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jeudi 20 août 2026

Economie domestique.






 


Illustration de Carlegle (Charles Emile Egli) de 1910 pour le magazine "Le Sourire".

"J'ai réfléchi, tu as raison, ce serait une folie d'acheter ce bracelet dans un moment où n'avons pas trop d'argent. Et puis, ce sera toujours 200 frs d'économisés et avec cet argent-là je pourrais peut-être acheter un chapeau, qu'est-ce que tu en penses?"

Vu l'air abattu du pauvre homme, nous nous garderons de tout commentaire.
Serin serein.






 


Dessin de Jacques Wély  pour la revue "La Vie en Rose" en 1903.

" S'il y avait vraiment danger à laisser les serins en liberté, vous ne seriez pas là!"


Le serin désigne, dans le sens commun, une variété de volatile, un petit oiseau passant souvent sa vie en cage. Mais, à la Belle Epoque, en langue verte, c'est à dire en argot, il désignait aussi un homme niais et naïf, sans risque pour la dame qui peut le recevoir en petite tenue.
Echec et mat.







 
Cette enluminure est extraite d'un ouvrage, "Le Livre des échecs amoureux moralisés" d'Evrart de Conty. On y voit Louise de Savoie jouant aux échecs, avec derrière elle, Charles d'Orléans, comte d'Angoulême, son époux (Le père et la mère du futur François 1er). Charles se tient derrière Louise et semble se retenir de la conseiller.

Il s'agit d'une scène évoquant l'amour courtois, la partie d'échec étant d'ailleurs qualifiée de partie "d'échecs courtoise". Le couple montre une grande complicité bien que le mariage fut forcé. A l'époque Charles d'Angoulême avait 28 ans et Louise de Savoie 12 ans seulement. Le chien, quant à lui, symbolise la fidélité.
Cette partie d'échec entre un homme et une femme, au moyen âge n'était que prétexte à la séduction réciproque qu'on appelait "l'amour courtois". Chaque pièce déplacée fait partie de l'entreprise,  le pion est un regard, le cavalier une audace, etc., l'échec et mat étant la concrétisation de la démarche.
L'enlumineur, Robinet Testard, montre un plateau d'échec de 5x5 cases alors que traditionnellement ceux-ci en comporte 8x8. Les spécialistes de la période pensent qu'il s'agit d'un choix délibéré de l'enlumineur, destiné à rétrécir le champ de vision afin de mettre les personnages en valeur.
Charles d'Angoulême est en retrait, en position de spectateur attentif, et ce n'est pas par hasard. Le personnage qui tourne le dos, permettant à celui qui observe cette scène de se mettre à sa place, procédé classique qui s'appelait Rückenfigur, représente l'amant, réel ou en devenir. Il porte des chausses rouges, comme la robe de Louise, couleur de la passion, et un manteau bleu, couleur de la mélancolie amoureuse. Voilà de quoi, inquiéter Charles. D'autant que la fenêtre nous montre l'issue de cette partie. A travers ses vitres, on voit un champ de fleurs rouges. Cette évocation vient en droite ligne du Roman de la Rose et représente le "Verger du Déduit" (le jardin d'Amour). Ce champ de fleurs est la concrétisation de la joute amoureuse, de la partie d'échecs et la conséquence de l'échec et mat.

mercredi 19 août 2026

Leis armetos.







Il serait difficile de retrouver au juste l'origine de ce qu'on appelle en Provence leis armetos. Suivant toutes les probabilités, c'est là un des usages remontant à l'antiquité païenne, que, dans l'ancienne province romaine, les premiers chrétiens qui conservèrent, en les transformant, tant de ces usages du culte antique, transportèrent dans leurs nouvelles cérémonies. On sait en effet que les Romains célébraient dans le mois de mai les lémuries* ou larvæ, images effrayantes sorties des tombeaux, terreurs des esprits faibles, comme il n'y a pas longtemps encore, les revenants. L'apparition de ces larves avait lieu pendant la nuit, et c'est contre ces mêmes images terrifiantes que l'Eglise, dès ses premiers temps, invoque les secours divins:

Procul recedante somnia
Et noctium phantasmata.

                                     (Hymne des Complies)

La cérémonies des lémuries fut transportée au jour de la commémoration des morts, parce que, tous les fidèles priant ce jour-là pour les trépassés, les croyances superstitieuses du moyen âge supposaient que les âmes des décédés revenaient dans les corps qu'elles avaient abandonné, et que, dans leurs vagations nocturnes, elles passaient et repassaient devant les vivants pendant leur sommeil et les épouvantaient. De là l'usage de sonner toute la nuit les cloches des églises afin d'éloigner ce qu'en provençal on nommait leis armeros (les petites âmes).
Un ancien écrivain dit que les larves des méchants portaient, chez les anciens, le nom de démons: Larvas ex hominibus facias dœmones aiunt, que meriti mali tuerint*. C'est principalement contre ces larves sataniques que les cloches étaient employées, et qu'on invoque le secours des anges gardiens, de peur que, profitant de ces courses nocturnes des âmes, les agents du malin esprit ne pussent en saisir quelqu'une. Dans son singulier mythe de la procession de la Fête-Dieu d'Aix, le roi René fit allusion à cette circonstance en introduisant l'armeto, jeune enfant, expression de l'âme pure, dont cherche à s'emparer un esprit malin, et que protège un ange qui roue de coups le démon quand il s'en approche.
Dans la cérémonie des lemuries, les Romains, pendant le sacrifice qui s'accomplissait au foyer des larves, jetaient des fèves hors de la maison par la porte d'entrée, croyant par là en chasser les larves. Dans la cérémonie des armetos, nos chrétiens méridionaux, donnaient aux sonneurs des cloches, pour les empêcher de s'endormir et de pas laisser ainsi en péril les âmes voletantes, des châtaignes et du vin cuit; à ce frugal somnifuge, on substitua ensuite des mets plus substantiels que les sonneurs allaient quêter de maison en maison.




Le jour des morts à Toulon.
(d'après M. Letuaire.)



L'Illustration, novembre 1854.



* Nota de célestin Mira:

* Les lémuries (lemuria chez les Romains) sont considérées comme l'origine d'Halloween et de la Toussaint.






Memento mori de Pompéi , céramique du 1er siècle avant JC.




Larvas ex hominibus facias dœmones aiunt, que meriti mali tuerint:

"On dit que tu fais des démons à partir des hommes qui ont mérité un mauvais sort après leur mort"
Spleen.







 


" Un anglais attaqué du spleen vient se faire traiter en France"

Les deux caricatures sont de Godissart de Cari en 1815.
Les Français, à l'époque, et avant que Baudelaire ne s'en mêle,  considéraient que le "spleen" était une maladie spécifiquement anglaise.

Un anglais, maigre et abattu est accueilli par un aubergiste qui le guide. La vue des denrées à l'enseigne "Au bien venu" revigore déjà l'anglais.





" Guéri du spleen par la Cuisine Française, l'Anglais retourne à Londres en embonpoint"
Métissage.






 


Enluminure de 1467 figurant dans le roman courtois "Parzival" de Wolfram von Eschenbach.

Cette enluminure représente les retrouvailles entre le chevalier Parzival (Perseval) et son demi-frère Feirefiz.
Après s'être affrontés sans qu'aucun ne puisse prendre le dessus sur l'autre, déclinant leurs identités respectives, ils découvrent qu'ils ont le même père. En effet, Feirefiz est né de l'union du chevalier Gahmuret et de la reine maure Belacane. Or si Gahmuret était blanc, Belacane était noire.
Il est précisé, dans le texte, que Feirefiz avait la peau tachée de noir, comme "du parchemin sur lequel on avait écrit des lettres". Au moyen âge, la laideur était associé aux anomalies physiques or, Feirefiz était très beau et séduisant! 
Embarras de l'enlumineur! Comment traduire la beauté chevaleresque avec ces taches noires sans trahir le texte? Sans doute après moult réflexions, il décida de couper le visage en deux, une moitié noire et une moitié blanc. C'est ce qui apparaît sur l'enluminure.
Il est précisé dans le texte que Feirefiz était un roi païen, c'est à dire musulman dans l'esprit de l'époque, mais très riche et très puissant. Après les retrouvailles, il suivit son frère Parzival jusqu'au château du Saint-Graal. Ce château était ainsi nommé car il protégeait le saint Graal, le calice qui aurait servi lors de la Cène. On exposa cette coupe. Or, seuls les chrétiens baptisés pouvaient le voir. Feirefiz ne voyait rien du tout! Il demanda à être baptisé sur le champ, mais pas par ferveur religieuse, ni pour satisfaire sa curiosité. Il venait de tomber amoureux fou de Repanse de Schoye, la prêtresse qui portait le Graal. Pour pouvoir convoler en justes noces, le baptême était incontournable. Dès qu'il reçut l'eau bénite, le Graal apparut à sa vue et Repanse dans ses bras.
Feirefiz est le premier personnage métis qui apparaît dans la littérature occidentale comme un personnage positif et un double de Parzival, le grand chevalier de la Table ronde.

 Rue en cage.




 


Ce dessin de Jean-Baptiste Drevet représente la rue Grenette à Lyon au XVIe siècle. Il est extrait du livre "Le Lyon de nos pères" parut en 1901. On y voit une rue très fréquentée et sur les murs d'une maison, à droite, un homme enfermé dans une cage.
Cette cage jouait le rôle de pilori. On y exposait les blasphémateurs, les parjures et les commerçants fraudeurs pendant plusieurs heures voire plusieurs jours, qui étaient alors soumis à la vindicte populaire. La rue Grenette était une des rues de Lyon les plus fréquentée à l'époque et, au moyen âge, où le code de l'honneur était au dessus de tout, une telle exposition était plus terrible à vivre que des douleurs physiques.
Lors des grands travaux d'urbanisation du XIXe siècle, la rue Grenette fut élargie et la bâtisse supportant cette cage fut démolie, mais au niveau du n° 25 de cette rue l'une des fenêtres a longtemps soutenu une cage symbolique en souvenir de la première.
Au fil du temps, on oublia la punition en inventant une histoire de mari trompé: un marchand fortuné qui découvrit, un jour, les infidélités de sa femme, aurait fait construire cette cage pour y installer l'épouse coupable au vu et au su de tout le monde.
Les lyonnais ne sont pas avare de légendes: On peut citer le Mâchecroute, créature incertaine qui vivait sous le pont de la Guillotière, unique pont de l'époque, qui se nourrissait des passants imprudents; ou bien celle des amants de l'Hôtel-Dieu: Au XVIIIe siècle, un interne en médecine et une jeune sœur hospitalière tombèrent follement amoureux l'un de l'autre. Amour interdit, ils ne pouvaient le vivre au grand jour et ils se firent surprendre en plein déduit dans un des greniers de l'Hôtel-Dieu. Pour ne pas vivre séparés ils préférèrent mourir ensemble, il se jetèrent du haut du grand dôme dans les eaux glacées du Rhône. On raconte que parfois, les nuits de pleine lune, on voit leurs silhouettes vaporeuses, main dans la main, se promener derrière les balustrades du grand dôme.