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samedi 8 août 2026

Les petits ballons de 
la tour Eiffel.







 

Dessin d'Edouard Jankowski relatif à l'Exposition universelle de 1889.

Ce dessin est paru en pleine page du journal L'Illustration. On voit un groupe d'élégantes personnes de la Belle Epoque sur une des plateforme de la tour Eiffel qui venait d'être inaugurée. Ces personnes regardent un lâcher de petits ballons de baudruche, amusement très populaire à cette époque.
En fait, en 1889, la Direction de la tour Eiffel cherche un support publicitaire moderne pour faire connaitre l'édifice. Elle décide de mettre en vente à bas prix des ballons et des parachutes auxquels étaient supendues des cartes postales sur lesquelles il y avait deux types d'adresses: l'adresse de l'envoyeur qui restait en blanc et l'adresse du destinataire que l'acheteur du ballon remplissait à son nom. Les ballons voyageaient au gré du vent avant de retomber à Paris ou en banlieue.
Celui qui récupérait le ballon au sol y écrivait son nom et son adresse ainsi que le lieu exact de la trouvaille. Il n'avait plus qu'à mettre la carte prépayée dans une boîte aux lettres et le destinataire final recevait sa carte postale de la tour Eiffel en souvenir de son passage, ainsi que la distance parcourue.
Les délices de Capoue.






 Chacun connait l'expression " s'endormir dans les délices de Capoue" qui nous vient de la seconde guerre punique en 216 avant Jésus-Christ. Après son éclatante victoire à Cannes contre les Romains, Hannibal, le général carthaginois, décide d'installer ses troupes pour l'hivernage à Capoue en Italie. La ville est riche et opulente. Les soldats d'Hannibal profitèrent de l'accueil, du luxe, de la bonne chère proposés par la ville. La discipline de l'armée s'en ressent et les soldats "amollis" font qu'Hannibal ne peut marcher sur Rome ce qui marque le début de sa défaite finale. L'expression arrivée jusqu'à nous signifie de nos jours "choisir la facilité du court terme au lieu de l'effort qu'impose le long terme". Nos moralistes, comme Théophile Gautier ou Jules Vallès, ont même abusé de la formule pour mettre en garde contre les dangers du confort et de la paresse.





Cette image est une enluminure intitulée "Scène dans un établissement de bains, ou Scènes d'étuve". Elle a été réalisée vers 1470 par un dessinateur appelé Maître d'Antoine de Bourgogne. Elle illustre une page du manuscrit français des "Faits et dits mémorables" de l'historien romain Valerius Maximus.
En fait, cette image illustre deux récits distinct de Valerius Maximus dénonçant tout deux la cupidité et la luxure: Les bains thermaux de l'ingénieur Sergius Orata et le laisser-aller des troupes d'Hannibal à Capoue.
Comme souvent à l'époque, les récits historiques sont transposés dans l'environnement où vit le dessinateur. C'est ainsi que les bains romains deviennent des étuves publiques médiévales (les stuves) présentes au XVe siècle en France ou en Flandre. C'est d'ailleurs à cette époque que les "stuves" acquirent une réputation sulfureuse en mélangeant bains collectifs, banquets, prostitution et liaisons amoureuses.

Dans un grand bassin de bois, situé à droite, des hommes et des femmes entièrement nus partagent un repas servi sur une planche en bois recouverte d'un drap blanc. On y venait pour se laver et pour manger aux sons prodigués par un musicien, joignant l'utile à l'agréable.
A gauche, on voit un couple s'enlacer près d'un lit. La prostitution était si fréqente dans ces établissements qu'en vieux français le mot "étuve" ou "bain" était synonyme de "bordel".

On aperçoit, au fond, un homme couronné qui regarde par la fenêtre. Un autre homme en robe bleue, représentant l'historien Valerus Maximus,  pointe de la main la débauche qui se déroule sous leurs yeux. Il s'agit probablement d'Hannibal qui constate "l'amollissement" de ses troupes soumises aux délices de Capoue.

Affiches.

Part III 






Affiche d'Henry Gerbault de 1895.

Une nourrice, en train d'allaiter s'est endormie. Le bébé montre du doigt la tasse de chocolat tandis qu'un chat noir se régale et qu'un chien tente d'atteindre la tasse.

A la fin du XIXe siècle, la société était obsédée par l'hygiène et la natalité et donc l'allaitement naturel. Henry Gerbaud renverse ce consensus avec audace en montrant le bébé, le chat et le chien, profitant du sommeil de la nourrice, choisir le produit industriel plutôt que le lait naturel.
La maison Carpentier fondée en 1853 à Clichy a reçu plusieurs médailles d'or lors d'Expositions diverses. La marque n'a survêcu que grâce à cette affiche et le goût de ses chocolats a disparu à jamais.





Affiche de Jules Chéret, hiver 1894-1895, pour un bal étudiant.

Le bal avait lieu dans la salle Bullier attenante à la Closerie des Lilas. Les étudiants s'y retrouvaient pour danser le "Chahut-Cancan" (à l'origine cette danse s'appelait le "Chahut"), une danse acrobatique et frénétique, ancêtre du "French-Cancan". Le fondateur de la salle, François Bullier, fit planter, en 1847, plus de mille pieds de Lilas pour créer un jardin d'été qui fut à l'origine du nom de "Closerie des Lilas". Le succès fut immédiat, les étudiants, les artistes et la bourgeoisie s'y retrouvaient pour danser au milieu de vitraux colorés et d'un éclairage composé de milliers de lampes à gaz en verre.





Affiche de Ferdinand Mifliez, dit Misti, en 1895.

Un couple de citadins à vélo échappe à un gendarme essouflé pour des raisons inconnues. La femme est particlièrement mise en valeur sur l'affiche et ceci n'est pas seulement un choix esthétique. En effet, le vélo a joué un rôle fondamental dans l'émancipation des femmes à la fin du XIXe siècle, modifiant en profondeur les codes vestimentaires et sociaux de l'époque.

Autonomie vestimentaire:

- Fin du corset: Les vêtements traditionnels rendaient la pratique de la bicyclette dangereuse et même impraticable.
- Adoption des "bloomers": Le bloomer est un pantalon bouffant qui a remplacé les jupes longues, lourdes et encombrantes.
- Réappropriation du corps: Le vélo, en tant que sport a permis aux femmes de développer leur corps et leur force, pratique découragée autrefois.

Autonomie spatiale:

- Fin du chaperon: au lieu des sorties encadrées, le vélo a permis aux femmes de se déplacer seules et plus loin.
- Essor d'une mixité sociale: La pratique du vélo a favorisé les rencontres hors du cercle familial et des salons.
- Accès à l'espace public: la circulation dans les rues n'était plus réservée aux hommes.

Autonomie politique:

- Arme féministe: les suffragettes ont massivement utilisé le vélo pour leurs campagnes et la diffusion de leurs idées.
- Reconnaissance historique: Susan B. Anthony a dit: "Le vélo a fait plus pour l'émancipation des femmes que n'importe quelle autre chose au monde."
- Indépendance économique: Le vélo a permis aux femmes de se déplacer de façon autonome pour pouvoir travailler à l'extérieur.






Affiche du belge Henri Privat de 1896.

L'affiche proclame "Cabourg à 5 heures de Paris" par la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest. C'était légèrement exagéré, le trajet moyen prenait entre 6 et 7 heures, mais il fallait séduire le parisien en lui vantant une destination rapide pour le week-end.
Au XIXe siècle, les costumes de bain était très couvrant. Or Henri Privat choisit de montrer une rousse plantureuse habillée d'une tenue légère presque transparente, dont les seins apparaissent au gré des vagues. Derrière elle, on voit les têtes de six hommes, à la mine réjouie et à la moustache frétillante. Les hommes à cette époque caressaient l'espoir secret de pouvoir admirer les formes des jolies femmes dans les vagues. Ces six gaillards égrillards à la poursuite de la naïade à peine voilée, était un argument supplémentaire pour convaincre les hommes de faire le voyage afin de profiter pleinement du paysage.
De nombreuses rumeurs ont circulé quant à l'identité de la femme rousse. Certains ont voulu y voir Emillienne d'Alençon, célèbre danseuse de cabaret et courtisane, d'autres  affirmaient que c'était la propre femme d'Henri Privat, Madeleine Brown, surnommée Madelon,  qui avait servi de modèle. Le mystère reste entier.







Affiche de Théophile-Alexandre Steinlen de 1894.

Cette affiche a été réalisé par Steinlen pour son ami Maurice Quillot propriétaire de la laiterie de Montigny-sur-Vingeanne en Côte d'Or. La petite fille buvant du lait et admirée par ses chats est la propre fille de Steinlen.
Il s'agissait de promouvoir un produit novateur alors peu répandu, le lait pasteurisé présenté comme plus sain que le lait ordinaire.







Affiche de Lucien Lefève de 1895.

En 1895, la fée électricité commençait juste son oeuvre en éclairant les grandes avenues et les grands boulevatds parisiens. Le nom d'Electricine n'a rien à voir avec l'électricité, il s'agit d'un stratagème pour se défendre d'une concurrence redoutée. C'était en fait de l'huile de pétrole de sécurité, hautement raffinée, une huile de luxe.

vendredi 7 août 2026

L'arbre d'amour.








Les hommes se sont réfugiés dans l'arbre pour échapper aux femmes qui utilisent tous les moyens poir les faire descendre. Cupidon se trouve au sommet de l'arbre tenant une banderole où il est écrit: "Tout peint l'amour, tout n'est qu'amour". Cupidon rappelle que personne n'échappe à l'amour car il fait partie de la nature humaine.
Il s'agit d'une inversion des coutumes, l'homme ne courtise plus, ce sont les femmes qui chassent. Cette frénésie est provoquée par la hantise, au XIXe  siècle, du célibat qui excluait pratiquement d'une vie sociale.

Cette image est accompagnée d'une chanson, sans que l'on connaisse l'air:

Couplet 1
À travers d'épais feuillages,
J'ai vu loger l'autre jour
Un essaim d'amants volages,
Sur le bel Arbre d'Amour.
Tour à tour blondes et brunes,
Aux yeux doux et langoureux,
Déplorent leurs infortunes
De se voir sans amoureux.
Couplet 2
Sans s'en dire par la manche
Son mari : doux, doux Jacques ;
Mais il répond : c'est dimanche,
Je reposerai tantôt.
Ah, je crois que je me blesse,
Belle, en voyant ton teint blanc,
Tes jolis yeux, chère épouse,
Me font aller au croissant.


 Couplet 3
La sémillante Victoire
Tire à son tour par en bas,
Un guerrier couvert de gloire,
Bravant l'horreur du trépas.
Elle ajuste son échelle
Pour obtenir cet amant ;
Sans regret plus d'une belle
A la ville en fait autant. 
  
Couplet 4
J'ai vu la belle Raymonde,
Toute prête à trépasser,
N'est-il plus d'amants au monde ?
Amour ! comment s'en passer ?
Bon, bon, disent Lise et Barbe,
En ce jour consolons-nous ;
Il nous faudra scier l'arbre :
Nous les attraperons tous.


 Couplet 5
Julie qui n'est pas de marbre,
Tire à son tour le cordeau,
Pour faire tomber de l'arbre
Un sémillant jouvenceau.
Sophie, qui d'Aline raffole,
D'une égale arme son bras :
Quand on veut jouer son rôle,
Amour ! que ne fait-on pas ?


Autres représentations:









Version allemande.


 


1876.



 




 


 

 Cuisine équipée.






"L'intérieur d'une cuisine" a été peint par Martin  Drölling en 1815.

Ce tableau est remarquable par l'effet de la lumière qui pénêtre par la fenêtre du fond de la cuisine, au centre du tableau, venant frapper les batteries de casseroles en cuivre et autres ustensiles.

Cette scène, familière et paisible, cette lumière dorée qui vient baigner les recoins de la cuisine, cache un secret insolite. Pour obtenir les teintes brunes du tableau,  Martin Drölling a utilisé un pigment très recherché à l'époque appelé le "Brun de momie". Cette substance était obtenue en broyant de la chair organique embaumée avec du bitume. Elle permettait d'obtenir un glacis d'une exceptionnelle transparence et des nuances de bruns riches, chaudes et vibrantes, idéales pour les boiseries.
Or pendant la Révolution française, les tombes de la famille royales furent profanées. Un architecte,  Louis-François Petit-Radel, profita de ce pillage pour récupérer une douzaine de coeurs embaumés de la famille royale des Bourbons, notamment ceux d'Anne d'Autriche, de Marie-Thérèse d'Autriche et du régent Philippe d'Orléans. Une légende affime même que le coeur de Louis XIV  faisait partie du butin. Petit-Radel décida de les vendre secrétement à deux peintres, Martin Drölling et Alexandre Pau de Saint-Martin. C'est donc avec ce genre de pigment que Drölling réalisa ce tableau ce qui, avouons-le, à sa vue, une fois informé, procure une étrange sensation.
Ironie du sort, Drölling meurt le 16 avril 1817, quelques jours avant l'ouverture du Salon de peinture à Paris où ce tableau était présenté. Le public et la critique découvrent l'Intérieur d'une cuisine qui fut l'objet d'un immense succès, sans que personne ne se doute du secret qu'il cachait sous son vernis. Il fut d'ailleurs immédiatement acheté par l'Etat pour être placé au Louvre.

Il convient de revenir quelques instants sur cet architecte, Louis-François Petit-Radel, qui ne s'est pas contenté de ce forfait et qui n'était au bout de ses exploits. Il a aussi inventé une méthode pour détruire "en dix minutes" les édifices religieux! Elle consistait à évider la base des piliers de soutien d'une église, d'y introduire du bois et d'y mettre le feu. Il était d'ailleurs très fier de lui puisque au Salon de 1810 il produisit les schémas de son dispositif destiné à "mettre par terre une église gothique en dix minutes".
La destruction la plus significative due à sa méthode fut la Major Ecclesia de l'Abbaye de Cluny qui était alors la plus grande église de la chrétienté occidentale avant la reconstruction de Saint-Pierre de Rome.
Petit-Radel incarne à merveille le vandalisme officiel de la période révolutionnaire.

 Les sept péchés capitaux

d'après Boilly.




Les sept péchés capitaux ne sont pas d'origine biblique. Au départ, il étaient huit, définis par un moine vivant au IVe siècle dans le désert en Egypte, Evragre le Pontique; l'acédie, c'est à dire la paresse spirituelle était le huitième de la liste. Pour Evragre il s'agissait des huit esprits malfaisants qui guettaient les ermites.
En 590, le pape Grégoire le Grand les reprend en fusionnant l'acédie avec la paresse pour en faire un outil destiné à développer et consolider la morale des croyants.
L'orgueil est alors considéré comme la source de tous les autres péchés.
Le péché de gourmandise est une erreur de traduction française. Le mot latin est "gula" qui signifie gloutonnerie. Mais au pays de la gastronomie, erreur voulue ou pas,  la gourmandise est plutôt perçue comme un défaut charmant et agréable.
En 1589, le théologien allemand Peter Binsfeld fonctionnarise et bureaucratise l'Enfer en associant à chaque péché un démon:

Orgueil: Lucifer
Avarice: Mammon
Luxure: Asmodée
Envie: Léviathan
Gourmandise: Belzébuth
Colère: Satan
Paresse: Belphégor

Au moyen âge, l'orgueil et l'envie étaient considérés comme les péchés les plus graves, la luxure et la gourmandise étant estimées moins importantes. De nos jours, la hierarchie s'est inversée,  la luxure est considérée dans l'inconscient collectif comme plus grave que l'orgueil et l'avarice.

La série des estampes relative au sept péchés capitaux a été réalisée en 1824 par Boilly.






L'orgueil.








L'avarice.







La luxure.






L'envie.






La gourmandise.






La colère.







La paresse.


jeudi 6 août 2026

La Fête de la Grand-Mère.





 "La Fête de la Grand-Mère" de Louis-Léopold Boilly, 1827.