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samedi 7 novembre 2026

Lancelot.







 

Cette enluminure provient du manuscrit français intitulé "Le livre de Lancelot du Lac" daté d'environ 1401-1425. Ce livre est conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris.

Dans les récits du cycle arthurien, Lancelot est réputé pour sa beauté et sa bravoure. De nombreuses femmes, qu'elles soient châtelaine ou magiciennes, sont émerveillées en le voyant et tentent de le séduire. Mais Lancelot, conformément aux règles du fin'amor reste fidèle à la reine Guenièvre.
Morgane, la demi-sœur du roi Arthur, ennemie jurée de la reine Guenièvre, passe son temps à tenter de piéger Lancelot afin de révéler à tous sa passion pour la reine.
Nous assistons dans cette scène à un des stratagèmes de la magicienne Morgane. Elle demande à une jeune femme, dont le nom reste inconnu, de se glisser nue dans le lit d'Arthur et de tout mettre en œuvre pour le faire plier. La nuit venue, Lancelot, se déshabille pour se coucher et se dirige vers son lit. C'est là qu'il découvre qu'il n'est pas seul, qu'une femme s'offre à lui, mais son amour pour Guenièvre est le plus fort. Il résiste et préfère s'enfuir en sous-vêtements, malgré le fait que l'inconnue s'agrippe à sa liquette.
L'enlumineur a sacrifié la réalité de l'époque aux injonctions de l'Eglise. Au moyen âge, les gens dormaient entièrement nus sans intention érotique: c'était la règle. Ici, Lancelot se met au lit en conservant sa chemise et ses braies. Ce choix, bizarre pour l'époque, indique symboliquement que Lancelot refuse les avances de la dame et qu'il conserve sa pudeur.
Cette scène fait penser à la réaction de Joseph face à la femme de Putiphar qui le retient par un pan de chemise dans la Bible.

L'affaire s'arrête là. Mais, par la suite, Lancelot sera berné à l'aide d'un philtre magique qui fera apparaître Elaine de Corberic sous les traits de Guenièvre. Il consommera et de cette union incertaine naîtra Galaad qui accomplira la quête du Saint Graal. Mais ceci est une autre histoire.
Cymon et Iphigénie.








 

Gravure anglaise tiré d'un conte de Décaméron de Boccace (Jour 5, Nouvelle 1), rendue célèbre par le poète John Dryden, datant de 1783 et intitulée "Cymon and Iphigenia".

Les vers imprimés sous la gravure sont issus du poème de Dryden:

"He trudg'd along unknowing what he sought, 
And whistled as he went for want of thought."

(Il marchait péniblement, sans savoir ce qu'il cherchait,
 et sifflait en marchant par manque de réflexion.)

vient ensuite la mention de l'éditeur: "Printed for & sold by Carington Bowles" "N° 69 in St. Paul's Church Yard, London".

Intéressons-nous au dénommé Cymon.
A Chypre, Aristippe, un homme fortuné et noble a un fils, Cymon. Cymon est un colosse au physique impressionnant, mais, hélas!, sa bêtise et sa grossièreté le sont tout autant. Il se montre incapable d'étudier les lettres, d'apprendre les bonnes manières et la politesse. En bref, c'est le rustaud parfait.
Il fait honte à son père qui, pour le soustraire à sa vue, l'envoie vivre à la campagne au milieu des paysans et des esclaves. Ceux-ci, qui en ont pourtant vu d'autres, le surnomment Cymon ce qui signifie localement "gros mouton" ou "brute" au choix.
Un bel après-midi du mois de mai, Cymon, désœuvré, part se promener dans les bois un peu au hasard et arrive dans une clairière. Et là, il découvre une ravissante jeune fille, endormie sur l'herbe avec ses servantes, au bord d'une source d'eau fraîche, vêtue d'une robe légère laissant deviner ses formes. Il apprendra plus tard que la jeune fille se nomme Iphigénie. C'est la découverte d'Iphigénie endormie par Cymon que montre la gravure. 
En fait de vêtement léger laissant apercevoir ses formes, on est un peu déçu. La jeune fille est habillée à la mode géorgienne de l'Angleterre.
Cymon s'est arrêté et s'appuie sur son bâton de marche. il la contemple longuement et soudain il ressent un choc au fond de lui-même. Une étincelle  de conscience nait dans son cerveau rustique: il contemple la plus belle chose  qu'il n'a jamais eu l'occasion de voir! En un mot, il est émerveillé. Cette beauté fait naître en lui l'amour, et cet amour le transforme entièrement. Iphigénie finit par se réveiller et découvrant l'acabit, elle prend peur. Mais Cymon se montre étonnamment doux et prévenant. Il insiste pour la raccompagner jusqu'à chez elle.
Voilà notre gaillard en proie aux plus grands troubles. Il retourne en ville, retrouve son père, et il lui annonce qu'il ne retournera pas vivre à la campagne. Pendant quatre ans, il apprend à lire, à écrire et même à philosopher. Il apprend les arts de la chevalerie, du combat, mais aussi de la musique. Sa voix s'adoucit et il finit par devenir un des hommes les plus raffinés de l'île. 
Ayant fait sa mue, fin prêt, il décide de retrouver Iphigénie. Et là il découvre un détail qui ne lui avait pas effleuré l'esprit, Iphigénie est promise à un noble de l'île de Rhodes, un dénommé Pasimondas. Et Iphigénie est en partance pour Rhodes.
Qu'à cela ne tienne, il arme un navire de guerre, attaque le bateau qui transporte Iphigénie et enlève celle qu'il aime. Il savourait à peine sa victoire, qu'une énorme tempête survient, drosse le navire de Cymon et le fait échouer sur les côtes de Rhodes. Evidemment, il est capturé et jeté en prison. Là, il fait connaissance d'un nomme Lysimaque dont la bien aimée a été enlevée par le frère de Pasimondas. Ils font équipe, et s'évadent. Juste à temps, ils s'arment et interrompent le banquet de mariage, au passage ils massacrent Pasimondas et son frère, et récupèrent l'un Iphigénie,  l'autre son amante.
Cymon et Iphigénie s'enfuient en Crète le temps que la colère s'apaise à Rhodes, puis rentrent enfin à Chypre. Cymon épouse Iphigénie et ils filent le parfait amour jusqu'à le fin de leur vie.
Boccace nous explique que l'amour peut transformer les hommes (et même les femmes) en mettant au grand jour leurs qualités réelles.

De nos jours, on ne se rend pas compte du retentissement que ce conte a apporté en Angleterre. Ce fut un véritable phénomène culturel qui contribua à l'émergence du concept du "gentleman" anglais avec ses deux piliers principaux: "politeness"  et "refinement" (politesse et raffinement). 
La scène dans les bois est devenu un thème privilégié pour grand nombre de peintres à travers les âges. D'autant plus qu'il permettait de peindre des nus féminins.

Voici quelques exemples de cette scène où Cymon découvre Iphigénie endormie, mais il en existe bien d'autres.





Version  de John Everett Millais qu'il a peint à 18 ans. Cette huile sur toile est conservée à la Lady Lever Art Gallery à Merseyside au Royaume-Uni.





Huile sur toile de l'anglais Frederic Leighton en 1884. Le tableau est conservé à l'Art Gallery of New South Wales à Sydney en Australie.






 
Voici la version du maître flamand Rubens datant de 1617 et conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne, en Autriche.





 
Cymon et Iphigénie peints par le hollandais Willem van Mieris vers 1698. Tableau conservé au Musée Poldi Pezzoli à Milan en Italie.







Version de l'anglo-américain Benjamin West datant de 1766. Huile sur panneau conservée au Yale Center for British Art, New Haven, Connecticut, USA.






Autre version de Benjamin West datée de 1773, conservée au Los Angeles County Museum of Art, California, USA.







Huile sur toile signée de l'autrichienne Angelica Kauffmann réalisée vers 1780 et conservée au Gibbes Museum of Art à Charleston, USA.





Version du néerlandais Daniel Vertangen vers 1630, conservée au Centraal Museum d'Utrecht.







Cymon et Iphigénie du néerlandais Jan van Noordt, non daté (entre 1644 et 1676), conservé au Musée d'Art Thomas-Henry de Cherbourg.

jeudi 5 novembre 2026

Renaud et Armide.








 
Tableau de François Boucher de 1734 intitulé "Renaud et Armide".

C'est ce tableau que François Boucher a présenté pour être définitivement admis à l'Académie royale de peinture et de sculpture. L'histoire est inspirée de "La Jérusalem délivrée" (Gerusalemme liberata) de l'écrivain italien Torquato Tasso (Le Tasse) publié en 1581. Elle représente la magicienne musulmane Armide et le chevalier Renaud dans son jardin enchanté.
Pour devenir membre de l'Académie royale, il fallait soumettre un "morceau de réception" dans une catégorie hiérarchisée. Les sujets mythologiques, historiques ou religieux étaient les mieux notés. Boucher était surtout très bon dans les scènes légères, érotiques. Il a, à dessein, choisi Le Tasse comme source d'inspiration pour tromper l'Académie, mais n'a pu s'empêcher de nous montrer les seins d'Armide. Il a été reçu triomphalement le 30 janvier 1734.
Le succès de ce tableau fut tel que Louis XV a ordonné à la Manufacture des Gobelins d'en faire une version tapisserie pour décorer une de ses résidences.
Le tableau de Boucher a vécu bien des aventures. En 1793 il est saisi comme bien national et envoyé au château de Versailles. En 1818 il est ramené à Paris et orne la "salle des huissiers" du ministère des Finances. Il est enfin "redécouvert" et regagne les réserves du Louvre, puis il est prêté pour décorer le château de Meudon, avant d'être envoyé au château de Fontainebleau en 1889. Enfin, au XXe siècle il rejoint Le Louvre où il est exposé de nos jours dans l'aile Denon.

Il est important de resituer cette scène dans son histoire.
Pendant la première croisade, la nièce du roi de Damas, Armide, une princesse très belle, musulmane et magicienne, est envoyée dans le camp des Chrétiens pour y semer la discorde et affaiblir leur force. Elle parvient à capturer quelques chevaliers mais le plus courageux, le plus preux Renaud (Rinaldo) réussit à les délivrer. Armide est furieuse et jure de se venger. Un jour que Renaud se trouve au bord d'un fleuve, elle utilise ses talents magiques pour l'endormir. Une fois le gaillard endormi, elle sort un poignard, bien décidée à le trucider. Elle s'approche, le regarde dormir et est émerveillée par sa beauté. Bouleversée, la haine qui l'habitait se transforme en amour passion.
Renonçant à l'aider à rejoindre ses ancêtres, elle l'enlève et le transporte dans les îles Fortunées qui ne sont autre que les îles Canaries. Au sommet d'une montagne isolée, elle crée un palais magique entouré de jardins enchantés. Dans ces lieux enchantés et enchanteurs, le printemps dure éternellement. C'est de là que vient l'expression "jardin d'Armide" pour qualifier un jardin voluptueux, qui invite à la paresse et aux plaisirs, bref, un lieu de délices.
Pour être tranquille et savourer sa proie à sa guise, elle jette un sort à Renaud et utilise un miroir pour qu'il oublie son passé, la croisade et sa foi. Le farouche guerrier devient un amant soumis en contemplant le reflet des yeux d'Armide, dans un miroir de cristal. Le "miroir d'Armide" est aussi devenu une expression, presqu'oubliée de nos jours, pour désigner un objet de séduction, d'illusion et de fascination.
C'est cette scène que Boucher à peint. On voit un angelot supporter sur son dos le lourd miroir.
Cependant, le camp chrétien réagit à la disparition de Renaud. Deux chevaliers, Charles et Ubalde sont envoyés pour le retrouver. Passons les détails et disons seulement qu'ils arrivent à déjouer les pièges qu'a laissé Armide grâce à un sceptre d'or et un bouclier de cristal. Ils s'introduisent dans le château. Et si certains en doutent, il suffit de regarder, à droite du tableau, derrière les colonnes massives et les drapés verts on aperçoit deux visages casqués: ce sont nos deux compères.
Grâce au bouclier de cristal, ils présentent à Renaud son image efféminée et son allure avachie. Le charme est rompu. Renaud sent la honte l'envahir et il décide de fuir pour accomplir son devoir. Armide le supplie, pleure, crie, lui proposant même de l'accompagner comme simple servante, rien n'y fait. 
Armide, qui est d'un tempérament sanguin, est furieuse et détruit son palais. Elle rejoint l'armée des infidèles et promet sa main à celui qui tuera Renaud. Mais tous les hommes qu'elle envoie échouent face à Renaud. Désespérée, Armide s'isole dans un bois pour mettre fin à ses jours. Coup de théâtre, Renaud arrive et retient son bras à temps. Il la console, il la dorlote et lui promet de rester son chevalier, mais sans magie cette fois-ci. Armide accepte, renonce à la magie, se convertit au christianisme et prononce ces mots "voici la servante du Seigneur"
Tout est bien qui finit bien, y compris pour François Boucher.
Jardin de thé.









Gravure publiée à Londres le 10 octobre 1781 par William Humphrey intitulée "The tea garden" ( le jardin de thé).

Les jardins de thé étaient une spécificité typiquement anglaise. C'étaient des parcs paysagers situés en périphérie des villes qui, contrairement aux coffeehouses exclusivement réservés aux hommes, étaient ouverts aux femmes. Elles pouvaient s'y promener librement sans surveillance. De plus, ces jardins étaient ouverts à tous, quelque soit la classe sociale. Ils ont permis à la classe moyenne émergeante de côtoyer l'aristocratie, même s'il existait des préférences. Les grands jardins de plaisance, les plus réputés, comme Vauxhall ou Ranelagh imposait un droit d'entrée fixe d'un shilling et attiraient surtout la bourgeoisie et l'aristocratie. Les plus petits jardins de banlieue souvent adossés à des auberges ou des sources thermales étaient d'accès gratuit, seules les consommations étaient payantes. Ceux-là étaient surtout fréquentés par des commerçants et des artisans.
On pouvait flâner dans les allées, écouter des concerts en plein air, danser, jouer aux quilles ou aux boules et surtout déguster du thé chaud accompagné de tartines de pain beurré, de brioches ou de gâteaux.
Une anecdote mérite d'être rapportée. Les cuisines étaient souvent assez éloignées des tables et pour s'assurer d'avoir du thé chaud, il existait une boîte verrouillée munie d'une fente, dans lequel on pouvait glisser une pièce au moment de la commande afin d'accélérer le service. Cette boîte portait l'inscription suivante: "T.I.P.S. : To Insure Prompt Service". Le mot anglais "tip", qui signifie pourboire, provient de cette pratique.

La gravure nous montre deux femmes en compagnie d'un homme autour d'une table de thé. Les deux femmes portent des chapeaux démesurés typique de cette période géorgienne. L'homme lui semble être du genre "macaroni". On surnommait ainsi les jeunes anglais qui revenaient de leur "Grand Tour" en Italie en important des modes extravagantes. Le "macaroni" était l'ancêtre du dandy.

L'image est accompagnée de deux textes:

A gauche:

All innocent within the shade you see 
This little Party sip salubrious Tea.

Tout innocente à l'ombre, vous voyez
 Cette petite compagnie siroter un thé salutaire.

A droite:

Soft Tittle-Tattle rises from the Stream 
 Sweeten'd each word with Sugar & with Cream 

De légers commérages s'élèvent du ruisseau
 Adoucissant chaque mot avec du sucre et de la crème

 
On peut s'étonner de la présence dans le texte de gauche du mot "salutaire" qualifiant le thé. Nous sommes au XVIIIe siècle, siècle où le thé fut introduit en Angleterre. Or, ce ne fut pas sans mal. Le corps médical était divisé. Si certains médecins affirmaient que le thé purifiait le sang et soignait la mélancolie, d'autres prétendaient qu'il détruisait les nerfs, rendait les femmes stériles et provoquait l'hystérie. L'auteur du dessin, en insistant sur le rôle salutaire du thé ne prend pas partie, il fait juste remarquer que ceux ou celles qui consommaient du thé officiellement pour des raisons de santé, fréquentaient surtout les jardins de thé pour échanger les derniers potins du moment.


mercredi 4 novembre 2026

Histoire sans paroles.











Miniature extraite de "L'Histoire d'amour sans paroles" du début du XVIe siècle conservée au Musée Condé de Chantilly. 

L'ouvrage ne comporte aucun texte, d'où le qualificatif  "sans paroles". Il se compose de 28 miniatures pleine page. C'était un peu l'ancêtre des bandes dessinées muettes. Le lecteur était obligé d'imaginer la signification et le contexte de la scène, genre très rare à cette époque.

L'auteur est anonyme, mais les experts attribuent l'œuvre à un artiste de l'école de Touraine. Le couple a été identifié comme étant Jean III de Brosse, comte de Penthièvre et son épouse Louise de Laval. 
La dame se tient debout et se peigne devant un miroir convexe. Le mari l'observe. Le peigne joue un rôle particulier au moyen âge. C'est le messager du désir et de la passion. Offrir un peigne en buis était un cadeau fréquent, pour des fiançailles, par exemple. Les temps ont changé. Il est peu probable qu'offrir un peigne à sa mie soit un geste apprécié de nos jours. Il est même probable que les conséquences soient très défavorables.
Le miroir convexe, appelé  miroir sorcière, est un symbole de fidélité.
Le lit à baldaquin est recouvert d'un riche tissu rouge brodé d'or. Les motifs représentent des ailes, l'aile étant l'emblème de la famille Brosse. Au milieu de ces ailes, on trouve un I majuscule. Le prénom "Jean" était orthographié "Iehan" à l'époque. Il s'agit donc bien de Jean de Brosse.
Comme chez les nobles le mariage était indissociable des intérêts financiers, sous le ciel de lit, on trouve deux aumônières qui représentent le rapprochement des deux patrimoines.
Jean est assis sur une chaise curule à haut dossier appelée cathèdre. Ce genre de siège représente le pouvoir et l'autorité.

Louise joue donc une scène érotique avec son peigne et ses cheveux. Nous sommes là à la limite de la bienséance. D'ailleurs, au fond, une servante veille dans l'embrasure d'une porte. Même mariés, les époux dans la noblesse se devaient de rester dans les limites convenues.
 Compétition.





Huile sur toile du peintre baroque italien Guido Reni, datant de 1618-1619 et intitulé "Atalante et Hippomène". 

Guido Reni devait particulièrement apprécier ce thème puisqu'il en a réalisé trois versions. Celle qui est reproduite ici est conservée au Musée du Prado à Madrid. Une autre version est conservée au Musée de Capodimonte en Italie à Naples. Une troisième version a été récemment découverte en France, à Libourne. En 1949, un particulier fait don au musée des Beaux-Arts de Libourne d'une toile représentant Atalante et Hippomène. Les différents conservateurs du musée considèrent qu'il s'agissait d'une copie sans valeur et le temps passant le tableau est décroché du musée et on l'entrepose dans les réserves municipales pendant des décennies. Dernièrement, le tableau est confié à des restaurateurs, qui, pris d'un doute, consultent des historiens d'art et des experts. Après analyse des pigments utilisés, de la toile et de la technique picturale, les conclusions sont formelles: il ne s'agit pas d'une copie mais d'un troisième exemplaire original peint par Guido Reni.

L'histoire mettant en scène Atalante et Hippomène est tirée des Métamorphoses d'Ovide.
Atalante est une chasseresse. Sa particularité est qu'elle est capable de courir à une vitesse inégalée. A tel point qu'elle refusait de se marier sauf avec celui qui la battrait à la course. Hippomène était intéressé par la dame et il était bon coureur lui aussi. Seulement un détail retenait son enthousiasme. Atalante avait une coutume originale, celle de mettre à mort tous ceux qui échouaient à la battre dans une course. 
Hippomène alla se confier à la déesse Aphrodite qui se décida à l'aider. Elle lui remit trois pommes d'or en provenance du jardin des Hespérides. Et Hippomène, muni de ses pommes d'or, alla défier Atalante. Atalante, certaine de réussir, accepta le challenge.
La course commença, les deux s'élancèrent mais Hippomène se rendit compte qu'Atalante allait le dépasser. Il laissa tomber une pomme d'or. Les femmes sont ce qu'elles sont et Atalante est une femme. A la vue de la pomme s'or, elle s'arrête et va la ramasser. Pendant ce temps, Hippomène a continué à courir. Et à chaque fois qu'Atalante s'apprête à le dépasser, il échappe une pomme d'or, et Atalante stoppe sa course pour la ramasser. Les trois pommes ont suffi pour que Hippomène gagne la course et Atalante, Aphrodite avait vu juste.
La toile montre justement Atalante en train de ramasser la troisième pomme d'or.
Hippomène est fou de joie, il a battu Atalante, gagné sa main et plus si affinités. Seulement, dans son ivresse, Hippomène fait une erreur fatale. Il oublie d'aller remercier Aphrodite! et c'est bien connu, les dieux sont susceptibles. La déesse de l'Amour décide de se venger d'un tel affront. Lors d'un voyage du couple, alors qu'ils faisaient un peu de tourisme près d'un sanctuaire sacré dédié à Cybèle, la déesse-mère, celle qui se trouve dans un char tiré par des lions, Aphrodite les frappe d'un désir sexuel irrépressible. Les deux se trouvent dans un état de surexcitation tel qu'ils pénètrent dans le temple et s'unissent charnellement à l'intérieur, profanant ainsi le sanctuaire. Cybèle n'apprécie pas du tout l'outrage et d'un seul coup d'un seul, elle les transforme en lions et les attèle à son char. Il faut savoir, selon Pline l'Ancien, que les anciens Grecs et Romains étaient persuadés que les lions ne pouvaient s'accoupler qu'avec des léopards. Atalante et Hippomène, transformés en lions étaient donc condamnés à ne plus avoir de relations sexuelles à jamais, tout en étant à côté l'un de l'autre. Un vrai supplice.

Comme quoi, la politesse est indispensable lorsqu'on fait appel aux divinités comme à tout le monde d'ailleurs.


mardi 3 novembre 2026

Accostage.









 
Caricature anglaise publiée par Carington Bowles le 4 juin 1781 et intitulée "An English man of War, taking a French Privateer". Cette estampe est conservée au British Museum.

Cette caricature joue sur le double sens des mots. Il convient de rappeler qu'en 1781, la France était en guerre contre la Couronne britannique au sujet de l'indépendance des Etats-Unis. La traduction littérale du titre est: "Un navire de guerre anglais capturant un corsaire français".
Première dualité, "man of war", en anglais, veut dire, indifféremment "homme de guerre" ou "bâtiment de guerre" et seconde, "privateer" se traduit pas "corsaire" ou "prostituée" qui croisait à la manière des navires, dans les rues, à la recherche des clients.
Ce qui fait que l'autre traduction devient: "un homme de guerre anglais s'empare d'une courtisane française".
Le décor est planté, il manque les accessoires. La courtisane est habillée à la dernière mode extravagante de Paris. Elle tient dans ses mains une boîte contenant des accessoires divers, le maquillage et les parures des courtisanes. Au passage, le dessinateur se moque aussi de l'obsession des femmes anglaises pour la mode française, malgré la guerre.
Le marin anglais est habillé à la mode des marins de l'époque: pantalon à rayures blanches et rouges, veste bleue, chapeau rond. On peut remarquer qu'il porte une badine souple sous son bras. Au XVIIIe siècle, en Angleterre, seuls les nobles et les officiers avaient l'autorisation de porter l'épée dans la rue. Pour se donner une certaine prestance, les autres, dont les marins, et par opposition aux esclaves qui n'avaient droit à rien du tout, le port de la badine était fréquent. Surtout chez les marins en goguette, car sur les navires, la badine servait aussi à punir les marins. A terre, muni de sa badine, le marin se sentait libre et pouvait faire le beau pour séduire les femmes.
Le marin anglais parlait un jargon incompréhensible du reste de la population. Outre leurs tenues plus que voyantes ils avaient une démarche chaloupée caractéristique (sea-swagger).
Après des mois en mer, le retour à terre donnait lieu à des débordements légendaires des "men of war", dilapidant leurs soldes en quelques jours, dans les tavernes, au jeu ou avec des prostituées.

Qui mieux que Paul Fort pourra décrire les états d'âme du marin en escale?

C'est là l'sort de la marine,...
On accost' mais on devine
Qu'ça s'ra pas le paradis!

On aura beau s'dépêcher
Fair' bon dieu, la pige au temps,
Et l'bourrer d'tous nos péchés
ça n's'ra pas ça et pourtant...

Tout' les joies, tous les soucis,
Des amours qui dur'nt toujours,
On les r'trouvent en raccourci
Dans nos p'tits amours d'un jour.