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lundi 10 août 2026

Voyeurisme. 





Estampe de James Gilray intitulée: " Sir Richard Worse-than-sly exposing his wife's bottom, o fye!" de 1782.
Sir Richard Worsley, homme politique britannique avait intenté un procès à son ami, George Bissett pour avoir entretenu une liaison adultère avec son épouse et lui réclamait la somme exorbitante de 20 000 livres. Le titre de l'estampe déforme le nom de Worsley en  Worse-than-sly qui veut dire pire que rusé. La traduction du titre en français est donc: "Sir Richard Pire-que-rusé, exposant le derrière de sa femme, oh quelle honte!".
A droite, on remarque les deux voyeurs, Sir Richard Worsley qui porte le capitaine Bissett sur ses épaules pour qu'il puisse regarder par la petite fenêtre du haut.
Lady Worsley, au centre, entièrement nue s'apprête à rentrer dans un bain circulaire situé dans un établissement de bains à Maidstone.
La servante qui apporte les linges de bains et qui commente la situation: "Good lack! my Lady, the Captn will see all for nothing" (Doux Jésus! Milady, le capitaine va tout voir gratuitement!"
Au mur figure une carte de l'île de Wight (Map of the isle of Wight), île sur laquelle Sir Richard Worsley possédait de nombreuses terres et occupait une fonction officielle. Posé à côté du chapeau de Sir Richard, un document précise: "My Yoke is Easy & my Burden light" ( Mon joug est aisé et mon fardeau est léger), parodie d'un verset de l'Evangile selon Matthieu 11.30. Mais ici le fardeau c'est le capitaine Bisett!

Le procès de 1782 opposant Sir Richard Worsley au capitaine George Bissett fut un séisme juridique et social.
A cette époque, le mari ne pouvait pas poursuivre sa femme pour adultère, mais il pouvait poursuivre l'amant de celle-ci. Cette procédure s'appelait la "Criminal conversation". La femme étant la propriété exclusive de son époux, l'adultère était donc traité comme un acte de vandalisme sur un bien ouvrant le droit à des dommages et intérêts.
Le procès Worsley a explosé cette loi. En prouvant que Sir Richard avait aidé Bissett à regarder sa femme nue, Sir Richard devenait complice de l'amant (connivance). Le jury a donc conclu que le mari dépréciait lui-même sa propre marchandise, et qu'en conséquence, elle ne valait plus rien. C'est la raison pour laquelle, au lieu des 20 000 livres réclamées le tribunal accorda à Sir Richard un shilling symbolique!
Dorénavant, un mari ne pouvait plus s'enrichir sur l'infidélité de sa femme s'il avait toléré ou encouragé ces mœurs libertines.
Un autre bizarrerie de la loi de l'époque c'est que ni Sir Richard, ni le capitaine Bissett, ni Lady Lady Worsley n'avaient le droit de témoigner ou de s'exprimer. Le tribunal se basait sur les courriers échangés et sur les témoignages des domestiques, comme la servante de l'image, qui exposaient les détails les plus crus de la vie des couples.
Le cas de Lady Worsley a mis en évidence que les femmes étaient les victimes de ce système. Ce scandale, ajouté à d'autres a permis la grande réforme de 1857, le Matrimonial Causes Act qui transfert des tribunaux ecclésiastiques vers des tribunaux civils les affaires de divorce et qui attribue des dommages et intérêts aux enfants et à l'épouse divorcée et non plus pour la poche des maris.


Au jardin des Tuileries.







Gravure de Maurice Bompard intitulée "Paris l'été- Au jardin des Tuileries." publiée dans Le Monde Illustré du 1er août 1885.

Un homme élégant, redingote et chapeau haut de forme, se penche vers une femme assise sur une chaise. Les enfants jouent autour d'eux et en arrière plan un prêtre lit son bréviaire.

Les jardins, en cette fin du XIXe siècle, comme les Tuileries, le parc Monceau, le Luxembourg sont des salons à ciel ouvert pour la bourgeoisie. On y vient pour voir et être vu, l'important étant de paraître. Les chaises payantes permettent de s'isoler pour nouer des relations mondaines ou flirter de façon socialement convenable.
Les jardins publics ont été un moyen pour le pouvoir politique de tenter de pacifier les masses populaires. En ouvrant les parcs au peuple, comme les Buttes-Chaumont, ou les bois de Boulogne et de Vincennes, l'Etat espérait que les ouvriers adopteraient les mœurs et les valeurs de la bourgeoisie en la côtoyant. Le but était d'offrir des plaisirs "sains et convenables" comme les promenades en barque, les concerts de kiosque à musique, afin d'éloigner les ouvriers des cabarets et des guinguettes politiques, foyers de révolte potentielle. Force est de reconnaître que cette entreprise n'a pas rencontré le succès escompté. Elle a toutefois permis d'aérer Paris et de satisfaire le courant hygiéniste à la mode à cette époque.

Le larcin de l'amant.




Cette gravure a été réalisée d'après un tableau du peintre britannique John Collet. Elle fut publiée à Londres en 1777 par Carington Bowles. Elle porte le nom de "The Amorous Thief or, The lover's Larceny" (Le voleur amoureux ou le larcin de l'amant). 
Assise confortablement dans son fauteuil, une femme s'est endormie en lisant un livre qui est tombé à ses pieds. Le titre du livre est: "The Agreeable Dream realiz'd" (Le rêve agréable réalisé). Le sommeil symbolise l'abandon ou une forme d'invitation inconsciente.
Un jeune officier, heureux de cet abandon, en profite pour lui dérober un baiser sur la joue. D'où le titre de "voleur amoureux". 
La servante qui referme la porte, prouvant par là même que c'est elle qui a aidé l'officier à entrer dans la pièce, regarde la bague que celui-ci lui a remis pour la remercier de son aide.
Sur la table, on peut lire une note où est écrit: "Chloe caught napping" (Cloé surprise en plein sommeil)
Un petit écureuil, animal de compagnie de l'époque, tenu en laisse symbolise la domestication des désirs et le maintien moral.

On ne connait pas l'heure à laquelle cette scène se passe, ce qui laisse place à toutes sortes d'hypothèses quant aux raisons de cet endormissement. La plupart des observateurs plaident pour une somnolence postprandiale, appelé communément "coup de barre" qui se produit après la prise de nourriture. Après un repas, le cerveau active le système nerveux parasympathique pour déclencher les opérations de digestion, provocant un afflux de sang vers le système digestif et la production de sérotonine et de mélatonine, les deux hormones du sommeil. C'est l'hypothèse la plus probable, mais elle peut être accentuée par la lecture. Le mouvement régulier de gauche à droite fatigue les muscles oculaires, et la lecture freine les clignements d'yeux, asséchant ceux-ci, les obligeant à se fermer. De plus, la monotonie et l'absence de stimuli extérieur réduisent le niveau de vigilance du cerveau, tout cela ajouté à une position confortable qui réduit le rythme cardiaque et le tonus musculaire: tout est réuni pour que le cerveau bascule dans le sommeil.
Ceci explique cela, sans doute et il est probable que ce soit grâce à ces mécanismes complexes et insoupçonnés qui se sont produits chez la dame, que le fringant officier a pu commettre son forfait.

dimanche 9 août 2026

Pornocratès

ou la dame au cochon. 




Œuvre du belge Félicien Rops réalisée en 1878, intitulée "Pornocratès".

La femme qui servit de modèle à Félicien Rops s'appelle Léontine Duluc. Rops avait pour maîtresses les deux sœurs, Léontine et Aurélie Duluc, modistes de leur état, avec lesquelles il vivait à Paris.
Le tableau représente une femme pratiquement nue, ne portant que de longs gants noirs, des bas et un chapeau à plumes, accessoires classiques de la mode parisienne à l'époque. Ses yeux sont bandés d'un linge blanc, symbolisant l'humanité suivant aveuglement les chemins du vice et des plaisirs charnels.
Elle promène en laisse un cochon à la queue dorée qui symbolise la décadence morale de la société du XIXe siècle.
Trois chérubins ailés s'enfuient, horrifiés et pleurant la perte de la pureté et de l'innocence.
Sous les pieds de la promeneuse, sur une frise en marbre sont représentés la Sculpture, la Musique, la Poésie et la Peinture, effondrés devant une telle déchéance, pleurant en se tenant la tête dans leurs mains.
La séance de pose fut éprouvante pour Léontine. Rops le reconnut plus tard dans une lettre:
" Je viens de terminer une grande étude de femme d'après mon nouveau petit modèle que j'ai eu la cruauté de faire poser par 8 degrés sous zéro, nue comme la vérité. ( L'Art rend féroce)"
Plus tard, suite à ses études, pour dessiner et peindre Pornocratès, Rops s'enferma dans une chambre surchauffée, surchargée de l'odeur entêtante de cyclamens et d'opopanax qu'il avait répandu partout et qui le mettait littéralement en état de transe. Il prétendait que cette lourde atmosphère olfactive stimulait son inspiration.

L'œuvre fut présentée au public pour la première fois, en 1886 à Bruxelles au Salon du groupe d'avant-garde Les XX et déclencha un énorme scandale. Un certain nombre de visiteurs, choqués par la nudité de la femme et la présence du cochon, exigèrent du bourgmestre de Bruxelles que le dessin soit censuré et retiré de l'Exposition. Sans s'émouvoir le moins du monde Rops répliqua: "J'ai fait la trouée dans l'hypocrisie de notre temps, voila tout."



Moi, ma femme et ma fille.






 Gravure d'Henry William Bunbury réalisée entre 1780 et 1790 intitulée "Me, my wife and my daughter"

Satire des moyens de transport de la classe moyenne à l'époque.
La semaine des amours.






 

"La Semaine des amours" est une série d'estampes de Charles Philipon réalisée entre 1825 et 1829.
Celle-ci est intitulée "Le Vendredi, accord parfait."

Malheureusement, ces estampes sont dispersées dans différents musées et seule celle-ci est numérisée! Pourquoi spécialement le vendredi et pas les autres jours ? On l'ignore.


En dessous de l'image, on distingue,
à gauche: Philipon invt. (Philipon est l'inventeur.)
à droite: Lith. de G. Fray.
Au centre: A Paris chez Ostervald l'ainé, Quai des Augustins, N° 25 et chez Martinet, rue du Coq St Honoré.

Les sept planches se présentaient de la manière suivante:

Planche 1: le lundi, les futurs amants croisent leurs premiers regards.
Planche 2: le mardi, le prétendant exprime sa flamme avec théâtralité.
Planche 3: le mercredi, les amants s'affichent au restaurant Véry du Palais-Royal, puis au théâtre.
Planche 4: le jeudi, un renversement ironique, une grisette prépare un repas.
Planche 5: le vendredi, l'accord parfait, le couple s'enlace tendrement dans un salon.
Planche 6: le samedi, premiers nuages, premières disputes, les doutes et la jalousie minent le couple.
Planche 7: le dimanche, rupture.




 La Débauche.




Gravure du Français H. David réalisée en 1657, intitulée "La Débauche" pour illustrer le "Recueil des plus illustres proverbes".

Comme souvent à cette époque, la gravure contient quantité de symboles destinés à illustrer le sujet traité. Chaque détail a son importance et véhicule une exigence morale.
Analyse de la scène:
Un groupe de personnage, réunit dans ce qui semble être une taverne, se livre à des activités contraires à la morale et la bienséance de l'époque. 
On constate d'abord le désordre des tenues, appelé le "débraillé". Au XVIIe siècle la rigueur dans la tenue reflète la rigueur de l'âme et la négligence vestimentaire celui de la négligence morale. De plus, les hommes portent de larges chapeaux ornés de grandes plumes ce qui caractérisent les "freluquets", c'est à dire les vaniteux.
Au premier plan, un homme vomit par terre suite à une consommation abusive d'alcool tandis qu'à gauche deux hommes, sous le même effet, se cherchent querelle.
La luxure n'est pas absente de la scène, puisqu'un couple s'embrasse langoureusement de l'autre côté de la table.
On distingue un chapeau gisant sur le sol, or, ne pas prendre soin de ses affaires signifiait perdre sa dignité d'homme honnête et abandonner son rang social.

La morale de cette composition est résumée par le texte rédigé en vieux français situé au bas de l'image:

" L'amour la bonne chère, les querelles, sont une certaine liaison qui les conduit comme par la main, par degrez on va de l'un à l'autre et pour ces raisons je diray que cest l'ingage du Vice & le Temple qui eft elloigné fur l'autel duquel honore Pallas celle de la Vertu... ce Perfonnage qui tourne le dos a cefte trouppe partit d'un atelier très-laid, d'horreur adressant corps en cestuy."

"par degrez on va de l'un à l'autre": c'est l'engrenage des vices: l'alcool mène à la luxure qui mène aux disputes.
"l'ingage du Vice":  Le mot ingage désigne la soumission, la dépendance.
"Pallas celle de la vertu": Pallas Athena est la déesse grecque de la sagesse et de la guerre juste. Elle symbolise la raison et la droiture par opposition aux turpitudes de la taverne.
"partit d'un atelier très-laid, d'horreur...": le personnage qui pénètre dans la taverne quitte le droit chemin pour se laisser entraîner sur les chemins du vice et s'y perdre corps et âme.

Soit en français moderne:

"L'amour, la bonne chère, les querelles, sont une certaine liaison qui les conduit comme par la main, par degrés on va de l'un à l'autre et pour ces raisons je dirai que cet endroit est le temple du Vice, et du Temple qui en est éloigné sur l'autel duquel honore Pallas celle de la Vertu."