Translate

mardi 4 août 2026

Compagnon de bain.







 
Gravure satirique britannique de Théodore Lane de Juin 1821 intitulée: "Installation of a Knight Companion of the Bath" (Installation d'un Chevalier compagnon de Bain).

Le Très honorable ordre de Bain (Most honourable order of the bath) est le quatrième ordre de chevalerie britannique par ordre d'importance. Cet ordre remonte au moyen âge, et son nom vient du fait qu'il fallait se laver de tous ses péchés en prenant un bain chaud avant d'être adoubé.
L'image montre la princesse Caroline de Brunswick, l'épouse délaissée du roi George IV,  en compagnie de son amant italien, Bartolomeo Pergami.
Evidemment, l'image tourne dérision l'Ordre du Bain, puisque qu'elle représente un trivial bain dans une baignoire.
La baignoire est ornée d'une croix de Malte, du lion et de licorne britannique qui ferment les yeux pour ne pas trop en voir. A gauche se trouve une bouteille de Brandy et un flacon marqué "Essence de Bergami". Deux personnes espionnent la scène par une porte entrebâillée à droite. Ce sont les domestiques Majocchi et Louisa Demont, témoins clés du procès qui avaient révélé les détails croustillants de la vie intime de la princesse.


On peut lire au bas de la gravure:

While she received the copious shower,
He got a step in honor's path,
And grew from that auspicious hour,
A Knight Companion of the Bath.

Pendant qu'elle recevait la douche copieuse, 
Il gravit un échelon sur le chemin de l'honneur, 
Et devint à partir de cette heure propice, 
Un chevalier compagnon du Bain.
 A dada.





Huile sur toile de Louis Léopold Boilly réalisé vers 1790, intitulé:" La Toilette intime ou la Rose effeuillée."

Ce tableau montre une femme vivant au XVIIIe siècle faisant sa toilette intime à califourchon sur un bidet de salon. La rose effeuillée au premier plan évoque la virginité et l'innocence perdues.
C'est dans les années 1710-1730, que le bidet fait son apparition à la Cour de France dans l'aristocratie. Le meuble était en bois léger, hêtre ou acajou pour les plus luxueux, contenant une cuvette en faïence ou en étain. Son nom vient du vieux français bidet qui désignait un petit cheval de poste monté. Ce fut une révolution car il introduit dans la toilette le retour de l'eau pour les parties intimes du corps. On le pratiquait n'importe où, le boudoir, le salon, ce n'est que plus tard, après l'invention des salles d'eau puis des salles de bain qu'il migra dans ces lieux.
En effet, jusque-là, seule la toilette sèche était pratiquée. La douche était inconnue et on se méfiait des bains, l'eau chaude étant soupçonnée d'ouvrir les pores et de laisser alors les maladies pénétrer le corps. 
La propreté était jugée sur deux critères, l'aspect visuel et le caractère olfactif. On se frictionnait le corps avec des linges blancs imbibés de vinaigre ou de liquides aromatiques. Les poudres étaient massivement utilisées pour la coiffure et les perruques pour masquer la saleté ainsi que le fard pour les visages, hommes compris. Afin de lutter contre les odeurs corporelles, on utilisait des parfums capiteux comme le musc et l'ambre pour la base puis des notes plus florales par dessus.

La toilette, pour l'aristocratie et la haute bourgeoisie était un rite plus théâtral qu'hygiénique. Il existait deux types de toilette: la petite et la grande. La petite toilette s'effectuait au saut du lit, à l'abri des regards sauf ceux des domestiques, et consistait en un soin minimal. La grande toilette tenait plus du salon mondain que de la toilette. Assise devant sa coiffeuse, la femme recevait ses intimes, ses amants, des marchands de tissus ou des artistes tout en se faisant coiffer et maquiller.

Mais le tableau de Boilly a bien failli ne jamais nous parvenir. En 1794, la France est soumise à sa période la plus noire de son histoire, la Terreur. Le nouveau régime, mené par Robespierre, traque tout ce qu'il considère comme élément de la corruption de l'Ancien Régime et verse dans un puritanisme excessif. Un peintre concurrent et jaloux de Boilly le dénonça auprès de la redoutable Société populaire et républicaine des Arts qui faisait détruire tout ce qui ne lui plaisait pas et condamner à mort leurs auteurs. Il le dénonça aussi auprès de Comité de salut Public en prétendant que Boilly peignait "des obscénités répugnantes pour les mœurs républicaines".
Averti des perquisitions imminentes, Boilly dissimule ses toiles les plus libertines et galantes pour l'époque dont "la Toilette intime". Durant quelques jours il peint une immense toile, intitulée "Marat triomphant"!, Jean-Paul Marat assassiné dans son bain un an plus tôt étant le grand martyr de la Révolution.
Devant cette œuvre vibrante d'héroïsme révolutionnaire, les membres du Comité effacent toutes les accusations et Boilly a ainsi pu conserver sa tête sur ses épaules et nous transmettre sa "Toilette intime".
 Vieillissement.






Lithographie de Edme-Jean Pigal vers 1825, présente sur la planche n°56 de l'album "Mœurs parisiennes".

La formule: "La Mort n'a pas faim" était une expression utilisée par les médecins et le peuple à l'époque. Elle désignait les personnes très maigres et très âgées qui, malgré leur fragilité apparente, survivaient à toutes les maladies. La mort n'avait pas faim surtout car il n'y avait presque rien à manger sur leurs os.
Cette réflexion est celle du badaud parisien, assis sur une borne, au ventre replet et au regard moqueur qui regarde deux vieillards décharnés.
 Le corset.




Gravure  anglaise d'après une peinture de John Collet dans les années 1770 intitulée "Tight Lacing or Fashion before Ease" (Le laçage serré ou la mode avant le confort).

Une femme, à la coiffure volumineuse, s'agrippe au montant de son lit à baldaquin tandis qu'un groupe de personnes serre son corps à baleine. Le "Corps à baleine" (Stay) est l'ancien nom du corset. Afin d'obtenir le résultat escompté, trois personnes s'arcboutent en tirant sur les lacets du corset: son mari, portant des gants, la servante tirant le mari et un jeune page noir tirant la servante. Un petit singe, au premier plan montre du doigt un livre ouvert où l'on peut lire:" Fashion"s victim a Satire".

Sous le titre de l'image, on peut lire:
"From the original Picture by John Collet, in the possession of the Proprietors"

" Printed for & Sold by Bowles & Carver, at their Map & Print Warehouse, N°69 in St. Paul's Church Yard, London. Published as the Acts directs."

(Imprimé pour et vendu par Bowles & Carver, dans leur entrepôt de cartes et d'estampes, au N° 69 de la cour de l'église Saint-Paul Londres. Publié conformément à ce que la loi prescrit.)





Caricature de James Gillray de janvier 1793 intitulée: " Fashion before Ease; or, A good Constitution sacrificed for a Fantastick Form".

L'image du "corps à baleine" est utilisé ici pour charger Thomas Paine, le célèbre intellectuel Franco-Américain, auteur des "Droits de l'Homme".

Pourquoi ce rapprochement? Dans la passé, Thomas Paine avait été apprenti fabricant de corset à Thetford et ce rappel est utilisé pour le rabaisser. Sa maison porte l'enseigne : " Thomas Pain, Stay-maker from Thetford. Paris modes, by express". Il porte sur la tête un bonnet phrygien orné d'une cocarde tricolore, symboles de la Révolution française.

Paine serre violemment les lacets du corset de Britannia (symbole de la Grande Bretagne), rougissant sous l'effort et en appuyant son pied sur son fessier. De sa poche dépasse des ciseaux et un ruban à mesurer sur lequel est écrit "Rights of Man". Britannia s'accroche à un chêne, symbole de la stabilité britannique alors que son bouclier représentant l'Union Jack, sa lance et une branche d'olivier, représentant la Paix sont tombés à terre.

Gillray prévient le peuple britannique que les théories révolutionnaires radicales de Paine sont susceptibles de détruire la solide Constitution de la Grande Bretagne au profit d'une mode venue de Paris.




lundi 3 août 2026

Peep-Show.





Caricature intitulée "The Show-man" ( Le montreur de curiosités) de George Moutard Woodward et gravée par Isaac Cruikshank en 1793.

Le montreur de spectacle, charlatan étranger, probablement un français ou un italien, est devant un peep-show (une boîte optique). Devant lui, un paysan naïf, le visage rougeaud se penche pour regarder à travers une des lentilles de la boîte. Au dessus de cette boîte, un écureuil court dans une cage dont la rotation actionne des clochettes. Au XVIIIe siècle, les écureuils étaient des animaux de compagnie très prisés en Angleterre et en Amérique. Cette ambiance sonore attirait les clients qui payaient pour satisfaire leur curiosité.

Dans le dessin original, le show-man s'écrie: " Approchez vos yeux du verre... et vous verrez un grand et vaste lieu rempli de Mort et de destruction - où plus de fléaux attendent les habitués que n'en contenait la célèbre boîte de Pandore!". L'homme cherche à vendre probablement des images de la Révolution française ou de guerre.
Le paysan répond: " Well, you be a droll blade however- I see nothing but a Potticary's Shop!!", "Eh bien, vous être un drôle de gaillard- Je ne vois rien d'autre qu'une boutique d'apothicaire." 
Pour comprendre ce trait d'humour, il faut savoir, qu'à cette époque, pour un quelqu'un du peuple, la boutique de l'apothicaire représentait le summum des fléaux et des destructions, avec ses bocaux multicolores, ses remèdes étranges, ses substances inconnues, bien supérieurs aux guerres et aux révolutions.
Toilettes publiques.






 Estampe de George Emmanuel Opiz datant de 1831.

La scène représente les toilettes publiques dites "Cabinets d'aisance" situées au Palais-Royal. La gestion de ces cabinets était confiée à des concessionnaires et s'avérait fort rentable. Les usagers devaient régler à "Madame", la dame-pipi de l'époque, une somme modique après utilisation des cabinets d'aisance. On constate d'ailleurs que "Madame" vivait très correctement de cette activité à sa tenue, une collerette de dentelle et un imposant chapeau à plumes.

On voit un dandy parisien avec son caniche tondu "à la lion" portant un ruban rouge à son cou et sur la droite un homme portant bicorne qui s'impatiente en tournant le bouton d'une des portes.

A noter qu'il n'y avait pas d'eau dans les cabinets d'aisance. Les sièges étaient situés au dessus de cuves mobiles. C'est là que la taxe payée à « Madame » à l'entrée prenait tout son sens. L'argent servait à rémunérer des garçons ou des filles de cour chargés de nettoyer régulièrement les sièges à la main et de jeter parfois du vinaigre aromatisé pour atténuer les odeurs tenaces.
La comparaison. 








Cette gravure a été réalisée d'après une composition du peintre suédois Laurence le jeune en 1787. Contrairement à ce qui est souvent prétendu, cette gravure n'a pas servi à illustrer une édition des "Liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos. Il s'agit d'une œuvre de salon indépendante devant être encadrée et servir de décoration.

La scène représente deux femmes, dans un boudoir ou une chambre qui comparent la fermeté de leurs seins respectifs. Ce genre de représentation galante était très prisée à l'époque par l'aristocratie et la bourgeoisie.

En bas de l'estampe on peut lire:

A gauche:
While blooming youth & gay delight,
Upon thy eosy Cheeks appear;

(Tandis que la jeunesse florissante et les joyeux délices,
Apparaissent sur tes joues roses,)

A droite:
The Bosom's Charms will more invite,
You'll surely own the Triumph's here.

(Les charmes du sein sauront plus encore inviter,
Tu reconnaîtras sûrement qu'ici réside le triomphe.)

London, Published 1st Jan 1787, by Cha.s Phillips, Walker Court, Soho.