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lundi 24 août 2026

Soumission.











Enluminure issue de "l'Histoire de Grisélidis"  du XVe siècle.

On voit une homme tirer une femme à terre par les cheveux. Sa robe est retroussée laissant voir ses mi-bas. Cette image est souvent considérée comme une scène de violence conjugale. La vérité est plus complexe et difficile à comprendre de nos jours.
D'une manière générale, il est vrai qu'au moyen âge, la coutume et la législation tolérait ce qui était appelé dans le droit la "correction modérée" des épouses par leur mari. Mais il ne fallait pas dépasser les limites fixées pas la coutume. S'il s'avérait que la femme était blessée ou si le mari mettait sa vie en danger, elle pouvait recourir à la justice, seigneuriale, ecclésiastique ou royale pour demander une séparation de corps.

Pour en revenir à l'enluminure, elle évoque le mythe de Grisélidis, une jeune femme pauvre mariée à un noble nommé Gualtieri. Le mari ne bat pas sa femme par colère,  mais il teste sa patience et sa fidélité. Afin d'éprouver sa soumission, il lui fait subir des tortures psychologiques et physiques. Grisélidis supporte tout sans se plaindre. Cette histoire de Grisélidis est largement inspirée par la dernière nouvelle du Décaméron de Boccace du XIVe siècle, traduite en latin par Pétrarque, puis diffusée dans toute l'Europe.
Au moyen âge, cette scène n'est pas perçue comme une scène de violence mais comme la preuve de l'obéissance de l'âme chrétienne à Dieu. Evidemment, à notre époque, on a du mal à comprendre de tels comportements. Christine de Pizan aussi avait un peu de mal. C'était la première femme de lettre et sans doute la première féministe. Elle traite du mythe dans son ouvrage, la "Cité des Dames" de 1405. Tout  en louant la force morale de Grisélidis, elle ne glorifie pas la soumission et condamne la cruauté du mari.

La femme semble souffrir de calvitie frontale. Il n'en est rien. Au XVe siècle, la mode chez les femmes nobles est de se raser ou de s'épiler très haut le front, parfois avec du sang de grenouille ou de préparations à base de chaux. Un grand front dégagé était le summum de la mode à cette époque.
Le malin piégé.








 


Gravure britannique des années 1760-1780 intitulée "The Knowing one Taken in" (L'expert attrapé ou le malin piégé).

Un homme mûr se prend pour un séducteur habile (knowing one). Il enlace une marchande d'huîtres et tente de l'embrasser sur la joue. La jeune femme joue les innocentes et va probablement lui faire les poches.

Un texte, en bas de l'image, en anglais du XVIIIe siècle, commente la situation:

À gauche :
"What signifies the stood a Pout
So it allays the Appetite
And doubtless ruddy Oysterminx,
May please as much as soft Melinda."
À droite :
"Right says the Blade they both are equal,
And so they are, but Mark the Sequel,
For while he thinks her pieces Prize
She gets the Coatpant to the Fire."


Traduction

À gauche :
« Qu'importe la mine boudeuse
Pourvu que cela apaise l'Appétit
Et sans doute que la rougeaude souillon aux huîtres,
Peut plaire autant que la douce Melinda. »
À droite :
« Le gaillard dit vrai, elles se valent toutes les deux,
Et c'est bien le cas, mais attendez la suite,
Car tandis qu'il pense savourer ses morceaux choisis,
Elle lui pique sa bourse au coin du feu. »



Dans la partie de gauche, l'homme se console de courtiser une simple marchande d'huîtres (une oysterminx, c'est à dire une souillon aux huîtres) au lieu d'une femme de la haute société pour satisfaire ses besoins sexuels (l'Appétit).

Dans le Londres géorgien, les marchandes d'huîtres étaient célèbres par leur franc-parler, leur vulgarité et leurs méfaits. Elles arpentaient les tavernes et les quartiers malfamés de Covent Garden pour vendre leurs huîtres en servant de couverture à des pickpockets ou en volant elles-mêmes. A la vue de la scène, tout anglais comprenait que l'homme n'avait aucune chance.
D'autant que l'on aperçoit, pendu à la ceinture de la vendeuse, un couteau à huîtres de l'époque qui pouvait s'avérer redoutable. La femme était peut être ravissante mais elle pouvait se révéler tranchante et dangereuse. Et ce, même si, en argot londonien ouvrir une huître était une image sexuelle explicite.

Ces gravures étaient collées sur les murs des tavernes et des maisons closes pour servir d'avertissement aux clients.




Correspondance.







Toutes les gravures sont de Gavarni et sont issues de la série "La Boîte aux lettres" produite entre 1837 et 1839.






L'image met en scène deux jeunes modistes, l'une lisant une lettre, l'autre en écrivant une, sur leur lieu de travail reconnaissable aux chapeaux suspendus.

La lettre qu'on lit (à gauche):

Je vous attendrais
à la grande Chaumière
Derrière les Robertmans
Dimanche à l'heure que
vous m'avés dit, s'y vous
manqués l'on que vous aim
Disesperrera.

La Grande Chaumière, située boulevard du Montparnasse, était un des bals les plus célèbres des années 1830. C'était un lieu de rencontre et de séduction où l'on dansait le chahut et le cancan. Les Robertmans devaient être un bosquet sombre du jardin ou un endroit précis isolé du bal.

La réponse qu'on cachette (à droite):

Monsieur
je suis au désespoir de qui
 je ne pourrai m'exposer de près de vous
de puix deux jours je suis obli
gai par un malle de genout que
me force de garder le lit au
moyen de quoi mon cher jetes
obligai de me priver du
plesif il faut espoirer que
cela vat si quairir.

La jeune femme feint la maladie pour annuler un rendez-vous.

Gavarni s'est inspiré de la phonétique réelle des classes populaires, notamment de ces jeunes ouvrières, réputées pour leur liberté de mœurs, et leur argot qui, si elles apprenaient à parler correctement, écrivaient "comme elles entendaient". "Un malle de genout" ou "si quairir' (se guérir) faisaient partie des fautes classiques que la bourgeoisie moquait en fustigeant l'illettrisme populaire.





Un dandy lit une lettre tandis qu'une femme lui fait des papillotes pour lui friser les cheveux.

Texte de la lettre:

"J'ai ta lettre chérie, ô mon Ernest, je la relis vingt fois par jour et la moitié de mes nuits. Qu'il est doux de pense que tu es bien instruit de la mienne comme d'aucune autre; préserves les choses les plus vulgaires!
Signé: Elise.

Légende: Ernest s'en fait des papillotes.

Elise, sincèrement éprise, déclare sa passion et pense que ses lettres seront conservées précieusement. En réalité, Ernest s'en fait des papillotes! Les papillotes étaient des morceaux de papier dont on se servait pour friser les cheveux. On utilisait tous les papiers disponibles, vieux journaux, pamphlets, et pourquoi pas, les lettres d'amour d'Elise. 
Cette gravure eut un grand succès puisque l'expression "s'en faire des papillotes" est passée dans le vocabulaire commun pour signifier qu'on se moquait d'une chose.






Une femme, d'un milieu modeste, s'applique à écrire une lettre d'amour et de reproche sur une table de cuisine, après avoir poussé le lapin mort qui l'encombrait.

"... peut-être en ai-je trop dit mon excellence et doit mon cœur notre changement de conduite et puis quel que jour je m'étonne d'avoir donc à voir la complaisance de m'en donner l'explication je n'est pas d'ailleurs mérité de ne pas avoir de réponse cette pour quoi j'olle espérer que vous vouderez bien m'en faire une quel quelle soit pour quoi vous aije vue troubler mon repos et ma ségurité.
je suis avec estime et amitié."







L'écriture cursive, utilisée au XIXe siècle dans les lettres d'amour, est difficile à déchiffrer. Cette fois-ci, il s'agit d'une lettre de rupture.

"Monsieur,

Malgré que je sois sans expérience, je n'ai pas l'habitude de servir de bouffon, je trouve que le rendez-vous d'hypocrite n'est pas délicat et pour l'enterrer d'une manière digne, je me trouverai avec vous pour éviter tout éclat.
L'honneur me l'ordonne, la plus suprême, je vous salue, 
Eugénie."





Une jeune femme, ne sachant visiblement pas écrire, utilise les services d'un écrivain public, qui demeure imperturbable sous la dictée de sa lettre d'amour passionnée.

" Je prends la plume d'une main tremblante... mon Julien! Mes larmes me troublent les yeux, je ne sais si vous pourrez me lire..."







 
Trois cavaliers, en tenue du XIXe siècle sont arrêtés sur leurs chevaux. L'un d'entre eux lit une lettre, en la faisant visiblement partager à ses amis:

"Vous avez le secret de ma vie... ô mon Alfred adoré, vous ne le trahirez pas? -Du château de Montgomery. 7 juillet."








Un sabotier est en train de rédiger une lettre de réclamation à l'orthographe très personnelle.

Monsieur, Je me suis présenté avec de mes voisin au randéz vous l’heure dite il nia que l’tambour qui se proménait mais comme nos billet porte la grande tennu moi la mien a bisser og m’a trouvé bon comme cela dans le temps D’ailleurs il m’est ossi inposible de mabilér comme de prendre la lune avec les dens il bien étonant que ces toujours au boutique et Artisans qui n’ont riu a perdre que l’on comende garde tandis que des propriaitaire en fir Deme qui ont 22 24 et 28 Ans sur la rondinuance ne sous pas mème suo ou cun controle
la que vous trouverez des gent qui ont le moyin de s’abillér sant s’ablegemi mais n’et petit messieu aimeu beaucoup mieux leuro parti de Campagne il admerais bieu legardant les y sarais és béfaites il ne regarderais pas son sak a la depeute maiz couchez la Corde garde sa leur samble trop d’av er epandants ces pouruer et leur propriéti’s plutot que dorachéz un homme de sa boutique qui travaille comme un kacharre pour faire face a tous es perdre 2 jour et sou upou tandis que l’autre livre au seig de la Mau – lesse a deplessir landis que nous le gardons


Cette lettre est écrite en phonétique de l'époque:

  • « randéz vous l'heure dite » → rendez-vous à l'heure dite.
  • « il nia » → il n'y a.
  • « la mien a bisser og m'a trouvé bon » → la mienne a baissé [de qualité], on m'a trouvé bon comme cela.
  • « ces toujours au boutique » → c'est toujours aux boutiquiers.
  • « en fir Deme » → en ville de même / de même.
  • « la rondinuance » → la ordonnance / la ronde.
  • « suo ou cun controle » → sous aucun contrôle.
  • « le moyin de s'abillér sant s'ablegemi » → le moyen de s'habiller sans s'obliger (sans se priver).
  • « leuro parti de Campagne il admerais bieu legardant les y sarais és béfaites » → leurs parties de campagne, ils aimeraient bien les gardes, ils y seraient à leur aise.
  • « comme un kacharre » → comme un gâcheur / comme un acharné.
  • « livre au seig de la Maulesse » → livrés au sein de la mollesse.


 


dimanche 23 août 2026

Olympia.









 
Qui ne connait pas ce célèbre tableau d'Edgard Manet, appelé "Olympia" crée en 1863  et exposé au Salon de Paris en 1865 ?

Ce chef-d'œuvre est considéré comme un des monuments fondateur de l'art moderne.
Lors de l'Exposition, il a provoqué un scandale énorme. D'abord parce qu'il pastiche la Venus d'Urbino du Titien, ce qui en soit est déjà une provocation. Mais aussi et surtout parce qu'il a remplacé la déesse mythologique par une courtisane, renvoyant le nu académique au commerce sexuel. Evidemment, tout à droite, le chien du Titien, symbole de fidélité, a été remplacé par un chat. Le chat ou la chatte, dans l'argot parisien de l'époque, comme de nos jours d'ailleurs, faisait référence au sexe féminin. Alors peindre un chat, à la queue dressée et au poil hérissé sur le lit d'une courtisane, les bourgeois parisiens ont tout de suite compris.
La fureur du public était telle que les organisateurs du Salon de Paris ont dû engager deux gardes armés à plein temps pour assurer la sécurité de la toile. Les visiteurs, déchaînés, tentaient de trouer ou de lacérer la toile à coups de canne ou de parapluie.
Les organisateurs ne pouvaient pas décrocher la toile sans se désavouer, mais ils l'ont déplacée. Ils l'ont accrochée au dessus d'une porte, tout en haut du mur afin de la mettre hors d'atteinte de la foule. Par dépit, les visiteurs la comparait à une "immense araignée au plafond".
Après la mort de Manet, un collectionneur américain voulu acquérir Olympia. Mais refusant de voir ce tableau quitter la France, le peintre Claude Monet lança en 1889 une souscription publique qui rapporta 20 000 francs. Il l'acheta à la veuve de Manet et l'offrit à l'Etat français. Il est conservé aujourd'hui au Musée d'Orsay à Paris.

Il nous faut à présent parler des personnages.

D'abord la servante noire. Elle s'appelle Laure. Les critiques ne se sont guère intéressés à elle et l'on aurait rien su d'elle si, en 2019, lors de l'Exposition "Modèles noirs" au Musée d'Orsay, les travaux de Denise Murrell ne nous étaient pas parvenus.
Elle nous apprend que Edgard Manet a rencontré Laure fortuitement dans la rue en 1862. Il fut séduit par sa prestance et l'invita à passer à son atelier rue Guyot. Dans ses carnets, Manet note: "Laure, très belle fille noire." On apprend que Laure habitait au 11 rue de Vintimille, au troisième étage , dans le 9ème arrondissement de Paris. Elle faisait partie de la première génération de la communauté noire libre de Paris, depuis l'abolition définitive de l'esclavage dans les colonies françaises, en 1848. Pour survivre, elle cumulait les emplois de lingère, couturière et domestique.
Laure apparaît sur trois toiles de Manet. Outre Olympia, elle est présente sous les traits d'un nourrice dans le tableau "Enfants aux Tuileries" et sur un portrait intitulé "Le Portrait de Laure" anciennement nommé "La Négresse".

Parlons à présent d'Olympia. Vers 1860, le nom d'Olympia était un pseudonyme courant chez les prostituées. L'orchidée rouge dans les cheveux et le ruban noir autour du cou viennent renforcer la nature de ses activités.
Elle fixe de son regard froidement le spectateur, sans aucune pudeur, le mettant dans la position inconfortable du client et face à ses turpitudes, ce qui a participé à la fureur des bourgeois.
Elle s'appelle Victorine Meurent. C'est aussi elle qui figure dans "Le Déjeuner sur l'herbe". C'était une jeune fille du peuple surnommée par les artistes de Montmartre "La Crevette" en raison de sa petite taille et de sa silhouette menue. Mais surtout, c'était une rousse flamboyante au teint très pâle.
Si elle posait volontiers, elle gagnait sa vie en jouant du violon et de la guitare dans les rues et en chantant dans les cafés-concerts. Victorine n'était pas du genre a rester dans l'ombre. Elle décide de prendre des cours de dessin à l'Académie Julian. En 1876, elle présente son Autoportrait au Salon de Paris. Son tableau est accepté alors que toutes les toiles de Manet cette année-là sont refusées.
Son portrait dans Olympia et aussi dans le déjeuner sur l'herbe, l'on fait ignorer des critiques. Les biographies officielles prétendaient que Victorine Meurant avait sombré dans l'alcoolisme et la prostitution et qu'elle était morte dans la misère noire. Ces biographies étaient écrites par des critiques puritains, incapables d'admettre qu'une femme ayant posé nue pouvait réussir dans la vie. L'historienne de l'art, Eunice Lipton a prouvé qu'elle était morte à l'âge de 83 ans. Elle a passé les vingt dernières années de sa vie à Colombes, en banlieue parisienne avec une amie Marie Dufour, en donnant des cours de musique et de peinture.
Victorine Meurent exposa régulièrement au Salon de Paris entre 1876 et 1904. Mais la plupart de ses œuvres ont été perdues. 





"Le jour des Rameaux", sa peinture la plus célèbre, disparue depuis plus d'un siècle et retrouvée en 2004.




Autoportrait exposé en 1876.

Le destin des autres œuvres de Victorine fut funeste. Après sa mort en 1927, Marie Dufour a conservé précieusement sa maison, ses œuvres et ses ateliers. Mais à son décès en 1930, tout fut liquidé. Des témoignages des voisins ont révélé que toutes ses toiles empilées, ses dessins et même son étui à violon ont été brûlés dans un feu de joie par les exécuteurs testamentaires à cause d'une ignorance crasse.




Victorine, Louise, Meurent



Au delà du talent de Manet, il m'a semblé important de rendre hommage à Victorine.
Tests de grossesse.








De tout temps, la crainte ou l'espoir d'une grossesse a agité l'humanité. Attendre que le ventre de la femme s'arrondisse au delà de la normale n'était pas une solution, et des moyens divers et variés ont été imaginés afin de pouvoir bénéficier d'un diagnostic précoce.

Peut-être que le plus ancien test connu nous est parvenu de l'Egypte ancienne. Il était très simple. En 1350 avant JC, les femmes désirant connaître leur état devait uriner sur des graines de blé et d'orge pendant plusieurs jours. Si le blé germait, c'était une fille. Si l'orge germait, c'était un garçon. Si aucune des deux ne germait, elles n'étaient pas enceintes.

Hippocrate, le célèbre médecin grec et père du Serment , proposait une solution plus originale,


  


Le test de l'oignon. En quoi consistait-il? La femme qui soupçonnait une grossesse, devait s'introduire un oignon à forte odeur dans le vagin avant de se coucher. Le matin, au lever, si son haleine sentait l'oignon, elle n'était pas enceinte. Hippocrate pensait que si le femme était enceinte, l'utérus était fermé et donc empêchait à l'odeur d'oignon de remonter jusqu'à la bouche, ce qui tendrait à prouver que ses notions d'anatomie étaient assez approximatives.

Plus récemment, on trouve dans "L'Evangile des Dames" une autre recette. L'Evangile des Dames appelé aussi "l'Evangile des Quenouilles" est un recueil de savoirs populaires et de remèdes transmis oralement par des femmes âgées qui racontaient leur savoir lors de veillées, tout en filant leurs quenouilles, vers 1495. On qualifierait aujourd'hui ces conseils de remèdes de bonnes femmes. Dans toutes ces recettes, on trouve un moyen de connaître si une femme est enceinte: on prend une bassine dans laquelle on met une clé ou un loquet, l'objet reste imprécis, et on demande à la femme concernée d'uriner dedans. On laisse mijoter trois à quatre heures, puis on vide l'urine. On retire ensuite la clé ou le loquet, si l'empreinte de l'objet est présente dans la bassine, c'est bon, la femme est enceinte. 

Puis vinrent "les prophètes de l'urine" au XVIe siècle. 




Ces "spécialistes" prétendaient tout savoir en examinant la couleur des urines et même son goût (utile en cas de diabète). Certains allaient même jusqu'à mélanger les urines avec du vin.





Nous sommes en 1826. Un médecin examine les urines de la jeune fille en pleurs. Aucun doute, il aperçoit dans la fiole la silhouette d'un bébé miniature. La jeune fille est enceinte. La mère, pointe du doigt la fiole pour mieux morigéner sa fille. Elle est furieuse en imaginant le scandale familial. Derrière la porte, l'amant, piteux, se cache.

Jacques Guillemeau, médecin de son état au XVIe siècle prétendait que l'on pouvait deviner une grossesse en regardant les yeux de la personne concernée. D'après lui, dès le deuxième mois, la femme enceinte présente des yeux enfoncés, des pupilles rétrécies, des paupières tombantes et des petites veines gonflées au coin de l'œil. Mais s'il travaillait sur l'œil, il ne travaillait pas à l'œil.

En 1836, un médecin français remarque que vers la sixième semaine, le col de l'utérus, les lèvres et le vagin peuvent prendre une teinte bleu foncé ou rouge violacé à cause de l'augmentation du flux sanguin. L'idée fit son chemin puisque lors de l'American Gynecological Society en 1886, James Read Chadwick la reprit à son compte pour lui donner son nom, le "signe de Chadwick". Goodell,  lui aussi avait  son signe, le ramollissement du col de l'utérus. Mais d'autres ne se livraient pas à de telles explorations et se contentaient de tâter le pouls au niveau des carotides, un pouls rapide et bondissant ne trompant pas.

En 1920, apparut le "test du lapin" qui consistait à injecter de l'urine des femmes dans une lapine. L'urine d'une femme enceinte provoquait le développement des ovaires chez les lapines immatures grâce à la présence d'une hormone spécifique dont je tairai le nom. Les résultats du test étaient annoncés simplement: le lapin est mort! signifiait que la dame était enceinte. En réalité, tous les lapins mouraient après cette injection, vu que les médecins examinaient les ovaires de l'animal après les avoir extraits.
On a aussi utilisé, les grenouilles et des crapauds avec la même méthode et en observant leurs pontes.
Il fallut attendre les années 1970 pour disposer d'une méthode simple et fiable à domicile. L'outil, appelé "Predictor" inonda les USA et l'Europe en 1977 après une expérimentation au Canada. Il nécessitait des précautions d'emploi mais était fiable à 97%. Cependant, il dû faire face à de fortes résistances venues des autorités et des médecins, certains médecins craignant que les femmes soient trop hystériques pour gérer le résultat seules!