Jeune fille à la fenêtre.
Peinture sur bois du hollandais Gerrit Dou vers 1655 intitulée "Jeune fille à la fenêtre". Cette œuvre appartient à l'époque du "Siècle d'or hollandais".
Le peintre Gerrit Dou fut l'élève de Rembrandt. Il fonda l'école des "fijnschilders" (peintres fins) à Leyde. Ce tableau utilise la technique du trompe-l'œil. L'encadrement sur lequel la jeune femme s'appuie semble la projeter à l'extérieur de la pièce.
Nous voyons une jeune servante portant un corset rouge vif sur une chemise blanche. Elle tient dans sa main un pichet en étain muni d'un couvercle. Ce type de pichet est appelé un "Jan Steen kan" (une chope Jan Steen). Jan Steen était un peintre hollandais qui était versé dans les scènes de beuveries où ce type de pichet était omniprésent à tel point qu'il a fini par porter son nom.
Comme toujours en peinture, les récipients font référence à l'anatomie féminine. Ici, un pichet fermé symbolise la vertu préservée en opposition avec un récipient renversé ou brisé qui évoque la perte de la virginité. Le public de l'époque savait très bien décoder tous ces symboles et en était très friands.
La fenêtre est une frontière entre l'intérieur de la maison où règne la vertu, le travail domestique et la bonne moralité et l'extérieur plein de danger et de tentations pour la jeune fille. En se penchant par la fenêtre, la jeune fille se place dans une zone ambigüe qui semble lui plaire. Ce contraste est rappelé par sa tenue, le rouge de son corset symbole de passion sur sa chemise blanche symbole de pureté.
Par ailleurs, elle cesse son travail ce qui dans la société calviniste de l'époque était assimilé à de l'oisiveté, mère de tous les vices. On comprend, que cette scène banale à notre époque était en fait provocatrice au XVIIe siècle en Hollande et nous n'aborderons pas son décollé plongeant qui complète le tableau pour ne pas en rajouter.
Gerrit Dou était obsédé par la poussière. Il était paniqué par l'idée que des grains de poussière puissent altérer le fini de ses couches de peinture. Quand il entrait dans son atelier, il ouvrait la porte le plus doucement possible, se déplaçait lentement sur la pointe des pieds et allait s'asseoir un bon moment pour attendre que la poussière soulevée malgré ses précautions, retombe au sol. Pour peindre ce tableau, il travaillait sous un grand parasol ouvert pour éviter tout contact de sa peinture avec un corps étranger aussi minuscule fut-il.
En plus, c'était un perfectionniste. Il a passé cinq jours entiers pour peindre la main de la servante qui tient le pichet en étain et cinq autres jours pour peindre le pichet. Ses clients s'exaspéraient souvent de sa lenteur et la livraison d'une simple commande d'un petit tableau pouvait prendre plusieurs années.
Mais tout cela ne nous dit pas ce que regarde la servante. Elle esquisse un sourire, ses yeux se font langoureux. Il s'agit probablement d'un homme, peut être un prétendant. Qui sait? Personne, et nous ne le saurons pas, nous sommes condamnés à imaginer.








