Translate

mercredi 26 août 2026

Blessure.









 

Lorsque, par hasard, on tombe sur cette image sur internet, on se demande ce qu'elle représente et beaucoup y voit une allusion symbolique à un sexe féminin. Il n'en est rien. Cette enluminure est issue du "Psautier de Bonne de Luxembourg" réalisé en 1348-1349 par Jean Le Noir. Et les objets qui accompagne l'image centrale disséminés dans toute l'image devrait nous mettre sur la voie. Il s'agit de la "Sainte Plaie du Christ" et on retrouve la croix, l'échelle servant à la déposition, la colonne de la flagellation, la lance et l'éponge vinaigrée.
A la fin du moyen âge, la dévotion aux plaies du Christ était très populaire surtout chez les femmes de la noblesse.
Ce livre de prière était tout petit, il mesurait 12,6 x 8,8 cm et tenait dans la main. Un texte entoure l'image et curieusement, il est écrit en vieux français et non en latin comme c'était l'usage.

"Cest monstre les cous dous ihesu
saignant layelet.
Quant uoulsistes pour nous:
souffrir tant de destresse." 

Ceci montre les coups du doux Jésus,
saignant au flanc;
quand vous avez voulu pour nous
souffrir tant de détresse.

Explications du texte:

"Cest monstre": ceci montre. Le verbe "monstrer" est utilisé pour une exhibition sacrée.
"Les cous": les coups.
"Dous ihesu" Doux Jésus.
"Saignant layelet": saignant au flanc
"Quant uoulsistes": quand vous l'avez voulu. Au moyen âge, la population pensait que personne n'avait contraint Jésus et qu'il avait choisi de souffrir et de mourir par amour.

Bonne de Luxembourg est née à Prague sous le nom de Jutta (Judith) qu'elle change lors de son mariage en 1332 avec Jean de Valois pour devenir Bonne. Jean de Valois était duc de Normandie et héritier de la couronne française.
Elle est la mère d'une des plus puissantes lignées royale françaises. Elle eut onze enfants, dont, Charles V le sage, futur roi, Jean de Berry, grand mécène et collectionneur d'art et Philippe II le hardi fondateur de la dynastie des ducs de Bourgogne.
A la fin de la décennie 1340, l'Europe est ravagée par une épidémie de peste bubonique. Bonne de Luxembourg l'attrape et meurt le 11 septembre 1349 sans être devenue reine. Onze mois plus tard Philippe VI décède et son mari est sacré roi sous le nom de Jean II le Bon.

Outre l'image de la Sainte Plaie, son psautier contient aussi la légende "des Trois Morts et des Trois Vivants". L'image montre trois nobles, dont Bonne, qui passent devant trois corps en décomposition. L'un de ces corps leur dit: "Ce que vous êtes, nous l'avons été; ce que nous sommes vous le serez." Une sorte d'avertissement prémonitoire en quelque sorte.


mardi 25 août 2026

Le petit chat gourmand.







 


Ce tableau a été réalisé par l'allemand Wilhelm Amberg en 1862. Il se nomme "Das Naschkätzchen" qui veut dire littéralement "Le petit chat gourmand".

En allemand Naschkätzchen désigne un chat voleur de nourriture, mais c'est aussi une expression affectueuse pour désigner une personne gourmande, un "bec sucré".
La servante se trouve à mi-chemin entre la cuisine et l'endroit où se trouvent les maîtres de maison. Elle fait une halte pour terminer les fonds de verre de vin. On peut remarquer sa dextérité à tenir le plateau, qui supporte des verres en cristal et autres objets, coincé par sa main gauche contre son abdomen dans une position parfaitement horizontale. 
L'image de ce tableau a refait surface sur internet accompagné de légendes plus ou moins drôles.
Le croquet.









 
Cette gravure montrant un tournoi de croquet en 1870, est intitulée "The All-England Croquet Club at Wimbledon". Elle a été publiée dans "The Illustrated London News".

Pour aplanir le gazon des terrains, le Club, basé sur Worple Road, utilise un énorme rouleau compresseur en fonte tiré par un poney. On équipait le poney avec des petites bottines en cuir, faites sur mesure, afin que les sabots de l'animal ne laisse aucune empreinte sur l'herbe fraîchement tondue.
Au bout de quelques années, le rouleau tombe en panne et le Club se trouve dans l'incapacité financière de faire réparer l'engin. Il fallait trouver des fonds et les dirigeants eurent l'idée d'organiser une compétition d'un sport récent en vogue. 22 joueurs masculins s'inscrivent en payant chacun une Guinée. Cet argent était suffisant pour faire réparer le rouleau. Ce nouveau sport était le lawn tennis, appelé plus simplement tennis par la suite, et la compétition devint le tournoi de tennis de Wimbledon en 1877. Sans cette panne, les célèbres courts de gazon anglais n'auraient peut-être jamais vu s'affronter les meilleurs joueurs du tennis mondial.

Le criquet n'était pas seulement un sport, c'était aussi une occasion de pouvoir faire des rencontres et de tenter de séduire. Les jeunes gens des deux sexes de la haute société pouvaient jouer sans la présence de chaperons. C'est la raison pour laquelle le Club de Wimbledon avait instauré des règles de bienséance extrêmement strictes. Il était par exemple interdit aux femmes de tricher avec leur jupes. En effet les crinolines étaient idéales pour cacher une boule et pour pousser discrètement de son pied celle-ci afin de la placer dans une position plus favorable. Cette pratique était appelée le "crinoline-smuggling". En conséquence, les femmes devaient relever légèrement leur robe d'une main d'une façon codifiée, pour montrer qu'elle ne touchaient pas la boule.
Aucun cri de joie, aucun geste d'agacement et aucune contestation des décisions de l'arbitre n'était tolérés. La partie devait se dérouler avec un flegme britannique le plus complet. 
Le jeu permettait aux joueurs et aux joueuses de se rapprocher, mais les contacts physiques étaient rigoureusement interdits. Un homme ne pouvait en aucun cas toucher les mains ou les bras d'une joueuse pour corriger sa posture. Tout conseil devait se faire à voix haute et à une distance respectueuse.
Lorsqu'un joueur touchait la boule d'un adversaire, il avait le droit de placer sa boule contre celle de son adversaire, de mettre le pied sur sa boule pour la bloquer et de la frapper avec son maillet pour envoyer l'autre boule le plus loin possible. Cette technique, appelée le Tight Croquet était interdite aux femmes car jugée trop agressive et "non féminine". Lever le pied pour le mettre sur sa boule était considéré comme un geste disgracieux pour une femme.





Engrâce.



Engrâce était une jeune noble chrétienne originaire de Bracara Augusta, actuellement Braga, au Portugal. Nous connaissons des détails de sa vie grâce au poète Prudence et son livre Peristephanon.
Engrâce était promise en mariage à un riche duc chrétien de la Gaule narbonnaise. En l'an 303 ou 304 après JC, elle se met en route pour rejoindre son fiancé, avec son oncle Lupercie, sa servante Julia et une escorte de 18 hommes en armes. Il lui fallait traverser l'Espagne. Lors de ce périple, le cortège fait halte à Caesaraugusta, actuellement Saragosse. 
A cette époque les empereurs romains menaient une violente persécution contre les chrétiens, notamment les empereurs Dioclétien et Maximien. Le préfet romain local de Caesaraugusta, le cruel Dacien menait une répression sans merci.
Horrifiée par les tortures infligées aux chrétiens de la ville, Engrâce se rend au palais de Dacien pour plaider leur cause.
Dacien, irrité de voir une femme lui tenir tête, la fait arrêter sur le champ ainsi que toute son escorte. Il imagina ensuite une série de tortures à lui infliger. La première fut la flagellation publique.





Cet épisode a été peint par l'espagnol Bartolomé Bermejo entre 1474 et 1477. 
On voit Engrâce, dénudée, en train d'être fouettée, devant le proconsul Dacien, assis dans un fauteuil. On peut relever une curiosité concernant Dacien. Il porte un turban et des vêtements qui n'ont rien à voir avec la tenue d'un Romain de cette époque, mais plutôt avec celle d'un dignitaire musulman. Il faut se souvenir que les années 1470 en Espagne était l'époque de la Reconquistada de la région de Grenade occupé par les Maures. Pour les Espagnols de l'époque, représenter un romain sous les traits d'un musulman, renforçaient la ferveur religieuse et soutenait la politique locale.
De plus, Bartolomé Bermejo se devait d'être prudent. On pense qu'il s'agissait d'un converso, c'est à dire un juif converti de force au christianisme. Sa femme, Gracia de Palaciano avait d'ailleurs était condamnée par l'inquisition espagnole pour pratique secrète de rites juifs. Il était sous surveillance et ne pouvait se permettre aucune fantaisie.
L'originalité de ce tableau se situe dans le réalisme anatomique d'Engrâce. Au moyen âge, les saints martyrs étaient très stylisés, paraissant insensibles à la douleur.
Après la flagellation, on lui déchira les flancs avec des pinces métalliques, puis pour terminer on lui enfonça un clou dans la tête et on la laissa agoniser. Pendant ce temps, les 18 hommes d'armes furent décapités. Dans la région, on évoque encore de nos jours l'histoire des "Dix-huit Martyrs de Saragosse".

Au Xe siècle, des voleurs s'introduisent dans la crypte où reposait le corps d'Engrâce et lui coupe un bras paré de bijoux. Arrivés en France, les voleurs, qui étaient traqués, cache le bras dans un vieux chêne près d'un village nommé Urdax. Plus tard, des bergers remarquent une chose étrange: un bœuf vient s'agenouiller devant le chêne et ses cornes se mettent à briller de mille feux. Les villageois fouillent l'arbre et découvrent le bras qu'ils décident de garder. Pour le protéger, ils bâtirent une très belle église romane et rebaptisèrent le village "Sainte-Engrâce", nom qu'il porte toujours.

lundi 24 août 2026

Soumission.











Enluminure issue de "l'Histoire de Grisélidis"  du XVe siècle.

On voit une homme tirer une femme à terre par les cheveux. Sa robe est retroussée laissant voir ses mi-bas. Cette image est souvent considérée comme une scène de violence conjugale. La vérité est plus complexe et difficile à comprendre de nos jours.
D'une manière générale, il est vrai qu'au moyen âge, la coutume et la législation tolérait ce qui était appelé dans le droit la "correction modérée" des épouses par leur mari. Mais il ne fallait pas dépasser les limites fixées pas la coutume. S'il s'avérait que la femme était blessée ou si le mari mettait sa vie en danger, elle pouvait recourir à la justice, seigneuriale, ecclésiastique ou royale pour demander une séparation de corps.

Pour en revenir à l'enluminure, elle évoque le mythe de Grisélidis, une jeune femme pauvre mariée à un noble nommé Gualtieri. Le mari ne bat pas sa femme par colère,  mais il teste sa patience et sa fidélité. Afin d'éprouver sa soumission, il lui fait subir des tortures psychologiques et physiques. Grisélidis supporte tout sans se plaindre. Cette histoire de Grisélidis est largement inspirée par la dernière nouvelle du Décaméron de Boccace du XIVe siècle, traduite en latin par Pétrarque, puis diffusée dans toute l'Europe.
Au moyen âge, cette scène n'est pas perçue comme une scène de violence mais comme la preuve de l'obéissance de l'âme chrétienne à Dieu. Evidemment, à notre époque, on a du mal à comprendre de tels comportements. Christine de Pizan aussi avait un peu de mal. C'était la première femme de lettre et sans doute la première féministe. Elle traite du mythe dans son ouvrage, la "Cité des Dames" de 1405. Tout  en louant la force morale de Grisélidis, elle ne glorifie pas la soumission et condamne la cruauté du mari.

La femme semble souffrir de calvitie frontale. Il n'en est rien. Au XVe siècle, la mode chez les femmes nobles est de se raser ou de s'épiler très haut le front, parfois avec du sang de grenouille ou de préparations à base de chaux. Un grand front dégagé était le summum de la mode à cette époque.
Le malin piégé.








 


Gravure britannique des années 1760-1780 intitulée "The Knowing one Taken in" (L'expert attrapé ou le malin piégé).

Un homme mûr se prend pour un séducteur habile (knowing one). Il enlace une marchande d'huîtres et tente de l'embrasser sur la joue. La jeune femme joue les innocentes et va probablement lui faire les poches.

Un texte, en bas de l'image, en anglais du XVIIIe siècle, commente la situation:

À gauche :
"What signifies the stood a Pout
So it allays the Appetite
And doubtless ruddy Oysterminx,
May please as much as soft Melinda."
À droite :
"Right says the Blade they both are equal,
And so they are, but Mark the Sequel,
For while he thinks her pieces Prize
She gets the Coatpant to the Fire."


Traduction

À gauche :
« Qu'importe la mine boudeuse
Pourvu que cela apaise l'Appétit
Et sans doute que la rougeaude souillon aux huîtres,
Peut plaire autant que la douce Melinda. »
À droite :
« Le gaillard dit vrai, elles se valent toutes les deux,
Et c'est bien le cas, mais attendez la suite,
Car tandis qu'il pense savourer ses morceaux choisis,
Elle lui pique sa bourse au coin du feu. »



Dans la partie de gauche, l'homme se console de courtiser une simple marchande d'huîtres (une oysterminx, c'est à dire une souillon aux huîtres) au lieu d'une femme de la haute société pour satisfaire ses besoins sexuels (l'Appétit).

Dans le Londres géorgien, les marchandes d'huîtres étaient célèbres par leur franc-parler, leur vulgarité et leurs méfaits. Elles arpentaient les tavernes et les quartiers malfamés de Covent Garden pour vendre leurs huîtres en servant de couverture à des pickpockets ou en volant elles-mêmes. A la vue de la scène, tout anglais comprenait que l'homme n'avait aucune chance.
D'autant que l'on aperçoit, pendu à la ceinture de la vendeuse, un couteau à huîtres de l'époque qui pouvait s'avérer redoutable. La femme était peut être ravissante mais elle pouvait se révéler tranchante et dangereuse. Et ce, même si, en argot londonien ouvrir une huître était une image sexuelle explicite.

Ces gravures étaient collées sur les murs des tavernes et des maisons closes pour servir d'avertissement aux clients.




Correspondance.







Toutes les gravures sont de Gavarni et sont issues de la série "La Boîte aux lettres" produite entre 1837 et 1839.






L'image met en scène deux jeunes modistes, l'une lisant une lettre, l'autre en écrivant une, sur leur lieu de travail reconnaissable aux chapeaux suspendus.

La lettre qu'on lit (à gauche):

Je vous attendrais
à la grande Chaumière
Derrière les Robertmans
Dimanche à l'heure que
vous m'avés dit, s'y vous
manqués l'on que vous aim
Disesperrera.

La Grande Chaumière, située boulevard du Montparnasse, était un des bals les plus célèbres des années 1830. C'était un lieu de rencontre et de séduction où l'on dansait le chahut et le cancan. Les Robertmans devaient être un bosquet sombre du jardin ou un endroit précis isolé du bal.

La réponse qu'on cachette (à droite):

Monsieur
je suis au désespoir de qui
 je ne pourrai m'exposer de près de vous
de puix deux jours je suis obli
gai par un malle de genout que
me force de garder le lit au
moyen de quoi mon cher jetes
obligai de me priver du
plesif il faut espoirer que
cela vat si quairir.

La jeune femme feint la maladie pour annuler un rendez-vous.

Gavarni s'est inspiré de la phonétique réelle des classes populaires, notamment de ces jeunes ouvrières, réputées pour leur liberté de mœurs, et leur argot qui, si elles apprenaient à parler correctement, écrivaient "comme elles entendaient". "Un malle de genout" ou "si quairir' (se guérir) faisaient partie des fautes classiques que la bourgeoisie moquait en fustigeant l'illettrisme populaire.





Un dandy lit une lettre tandis qu'une femme lui fait des papillotes pour lui friser les cheveux.

Texte de la lettre:

"J'ai ta lettre chérie, ô mon Ernest, je la relis vingt fois par jour et la moitié de mes nuits. Qu'il est doux de pense que tu es bien instruit de la mienne comme d'aucune autre; préserves les choses les plus vulgaires!
Signé: Elise.

Légende: Ernest s'en fait des papillotes.

Elise, sincèrement éprise, déclare sa passion et pense que ses lettres seront conservées précieusement. En réalité, Ernest s'en fait des papillotes! Les papillotes étaient des morceaux de papier dont on se servait pour friser les cheveux. On utilisait tous les papiers disponibles, vieux journaux, pamphlets, et pourquoi pas, les lettres d'amour d'Elise. 
Cette gravure eut un grand succès puisque l'expression "s'en faire des papillotes" est passée dans le vocabulaire commun pour signifier qu'on se moquait d'une chose.






Une femme, d'un milieu modeste, s'applique à écrire une lettre d'amour et de reproche sur une table de cuisine, après avoir poussé le lapin mort qui l'encombrait.

"... peut-être en ai-je trop dit mon excellence et doit mon cœur notre changement de conduite et puis quel que jour je m'étonne d'avoir donc à voir la complaisance de m'en donner l'explication je n'est pas d'ailleurs mérité de ne pas avoir de réponse cette pour quoi j'olle espérer que vous vouderez bien m'en faire une quel quelle soit pour quoi vous aije vue troubler mon repos et ma ségurité.
je suis avec estime et amitié."







L'écriture cursive, utilisée au XIXe siècle dans les lettres d'amour, est difficile à déchiffrer. Cette fois-ci, il s'agit d'une lettre de rupture.

"Monsieur,

Malgré que je sois sans expérience, je n'ai pas l'habitude de servir de bouffon, je trouve que le rendez-vous d'hypocrite n'est pas délicat et pour l'enterrer d'une manière digne, je me trouverai avec vous pour éviter tout éclat.
L'honneur me l'ordonne, la plus suprême, je vous salue, 
Eugénie."





Une jeune femme, ne sachant visiblement pas écrire, utilise les services d'un écrivain public, qui demeure imperturbable sous la dictée de sa lettre d'amour passionnée.

" Je prends la plume d'une main tremblante... mon Julien! Mes larmes me troublent les yeux, je ne sais si vous pourrez me lire..."







 
Trois cavaliers, en tenue du XIXe siècle sont arrêtés sur leurs chevaux. L'un d'entre eux lit une lettre, en la faisant visiblement partager à ses amis:

"Vous avez le secret de ma vie... ô mon Alfred adoré, vous ne le trahirez pas? -Du château de Montgomery. 7 juillet."








Un sabotier est en train de rédiger une lettre de réclamation à l'orthographe très personnelle.

Monsieur, Je me suis présenté avec de mes voisin au randéz vous l’heure dite il nia que l’tambour qui se proménait mais comme nos billet porte la grande tennu moi la mien a bisser og m’a trouvé bon comme cela dans le temps D’ailleurs il m’est ossi inposible de mabilér comme de prendre la lune avec les dens il bien étonant que ces toujours au boutique et Artisans qui n’ont riu a perdre que l’on comende garde tandis que des propriaitaire en fir Deme qui ont 22 24 et 28 Ans sur la rondinuance ne sous pas mème suo ou cun controle
la que vous trouverez des gent qui ont le moyin de s’abillér sant s’ablegemi mais n’et petit messieu aimeu beaucoup mieux leuro parti de Campagne il admerais bieu legardant les y sarais és béfaites il ne regarderais pas son sak a la depeute maiz couchez la Corde garde sa leur samble trop d’av er epandants ces pouruer et leur propriéti’s plutot que dorachéz un homme de sa boutique qui travaille comme un kacharre pour faire face a tous es perdre 2 jour et sou upou tandis que l’autre livre au seig de la Mau – lesse a deplessir landis que nous le gardons


Cette lettre est écrite en phonétique de l'époque:

  • « randéz vous l'heure dite » → rendez-vous à l'heure dite.
  • « il nia » → il n'y a.
  • « la mien a bisser og m'a trouvé bon » → la mienne a baissé [de qualité], on m'a trouvé bon comme cela.
  • « ces toujours au boutique » → c'est toujours aux boutiquiers.
  • « en fir Deme » → en ville de même / de même.
  • « la rondinuance » → la ordonnance / la ronde.
  • « suo ou cun controle » → sous aucun contrôle.
  • « le moyin de s'abillér sant s'ablegemi » → le moyen de s'habiller sans s'obliger (sans se priver).
  • « leuro parti de Campagne il admerais bieu legardant les y sarais és béfaites » → leurs parties de campagne, ils aimeraient bien les gardes, ils y seraient à leur aise.
  • « comme un kacharre » → comme un gâcheur / comme un acharné.
  • « livre au seig de la Maulesse » → livrés au sein de la mollesse.