Translate

dimanche 5 juillet 2026

 Si vous pouvez deviner...





Cette estampe est une composition satirique dirigé contre le compositeur Jean-Philippe Rameau. Son auteur est anonyme, même si on lit, en bas, à gauche,  "Mas-melda" qui est probablement un anagramme.

La légende de ce dessin est: "Si vous pouvez deviner Comme On a voulu par là critiquer un grand homme."

Le dessin original, intitulé, Harmony est d'origine anglaise, l'auteur restant anonyme, gravé en 1735, à Londres, afin de ridiculiser le compositeur italien Nicola Porpora et de défendre Georg Friedrich Haendel. En 1739, un autre artiste anonyme, français, a copié le dessin original, en le dirigeant cette fois contre Rameau en modifiant les titres des partitions répandues au sol et en y ajoutant la légende en français.
Ces attaques contre Rameau ont eu lieu à la sortie de son opéra-ballet Les fêtes d'Hébé ou les Talents lyriques.
Les auteurs sont restés anonymes afin d'échapper à la censure et aux condamnations sévères relatives aux diffamations des personnalités publiques de l'époque.

Le compositeur (Rameau), coiffé d'un chapeau, est assis à califourchon sur le dos d'un homme à genoux, jouant de la flûte de Pan. Un jeune homme à gauche utilise un soufflet pour envoyer de l'air entre les fesses dénudées de l'homme à genoux. Le sens de cette scène est de prouver que la musique de Rameau est purement "venteuse" et dépourvue de profondeur spirituelle. Ce genre d'humour scatologique et grotesque était très courant dans les caricatures de l'époque.
Pour couronner le tout, un hibou , symbole de l'ignorance, est perché sur l'orgue de cabinet.

 La toilette du dimanche.





Dessin de Sharp pour Edouard Robert, en 1835.

Une femme, la mère ou la grande sœur, fait la toilette à un jeune garçon.  Celui-ci n'apprécie pas, se rebelle et agite ses mains comme si on l'écorchait vif.

Cette toilette a lieu le dimanche pour différentes raisons:
     - L'accès à l'eau courante est rare et la toilette du corps et des cheveux, appelée "grande toilette" n'a lieu qu'une fois par semaine.
     - Le peuple travaille du lundi au samedi inclus et n'a que peu de temps à consacrer à l'hygiène.
      - La toilette a lieu le dimanche matin afin de pouvoir participer à la messe avec une tenue propre et soignée appelée le "costume du dimanche".
    - De plus, l'après-midi du dimanche était la plupart du temps consacré à la promenade, à la visite aux proches ou aux sorties publiques.

En bas, à gauche,  on retrouve la signature de l'artiste: Sharp del.t (del.t vient du latin delineavit qui veut dire "a dessiné").
A droite: Ed. Robert Lithog. le graveur.
En dessous, à gauche: Imp. lith de H. Gaugain, rue de Vaugirard n° 34; à droite: Chez H. Gaugain, rue Vivienne n°2.



 La laitière.







Lithographie de Wilk de 1825 représentant une crémerie.

Au bas de l'image, on peut lire, outre le titre "La Laitière":

A gauche: "Ce vilain polisson qui me fait répandre mon lait... tu mériterais que..." s'exclame une femme bousculée par un gamin. Au XIXe siècle, les expressions liées au lait comme "verser son lait" ou "donner son lait" sont à forte connotation grivoise. Dans le cas présent, l'enfant symbolise la domination de l'homme et les tentations de la rue qui perturbe la vertu des femmes (la blancheur du lait étant symbole de pureté).

A droite: pendant que la laitière sert une cliente en transvasant le lait contenu dans de grands bidons métalliques dans le pot tenue par la cliente, dans la boutique, en arrière plan, des personnes chuchotent près de la balance: "Dis donc chose, prend garde quelle ne te voye, et garde m'en toujours". Cette phrase révèle une escroquerie. A l'époque, Paris était réputé par ses fraudes massives dans le commerce du lait, soit le mouillage, c'est à dire le coupage du lait avec de l'eau soit le trucage des balances.

En dessous les mentions classiques liées à l'édition:
A gauche: Lith. de Langlumé (Atelier de Pierre Langlumé).
Au centre: A Paris chez l'auteur, rue du Marché Neuf n°26.
A droite la signature de l'auteur: Wilk 1825.

 Chambre à louer.



Réalisée par Bouchet, graveur, pour le compte de Henri Bonnart , éditeur,  à la fin du XVIIe siècle. L'estampe est signée en bas à gauche, Bouchet fe. (fe est l'abréviation  du mot latin fecit; Boucher fe. veut dire: c'est Bouchet qui l'a fait)
On voit sur cette image, un homme qui porte une cage destinée à capturer des rongeurs. Au sol se trouve une autre cage circulaire renfermant des rats. Le titre "Chambre à louer" est une façon humoristique de désigner les cages destinées à piéger les rats qui infestaient les maisons

On peut lire l'explication avec les vers écrits sous l'image:

Avoir des Rats, c'est un mal à la mode
Si de s'en délivrer on veut prendre le soin,
Je tiens un meuble fort comode
Duquel bien des gens ont besoin.

Le "mal à la mode" est relatif à la prolifération des rats présentant un problème sanitaire majeur à l'époque. Le "meuble fort comode" c'est la cage proposée par le vendeur.






 Une fermière battant le beurre.





Cette estampe, d'auteur inconnu, date de 1640 environ et représente une femme battant le beurre.

Dans le texte écrit au bas de l'image, la paysanne se plaint de la dureté de la tâche.

Je veux chercher d'autres esbats
Que ceux du beurre que je bats,
C'est trop pénible exercice;
Desja ce mestier me deplait,
Il vaut mieux que je sois Nourrice
Pour faire proffit de mon laict.

Elle estime que ce métier est trop dur (C'est trop pénible exercice) et qu'elle tirerait plus de profit de son propre lait plutôt que de celui des vaches.

La baratte est de forme conique, en bois cerclé de cordes. La fermière utilise un bâton pour tourner la crème du lait afin de la transformer en beurre.

A cette époque, les femmes de la noblesse et de la bourgeoisie n'allaitaient pas leurs enfants. L'astreinte de l'allaitement constituait une entrave à la vie mondaine. Par ailleurs, tant les médecins que les religieux prétendaient que les rapports sexuels pendant la période d'allaitement corrompaient le lait. Si on ajoute le fait que la mortalité infantile était considérable et que le moyen d'assurer sa descendance consistait à faire le plus d'enfants possible, le recours à une nourrice permettait une reprise rapide des relations conjugales et donc de régler le problème.

Il nous reste de cette époque l'expression "battre le beurre" ( ne concernant pas seulement ma sœur!) qui signifie 'brasser de l'air" ou faire des efforts sans obtenir de résultats probants.


samedi 4 juillet 2026

 L'amour Français 

            et l'amour Anglais.







L'auteur de cette caricature française est inconnu; elle date de 1815.


A gauche l'amour Anglais:

Un gros Anglais tient un sac de pièces tandis qu'une femme tente de le séduire, plus attirée par sa fortune que par son charme. D'autres sacs d'or sont posés à terre tandis qu'un chien pisse dessus.
Sous le dessin on peut lire un poème:

L'anglais.

De ce galant François si je suivais la mode
Je prendrais près d'un tendre objet
Votre Chasse avec Méthode,
Mais comme Anglois j'employe un moyen plus commode,
Et l'art de t'acheter tout fait.


Le sens caché:

"Votre chasse avec méthode"

L'anglais "chasse" le "tendre objet": la femme est considérée comme du gibier. Cette caricature française rappelle que l'Anglais est mercantile et qu'il considère tout comme une marchandise qu'il peut acheter.

"L'art de t'acheter tout fait"

Nous ne somme pas dans le domaine de la galanterie et de la séduction. L'Anglais ne donne pas son cœur, il paye pour posséder le corps de la femme. "Tout fait" rappelle le goût des Anglais pour les produits manufacturés immédiatement consommables, en opposition au "fait main" qui impose dans ce cas l'établissement d'une relation amoureuse. 


A droite l'amour Français:

Un jeune homme, élégant et svelte se met à genoux dans une pose théâtrale et passionnée. Il quémande les faveurs d'une femme qui le repousse en feignant la vertu et la pudeur.
Sous le dessin on peut lire un poème:

Le Français.

En vain elle résiste; à force de constance
Je saurai vaincre sa rigueur.
A la plus flatteuse espérance
Déjà je m'abandonne et chaque résistance
Est un pas de plus vers son coeur.

Le sens caché:

"L'aspect théâtral"

Dans la tradition française, la femme doit repousser les avances du prétendant afin de préserver sa réputation, mais cette attitude n'est qu'une façade.

"Chaque résistance est un pas de plus vers son coeur"

En réalité la résistance de la femme fait partie intégrante du jeu amoureux et respecte le code du libertinage. Plus elle résiste plus elle exacerbe le désir de l'homme. La résistance n'est pas un refus c'est une invitation à continuer.


 Canicule.




A spanking dog day.




Cette estampe, réalisée par Egerton en 1825, est intitulée "A spanking dog day & real melter in the contry".

En argot anglais, dog day (jour du chien) signifie canicule. A noter que le mot canicule en Français vient du latin "canicula" qui veut dire "petite chienne", par référence à l'étoile Sirius, la plus brillante de la constellation du Grand Chien, dont le lever coïncide avec celui du soleil lors de la période la plus chaude de l'année. A noter aussi, l'emploi du masculin "chien" par les anglais et du féminin minimisé "petite chienne' chez les Français, ce qui pourrait laisser supposer une meilleure résistance des Français à la chaleur excessive.
Le verbe "to spank" signifie "donner une fessée" (le châtiment corporel n'est jamais bien loin chez les Anglais) et "real melter" se traduit par "vrai fondeur" ou "vraie fonderie".
Le titre de cette estampe peut donc se traduire en français par: " Une journée caniculaire et un vrai four à la campagne.

On y voit une forte dame, endimanchée, assise sur une borne indiquant la distance la séparant de Londres. Complètement effondrée, elle a jeté au sol son ombrelle et son barda,  retiré ses chaussures, jeté à l'arrière son chapeau orné de roses et s'évente avec son mouchoir.