Translate

mardi 7 juillet 2026

 Mœurs françaises

au XVIIIe siècle

deuxième suite.



Cette série d'estampes fait partie de la deuxième suite de l'ouvrage "Monument du Costume physique et moral de la fin du dix-huitième siècle" publié en 1776-1777.











































 Mœurs françaises 

           au XVIIIe siècle.

Première suite.



Cette série d'estampes gravée par Antoine Jean Duclos et terminée par François-Robert Ingouf, et divers autres, éditée en 1774, montre les mœurs et les costumes des français au XVIIIe siècle, dans la première suite de l'ouvrage "Suite d'Estampes pour servir à l'histoire des mœurs et du costume des François dans le dix-huitième siècle"





L'événement au bal.


La scène montre une méprise amoureuse lors d'un bal masqué. Un jeune homme, nommé Damis, s'agenouille pour déclarer sa flamme et baiser la main de celle qu'il croît être sa maîtresse Céphise. Cachée derrière son masque, c'est Daphné qui reçoit ses hommages.
Le poème dans le cartouche résume la scène:

Le bal fait plus d'une méprise:
L'amoureux Damis à genoux
Croit baiser la main de Céphise,
Il trouve ce plaisir bien doux;
Il l'adora pour la trahir.
Bien souvent on trouve sa honte
Où l'on croit trouver son plaisir.





La soirée d'hyver.


La scène montre un magistrat, debout, élégamment vêtu, devant deux femmes assises. L'une, Mélite, à droite, tient un écran de cheminée destiné à se protéger le visage de la chaleur du feu, l'autre, Fanny, joue avec un petit chien et lui donne la main. Le magistrat tient la main de Fanny mais il courtise Mélite discrètement.

Dans le cartouche, on peut lire:

Prêchant ce Magistrat à la tête légère,
Qui connoît moins le Barreau que Cythère,
Tendre Fanny, c'est perdre trop d'esprit; 
De vous discours sous cape il rit,
Recevant vos leçons il courtise Mélite
De vos instructions voilà comme il profite.





Le coucher.


Une jeune femme, nommée Zélis, est aidée par deux servantes pour se déshabiller avant de se coucher.

On peut lire dans le cartouche:

Les yeux chargés d'une douce langueur,
Zélis va dans le sein d'un sommeil enchanteur
Reprendre une beauté nouvelle:
Songes flatteurs on vous appelle.
On a livré pour vous aux flammes
De tendres Billets... de la discrétion!
A-t-elle tort ou bien raison?
Respectons le secret des Dames.

Les "tendres billets" livrés aux flammes sont caractéristiques de l'esprit libertin et mondain de l'époque.





Le bain.


Une dame est dans son bain lorsqu'une servante, nommée Justine entre dans la chambre:

De la Lettre ou du Chocolat
Que préfère Madame?
Ah! ma chère Justine
J'ai le cœur bien plus délicat
Plus foible infiniment, hélas! que la poitrine.

La dame préfère la lettre d'amour plutôt que le chocolat chaud.





La toilette.



Le triangle amoureux: une femme aristocrate est assise à sa table de toilette, plongée dans un livre ou un billet doux est glissé dedans. Sa servante la coiffe. Un homme très élégant est assis, sa canne à la main et jette un regard de séduction vers la femme noble et la servante. La pièce est meublée en style Louis XVI, tentures aux fenêtres, trumeau décoré sur la cheminée, miroir de toilette drapé.

Dans le cartouche, on peut lire les vers suivants:

Papillon voltigeant de toilette en toilette,
L'homme à la mode veut captiver à la fois
Et la maîtresse & la soubrette;
Et ces amants du jour se tromperont tous trois.





La promenade du matin.



Deux femmes élégantes se promènent en se tenant par le bras. Un abbé joue l'indifférence mais parle avec une bouquetière tout en les observant discrètement.

Cette scène est expliquée dans le cartouche en bas:

Belles, qui le matin d'une gaze voilées
Prenez le frais des Boulevards,
L'Amour en tapinois, est dans les contr'allées,
Qui sur vous fixe ses regards:
Un Abbé plus modeste, en baissant la paupière,
Fait croire qu'il n'y touche pas;
Mais il sait à propos gagner la Bouquetière,
Pour oser de plus près admirer vos appas.





Le boudoir.


Dans un boudoir, richement décoré, une femme s'est endormie, un livre à la main. La scène représente l'intimité et le calme du boudoir. A l'extérieur une servante est courtisé par un homme qui la prend dans ses bras.

Le cartouche précise:

N'entrez pas... de vos avantages
Ne pouvez-vous de loin, a votre aise jouir;
Du moins laissez à vos ouvrages
Le talent heureux d'endormir.





L'occupation.



Une jeune femme, Thisbé,  se détourne en abandonnant son métier à tisser, pour palper le tissu de la veste du jeune homme assis à ses côtés. Elle questionne afin de connaître l'origine de la veste. Dans le même temps, une servante arrange un bouquet de fleurs.
Dans le cartouche, il est précisé:

Cette Veste, où le goût a mis son art galant,
De l'Amour est-elle un présent?
Non, Charmante Thisbé, je n'ai point de maîtresse:
Mais j'ai devant les yeux un objet séduisant
Qui me fera connoître la tendresse.




La visite inattendue.


Soupçonnant son amant de libertinage, Chloris lui rend une visite surprise. A force de caresses et de compliments, l'homme tente de la retenir. Cependant la porte qui donne dans une autre pièce s'est refermée sur une robe, celle de la maîtresse qui s'est réfugiée dans cette pièce. Le chien, que ce pan de robe intrigue, le mord à pleines dents et s'arc-boute pour le tirer à lui.
 
Le quatrain dans le cartouche précise:

Votre indiscrétion, funeste à tous les deux,
Dans votre sein, Choris, va jeter les allarmes:
Du tendre amour quels que soient tous les charmes,
Il doit avoir un bandeau sur les yeux.





Les confidences.



Deux femmes, Julie et Iris,  sont assises côte à côte sur un canapé. Julie montre un petit portrait miniature dans un médaillon prouvant l'infidélité de son amant.

Dans le cartouche:

Iris, dans le portrait que lui montre Julie,
Voit d'un amant chéri toute la perfidie:
Gardez vos jeunes cœurs de telle confidence,
Songez que le plaisir n'est qu'une douce erreur.
L'illusion fait seule & bonheur & constance
Amis, amans tout est trompeur.





Le lever.

Le matin, deux servantes ouvrent les rideaux du lit suspendus à un baldaquin pour faciliter le lever d'une femme noble.

On peut lire dans le cartouche:

Tu chasses le plus doux sommeil
Par des songes charmants mon ame étoit flattée;
Je détesterois mon réveil,
Si tes caresses, Galathée,
En continuant mon délire,
Ne consoloient mon tendre coeur:
Est-ce plaisir, est-ce martyre?
Ah, je ne sais, mais j'aime mon erreur.




La promenade du soir.


Dans un jardin, un homme offre un bouquet de fleurs à une dame sous les regards d'une chaperonne et d'un lévrier.

Le texte du cartouche met en garde les jeunes femmes contre les dangers de la séduction:

Jeunes beautés qui fuyez l'esclavage,
Vous pouvez écouter des propos séducteurs;
mais d'un bouquet n'acceptez point l'hommage,
Souvent l'amour s'est caché dans les fleurs




Suite d'estampes pour servir à l'histoire des mœurs et du costume des François dans le dix-huitième siècle, première suite, Editeur Jean Barbou, 1774-1775.

lundi 6 juillet 2026

 Révolution.




La démocrate.

Ah l'bon décret.


Cette estampe a été gravée par Maurice Valet de Villeneuve en 1789. Elle était disponible à Paris, chez Villeneuve graveur, rue Zacharie St-Séverin. Maison du passage n°21.

Une femme du peuple, réjouie et moqueuse, coiffée d'un fichu de toile blanche tient dans sa main un rouleau de papier portant l'inscription "Droits de l'homme". La légende "Ah l'bon décret" montre l'enthousiasme du Tiers Etat pour les réformes constitutionnelles de 1789 et l'abolition des privilèges.

Par opposition, Maurice Valet de Villeneuve, a également gravé, en 1789, son pendant.




L'aristocrate

Maudite révolution.



Le contraste est total: L'aristocrate porte un "pouf", une coiffure monumentale ornée de plumes, une mouche sur la joue, symboles de l'ancien régime; elle a les seins tombants, fait une moue dédaigneuse et se trouve placée devant une forêt sombre. La légende vient s'opposer à celle de la "démocrate": "Maudite révolution".

 Le bassin.




Cette estampe, intitulée "Le Bassin", est une célèbre satire médicale, gravée  par Robert Nanteuil.
A l'origine, c'était un portrait officiel de Philibert Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin, évêque du Mans. Après sa mort, en 1671, la plaque de cuivre a été modifiée par un graveur anonyme en ajoutant des bésicles ridicules au portait resté intact, en l'affublant d'une toge de médecin et en lui plaçant un pot de chambre entre les mains.
L'estampe tourne en dérision les pratiques médicales de l'époque, en particulier l'uromancie qui consistait à un examen visuel, olfactif et gustatif des urines. Sous l'image, un poème explicite la pratique:

De ce mets précieux goûte, friand Docteur
De son odeur, de sa saveur
Tire d'infaillibles présages
Voi si ton Art aura promptement procuré
Des Deprofundis au Curé
Avec qui gaiement tu partages.

Ce texte sous-entend que les diagnostics erronée et les mauvais traitements du médecin envoie rapidement les patients au cimetière ce qui lui permet, ensuite, de partager les profits des funérailles avec le curé.
On voit sur la table, un flacon d'apothicaire contenant probablement un produit controversé comme l'émétique, d'usage commun au XVIIe siècle.
L'usage de l'émétique, appelé tartre émétique ou vin d'antimoine, a été au cœur d'une bataille médicale épique. Le produit, à base d'antimoine, une fois consommé,  provoquait immédiatement de spectaculaires vomissements, diarrhées et sudations.
Les adeptes de la médecine traditionnelle, appelés les "galénistes", pensaient que l'équilibre du corps et la santé étaient liés à la nature des quatre humeurs, le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire. La corruption de ces humeurs provoquaient des maladies et l'émétique purgeait le corps de force en évacuant les impuretés.
Seulement, l'émétique divisa profondément deux écoles: la Faculté de médecine de Paris qui défendait les saignées et les lavements traditionnels et considérait l'antimoine comme un poison mortel et la Faculté de Montpellier qui le considérait comme un remède miracle.
La controverse est tranchée l'été 1658. Louis XIV, âgé alors de 19 ans, est atteint d'une fièvre typhoïde foudroyante, et malgré d'innombrables saignées, est déclaré perdu. En désespoir de cause, un médecin de Montpellier administre une dose d'antimoine au roi qui vomit abondamment suite à quoi la fièvre disparaît et il s'en sort guéri.
La faculté de Paris est contrainte de céder devant cette guérison miraculeuse et l'usage de l'antimoine est légalisé le 19 mars 1666. A partir de cette date l'antimoine fut prescrit à outrance quelle que soit la maladie.
C'est ce qui est montré dans l'estampe, la fiole est déjà prête sans même attendre un quelconque diagnostic.

 La femme enceinte.




Gravure sur bois de Charles Estienne issue de son traité d'anatomie intitulé "La dissection du corps humain", publié en 1546 chez Simon de Colines.

A: "La partie interieure de l'arrierefaix/ laquelle apparoist menbraneufe."

L'"arrière-faix" désigne le placenta et les membranes. Il s'agit ici de la face interne de la poche amniotique.

B: "La partie exterieure dudict  arrierefaix/ qui apparoist charneufe & tissue de grad multitude de venes."

Description de la face utérine (externe) du placenta, réputée pour son aspect spongieux, vascularisé et riche en vaisseaux sanguins (venes).

D: "Vng conduict enuoyé depuis le nombril de l'enfant iufques au col & aux aifcelles d'iceluy."

Description du cordon ombilical qui part du nombril de l'enfant en s'enroulant ici autour de son cou et de ses aisselles.

Amorous ladys .








Cette estampe de 1820 montre les amours saphiques de deux femmes surprises par leurs époux respectifs. Elle s'intitule: " Amorous Ladys, or Tete-a-Tete Exstraohnary". Elle est l'œuvre de William Heath. Cette composition est rarissime, seule l'homosexualité masculine était évoquée, bien qu'interdite, celle des femmes était ignorée.

Les deux femmes en question sont Lady Strachan, en robe jaune, et Lady Warwick en blanc. Elles s'embrassent voluptueusement assises sur un canapé.
Lady Strachan s'exclame: "Vous savez, ma chère Sarah que je vous aime beaucoup, mais je dois réserver quelques baisers pour le digne vieil amiral."
A quoi, Lady Warwick répond: "Oh! ne faites pas attention à lui, ma douce Louisa, il ne mérite pas vos embrassades et n'est bon qu'à faire les cent pas sur le gaillard d'arrière".

Les maris entrent et surprennent la scène, avec, en tête l'amiral sir Richard Strachan en uniforme de la Royal Navy, suivi par le comte de Warwick, un pamphlet intitulé "Warwick guide" dépassant de sa poche. Ces guides ou Mémoires étaient fréquents à l'époque et décrivaient les adultères et les frasques sexuelles de l'aristocratie. Le comte de Warwick détient donc un livre décrivant les scandales de la ville alors qu'il est incapable de savoir ce qui se passe sous son propre toit!

dimanche 5 juillet 2026

 Si vous pouvez deviner...





Cette estampe est une composition satirique dirigé contre le compositeur Jean-Philippe Rameau. Son auteur est anonyme, même si on lit, en bas, à gauche,  "Mas-melda" qui est probablement un anagramme.

La légende de ce dessin est: "Si vous pouvez deviner Comme On a voulu par là critiquer un grand homme."

Le dessin original, intitulé, Harmony est d'origine anglaise, l'auteur restant anonyme, gravé en 1735, à Londres, afin de ridiculiser le compositeur italien Nicola Porpora et de défendre Georg Friedrich Haendel. En 1739, un autre artiste anonyme, français, a copié le dessin original, en le dirigeant cette fois contre Rameau en modifiant les titres des partitions répandues au sol et en y ajoutant la légende en français.
Ces attaques contre Rameau ont eu lieu à la sortie de son opéra-ballet Les fêtes d'Hébé ou les Talents lyriques.
Les auteurs sont restés anonymes afin d'échapper à la censure et aux condamnations sévères relatives aux diffamations des personnalités publiques de l'époque.

Le compositeur (Rameau), coiffé d'un chapeau, est assis à califourchon sur le dos d'un homme à genoux, jouant de la flûte de Pan. Un jeune homme à gauche utilise un soufflet pour envoyer de l'air entre les fesses dénudées de l'homme à genoux. Le sens de cette scène est de prouver que la musique de Rameau est purement "venteuse" et dépourvue de profondeur spirituelle. Ce genre d'humour scatologique et grotesque était très courant dans les caricatures de l'époque.
Pour couronner le tout, un hibou , symbole de l'ignorance, est perché sur l'orgue de cabinet.