Viol.
Cette miniature est extraite d'une Bible moralisée conservée à la BNF. Elle évoque une scène de viol. Au premier plan, on voit une femme agressée dans un lit par un homme, tandis qu'en arrière plan se tient une autre femme dont on ignore le rôle. Elle pourrait représenter l'innocence ou la conscience selon certains spécialistes.
Au moyen âge, le viol était souvent confondu avec le rapt. Le mot rapt désignait l'enlèvement et l'agression sexuelle indifféremment. Le crime de viol sur une femme était considéré comme une atteinte à l'honneur mais surtout comme une atteinte à la propriété du père ou du mari. La violence occasionnée à la victime était secondaire. Si la justice était saisie, il fallait que le viol soit caractérisé et que la victime prouve son absence de consentement, par des cris entendus dans le voisinage, des témoins directs ou des marques de lutte.
L'Eglise considérait le viol comme un péché capital mais elle préconisait le pardon ou la réparation. Si l'agresseur accepte d'épouser sa victime dans le cas où elle n'était pas mariée et que celle-ci y consentait, elle ou sa famille, les poursuites pouvaient être abandonnées afin de préserver l'honneur de la femme. Car une plainte représentait un risque majeur pour la victime. Les faits étaient rapportés sur la place publique et ce crime pouvait ruiner leur réputation faisant des victimes des "filles perdues" sans aucune autre considération.
A partir du XIIIe siècle, sous Saint-Louis, le viol devient "cas royal", c'est à dire un crime majeur dépendant de la justice royale. Les peines prévues étaient lourdes: la mort par décapitation ou pendaison, la castration ou le bannissement avec confiscation des biens. Mais il existait la possibilité d'obtenir des "lettres de rémission" c'est à dire des grâces royales si le violeur offrait une compensation financière négociée avec la victime ou sa famille. Cependant les jugements dépendaient beaucoup des statuts respectifs de l'agresseur et de la victime. Le viol d'une femme noble par un homme de statut inférieur était sévèrement réprimé, celui d'un seigneur sur une paysanne l'étant beaucoup moins.
On trouve souvent dit sur internet que cette enluminure est une illustration du droit de cuissage (jus primae noctis) qui prétendait que le seigneur avait le droit de passer la première nuit avec l'épouse d'un de ses serfs lors de son mariage. En fait, si le viol a évidemment existé au moyen âge, le droit de cuissage, lui, est une invention, il n'a jamais existé. On doit cette invention aux philosophes des lumières qui voulaient à tout prix diaboliser la féodalité. Les historiens du XIXe siècle se sont empressés de répandre ce mythe erroné afin de mieux valoriser la morale républicaine.
L'image ne représente pas du tout ce "droit" mais bien un crime barbare.






