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vendredi 10 juillet 2026

 Le moine en privé.





Estampe de 1798 intitulée Le Moine en privé.

Lors des élections de l'an VI, les Jacobins, surnommés les Patriotes, ont remporté une large victoire. Le directoire, opposé aux radicaux fait invalider les élections pour écarter les députés élus.

La caricature représente un moine dans les toilettes (le "privé"). Tout en se soulageant, il lit une lettre:

Frère et ami
Nous sommes
dans un
vilain cas .

"Etre dans un vilain cas" signifiait "être dans la merde" au sens propre et figuré. Ce coup d'Etat est symbolisé par une colique subite, une perte de contrôle de la situation. La figure du moine, malgré la suppression des ordres religieux, reste un puissant symbole contre révolutionnaire. Cependant, le début de la lettre "Frère et ami" fait partie du jargon des clubs politiques de gauche, les Jacobins, alors que le moine est le symbole de la droite royaliste. Cette association des deux tendances dénonce les alliances contre nature destinées à truquer les élections. Le caractère scatologique est destiné à exclure de la société les opposants, à les envoyé "au privé", on dirait de nos jours "aux chiottes".
Au bas de la caricature, on distingue une écriture manuscrite: "exclusion des Patriotes des Conseils par les intrigues du Directoire  au 6.19 flor."

La mention légale précise: " se trouve dans toutes les Foires, et à Paris chez les Marchands de Nouveautés"

jeudi 9 juillet 2026

 Le médecin d'eau douce.






Gravure satirique du XVIIe siècle sans doute de Jacques Lagniet, représentant un médecin ou un charlatan soignant un malade en lui administrant de l'eau.

A cette époque, les médecins diplômés ne pratiquaient guère que des saignées et des purges. De nombreux charlatans proposaient des remèdes miracles et même de l'eau pure, pour guérir toutes les maladies.

Le texte précise:

Ce vieux reveur pour la Migraine
fieure tierce, ou fieure quartaine
et tous les maux en general
donne à boire de belle eau Claire
n'est pas un franc animal.

Il se termine pas la mention: "Lagniet ex Avec Privilege"

 La jeune villageoise 

rendue à ses parents.






Cette gravure, réalisée par Martial Deny à Paris, relate un fait divers rapporté par le Mercure de France en 1783.
On voit le Maréchal des logis Louis Gillet (dit Ferdinand), un militaire rattaché au régiment d'Ile-de-France, ramenant une jeune fille saine et sauve à ses parents, après lui avoir sauvé la vie.
A gauche, le maréchal des logis Louis Gillet vêtu de son uniforme militaire, au centre et à droite, la jeune fille émue, entourée de sa mère et de son père tenant son chapeau à la main. En bas, l'explication de la scène:

"Le Marechal des Logis remet la jeune fille entre les mains de son pere et de sa mere qui dans le transport de leur joie lui offre de l'épouser. Le brave Gillet repond qu'il lui a ete plus facile de lui sauver la vie que de la rendre heureuse a l'age de 70 ans qu'il avoit. Le Pere penetre de reconnoiffance le prie d'accepter au moins une bourfe pour prix d'une si belle action. Ce genereux Militaire lui affure que la recompenfe eft dans son coeur. Il réside actuellement a l'Hotel Royale des Invalides."

En dessous: "A Paris chez Deny graveur rue des Noyers la 2e Porte cochere a gauche en entrant par la rue St Jacques N° 34."


mercredi 8 juillet 2026

 Do you please...






Caricature anglaise de William Heath (alias Paul Pry) vers 1828. Il s'agit d'une servante d'époque Régence portant des manches gigot démesurées, un bonnet de dentelle et un tablier blanc.

Le titre: "Do you please to have your bed warm'd sir?" ("S'il vous plait, monsieur, voulez-vous que je réchauffe votre lit?") est volontairement ambigu et à connotation sexuelle. La figure de la servante "bassinant le lit" était souvent utilisée, à l'époque, pour faire des insinuations grivoises sur les amours ancillaires.

La servante tient dans la main gauche une bassinoire en cuivre ou en laiton. La bassinoire était remplie de braises prises dans la cheminée et servait à réchauffer les draps du lit. Dans la main droite, elle tient une lampe à huile, ou un bougeoir pour s'éclairer dans les chambres et les couloirs obscurs.

 Dessin d'un boudoir, 

côté canapé.







Ce dessin, de Jean- Jacques Lequeu (1757-1826), montre une femme nue, un turban sur la tête, agenouillée sur un lit à baldaquin dont la traverse inférieure est brisée.

Le lit cassé représente, symboliquement l'ardeur des ébats amoureux et l'empreinte physique du plaisir sur les choses matérielles. Pour Lequeu, le lit devient un espace transgressif dans lequel la passion doit détruire les barrières de la civilisation et de la pudeur.

Lequeu était un architecte, qui n'a en fait rien construit, et était réputé pour ces dessins très osés qu'il a légué à sa mort à la Bibliothèque Nationale de France. Compte tenu de l'aspect très transgressifs de certains d'entre eux, ils ont été placé dans l'Enfer de la BNF.

Quelques dessins "montrables" de J. J. Lequeu:












La religieuse montrant son sein.







mardi 7 juillet 2026

 Mœurs françaises

au XVIIIe siècle

deuxième suite.



Cette série d'estampes fait partie de la deuxième suite de l'ouvrage "Monument du Costume physique et moral de la fin du dix-huitième siècle" publié en 1776-1777.











































 Mœurs françaises 

           au XVIIIe siècle.

Première suite.



Cette série d'estampes gravée par Antoine Jean Duclos et terminée par François-Robert Ingouf, et divers autres, éditée en 1774, montre les mœurs et les costumes des français au XVIIIe siècle, dans la première suite de l'ouvrage "Suite d'Estampes pour servir à l'histoire des mœurs et du costume des François dans le dix-huitième siècle"





L'événement au bal.


La scène montre une méprise amoureuse lors d'un bal masqué. Un jeune homme, nommé Damis, s'agenouille pour déclarer sa flamme et baiser la main de celle qu'il croît être sa maîtresse Céphise. Cachée derrière son masque, c'est Daphné qui reçoit ses hommages.
Le poème dans le cartouche résume la scène:

Le bal fait plus d'une méprise:
L'amoureux Damis à genoux
Croit baiser la main de Céphise,
Il trouve ce plaisir bien doux;
Il l'adora pour la trahir.
Bien souvent on trouve sa honte
Où l'on croit trouver son plaisir.





La soirée d'hyver.


La scène montre un magistrat, debout, élégamment vêtu, devant deux femmes assises. L'une, Mélite, à droite, tient un écran de cheminée destiné à se protéger le visage de la chaleur du feu, l'autre, Fanny, joue avec un petit chien et lui donne la main. Le magistrat tient la main de Fanny mais il courtise Mélite discrètement.

Dans le cartouche, on peut lire:

Prêchant ce Magistrat à la tête légère,
Qui connoît moins le Barreau que Cythère,
Tendre Fanny, c'est perdre trop d'esprit; 
De vous discours sous cape il rit,
Recevant vos leçons il courtise Mélite
De vos instructions voilà comme il profite.





Le coucher.


Une jeune femme, nommée Zélis, est aidée par deux servantes pour se déshabiller avant de se coucher.

On peut lire dans le cartouche:

Les yeux chargés d'une douce langueur,
Zélis va dans le sein d'un sommeil enchanteur
Reprendre une beauté nouvelle:
Songes flatteurs on vous appelle.
On a livré pour vous aux flammes
De tendres Billets... de la discrétion!
A-t-elle tort ou bien raison?
Respectons le secret des Dames.

Les "tendres billets" livrés aux flammes sont caractéristiques de l'esprit libertin et mondain de l'époque.





Le bain.


Une dame est dans son bain lorsqu'une servante, nommée Justine entre dans la chambre:

De la Lettre ou du Chocolat
Que préfère Madame?
Ah! ma chère Justine
J'ai le cœur bien plus délicat
Plus foible infiniment, hélas! que la poitrine.

La dame préfère la lettre d'amour plutôt que le chocolat chaud.





La toilette.



Le triangle amoureux: une femme aristocrate est assise à sa table de toilette, plongée dans un livre ou un billet doux est glissé dedans. Sa servante la coiffe. Un homme très élégant est assis, sa canne à la main et jette un regard de séduction vers la femme noble et la servante. La pièce est meublée en style Louis XVI, tentures aux fenêtres, trumeau décoré sur la cheminée, miroir de toilette drapé.

Dans le cartouche, on peut lire les vers suivants:

Papillon voltigeant de toilette en toilette,
L'homme à la mode veut captiver à la fois
Et la maîtresse & la soubrette;
Et ces amants du jour se tromperont tous trois.





La promenade du matin.



Deux femmes élégantes se promènent en se tenant par le bras. Un abbé joue l'indifférence mais parle avec une bouquetière tout en les observant discrètement.

Cette scène est expliquée dans le cartouche en bas:

Belles, qui le matin d'une gaze voilées
Prenez le frais des Boulevards,
L'Amour en tapinois, est dans les contr'allées,
Qui sur vous fixe ses regards:
Un Abbé plus modeste, en baissant la paupière,
Fait croire qu'il n'y touche pas;
Mais il sait à propos gagner la Bouquetière,
Pour oser de plus près admirer vos appas.





Le boudoir.


Dans un boudoir, richement décoré, une femme s'est endormie, un livre à la main. La scène représente l'intimité et le calme du boudoir. A l'extérieur une servante est courtisé par un homme qui la prend dans ses bras.

Le cartouche précise:

N'entrez pas... de vos avantages
Ne pouvez-vous de loin, a votre aise jouir;
Du moins laissez à vos ouvrages
Le talent heureux d'endormir.





L'occupation.



Une jeune femme, Thisbé,  se détourne en abandonnant son métier à tisser, pour palper le tissu de la veste du jeune homme assis à ses côtés. Elle questionne afin de connaître l'origine de la veste. Dans le même temps, une servante arrange un bouquet de fleurs.
Dans le cartouche, il est précisé:

Cette Veste, où le goût a mis son art galant,
De l'Amour est-elle un présent?
Non, Charmante Thisbé, je n'ai point de maîtresse:
Mais j'ai devant les yeux un objet séduisant
Qui me fera connoître la tendresse.




La visite inattendue.


Soupçonnant son amant de libertinage, Chloris lui rend une visite surprise. A force de caresses et de compliments, l'homme tente de la retenir. Cependant la porte qui donne dans une autre pièce s'est refermée sur une robe, celle de la maîtresse qui s'est réfugiée dans cette pièce. Le chien, que ce pan de robe intrigue, le mord à pleines dents et s'arc-boute pour le tirer à lui.
 
Le quatrain dans le cartouche précise:

Votre indiscrétion, funeste à tous les deux,
Dans votre sein, Choris, va jeter les allarmes:
Du tendre amour quels que soient tous les charmes,
Il doit avoir un bandeau sur les yeux.





Les confidences.



Deux femmes, Julie et Iris,  sont assises côte à côte sur un canapé. Julie montre un petit portrait miniature dans un médaillon prouvant l'infidélité de son amant.

Dans le cartouche:

Iris, dans le portrait que lui montre Julie,
Voit d'un amant chéri toute la perfidie:
Gardez vos jeunes cœurs de telle confidence,
Songez que le plaisir n'est qu'une douce erreur.
L'illusion fait seule & bonheur & constance
Amis, amans tout est trompeur.





Le lever.

Le matin, deux servantes ouvrent les rideaux du lit suspendus à un baldaquin pour faciliter le lever d'une femme noble.

On peut lire dans le cartouche:

Tu chasses le plus doux sommeil
Par des songes charmants mon ame étoit flattée;
Je détesterois mon réveil,
Si tes caresses, Galathée,
En continuant mon délire,
Ne consoloient mon tendre coeur:
Est-ce plaisir, est-ce martyre?
Ah, je ne sais, mais j'aime mon erreur.




La promenade du soir.


Dans un jardin, un homme offre un bouquet de fleurs à une dame sous les regards d'une chaperonne et d'un lévrier.

Le texte du cartouche met en garde les jeunes femmes contre les dangers de la séduction:

Jeunes beautés qui fuyez l'esclavage,
Vous pouvez écouter des propos séducteurs;
mais d'un bouquet n'acceptez point l'hommage,
Souvent l'amour s'est caché dans les fleurs




Suite d'estampes pour servir à l'histoire des mœurs et du costume des François dans le dix-huitième siècle, première suite, Editeur Jean Barbou, 1774-1775.