Les cosaques à Paris.
En mars 1814, après la défaite de Napoléon 1er, les cosaques de l'armée Russe entrent et occupent Paris.
La propagande impériale avait dépeint les cosaques comme des barbares sanguinaires, des sauvages incultes et des mangeurs d'enfants. Les Parisiens s'attendent au pillage et aux meurtres. Mais l'occupation se déroula sans exactions majeures, les parisiens découvrirent des hommes fiers mais curieux de la civilisation occidentale et souvent fort galants avec les dames. L'occupation de Paris devint vite l'attraction touristique la plus appréciée de la capitale.
Toutes les gravures sont de Georg Emanuel Opiz, elles font partie d'une série sur
" l'Occupation russe à Paris en 1814". Cette série décrit le choc culturel entre les Parisiens et les cosaques de l'armée russes.
Ici, deux cosaques, coiffés de shakos, en uniforme coloré déambulent dans une rue parisienne, attirant la curiosité des passants. Sur l'enseigne blanche située au-dessus des deux cosaques, on peut lire "Coluchet" ou "Coluche" et en dessous "Marchand de Legumes de toute Espèce & c." (Le c. était l'abréviation de et cætera). Plus loin, un voit une enseigne typique des auberges de l'époque: "Ici on loge à pied et à cheval"
Un cosaque à cheval, reconnaissable à sa barbe fournie, son uniforme et son bonnet de fourrure, est entourée d'une foule curieuse, surtout des femmes qui l'observent avec étonnement. En effet, les hommes français, à cette époque sont rasés de près, et cette barbe hirsute est une attraction exotique majeure pour les parisiennes. Ce choc culturel a été à l'origine d'une nouvelle mode à Paris. Amusées par l'accoutrement des occupants, les Parisiennes se sont mises à se coiffer des chapeaux et des robes inspirées des tenues cosaques.
Cette gravure montre un officier cosaque qui plaisante ou même flirte avec une parisienne vêtue d'une robe empire. Les proportions des coiffures militaires des cosaques ont été volontairement exagérées, comme ici le plumet sur le casque à cimier de l'officier, par Opiz pour accentuer le caractère exotique de ces hommes.
Le redoutable chef des cosaques, Matveï Platov avait été logé chez une parisienne. Les cosaques étaient considérés au début comme des barbares venus du Nord, anthropophage et sanguinaires. Platov, en s'installant chez la dame, fut attiré par le joli bébé de son hôtesse et le prit tendrement dans ses bras. La mère s'effondra en larmes à ses genoux, le suppliant "de ne pas manger son enfant".
Ayant compris les rumeurs qui couraient sur leur compte, les officiers russes, qui parlaient presque tous un français parfait, la langue française étant alors la langue diplomatique internationale, s'efforcèrent d'être d'une extrême politesse pour rassurer la population.
Victor Hugo, qui avait alors 12 ans, et qui vécut l'occupation, écrivit plus tard: "Les cosaques ne ressemblaient nullement à leurs images; ils n'avaient pas de colliers d'oreilles humaines; ils ne volaient pas les montres et ils ne mettaient pas le feu aux maisons: ils étaient doux et polis."
Deux cosaques sont arrêtés devant l'étal d'une marchande parisienne. On les voit examiner les différents produits, du poisson frais dans les paniers en osier au sol, mais aussi des saucisses et des boudins suspendus sur l'étal.
Le comportement des cosaques au marché, en dehors de leurs tenues jugées exotiques, semblait naturel et tout se passait dans une ambiance bon enfant. Il n'en était pas de même pour leurs habitudes d'hygiène. Les parisiens de 1814 se lavaient très peu alors que les cosaques adoraient l'eau.
A l'emplacement actuel du quai de la Râpée, il existait une grève où des cosaques avaient installé leur campement. Ils profitaient de la proximité de la Seine pour se baigner, totalement nus, sous les yeux ébahis des promeneuses parisiennes, tout en lavant leurs chevaux.
Le Tsar, Alexandre 1er voulait absolument donner une bonne image de son armée. Afin d'éviter les pillages, il doubla la solde de tout les cosaques qu'il paya directement en leur versant des pièces d'or et d'argent. Face à cette clientèle fortunée, les marchands parisiens se sont mis vite à spéculer. Dès que des cosaques approchaient d'un étal les prix étaient multipliés par trois, quatre ou cinq. Totalement ignorants des prix normaux, les cosaques, qui adoraient les fruits, qu'ils ne connaissaient que très peu, comme les oranges, se faisaient étriller sans sourciller, à la grande satisfaction des commerçants.
Les cosaques, issus de leurs steppes russes n'étaient pas habitués aux canons occidentaux. Ici, deux cosaques visitent le Louvre (appelé alors musée Napoléon). Ils sont en arrêt devant l'Apollon du Belvédère, statue qui avait été confisquée au Vatican, par Napoléon durant la campagne d'Italie en 1797. Elle a été restituée à Rome en 1815. Ils découvrent pour la première fois les statues de marbre grecques ou romaines complètement nues. Si les cosaques étaient peu pudiques lorsqu'ils se lavaient, ils furent surpris pas la nudité exhibée. On voit un des cosaques montrer les parties intimes de l'Apollon du Belvédère, tandis que son compagnon reste bouche bée. Pour eux, l'art classique était indécent.
Une parisienne se fait courtiser par deux cosaques. Elle a tourné son visage vers l'un d'eux, lui montrant qu'elle écoute ses compliments, avec toute fois un regard plein de malice. Malice, car pendant ce temps, elle a glissé sa main dans la poche de l'autre pour lui dérober son argent ou sa montre.
L'enseigne indique:
Estaminet.
Du vin d'Emideye
Cognac, double ( cognac à forte teneur en alcool)
Bière de mars.
Des officiers et soldats casaques partagent un moment de détente avec la haute société parisienne. La scène se déroule très probablement dans un des salons de jeu du Palais-Royal où cafés, tripots de jeu clandestins et prostitution fleurissaient. Ceci montre que les cosaques se sont rapidement adaptés aux vices parisiens.
Cette vue montre l'installation des cosaques sur les Champs-Elysées. A cette époque, les Champs-Elysées n'étaient qu'une longue promenade arborée. Les Parisiens s'y rendaient comme s'ils allait au zoo pour observer ces gens bizarres. On voit que les chevaux sont attachés aux arbres. Le manque de fourrage fit que les chevaux rongèrent l'écorce des arbres, en les laissant à nu. Par ailleurs, les cosaques ont abattus quantité d'arbre plantés par Le Notre pour faire du feu. A leur départ, la promenade des Champs-Elysées était totalement dévastée.
Les parisiens observent avec intérêt les méthodes culinaires étonnantes des cosaques, notamment les modes de cuissons. Et il y avait de quoi être surpris. N'ayant pas l'habitude de l'éclairage public à l'huile, les cosaques adoraient boire l'huile des lampadaires et se régalaient en mangeant des bougies de suif considérés par eux comme une friandise grasse. Nombre de parisiens les avaient immédiatement surnommés "les bouffeurs de chandelle".