La gaieté à l'Ecole polytechnique.
Cérémonies traditionnelles
et divertissements d'usages.
Célèbre dans le monde entier par l'incomparable valeur de l'éducation scientifique qu'elle donne à ses élèves, l'Ecole polytechnique est aussi l'une de celles qui laissent à tous ceux qui y ont passé les meilleurs et les plus profonds souvenirs d'heureuse et amicale vie en commun. Comment se traduit dans ce milieu spécial la gaieté qui, parmi les jeunes gens, retrouve toujours ses droits? Comment se forme, dans cette atmosphère de travail et de belle humeur, les liens que la vie ne dénouera pas, une intimité qui plus tard se continuera par une étroite et puissante camaraderie? En le recherchant, nous allons faire une amusante excursion au pays de la plus joyeuse et de la plus saine fantaisie.
Passer deux années dans les sombres bâtiments qui s'élèvent au milieu du lacis tortueux des vieilles rues de la montagne Sainte-Geneviève, consacrer tout son temps à des études abstraites qui demandent à l'esprit un continuel effort de concentration, être soumis à une sévère discipline, rester enfermé presque toute la semaine et presque entièrement privé de liberté, voilà, semble-t-il, d'assez dures conditions. Demandez pourtant aux anciens polytechniciens quelle impression leur ont laissé ces deux années d'école. Et tous vous répondrons sans hésiter qu'elles comptent parmi les meilleurs de leur vie, les meilleures et les plus gaies.
Regardez plutôt et voyez passer dans son uniforme correctement ajusté un des élèves de la sévère école.
Le bicorne en tête, l'épée de côté, la pèlerine élégamment jetée sur les épaules, ganté de blanc, il a dans sa démarche et dans toute son allure un certain air d'assurance juvénile et charmante*. Cet uniforme qu'il porte est celui dont toutes les mères ont rêvé pour leur fils, dès le temps qu'il était encore tout petit. Ce titre qu'il a conquis est l'un de ceux qui ouvrent toutes grandes les portes de la vie. Il a conscience de faire partie d'une école au passé et au renom glorieux, pépinière de savants, d'officiers, d'ingénieurs, et qui jouit dans le monde entier de la réputation d'être celle où les jeunes gens reçoivent l'éducation scientifique la plus forte. Non, il n'y a vraiment pas de quoi être triste.
L'Ecole polytechnique est une école où l'on travaille; elle n'est pas "l'école où l'on s'ennuie". Aussi bien la gaieté est à vingt ans chose nécessaire à l'égal de l'air et la lumière. Plus les études du futur savant demandent d'attention et d'effort, et plus il est indispensable que l'esprit se détende et qu'il réagisse.
Les polytechniciens sont des gens qui réagissent vigoureusement.
Initiation et cérémonies traditionnelles.
A vrai dire, le nouveau, le "conscrit" qui vient de franchir pour la première fois le seuil de l'Ecole, éprouve une certaine appréhension. Si les polytechniciens de jadis veulent être sincères en se rappelant leurs premières impressions, ils avoueront tous que, ce jour-là, leur état d'âme était moins voisin de l'allégresse que de l'ahurissement, un ahurissement mêlé d'une vague inquiétude.
Tous les mouvements, à l'Ecole, se font au son du clairon: c'est le clairon qui annonce l'heure des cours, le clairon qui sonne le repas, le clairon qui ramène les élèves à l'étude, langage éclatant sans doute, mais dont le sens précis ne s'apprend pas du premier coup. Aussi quel tohu-bohu! quel désarroi! L'un se rend à l'amphithéâtre au lieu de gagner la cour, l'autre croit se rendre à la visite du médecin et c'est pour le repas qu'on l'appelle! Et personne pour renseigner ces pauvres conscrits! Si encore les anciens étaient là! Mais les anciens n'entrent à l'Ecole que quelques jours après les nouveaux!
Au surplus, les nouveaux attendent les anciens sans impatience. Et l'approche de ce retour leur inspire plutôt des appréhensions assez vives. En effet, , la rentrée des anciens, c'est le début des brimades, des terribles brimades, dont la pensée hante le conscrit et trouble sa joie, depuis le jour où il a revêtu le brillant costume, objet de ses ambitions de collégien!
Elles sont pourtant bien modérées ces brimades et bien amicales. Ne vit-on pas, il y a quelques années, brimeurs et brimés se consigner volontairement pendant trois semaines, en signe de protestation, parce que l'Administration avait essayé de supprimer cette cérémonie traditionnelle, et ayant puni avec rigueur quelques anciens qui s'y étaient particulièrement distingués?
L'Ecole est militaire et mathématicienne. Impossible d'oublier ce double caractère qui va se retrouver jusque dans les premières épreuves imposées aux nouveaux.
A la pointe de l'épée! telle est la loi de la guerre! C'est en effet à la pointe de l'épée, littéralement, que le conscrit doit aussi conquérir la prune de l'amitié, la première prune à l'eau-de-vie que lui offrent ses anciens. Cette prune savoureuse, il va la cueillir des lèvres au bout de la tangente qui la lui présente, tangente est le nom que ces géomètres donnent à leur épée.
Quant aux mathématiques, elles seront représentées par quelques problèmes singuliers que les anciens poseront aux conscrits sans grand espoir, probablement, de les leur voir résoudre. On en cite de très innocents, qui remontent à des temps très antiques, celui-ci par exemple: "Trouver l'âge d'un capitaine de navire, connaissant la hauteur du mât et la vitesse de son bateau". C'est de quoi s'amusaient les polytechniciens de 1804!
Faut-il, après ces plaisanteries, parler des autres brimades? Le mérite qu'on ne saurait leur contester est qu'elles ont toujours un caractère bon enfant. Tel est par exemple le monôme.
Les conscrits, leurs vestes mises à l'envers, avec leur nom écrit en grosses lettres sur la doublure, se placent les uns derrière les autres; un ancien prend la tête et conduit le monôme, suivant des courbes bizarres. Le long serpent se déroule partout où les élèves ont le droit de pénétrer: il passe chez le coiffeur, qui est troublé par cette invasion dans ses préparations artistiques; de là, il se rend dans les salles de jeu, où les conscrits sont obligés de passer sous les billards pour rentrer dans la cour des récréations, et repartir d'un autre côté. Et pendant tout le temps qu'il dure, anciens et nouveaux chantent à tue-tête les chansons classiques de l'Ecole.
De place en place, des anciens, spécialement désignés par leurs camarades, se postent avec des pots de peinture noire, rouge ou jaune. Le conscrit qui ne daigne pas chanter, qui manifeste son mépris pour ce genre de drôleries, où trouve abusive les très légères brimades qu'il subit, ou enfin celui qui a été signalé à un titre quelconque, est immédiatement barbouillé de peinture, plus ou moins complètement, suivant la gravité de la faute.
Souvent, ce châtiment ne lui sera infligé qu'à la dernière minute de la récréation, et il devra se sauver en salle d'étude et répondre à l'appel sans avoir eu le temps de se débarbouiller: les adjudants ferment toujours bénévolement les yeux sur ces incorrections de tenue... si involontaires!
Certain jour, on substitue au monôme des courses sur le dos: les conscrits, rangés en bataille à une extrémité de la cour, doivent atteindre, par des mouvements vermiculaires, sans s'aider de leurs mains, l'autre extrémité.
D'autres fois, on fera une salade d'un effet d'habillement quelconque: quelques minutes avant la fin de la récréation, les anciens commandent aux conscrits de former le cercle, et leur font déposer devant eux leurs chaussures, leurs vestes ou leur bonnet de police. De tous ces effets ils font au centre du cercle un énorme tas et un mélange indiscernable. Au moment où sonne la dernière minute de la récréation, chaque conscrit se précipite, saisit ce qu'il lui tombe sous la main, et se sauve pour répondre à l'appel avec des chaussures dans lesquelles il danse ou qui le mettent au supplice, une veste qui l'étrique et un bonnet de police qui lui couvre la tête jusqu'aux oreilles.
L'administration se montre particulièrement sévère pour le bahutage des casernements. Il y a quelques années, un adjudant se posta durant toute une récréation à la seule porte d'accès d'une série de casernements. Deux anciens se mirent donc à grimper à la hauteur du troisième étage par le câble du paratonnerre et s'introduisirent par une fenêtre ouverte dans les casernements si bien surveillés. Ils enlevèrent sans bruit matelas et couvertures, dont ils firent une gigantesque pyramide, et repartirent par le même chemin. Quand l'adjudant, la récréation finie, entra pour faire une ronde dans les casernements, il resta muet d'étonnement et faillit, dit-on, tomber malade d'avoir été ainsi joué. Inutile de dire que le plaisir de la difficulté vaincue, la satisfaction d'avoir déployé des ruses d'apaches, ajoute beaucoup à l'attrait de ce genre de divertissement.
Paquet de vérités et volée de bois vert: la séance des cotes.
Une petite manifestation satirique et oratoire, la séance des cotes, met fin à toutes les brimades.
Le dimanche matin, les commissaires, en grand uniforme, se réunissent sur une estrade dressée dans l'amphithéâtre de chimie ou dans une salle réservée du café Soufflet. Sur le devant de celle-ci, le grand bourral (bourral est sans doute le singulier de bourreaux), une hache en carton à la main, la figure voilée d'une cagoule, se tient près d'un billot, entouré des aides-bourrals. Les conscrits sont réunis au bas des gradins, au-dessus d'eux, les anciens, en entonnant les chansons d'usage, leur lancent des bombes remplies d'eau ou des papiers enflammés. Puis le président se lève et prononce le discours d'ouverture.
Le défilé des cotes commence. On entend par là une petite allocution humoristique et satirique adressée à chaque conscrit. Certaines cotes se reproduisent tous les ans: ce sont par exemple les cotes major de tête et major de queue, la cote pose, la cote rogue, la cote géant, etc.
Le major de tête des conscrits reçoit les condoléances du major de queue des anciens: il est en effet le seul qui puisse perdre des rangs et ne jamais en gagner: on lui rappelle, en même temps, que son rang le forcera souvent à se "dévisser" auprès de l'administration pour ses camarades, et qu'il ne doit jamais hésiter à le faire; enfin il faudra qu'il se souvienne aussi que ce rang ne lui donne aucun droit sur ses camarades: tous les X sont égaux.
Au conscrit qui a la cote journal, on reproche les éloges pompeux qu'a fait de lui la feuille de chou de son pays natal. La cote rogue revient aux mauvais caractères. La cote pose revient au conscrit qui s'est vanté de son nom, de ses relations, de sa fortune. A celui-là on rappelle qu'à l'X on ne reconnait qu'une noblesse, celle des sentiments, et qu'une richesse, celle du cœur.
Le rire et la géométrie. Drôleries mathématiques.
Enfin, voici les deux promotions unies et fondues. La gaieté, dans le train-train ordinaire de l'Ecole, ne perdra pas ses droits. Mais la géométrie non plus et ses interventions imprévues ne laissent pas d'être elles-mêmes assez amusantes. Savez-vous, par exemple, comment le bicorne doit se placer sur la tête pour être à l'ordonnance? Ecoutez, c'est le code X qui parle:
Conscrit, tiens ta langue captive
Et prête à ses discours une oreille attentive!
Le bicorne, ou le claque, ou encore la frégate, doit être "tangent" au sourcil droit et le "partager mathématiquement en moyenne et extrême raison". Ne croyez pas d'ailleurs que la courbe élégante de ce célèbre chapeau soit l'effet d'un caprice. Les mathématiciens y voient "une courbe géométrique transcendantale" qui peut être représentée par l'équation:
Et quand le polytechnicien quitte définitivement l'Ecole, sa dernière joie mathématicienne sera d'effectuer le "développement" du claque, c'est à dire de le transformer en une "surface plane".
Et voilà ce que c'est qu'une application scientifique!
Faut-il maintenant rappeler qu'à l'Ecole le plancher s'appelle un géométral et s'exprime par l'équation ζ = 0, si bien que "faire ζ = 0" ou "piquer le géométral", c'est, pendant un cours, un amphi, se glisser tout doucement sous le banc et s'allonger par terre pour y dormir ou y lire son journal? Dirons-nous encore que l'élève admis à suivre les cours à titre étranger s'appelle une constante? Qu'entend-on par là? Si vous étiez géomètre, vous sauriez qu'une constante a une tangente nulle. Or, les élèves étrangers ne portent pas l'épée, n'on pas de tangente! De là leur nom.
Mais, après la géométrie, voici maintenant une aimable application de l'arithmétique. Le punch est très goûté à l'Ecole, en cachette bien entendu: car les ordres de l'autorité sur ce point sont formels. Mais ce punch, qui le paye? C'est, dans chaque salle, l'élève dont le numéro de classement se trouve un beau jour égal au nombre total des consignes encourues dans cette salle, depuis la rentrée. Au fait, pourquoi serait-ce un autre plutôt que celui-là? Et c'est ainsi que l'intempérance trouve son compte à l'observation assidue des proportions mathématiques!
Fêtes locales et joyeux anniversaires.
Les fêtes de Polytechnique ne manquent pas elles non plus, d'être assez caractéristiques. Nous ne parlerons pas de la fête du point gamma (tout le monde sait, n'est-ce pas? ce que les astronomes appellent le point gamma, et que le soleil y passe lors de l'équinoxe du printemps), parce que cette mascarade, qui a laissé chez beaucoup les plus joyeux souvenirs, n'a plus lieu à l'Ecole.
Mais la Sainte-Barbe, fête des artilleurs, ne peut pas ne pas y être célébrée. A parler franchement, la vraie réjouissance, ce jour-là, c'est la sortie supplémentaire dont elle est l'occasion.
Toutefois, si pressés que soient les élèves de profiter de leur liberté, aucun ne voudrait quitter l'Ecole avant d'avoir pris sa part de la traditionnelle et bruyante cérémonie du jour. Dans chaque salle, un peu avant midi, on prépare sur une table une pile de huit lourds tabourets, sièges ordinaires des élèves qui les composent; puis le chef de salle s'accroupit sous la table, et, au douzième coup de midi, il fait basculer la haute pyramide, qui s'écroule aux cris de "Vive l'Arti!" Il y a dans l'école, de cinquante à soixante salles d'étude; on juge du tapage! Jamais, canon véritable ne tonna si formidablement!
Une autre date joyeuse est celle de l'élection des "caissiers". Les caissiers sont deux camarades auxquels sera confiée la bourse commune destinée à payer les quelques dépenses de la promotion et surtout à venir en aide dans une assez large mesure aux pauvres du quartier. Ces élections amènent des luttes mémorables. Les affiches apposées à cette occasion sur les murs des longs couloirs sont des œuvres de la plus haute fantaisie; on en peut toutefois classer les sujets en deux catégories: les horreurs de l'administration avant l'élection du caissier à venir et les jouissances paradisiaques qu'assurera cette même élection. Ce double thème prête à de multiples variations.
Les mathématiciens sont en général de forts bons musiciens. Tous les ans, on trouve dans l'ensemble des deux promotions un nombre suffisant d'instrumentistes pour constituer un bon orchestre, qui offre un concert vers le mois de janvier au général commandant et aux professeurs de l'Ecole. Qui ne ne connait aussi, au moins pour en avoir entendu parler, le salon musical de la Trompette, où se donnent des concerts d'une exécution parfaite? C'est à un antique de la promo 1860, Emile Lemoine, que l'on doit la création et l'organisation de la Trompette, qui se compose presque exclusivement d'anciens Polytechniciens.
Une revue satirique et fantaisiste: la séance des ombres.
Mais de toutes ces fêtes, celle à qui la jeunesse polytechnicienne tient peut-être le plus est la séance des ombres. Là, en effet, se donne carrière l'imagination fantaisiste des artistes et des poètes, qui n'ont jamais manqué à l'Ecole Polytechnique. Bien entendu, de ces inventions toutes satiriques, c'est le personnel de l'Ecole qui fait les frais. Dans le grand amphithéâtre de physique, sur le tableau à projections, apparaissent tout à tour les ombres de tous les professeurs de la maison, ombres mobiles et qui représentent en perfection les tics habituels des originaux.
Pendant trois heures défilent dans l'ordre hiérarchique, le géné, le colo, les pitaines, les médecins, puis les civils: le directeur des études, les professeurs, les répétiteurs; ensuite les employés de l'administration, le bibliothécaire, le pitaine Balai, c'est le garçon chargé du nettoyage des cours, , le pitaine Printemps, c'est celui qui apporte les feuilles autographiées des amphis. D'où son nom.
L'ombre est à pied ou à cheval, généralement présenté dans un décor particulier: ce seront quelques palmiers et quelques chameaux s'il s'agit d'un capitaine colonial, un attirail d'appareils de manipulations s'il s'agit d'un professeur de physique ou d'astronomie. Le décor est quelquefois même l'objet d'allusions plus subtiles. Certain professeur de chimie aimait à répéter dans son cours que les produits dont il parlait, autrefois simplement produits de laboratoire, se fabriquaient maintenant "sur une grande échelle". A la séance des ombres, ses préparateurs étaient représentés derrière lui juchés au sommet d'une haute échelle et broyant énergétiquement.
Chaque ombre s'arrête pour dire sa chanson ou pour prononcer son discours, à commencer par le général commandant l'Ecole. Témoin cette chanson, dite du "général sapeur" qui manifeste l'éternelle et pacifique rivalité des deux armes dont les officiers sortent de l'Ecole Polytechnique:
Mes élèves, chose bien drôle,
Voudraient souvent aller au bal.
Je les en sèche, c'est mon rôle:
Mais ces gredins le trouvent mal,
Et pourtant danser c'est stupide:
Des façons d'artilleurs vraiment
Refrain
Je suis le sapeur intrépide
Dont on ne parle qu'en tremblant!
Pour les professeurs, on remplace les chansons par des allocutions comiques, reproduisant certains tours, certaines phrases de leurs cours.
Quelques-unes de ces allocutions sont restées célèbres.
Duhamel, l'illustre professeur d'analyse avait, dit-on, la manie d'invoquer à tout propos les noms des grands mathématiciens du passé, et particulièrement celui d'Archimède. Ainsi l'appelait-on lui-même Archimède. A la séance des ombres, dans laquelle il parut jadis, on lui prêta un discours qui débutait ainsi: "Je vous rappellerai d'abord ce que je vous disais dans la dernière leçon, dans la précédente, et dans les autres. Je vous ai apporté aujourd'hui une lettre d'Archimède, qui a sa plus grande importance dans l'histoire des mathématiques; la voici:
" Mon cher ami,
Je me porte bien. Embrassez Endymion pour moi.
Tout à vous,
Archimède."
Voici le laïus prêté dans une de ces séances au professeur d'histoire et de littérature, M. Perrens: "Louis XIV, messieurs, passait (hum!) agréablement des lettres aux arts, et des arts (hum!) aux langues... François 1er aimait beaucoup les brunes (hum!), les blondes particulièrement.
Alexandre VI (hum!) Borgia fut pape, en quelque sorte. D'après ses ordres (hum!), ses ennemis étaient précipités dans le Tibre, en quelque sorte, où ils mourraient particulièrement."
La séance des ombres est la dernière grande cérémonie traditionnelle de l'année; les examens de février la suivent immédiatement; puis après un congé de huit jours, chacun se met à songer aux examens de fin d'année qui seront pour les anciens des examens de sortie et d'où pourra dépendre leur vie entière.
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Pendant l'étude. Le "bahutage" est fini. Cette fois, nos futurs officiers et savants se mettent au travail pour tout de bon. |
Des liens que la vie ne dénouera plus.
Ces divertissements de grands enfants et de bons garçons ont leur utilité: ils contribuent à faire naître et à développer dans l'âme du polytechnicien l'esprit de tradition, au meilleur sens du mot, c'est à dire l'esprit de solidarité. Et la solidarité polytechnicienne est célèbre entre toutes. Sans doute, à l'école, les aptitudes diverses ont coutume de se railler réciproquement, de se conspuer. "Hure à la sape!" crient les artilleurs. "Hure à la botte!" répliquent les bigors.- Peut-être faut-il vous apprendre que hurer, c'est conspuer; que la botte se compose des aspirants ingénieurs, la sape des officiers du génie et que les bigors ou bigorneaux sont les futurs artilleurs coloniaux? Mais ces cris eux-mêmes ont quelque chose d'amical: ils sont encore la tradition. D'ailleurs ces mêmes rivaux qui se sont conspués à pleins poumons vont s'unir à l'instant, s'il le faut, afin de revendiquer pour eux tous la punition qui vient de tomber sur un camarade qui n'a, comme les autres, qu'une part de culpabilité. On citerait en pareille matière des exemples mémorables. L'école se souleva en 1814 pour venger Auguste Comte, qui y était alors élève, d'une punition qui paraissait imméritée.
En 1830, Louis-Philippe, voulant remercier les élèves de la part qu'ils avaient prise aux journées de Juillet, leur offrit un certain nombre de décorations qu'ils devaient tirer au sort entre eux. Les élèves répondirent au roi qu'ils lui étaient reconnaissants, mais qu'il ne leur semblait pas naturel que les uns fussent décorés plutôt que les autres. "Sire, ajoutaient-ils, un de nos camarades, Vanneau, est tombé sur les barricades: nous vous demandons pour seule faveur, de venir en aide à son père, humble employé au service de l'Etat."
Un sentiment qui peut se traduire de façon aussi noble ne s'oublie pas au sortir de l'Ecole. En dépit des différences d'âge et de situation, cette solidarité réunit partout ceux qui font partie de la célèbre maison. Les brimades ont contribué à la faire naître. Savez-vous, en effet, par quel discours l'ancien qui préside la séance des cotes accueille les nouveaux qui vont être ses camarades?
"En entrant ici, leur dit-il, vous étiez une foule dont les éléments étaient recrutés un peu partout, sans lien, sans homogénéité; vous ne formiez pas une promo, il vous manquait cet esprit d'égalité, de solidarité, d'union, qui fait la force de l'X, nous nous sommes efforcés de vous l'inculquer: voilà le but des brimades, but sérieux que vous ne soupçonniez pas."
Ne semble-t-il pas que, sous sa forme humoristique, le topo de ce jeune sage contienne la vraie morale qui se dégage par tant de plaisanteries dont la puérilité n'est peut-être qu'apparente?
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Médaille commémorative offerte au Président Carnot, pour le centenaire de l'Ecole Polytechnique. (communiqué par M. le Colonel de Rochas) |
Lectures pour tous, 1901, Hachette et compagnie.
* Nota de Célestin Mira:
* Polytechnicien au XIXe siècle:
* Chanson de l'Artilleur:
Cette version ne contient pas les couplets pouvant choquer les chastes oreilles.
* Chanson de Bel Alcindor:
Avertissement: Version non expurgée, aux risques et périls du curieux.






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