Affiches.
Part III
Affiche d'Henry Gerbault de 1895.
Une nourrice, en train d'allaiter s'est endormie. Le bébé montre du doigt la tasse de chocolat tandis qu'un chat noir se régale et qu'un chien tente d'atteindre la tasse.
A la fin du XIXe siècle, la société était obsédée par l'hygiène et la natalité et donc l'allaitement naturel. Henry Gerbaud renverse ce consensus avec audace en montrant le bébé, le chat et le chien, profitant du sommeil de la nourrice, choisir le produit industriel plutôt que le lait naturel.
La maison Carpentier fondée en 1853 à Clichy a reçu plusieurs médailles d'or lors d'Expositions diverses. La marque n'a survêcu que grâce à cette affiche et le goût de ses chocolats a disparu à jamais.
Affiche de Jules Chéret, hiver 1894-1895, pour un bal étudiant.
Le bal avait lieu dans la salle Bullier attenante à la Closerie des Lilas. Les étudiants s'y retrouvaient pour danser le "Chahut-Cancan" (à l'origine cette danse s'appelait le "Chahut"), une danse acrobatique et frénétique, ancêtre du "French-Cancan". Le fondateur de la salle, François Bullier, fit planter, en 1847, plus de mille pieds de Lilas pour créer un jardin d'été qui fut à l'origine du nom de "Closerie des Lilas". Le succès fut immédiat, les étudiants, les artistes et la bourgeoisie s'y retrouvaient pour danser au milieu de vitraux colorés et d'un éclairage composé de milliers de lampes à gaz en verre.
Affiche de Ferdinand Mifliez, dit Misti, en 1895.
Un couple de citadins à vélo échappe à un gendarme essouflé pour des raisons inconnues. La femme est particlièrement mise en valeur sur l'affiche et ceci n'est pas seulement un choix esthétique. En effet, le vélo a joué un rôle fondamental dans l'émancipation des femmes à la fin du XIXe siècle, modifiant en profondeur les codes vestimentaires et sociaux de l'époque.
Autonomie vestimentaire:
- Fin du corset: Les vêtements traditionnels rendaient la pratique de la bicyclette dangereuse et même impraticable.
- Adoption des "bloomers": Le bloomer est un pantalon bouffant qui a remplacé les jupes longues, lourdes et encombrantes.
- Réappropriation du corps: Le vélo, en tant que sport a permis aux femmes de développer leur corps et leur force, pratique découragée autrefois.
Autonomie spatiale:
- Fin du chaperon: au lieu des sorties encadrées, le vélo a permis aux femmes de se déplacer seules et plus loin.
- Essor d'une mixité sociale: La pratique du vélo a favorisé les rencontres hors du cercle familial et des salons.
- Accès à l'espace public: la circulation dans les rues n'était plus réservée aux hommes.
Autonomie politique:
- Arme féministe: les suffragettes ont massivement utilisé le vélo pour leurs campagnes et la diffusion de leurs idées.
- Reconnaissance historique: Susan B. Anthony a dit: "Le vélo a fait plus pour l'émancipation des femmes que n'importe quelle autre chose au monde."
- Indépendance économique: Le vélo a permis aux femmes de se déplacer de façon autonome pour pouvoir travailler à l'extérieur.
Affiche du belge Henri Privat de 1896.
L'affiche proclame "Cabourg à 5 heures de Paris" par la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest. C'était légèrement exagéré, le trajet moyen prenait entre 6 et 7 heures, mais il fallait séduire le parisien en lui vantant une destination rapide pour le week-end.
Au XIXe siècle, les costumes de bain était très couvrant. Or Henri Privat choisit de montrer une rousse plantureuse habillée d'une tenue légère presque transparente, dont les seins apparaissent au gré des vagues. Derrière elle, on voit les têtes de six hommes, à la mine réjouie et à la moustache frétillante. Les hommes à cette époque caressaient l'espoir secret de pouvoir admirer les formes des jolies femmes dans les vagues. Ces six gaillards égrillards à la poursuite de la naïade à peine voilée, était un argument supplémentaire pour convaincre les hommes de faire le voyage afin de profiter pleinement du paysage.
De nombreuses rumeurs ont circulé quant à l'identité de la femme rousse. Certains ont voulu y voir Emillienne d'Alençon, célèbre danseuse de cabaret et courtisane, d'autres affirmaient que c'était la propre femme d'Henri Privat, Madeleine Brown, surnommée Madelon, qui avait servi de modèle. Le mystère reste entier.
Affiche de Théophile-Alexandre Steinlen de 1894.
Cette affiche a été réalisé par Steinlen pour son ami Maurice Quillot propriétaire de la laiterie de Montigny-sur-Vingeanne en Côte d'Or. La petite fille buvant du lait et admirée par ses chats est la propre fille de Steinlen.
Il s'agissait de promouvoir un produit novateur alors peu répandu, le lait pasteurisé présenté comme plus sain que le lait ordinaire.
Affiche de Lucien Lefève de 1895.
En 1895, la fée électricité commençait juste son oeuvre en éclairant les grandes avenues et les grands boulevatds parisiens. Le nom d'Electricine n'a rien à voir avec l'électricité, il s'agit d'un stratagème pour se défendre d'une concurrence redoutée. C'était en fait de l'huile de pétrole de sécurité, hautement raffinée, une huile de luxe.