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lundi 6 juillet 2026

 Révolution.




La démocrate.

Ah l'bon décret.


Cette estampe a été gravée par Maurice Valet de Villeneuve en 1789. Elle était disponible à Paris, chez Villeneuve graveur, rue Zacharie St-Séverin. Maison du passage n°21.

Une femme du peuple, réjouie et moqueuse, coiffée d'un fichu de toile blanche tient dans sa main un rouleau de papier portant l'inscription "Droits de l'homme". La légende "Ah l'bon décret" montre l'enthousiasme du Tiers Etat pour les réformes constitutionnelles de 1789 et l'abolition des privilèges.

Par opposition, Maurice Valet de Villeneuve, a également gravé, en 1789, son pendant.




L'aristocrate

Maudite révolution.



Le contraste est total: L'aristocrate porte un "pouf", une coiffure monumentale ornée de plumes, une mouche sur la joue, symboles de l'ancien régime; elle a les seins tombants, fait une moue dédaigneuse et se trouve placée devant une forêt sombre. La légende vient s'opposer à celle de la "démocrate": "Maudite révolution".

 Le bassin.




Cette estampe, intitulée "Le Bassin", est une célèbre satire médicale, gravée  par Robert Nanteuil.
A l'origine, c'était un portrait officiel de Philibert Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin, évêque du Mans. Après sa mort, en 1671, la plaque de cuivre a été modifiée par un graveur anonyme en ajoutant des bésicles ridicules au portait resté intact, en l'affublant d'une toge de médecin et en lui plaçant un pot de chambre entre les mains.
L'estampe tourne en dérision les pratiques médicales de l'époque, en particulier l'uromancie qui consistait à un examen visuel, olfactif et gustatif des urines. Sous l'image, un poème explicite la pratique:

De ce mets précieux goûte, friand Docteur
De son odeur, de sa saveur
Tire d'infaillibles présages
Voi si ton Art aura promptement procuré
Des Deprofundis au Curé
Avec qui gaiement tu partages.

Ce texte sous-entend que les diagnostics erronée et les mauvais traitements du médecin envoie rapidement les patients au cimetière ce qui lui permet, ensuite, de partager les profits des funérailles avec le curé.
On voit sur la table, un flacon d'apothicaire contenant probablement un produit controversé comme l'émétique, d'usage commun au XVIIe siècle.
L'usage de l'émétique, appelé tartre émétique ou vin d'antimoine, a été au cœur d'une bataille médicale épique. Le produit, à base d'antimoine, une fois consommé,  provoquait immédiatement de spectaculaires vomissements, diarrhées et sudations.
Les adeptes de la médecine traditionnelle, appelés les "galénistes", pensaient que l'équilibre du corps et la santé étaient liés à la nature des quatre humeurs, le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire. La corruption de ces humeurs provoquaient des maladies et l'émétique purgeait le corps de force en évacuant les impuretés.
Seulement, l'émétique divisa profondément deux écoles: la Faculté de médecine de Paris qui défendait les saignées et les lavements traditionnels et considérait l'antimoine comme un poison mortel et la Faculté de Montpellier qui le considérait comme un remède miracle.
La controverse est tranchée l'été 1658. Louis XIV, âgé alors de 19 ans, est atteint d'une fièvre typhoïde foudroyante, et malgré d'innombrables saignées, est déclaré perdu. En désespoir de cause, un médecin de Montpellier administre une dose d'antimoine au roi qui vomit abondamment suite à quoi la fièvre disparaît et il s'en sort guéri.
La faculté de Paris est contrainte de céder devant cette guérison miraculeuse et l'usage de l'antimoine est légalisé le 19 mars 1666. A partir de cette date l'antimoine fut prescrit à outrance quelle que soit la maladie.
C'est ce qui est montré dans l'estampe, la fiole est déjà prête sans même attendre un quelconque diagnostic.

 La femme enceinte.




Gravure sur bois de Charles Estienne issue de son traité d'anatomie intitulé "La dissection du corps humain", publié en 1546 chez Simon de Colines.

A: "La partie interieure de l'arrierefaix/ laquelle apparoist menbraneufe."

L'"arrière-faix" désigne le placenta et les membranes. Il s'agit ici de la face interne de la poche amniotique.

B: "La partie exterieure dudict  arrierefaix/ qui apparoist charneufe & tissue de grad multitude de venes."

Description de la face utérine (externe) du placenta, réputée pour son aspect spongieux, vascularisé et riche en vaisseaux sanguins (venes).

D: "Vng conduict enuoyé depuis le nombril de l'enfant iufques au col & aux aifcelles d'iceluy."

Description du cordon ombilical qui part du nombril de l'enfant en s'enroulant ici autour de son cou et de ses aisselles.

Amorous ladys .








Cette estampe de 1820 montre les amours saphiques de deux femmes surprises par leurs époux respectifs. Elle s'intitule: " Amorous Ladys, or Tete-a-Tete Exstraohnary". Elle est l'œuvre de William Heath. Cette composition est rarissime, seule l'homosexualité masculine était évoquée, bien qu'interdite, celle des femmes était ignorée.

Les deux femmes en question sont Lady Strachan, en robe jaune, et Lady Warwick en blanc. Elles s'embrassent voluptueusement assises sur un canapé.
Lady Strachan s'exclame: "Vous savez, ma chère Sarah que je vous aime beaucoup, mais je dois réserver quelques baisers pour le digne vieil amiral."
A quoi, Lady Warwick répond: "Oh! ne faites pas attention à lui, ma douce Louisa, il ne mérite pas vos embrassades et n'est bon qu'à faire les cent pas sur le gaillard d'arrière".

Les maris entrent et surprennent la scène, avec, en tête l'amiral sir Richard Strachan en uniforme de la Royal Navy, suivi par le comte de Warwick, un pamphlet intitulé "Warwick guide" dépassant de sa poche. Ces guides ou Mémoires étaient fréquents à l'époque et décrivaient les adultères et les frasques sexuelles de l'aristocratie. Le comte de Warwick détient donc un livre décrivant les scandales de la ville alors qu'il est incapable de savoir ce qui se passe sous son propre toit!

dimanche 5 juillet 2026

 Si vous pouvez deviner...





Cette estampe est une composition satirique dirigé contre le compositeur Jean-Philippe Rameau. Son auteur est anonyme, même si on lit, en bas, à gauche,  "Mas-melda" qui est probablement un anagramme.

La légende de ce dessin est: "Si vous pouvez deviner Comme On a voulu par là critiquer un grand homme."

Le dessin original, intitulé, Harmony est d'origine anglaise, l'auteur restant anonyme, gravé en 1735, à Londres, afin de ridiculiser le compositeur italien Nicola Porpora et de défendre Georg Friedrich Haendel. En 1739, un autre artiste anonyme, français, a copié le dessin original, en le dirigeant cette fois contre Rameau en modifiant les titres des partitions répandues au sol et en y ajoutant la légende en français.
Ces attaques contre Rameau ont eu lieu à la sortie de son opéra-ballet Les fêtes d'Hébé ou les Talents lyriques.
Les auteurs sont restés anonymes afin d'échapper à la censure et aux condamnations sévères relatives aux diffamations des personnalités publiques de l'époque.

Le compositeur (Rameau), coiffé d'un chapeau, est assis à califourchon sur le dos d'un homme à genoux, jouant de la flûte de Pan. Un jeune homme à gauche utilise un soufflet pour envoyer de l'air entre les fesses dénudées de l'homme à genoux. Le sens de cette scène est de prouver que la musique de Rameau est purement "venteuse" et dépourvue de profondeur spirituelle. Ce genre d'humour scatologique et grotesque était très courant dans les caricatures de l'époque.
Pour couronner le tout, un hibou , symbole de l'ignorance, est perché sur l'orgue de cabinet.

 La toilette du dimanche.





Dessin de Sharp pour Edouard Robert, en 1835.

Une femme, la mère ou la grande sœur, fait la toilette à un jeune garçon.  Celui-ci n'apprécie pas, se rebelle et agite ses mains comme si on l'écorchait vif.

Cette toilette a lieu le dimanche pour différentes raisons:
     - L'accès à l'eau courante est rare et la toilette du corps et des cheveux, appelée "grande toilette" n'a lieu qu'une fois par semaine.
     - Le peuple travaille du lundi au samedi inclus et n'a que peu de temps à consacrer à l'hygiène.
      - La toilette a lieu le dimanche matin afin de pouvoir participer à la messe avec une tenue propre et soignée appelée le "costume du dimanche".
    - De plus, l'après-midi du dimanche était la plupart du temps consacré à la promenade, à la visite aux proches ou aux sorties publiques.

En bas, à gauche,  on retrouve la signature de l'artiste: Sharp del.t (del.t vient du latin delineavit qui veut dire "a dessiné").
A droite: Ed. Robert Lithog. le graveur.
En dessous, à gauche: Imp. lith de H. Gaugain, rue de Vaugirard n° 34; à droite: Chez H. Gaugain, rue Vivienne n°2.



 La laitière.







Lithographie de Wilk de 1825 représentant une crémerie.

Au bas de l'image, on peut lire, outre le titre "La Laitière":

A gauche: "Ce vilain polisson qui me fait répandre mon lait... tu mériterais que..." s'exclame une femme bousculée par un gamin. Au XIXe siècle, les expressions liées au lait comme "verser son lait" ou "donner son lait" sont à forte connotation grivoise. Dans le cas présent, l'enfant symbolise la domination de l'homme et les tentations de la rue qui perturbe la vertu des femmes (la blancheur du lait étant symbole de pureté).

A droite: pendant que la laitière sert une cliente en transvasant le lait contenu dans de grands bidons métalliques dans le pot tenue par la cliente, dans la boutique, en arrière plan, des personnes chuchotent près de la balance: "Dis donc chose, prend garde quelle ne te voye, et garde m'en toujours". Cette phrase révèle une escroquerie. A l'époque, Paris était réputé par ses fraudes massives dans le commerce du lait, soit le mouillage, c'est à dire le coupage du lait avec de l'eau soit le trucage des balances.

En dessous les mentions classiques liées à l'édition:
A gauche: Lith. de Langlumé (Atelier de Pierre Langlumé).
Au centre: A Paris chez l'auteur, rue du Marché Neuf n°26.
A droite la signature de l'auteur: Wilk 1825.