais pas, c'est-à-dire, tu ne peux prendre ta revanche, tu ne peux te prévaloir de mes défauts, de mes faiblesses; je vais te lutiner.







Le volant. (Année 1802)

Autrefois, on jouait au volant sans raquette: c'était avec la paume de la main qu'on chassait la balle ronde ou la petite pelote ailée. De là, on appelait le jeu lui-même, la paume.
Mais nous sommes devenus délicats: les élégantes ont des raquettes ornées d'or et de soie, de velours et de maroquin; les bourgeoises ont des manches de raquette tout simplement garnies de peau de mouton. Les petites filles du peuple et les servantes avec des raquettes d'osier.
Le dimanche, à Paris, on joue au volant du haut en bas de l'hôtel: la portière et sa fille jouent devant la porte, les valets dans l'antichambre, les enfants dans le jardin, et les dames dans le salon.








La main chaude. (Année 1803)

Ce jeu se nommait autrefois paumèle.
Il faut proportionner les coups à l'âge et à la force du patient. Les gens mal élevés frappent à tour de bras.









Les quatre coins. (Année 1803)

Il faut que chaque joueur sache calculer les vitesses et les distances, et lise les projets de ses concurrents dans leurs yeux, afin de n'être pas trompé par de perfides appels.
A ce jeu, comme ailleurs, gardez-vous de quitter une place qu'un jour vous pourriez regretter.






Le Colin Maillard. (Année 1803)

Ce jeu si connu se joue dans une chambre ou dans une enceinte bornée. On bande les yeux de celui que le sort a désigné, et il poursuit ses camarades jusqu'à ce qu'il ait deviné le nom de celui qu'il saisit.







Mademoiselle Pastel
suivie de sa mère. (Année 1804)

Voici un exemple du danger que courent les parents nés pauvres, qui, au lieu de donner à leur fille un métier, veulent en faire une artiste.







Les parisiennes à Montmorency. (Année 1810)

Une demi-élégante, une petite maîtresse manquée, portera, même en négligé, une robe garnie et un chapeau à plumes: une élégante de bon ton met au contraire une robe unie, un chapeau de paille ou une simple cornette; mais tout, dans son ajustement, est de la plus grande fraîcheur.







Le baiser deviné. (Année 1811)

De toutes les pénitences dont les baisers constituent le fond, celle-ci me paraît être la plus à craindre pour les jeunes personnes qui jouent à des jeux de société.









Le dessous du chandelier. (Année 1811)

Un niais, condamné à cette pénitence, baise le dessous d'un chandelier, tandis qu'il pourrait embrasser une dame en tenant un chandelier au-dessus de sa tête.









Les chevaliers gentils. (Année 1811)

Au commencement du jeu, tout le monde est chevalier gentil; mais, à chaque mot d'une longue formule qu'un joueur change ou omet, il est forcé d'arborer un cornet de papier, et devient chevalier cornard. Pour être débarrassé de ces cornes, il faut donner des gages.






La statue. (Année 1811)

Quand on est condamné à faire la statue, on va se placer au milieu de la chambre, et chaque personne de la société a le droit de faire prendre à celui qui subit cette pénitence la position qu'il désire.







Leçon de diable ou
le diable couleur de rose. (Année 1812)

Faire rouler sur la corde à demi tendue un morceau de bois taillé en sablier, c'est l'ABC du jeu du diable: mais faire tour à tour passer le diable, avec dextérité, de la corde sur les baguettes, des baguettes sur la corde; le faire sauter à 25 pieds au-dessus de la tête, et le retenir sur la corde au moment où il tombe, voilà le difficile. Les joueurs bien exercés l'envoient dans les airs et le reçoivent, toujours roulant, comme une espèce de fourchette attachée au bout d'un des petits bâtons.
Savoir jouer au diable est une chose indispensable aujourd'hui, et un père qui tient à avoir des enfants bien élevés, doit ajouter à la dépense des maîtres de dessin, de musique, de danse, celle du professeur du diable.
Cet instrument nous est venu d'Angleterre. Des personnes attachées à l'ambassade de lord Macartney l'avaient vu en Chine, et l'ont imité à leur retour. Son ronflement, qui s'entend de loin, est un des expédients qu'emploient, pour appeler les acheteurs, les marchands ambulants à qui la police ne permet pas de crier sa marchandise.









Le baiser à la Capucine. (Année 1814)

On se met à genoux dos à dos: la dame tourne la tête à droite, et le cavalier, penchant la sienne sur l'épaule gauche, va cueillir le baiser qu'on lui offre, en ployant son corps de manière que ses genoux ne changent pas de place.









Colin Maillard assis. (Année 1814)

On a bandé les yeux au colin-maillard; tout le monde a changé de place; il s'assied sur les genoux de la première personne qu'il rencontre. Là, sans porter les mains ni sur les vêtements ni sur aucune partie du corps, mais seulement avec la douce pression qu'il exerce, il faut qu'il nomme la personne qui lui sert de siège.




Observations sur les modes et les usages de Paris pour servir d'explication, publiées sous le titre de bon genre. Chez l'éditeur, boulevard Montmartre, n°4, 1827.