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jeudi 16 juillet 2026

Villégiature. 





Nous voici dans l'époque des bains de mer, des eaux et des voyages en Suisse, et sur les bords du Rhin. Il semble que, par ces jours caniculaires, on doivent se trouver mieux partout ailleurs que chez soi. Si nous ne voulons pas devenir ridicule, partons vite. Les demeurants de la société parisienne qui n'avaient pas encore quittés Paris s'envolent, et les vacances donnent le signal au monde universitaire, qui fait depuis un mois déjà ses malles et ses projets de villégiature. Où irons-nous? à Etretat? à Dieppe? à Boulogne? à Dunkerque? au Havre? à Cherbourg? sur le Rhin? sur les Alpes? à Biarritz? L'Alma Mater*, en distribuant de vertes couronnes à ses nourrissons, semble les inviter à aller chercher des pâturages plus agréables que ses cours pavées ou macadamisées, abrités à peine par quelques arbres rabougris, brûlés par le soleil et tout poudrés de poussière. Les vacances vont encore fermer bien des fenêtres à Paris; les derniers examens s'achèvent, et puis écoliers et professeurs iront reprendre des forces à l'air libre des champs, car ceux qui enseignent ne sont pas moins fatigués à la fin de l'année scolaire que ceux qui étudient.
Chaque contrée attire à elle un flot d'émigrants parisiens.
Les eaux exercent leur attrait naturel sur les tempéraments fatigués ou les constitutions usées. Les médecins se débarrassent de leurs malades les plus obstinés en les expédiant aux sources thermales les plus renommées; ils leur administrent ainsi le plus puissant des spécifiques, celui qu'aucun ne remplace et qui remplace tous les autres, l'espérance. Vichy s'enorgueillit d'être, cette année, le rendez-vous des têtes couronnées, une ville presque officielle. On y a signé, en effet, des ordonnances, les conseillers d'Etat y arrivaient journellement avec des portefeuilles gonflés de pièces, les ministres y étaient mandés, M. Drouyn de l'Huys* y transportait avec lui l'air des bureaux des affaires étrangères. La diplomatie européenne a eu les yeux fixés sur ce rendez-vous aquatique, où l'on aurait tout su... si l'on y avait su quelque chose; où les échos auraient été très-curieux à interroger si les échos n'y avaient pas été affligés de surde-mutité*, et dont les correspondances auraient été lues par tout le monde, si elles n'avaient pas été réduites, en vertu probablement d'une ordonnance des médecins du lieu, à abreuver le public d'eau claire puisée à la source des Célestins ou à tout autre source, et à leur raconter, pour tout événement, la grande déconvenue de deux vieilles dames, venues de provinces lointaines, et qui allèrent bravement chercher pour s'asseoir deux chaises qui servaient de supports aux pieds de l'Empereur et du roi des belges.
Bade a ses séductions habituelles, ses jeux, ses concerts, ses promenades, ses courses, et la réclame, j'aime à la croire désintéressée, des chroniqueurs qui chantent d'avance les splendeurs des fêtes hippiques de la belle plaine d'Yffezheim, assise sur les bords du Rhin et encadrée par les montagnes de la forêt Noire, où vous n'irez pas, si vous voulez m'en croire, et celles du Wurtemberg. Guinot, qui a écrit l'Eté à Bade, est distancé de trois longueurs au moins de feuilleton. M. Benazet, qui pense comme Napoléon 1er, et c'est, j'imagine, la seule ressemblance qui existe entre le banquier des jeux de Bade et l'empereur,  qu'il y a de certains établissements où il faut jeter l'argent par les fenêtres pour qu'il rentre par la porte, ne ménage rien pour persuader au public qu'on s'amuse à Bade tandis qu'on s'ennuie ailleurs, qu'on y trouve la fraîcheur même sous les feux de la canicule, et qu'on s'y repose des agitations de Paris en se livrant à l'agitation des bals, des concerts, des spectacles, du turf, et surtout de la rouge et noire et du trente et quarante*. J'ai peur de faire de la réclame sans le savoir, comme M. Jourdain faisait de la prose. Aussi, je me garde de vous donner le menu des réjouissances que l'on promet aux touristes. On enrôle jusqu'aux légendes de la forêt Noire pour rabattre le gibier parisien sur Bade. On placarde des affiches sur des ruines pittoresques, sur les châteaux historiques; on évoque les souvenirs; on fricasse ensemble la nature et la civilisation, la solitude et le monde, comme parlait Ninon de Lenclos, peu goûtée par Mme de Sévigné, pour servir au public de ces articles de haut goût qui décident les indécis, entraînent les retardataires, accélèrent les préparatifs des paresseux, et font violence à la vogue, cette reine à laquelle on n'a rien à refuser. Malheureusement, derrière tout ça, j'aperçois la rouge et noire et le trente et quarante. Ceci me rappelle cette caricature de Charlet, où l'on voyait deux vieux troupiers émiettant sentimentalement du pain le long d'une palissade derrière laquelle se trouvaient des poulets, et répétant, leur sabre sous le bras, de leur voix la plus mélodieuse et la plus câline, à cette volatile emplumée: "Petits! petits! petits!". Oui, venez, petits, petits, et bienheureux serez-vous, si vous vous en retournez, la gorge intacte, en laissant dans ces lieux enchanteurs, vos plus belles plumes.
Les chemins de fer qui vont à la mer, voulant soutenir la concurrence contre ceux qui vont aux villes thermales, organisent leurs trains à prix réduits. On peut en ce moment, en prenant des billets d'aller et de retour, se rendre sur la plupart des points de notre littoral le samedi, voir la mer tout un dimanche, et se trouver réintégré à son domicile le lundi, en rapportant ses impressions, un souffle de la brise et ses souvenirs. Le train qui vous a emporte vous remporte; les chemins de fer ont aussi leur flux et leur reflux.
D'autres touristes préfèrent un voyage sur les bords du Rhin, qui promène ses eaux majestueuses sur tant de territoires et traversent tant de grandes villes. Beaucoup sont attirés par la renommée des beautés pittoresques de la Suisse avec l'aspect de ses sites si variés, de ses montagnes, de ses vallées, de ses glaciers, de ses forêts de ses sources et de ses cascades.
Parmi tant d'attraits qui font aimer la Suisse, elle a un défaut à mes yeux qui gâte, dans une certaine mesure, le plaisir du voyageur, c'est son aspect d'hôtel garni. Elle est un peu trop arrangée pour la montre, et l'on éprouve en y voyageant une impression qui n'est pas sans analogie avec celle qui vient vous saisir, lorsqu'arrêté devant les vitrines d'un magasin de confection, vous entendez une voix câline qui vous invite à entrer. Tous les plaisirs dont vous jouissez sont étiquetés et tarifés. Tant pour la vue d'une belle perspective, tant pour l'ascension de la montagne, du haut de laquelle vous devez voir se lever le soleil, tant pour le lac aux fraîches eaux, tant pour les glaciers, tant pour les cascades. Sans doute, la nature est admirable dans ce beau pays, mais l'art s'occupe trop de l'exploiter. Dès que vous arrivez, vous ne vous appartenez plus; vous appartenez aux sites, aux promenades, aux cascades aux lacs, aux guides, aux bateaux à vapeur, et surtout aux hôteliers. Les véritables palais de ce pays sont ses auberges, et le souverain réel de la Suisse est le touriste; seulement, au lieu de percevoir l'impôt, il le paye.
Or, cet impôt est quelquefois si élevé, que le Guide en Suisse  de Tschudi prend soin de vous avertir quand il faut être millionnaire pour descendre dans certains hôtels. C'est ce qu'il ne manque pas de faire pour la petite ville d'Interlaken (inter lacus), plus connue en Suisse sous le nom d'Aarmuhle.



Interlaken.




Aarmuhle ou Interlaken est situé sur l'Aar, dans le canton de Berne, l'un des plus puissants de la Suisse sur toute la moitié occidentale de laquelle il s'étend. Le canton de Berne n'a pas moins de 123 milles géographiques; c'est le second canton  de la Suisse sous le rapport de l'étendue, et ses lacs, ses nombreux cours d'eau, ses hautes montagnes, ses chaînes de collines et ses riantes vallées qui se déroulent sous les yeux des voyageurs, la variété infinie de leurs paysages, font de son territoire un des plus pittoresques de la confédération helvétique. Dans sa partie sud, il appartient au domaine des Alpes; sa partie nord est dans le domaine du Jura qui a ses points culminants près de Moutiers, à 1375 mètres au-dessus de la mer, au Spizberg sur le lac de Bienne, plus élevé encore de plusieurs mètres, et au Chasserals à 1632 mètres au-dessus du même niveau. C'était, je crois, dans le canton de Berne que se rendait un de nos amis, enlevé trop tôt aux lettres, Amédée Hennequin, quand il eut, avec une femme qui lui montrait un monument public d'une de nos villes frontières le dialogue suivant:
- Il passe bien peu de voyageurs cette année pour se rendre en Suisse, lui dit-elle d'un ton de regret et sans doute pour lui faire sentir qu'il devait doubler son offrande.
- Et à quoi attribuez-vous cela? demanda le voyageur.
- Aux jésuites, monsieur. On n'est jamais tranquille avec ces gens-là. Ils vont se faire chasser de là-bas. Tant mieux! Quels scélérats!
- Qu'est-ce qui vous mettant en émoi contre eux?
- Moi, je ne pensais même pas à eux, il y a deux ans; mais depuis que je connais Rodin, je voudrais qu'ils fussent tous pendus.
- Comment! vous connaissez Rodin?
- Eh bien! oui, ce monstre de Rodin dont M. Sue a raconté l'histoire.
- Qu'appelez-vous l'histoire, c'est un roman. Il n'y a pas un mot de vrai dans ce livre; l'auteur a tout inventé.
- Ah! monsieur, interrompt le cicerone femelle, avec un sourire plein de dignité et d'ironie; ce n'est pas à moi que vous ferez accroire de pareilles choses. Est-ce qu'un homme peut inventer dix volumes?
Cette anecdote peut être citée à ceux qui veulent qu'on n'attache aucune importance au roman contemporain et qui diraient volontiers, comme M. Dupin (l'aîné) dans un de ses plaidoyer pour M. Béranger: "Chansons pour tout cela!"
Amédée Hennequin, dans son récit la Suisse en 1847, apporte que le roman du Juif errant n'avait pas exercé moins d'influence en Suisse qu'en France. En ouvrant la Revue de Genève, il lut un article dans lequel on racontait ce qui suit: "On a découvert dans la maison des Jésuites de Fribourg des cordes en tout semblables à celles que Charles le Téméraire avait emportées avec lui lors de l'invasion de la Suisse, et qui étaient destinées à attacher les prisonniers. Ces cordes, d'une longueur de deux à trois pieds, sont munies d'un côté d'un anneau de fer, de l'autre d'un crochet. L'anneau est destiné à faire un nœud coulant qu'on attache au col du prisonnier, tandis que de l'autre côté on fait adhérer par le crochet la corde à une grande corde destinée à recevoir et à traîner à la file les prisonniers ainsi retenus."
Amédée Hennequin, entre autres excellentes qualités, avait celle d'aimer à aller au fond des choses. On annonçait dans le journal qu'une de ces cordes prises chez les Jésuites de Fribourg était exposée dans le café Peytregnet, situé près de la porte de Rive, dans une ruelle étroite et obscure. Il demanda à voir cet instrument terrible; le cafetier le lui montra. Amédée Hennequin reconnut à l'instant la corde en usage dans la gymnastique élémentaire, avec l'anneau qui sert à la suspendre aux poutres, ou, selon l'expression technique, aux portiques dressés dans le gymnase, afin que l'élève, saisissant d'une main ou des deux mains le triangle attaché au bout opposé, puisse se livrer à des exercices connus de tous ceux qui ont une notion de la gymnastique. L'imagination helvétienne, nourrie par la lecture du Juif errant, avait fait le reste et avait reconnu dans un instrument de gymnase les cordes de Charles le Téméraire.
Revenons à Interlaken, qui est situé en face d'Unterseen, de l'autre côté de l'Aar, dans la plus agréable position, à une distance égale de Thun et de Brienz, points extrêmes des deux lacs. Ce n'est guère qu'un ensemble d'hôtels, de pensions, de magasins, semés d'une façon pittoresque au milieu de bouquets d'arbres dont la magnifique végétation réjouit et repose les yeux. Pendant quatre mois d'été, les étrangers s'emparent de cet oasis de verdure et de fraîches eaux. Ce sont des Anglais, des Allemands, des Français, des Russes, des gens de tout pays, excepté des Suisses. Où vont, pendant la belle saison, les Suisses, habitants de ces charmantes résidences? c'est un mystère et un problème. Ils disparaissent mais on les retrouve quand vient le quart d'heure de Rabelais*. On remarque à Interlaken la belle promenade centrale, dite le Hoheweg, avec sa superbe allée de quatre rangées de noyers. Quant aux hôtels, ils sont tenus par le grand genre anglais, c'est à dire, fort chers, et que pour ne payer que cinq à six francs par jour, sans le vin, il faut se contenter des pensions Ritschard, Fitcher et autres.
Ce qui attirent tant d'étrangers à Interlaken, c'est la facilité des excursions: excursion à Jung-Fraublick, avec ses magnifiques promenades; excursion dans la charmante ville de Saxetenthal, encaissée entre de belles montagnes, et dont la flore est très-riche; ascension du Faulhorn; excursion à Giessbach, où l'on se rend en partant d'Interlaken sur le bateau à vapeur. Qu'on se représente une succession de rochers, de futaies, de verts pâturages, encadrant douze chutes d'eau superposées. Ne vous hâtez pas de vous écrier: "O! belle nature" Presque tous les soirs ces chutes d'eau sont illuminées aux flammes du bengale. Ne vous ai-je pas dit que la Suisse finissait par ressembler un peu à notre ancien Tivoli, aux Château des Fleurs, à l'Eldorado et à l'Ile du Chalet dans le bois de Boulogne?

                                                                                         Félix-Henri.

La Semaine des familles, samedi 13 août 1864.



*Nota de célestin mira:

* Alma Mater:

L'Alma Mater est une expression latine, signifiant Mère nourricière, désigne l'université où l'on a fait ses études. Les anciens étudiants sont appelés des Alumni, c'est à dire les nourrissons.


Drouyn de l'Huys :




Edouard Drouyn de Lhuys. 

Edouard Drouyn Drouyn de l'Huys  de Lhuys (1805-1881) fut plusieurs fois ministre des Affaires Etrangères sous la Monarchie de Juillet, la deuxième République et le Second Empire.


* surde-mutité: allusion vraisemblable à la surdimutité qui est l'impossibilité d'utiliser la parole par suite d'une surdité totale congénitale dès la naissance.


* La rouge et noire et le trente et quarante:

Dans les casinos, la rouge et noire était le nom donnée à la roulette et le trente et quarante, un jeu d'argent voisin du blackjack.

* Le quart d'heure de Rabelais:

Le quart d'heure de Rabelais désigne le moment de payer l'addition. La légende rapporte que Rabelais fut dans l'incapacité de payer son séjour dans une auberge de Lyon. Il disposa dans sa chambre des petits paquets marqués: poison pour le roi, poison pour la reine, poison pour le dauphin. L'aubergiste, effrayé prévint les autorité. Rabelais fut arrêté et transporté gratuitement à Paris, sans payer l'addition.
Arrivé devant le roi François 1er, Rabelais dévoile son stratagème en avalant une des fioles supposée être empoisonnée. Le roi, amusé, efface sa dette et le laisse libre.




Le quart d'heure de Rabelais.

Le serveur présente une longue note à la tablée. Le client, au pantalon jaune,
 recule de stupeur sur sa chaise. La légende, qui ne figure pas ici, disait: 
"Goddam! quinze cent francs pour un déjeuner!"








 Ce qu'on ne veut plus.






" Ce qu'on ne veut plus ": Lithographie d"Emile-Charles Warrier de 1829.

L'estampe est sous-titrée "Ancien système de correction". C'est une critique des châtiments corporels autrefois pratiqués. L'instituteur, portant redingote et bas rayés, donne les verges à un élève, pantalon baissé et maintenu de force par un autre élève. Les autres enfants assistent à la scène en faisant semblant de lire, tandis qu'au fond, l'un d'entre porte le bonnet d'âne.
 Drolls.



Les "drolls" désignaient des estampes satiriques, très populaires en Angleterre à l'époque Georgienne, portant sur des sujets de sociétés plutôt que sur des sujets politiques. Elles faisaient les devantures des marchands d'estampes et garnissaient les murs des auberges et des maisons des particuliers. Les excentricités de la mode étaient un des thèmes favoris.




"What d'ye think of ME?": "Que pensez-vous de MOI?"






" How d'ye like me?": "Comment me trouvez-vous?"

Cette estampe tourne en ridicule la mode "macaroni" adoptée par les jeunes aristocrates anglais ayant fait leur "Grand Tour" d'Europe, en visitant surtout l'Italie et la France. Sous leur perruque poudrée démesurée, ils prenaient des attitudes efféminées en minaudant n'ayant que peu de rapports avec les modes continentales. C'est à cette mode que la très célèbre chanson américaine, Yankee Doodle, fait allusion dans son premier couplet: 

Yankee doodle went to town,
A-riding on a pony;
He stuck a feather in his hat
And called it macaroni.






"Be not amaz'd , dear Mother- It is indeed your daughter Anne.": "Ne soyez pas surprise, chère Mère.- C'est bien votre fille Anne." ( Dessinée par Samuel Hieronymus Grimm en 1774 et publiée à Londres par Carington Bowles.)

On aperçoit en arrière-plan le manoir d'origine de la fille où la mère est restée vivre. Un jeune page noir se tient à l'arrière. A cette époque, disposer d'un serviteur noir, était considéré comme une preuve de richesse par l'aristocratie anglaise. Celui-ci porte un turban surmonté de plumes, un costume du genre militaire et tient dans ses bras le caniche de la fille.






" Welladay, is this my son Tom?": " Grand Dieu, est-ce là mon fils Tom?" (1774)

Welladay est une expression anglaise vieillie marquant la surprise.

mercredi 15 juillet 2026

 La fourberie des femmes.

Part I



La Fourberie des femmes en matière de sentiment (ici deuxième série) est un recueil d'estampes réalisées par Paul Gavarni en 1840, édité chez Bauger, rue du croissant, 16 et chez Aubert, galerie Véro-Dodat.




- Virginie!
- Maman!
- Où es-tu donc!
- Je suis là, maman! j'attrape mon sansonnet.

La jeune fille fait croire à sa mère qu'elle est à la recherche de son oiseau, un sansonnet, alors qu'elle se trouve perchée au fait d'un mur en pleine conversation galante.




- Entends-moi bien... demain matin il ira t'engager à dîner... si tu lui vois son parapluie, c'est qu'il n'aura pas sa stalle aux Français, alors tu n'accepteras pas... s'il n'y a pas de parapluie, tu viendras dîner...
- Mais (il faut penser à tout) s'il pleut demain matin?
- S'il pleut? il sera mouillé, voilà tout... si je ne veux pas qu'il ait un parapluie, moi, il n'en aura pas! tu es donc bête?

L'homme et la femme assis sur le canapé sont deux complices, sans doute une lorette et son amant de cœur. Ils évoquent un tiers, le pigeon, un bourgeois aisé, qui viendra le lendemain inviter la femme à dîner. Les deux complices cherchent à évaluer le fortune de leur cible. S'il a sa stalle aux Français, ça veut dire qu'il a les moyens de s'offrir une place réservée à la Comédie-Française (le Théâtre-Français dit le Français en langage populaire) qui coûtait alors très chère. Si c'est le cas, le prétendant n'aura pas besoin d'un parapluie car il se déplace en calèche, mais s'il se présente avec un parapluie, c'est qu'il se déplace à pied ou en omnibus et que donc il est pauvre ou radin.






" Tu avais raison ma femme: c'est bien plus joli ici que par là-bas... ... ... tiens!... Mosieu Gustave!... ah! bien on peu dire que voilà une rencontre bizarre!"

Un mari et sa femme se promènent dans un parc et croise un jeune homme élégant, Mosieu Gustave! 
En disant: "c'est bien plus joli ici" le mari prouve sa naïveté. C'est sa femme qui l'a entraîné dans ce lieu afin d'y croiser son amant, Mossieu Gustave! C'était le but de la promenade.






"- Vous reverrai-je?
- Allons!
- Oui.
- Où?
- Ici.
- Quand?
- Demain... mais partez vite!
- Ange! un mot encore... vous êtes mariée?
- Parbleu!"

Parbleu! veux dire ici: évidemment!







"- Quand je pense que Monsieur Coquardeau va être mon mari, ça me fait de la peine pour Alexandre.
- Et à moi pour Coquardeau."

Coquardeau dérive du mot "cocu". Il représente le mari bourgeois destiné à être trompé. Nous sommes, de toute évidence, pour la jeune femme, devant un mariage de raison. Alexandre est le jeune dandy, le séducteur et l'amant de cœur: la future mariée plaint son amant.
La réplique de la confidente sous-entend que la future mariée n'a pas l'intention de rompre avec Alexandre. Monsieur Coquardeau est déjà le mari trompé avant même d'avoir convolé.








- (Au premier Mosieu): "Attendez-moi ce soir, de quatre à cinq heures, Quai de l'Horloge du Palais. Votre AUGUSTINE".
- (Au deuxième Mosieu): "Ce soir quai des Lunettes, entre quatre et cinq heures. Votre AUGUSTINE".
- (Au troisième Mosieu): "Quai des Morfondus, ce soir, de quatre à cinq. Votre AUGUSTINE".
- (A un quatrième Mosieu): "Je t'attends ce soir à quatre heures. Ton AUGUSTINE."

Le Quai des Lunettes (à cause des nombreux marchands d'optique situés sur ce quai) et le quai des Morfondus (à cause du vent qui frappent les passants étant exposé plein nord) sont deux anciens noms du quai de l'Horloge de l'Ile Saint-Louis.






"- O Henry! Henry! mon Dieu, mon Dieu!... sacrifiez-vous donc pour un ingrat comme ça! ne plus le voir! jamais! mais est-ce que ça va m'être possible à moi de ne plus voir Henry?
- Heureusement que ton Amédée te reste."









" Le v'là!... ôte ton chapeau"


La femme surveille la rue en faisant semblant de broder ou autre occupation. Elle signale l'arrivée d'un autre personnage, le mari ou un autre amant. Elle demande à l'homme assis de retirer son chapeau afin de feindre une simple visite de courtoisie.
 Le cabinet d'un dentiste.




Caricature française de 1823 dessinée par Godisart de Cari, gravée par Louis Maleuvre (fils) et publiée à Paris par le marchand d'estampes Aaron Martinet.

La scène se passe dans un cabinet de dentiste. Un homme au sourire sadique fouille la bouche d'un patient. Celui-ci, terrorisé s'agrippe désespérément aux bras de sa chaise. Un jeune garçon, noir, empêche le patient de s'enfuir. Le tout se déroule sans anesthésie.
Une scie et des instruments divers sont suspendus au mur, bien en vue du patient. Une bassine , un verre et une carafe d'eau complètent le tableau.

mardi 14 juillet 2026

 Mansuétude.





Caricature d'Honoré Daumier de 1834 parue dans le journal "La caricature".

" Celui-là, on peut le mettre en liberté! Il n'est plus dangereux."

Nous sommes sous la monarchie de Juillet. Louis-Philippe a considérablement durci sa politique vis à vis de ses opposants politiques. Les arrestations et les procès politiques frappent les Républicains.

Le personnage représenté de dos et tenant le rôle du médecin est Louis-Philippe, reconnaissable à sa corpulence, ses favoris et son chapeau à la cocarde. Sur le lit git un moribond républicain, enchaîné au poignet, qui vient de rendre le dernier soupir. A côté du roi, se tient un juge au sourire cynique identifié comme le préfet de police de Paris, Henri Gisquet.

Cette caricature est une critique féroce de la Justice. Le roi accorde la liberté au républicain parce qu'il est mort et qu'il ne représente plus de menace.

 A Caledonian beauty.






Caricature de Charles Williams du début du XIXe siècle.

Le nom de "Caledonian" est le nom latin de l'Ecosse.
Ici, Charles Williams se moque des us et coutumes écossaises et notamment de la mode vestimentaire; Il représente cette écossaise habillée d'un kilt, très court pour l'époque, volontairement provocant. Elle porte le "sporran" à la taille, la petite sacoche en fourrure traditionnelle et des chaussettes montantes à losanges rouges et blancs.  La tenue est complétée par un décolleté plongeant, des longs gants et un volumineux chapeau à plume. Afin de se protéger du maigre soleil, elle se sert d'une ombrelle articulée. 
Longtemps interdit car considéré comme indécent, le port du kilt se généralise vers 1822 et culmine lors de la visite de George IV à Edimbourg. Le roi lui-même, à cette occasion, a porté un kilt sur des vêtements couleur chair en dessous, provocant une vague de moqueries.
La satire des modes vestimentaires était utilisée de façon hypocrite par les caricaturistes anglais. Sous prétexte de critiques, les dessinateurs en profitent pour dessiner des femmes très sexualisées afin d'attirer et émoustiller le public. Ce type d'œuvre était exposé dans les vitrines londoniennes offrant ainsi un véritable spectacle autour duquel la foule, toutes origines sociales confondues, s'attroupait.