Les lorettes.
Part IV
Le nom de lorette est apparu sous la Monarchie de Juillet (1830-1840). Il désigne une femme indépendante qui vit des largesses de ses amants. Ce surnom vient de l'église Notre-Dame de Lorette et de son quartier en pleine construction à l'époque. Les propriétaires proposaient des loyers bas afin qu'elles "essuient les plâtres" ce qui attirait les lorettes..
Alexandre Dumas distinguait trois catégories de femmes de ce genre, les grisettes associées aux étudiants du quartier latin qui vivaient d'aventures mais conservaient un travail, les lorettes qui vivaient uniquement de leurs charmes en ayant plusieurs amants, appelés des "Arthurs", qui se partageaient les factures et enfin les courtisanes ou demi-mondaines qui n'avaient qu'un seul amant à la fois, mais richissime.
Les gravures sont de Gavarni ou de Damourette.
"Joli petit animal qui dévore en quinze jours une prairie dont cinquante vaches ne seraient pas venues à bout en un an."
Métaphore agricole pour désigner les dépenses somptueuses en vêtements et bijoux d'une Lorette capable de ruiner son amant en quinze jours.
" J'hérite, ma chère... un oncle, un vrai, qui me laisse des rentes. Ça va ma paraitre joliment farce de dépenser de l'argent à moi..."
" - C't homme-là, ma chère, un vrai caniche, c'est fidèle...
- Et ça rapporte."
" - Regardez-les passer belles de jeunesse et d'impudeur, toutes couvertes de dentelles et d'or: et personne dans cette ville corrompue ne s'élève contre cette honte! personne ne trouve mauvais que ces infâmes étalent au grand soleil le spectacle de leur luxe insolent!... Nation dégénérée, Français de la décadence, qu'avez-vous fait à la vertu de vos pères?...
- Et les abonnées avalent ça?..."
La caricature ne dénonce pas la libéralité des mœurs mais l'hypocrisie de la presse et la naïveté des lecteurs (les abonnés). Damourette montre que les journaux ne s'indigne de la décadence de la société que pour mettre en avant des situations scandaleuses qui font vendre, et que les lecteurs consomment avec une passivité désolante.
" - Et quand je songe que je regrette le temps où Edouard me fichait des tripotées dans sa mansarde!...
- Ça, ça ne fait pas l'éloge des agents de change!..."
Cette caricature est une attaque contre les agents de change, constituant la bourgeoisie financière de l'époque. Les agents de change, de par leur fortune, sont les nouveaux protecteurs des Lorettes, capables de leur offrir le luxe et le confort matériel mais ils sont profondément ennuyeux et froids. Le luxe bourgeois est si monotone qu'il leur fait regretter la misère bohème d'autrefois.
" - Si je te disais que je t'aime assez pour ne jamais rien te demander, mon loup, qu'est-ce que tu croirais?...
- Que tu vas me demander quelque chose..."
" - Prenez garde, madame Ribochet, je ne suis pas plus bête que j'en ai l'air... une femme ne me tromperait pas pendant deux jours sans que je m'en aperçoive.
- Menteur!... "
"Faire sa tête" signifie prendre des grands airs, "carotter" en argot signifie escroquer. Ce couple, malgré leur luxe apparent ne font ni partie de la noblesse, ni de la bourgeoisie historique. Ce sont des parvenus qui suscitent le mépris de ces deux femmes du peuple.
" T'as bien tort, mon enfant, de jeter comme ça tout ce qu'il y a par la fenêtre... garde-toi au moins d'quoi-z'-avoir du tabac sur tes vieux jours!"
" - Mille pardons, mon cher, j'ai oublié ma bourse, auriez-vous la bonté de payer ma voiture qu'est en bas?...
- C'est une bagatelle, vous devez?...
- Un mois, trois cent soixante-deux francs, vous ajouterez ce qu'il vous plaira pour le cocher."
- Et la totalité de ses habits."
" Cette nuit, monsieur, j'ai rêvé que vous aimiez une autre femme... cela m'a fait mal, Henri, cela m'a fait horriblement mal!...
" Vous ne seriez pas gros comme cela, Edouard, si vous m'aimiez autant que je vous aime."
" - Et combien qu'ça t'rapporte, m'sieu le caricaturiste, de te moquer des femmes?
- Quatre ou cinq mille francs.
- Peuh! Ça nous rapporte plus, à nous, de nous moquer des hommes..."









