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jeudi 6 août 2026

La Fête de la Grand-Mère.





 "La Fête de la Grand-Mère" de Louis-Léopold Boilly, 1827.




 

De la canicule.








 
"[…] Une grande fatigue, le travail en retard, un effort désespéré pour reprendre ma tâche au milieu d’un été que je n’ai jamais vu, que je ne croyais pas possible dans nos climats tempérés : des journées où le thermomètre à l’ombre montait à 45 degrés, plus un brin d’herbe, plus une fleur au 1ᵉʳ juillet, les arbres jaunis perdant leurs feuilles, la terre fendue s’ouvrant comme pour nous ensevelir, l’effroi de manquer d’eau d’un jour à l’autre, l’effroi des maladies et de la misère pour tout ce pauvre monde découragé de demander à la terre ce qu’elle refusait obstinément à son travail, la consternation de sa fauchaison à peu près nulle, la consternation de sa moisson misérable, terrible sous cette chaleur d’Afrique qui prenait un aspect de fin du monde ! Et puis des fléaux que la science croyait avoir conjurés et devant lesquels elle se déclare impuissante, des varioles foudroyantes, horribles, l’incendie des bois environnants élevant ses fanaux sinistres autour de l’horizon, des loups effarés venant se réfugier le soir dans nos maisons !"


Ce texte est de Georges Sand, écrit à Nohant le 15 septembre 1870.

Les canicules ont toujours existé et certaines furent terribles.

Au XVIIe siècle, on cite les années 1632, 1674, 1684, 1694. 
Au XVIIIe siècle, celles de 1701, 1712, 1718, 1719, 1726, 1727, 1767, 1778 et 1793. 
Le XIXe siècle n'a pas été oublié: 1803, 1811, 1817, 1825, 1842, 1859, 1875, 1893.

L'année 1858 fut très chaude, notamment à Londres où la chaleur déclencha "the great stink" la "grande puanteur" à cause de la fermentation de la Tamise qui servait alors d'égout. L'odeur pestilentielle était si forte que le Parlement dut interrompre ses travaux et que la reine Victoria, en promenade en bateau sur la Tamise, dut se retirer, un mouchoir imbibé de parfum sur le nez.




Allégorie de la tamise en 1858.

 

L'année 1859 est assez bien documentée. Le 28 juin 1859, la température atteint +28°C. Certains, à Paris, se plaignent de la chaleur, mais l'activité parisienne ne faiblit pas. 
Les fortes températures débutent le 7 juillet. La température dépasse les 30°C.  les températures supérieures à 30° se maintiendront 16 jours de suite, ralentissant l'activité économique. On enregistra un pic de 37°. 






Gravure d'Edmond Morin parue le 31 juillet 1831 en double page du Monde illustré.
Cette composition allégorique montre l'accablement des parisiens par la chaleur.


Il fallut attendre le 24 juillet, avec le retour de la pluie, pour que les températures baissent enfin. Le "Tintamarre", dans son édition du 17 juillet 1859, écrit: "Paris entier tire la langue, les gens assez heureux pour avoir une cave y passent une partie de leur après-midi, ceux qui n'ont pas de cave se font descendre dans leur puits."
Le bois de Boulogne et les quais de Seine étaient pris d'assaut par ceux qui revherchaient un peu de fraîcheur.





"Une promenade au bord de la seine pendant la canicule" de Daumier. 

Un couple bourgeois, lui habillé d'une redingote et elle d'une longue et lourde robe comme si de rien n'était, sont sortis pour une promenade sur les bords de la Seine. L'homme, à l'aide de son parapluie, cache à sa femme la vue des baigneurs entièrement nus qui se trempent dans la Seine.
Certains rapportent, qu'au Faubourg Saint-Antoine, un homme s'est promené sur les toits, la nuit, afin de trouver un peu de fraîcheur!





"Tenue de canicule" par Daumier, 1854.






Caricature de Daumier de 1859 intitulée "Amélioration qui ne tardera pas à être apportée aux théâtres de Paris pendant la canicule."
La chaleur emmagasinée dans les théâtres était étouffante. On voit un homme allongé dans une baignoire pleine d'eau située dans une loge, qui à l'époque s'appelait justement "baignoire"!






" Vue prise à la buvette" par Daumier, 1855






En septembre 1895, la barre des 35°C à l'ombre à Paris est atteinte pendant plusieurs jours. Cette image est extraite du Petit Journal du 22 septembre 1895. On y voit des parisiens de toute classe ainsi qu'un chien accablés par cette chaleur tardive.








Cette gravure de Jean-Henri de Haenen, a été publiée par Le Monde illustré du 23 aoît 1884 pour illustrer une vague de chaleur intense qui frappait Paris. La scène se passe sur la place du Théâtre-Français. On y voit une foule rassemblée autour d'un tonneau décoré où pour quelques centimes les parisiens peuvent obtenir une boisson fraîche. A notée à l'arrière plan, une fontaine Wallace. Au premier plan, un homme, à l'aide d'un arrosoir, inonde les pavés de la place.




Une du Petit Journal de 1911. La canicule de 1911 fut une des pires catastrophes climatiques de l'Histoire de France.
L'épisode caniculaire s'est déroulé pendant plus de deux mois, sans trève, du 5 juillet au 13 septembre 1911. La température a oscillé entre 30 à 40°C à l'ombre dans tout le pays. On a relévé 37 à Paris, 38 à lyon et 39 à Toulouse. Cette vague de chaleur s'est accompagnée par une absence totale de pluie asséchant de nombreux cours d'eau.
La canicule de 1911 a causé la mort de plus de 40 000 personnes en France, bilan qui dépasse de loin celui de 2003. Les principales victimes furent les enfants en bas âge: 30 000 enfants de moins d'un an sont morts. Ces morts ont été provoqués par le manque d'hygiène, notamment par l'absence de réfrigérateurs favorisant la prolifération des bactéries dans le lait et provoquant une épidémie appelée "choléra infantile".
Le prix des aliments de base a grimpé en flèche en raison des pertes de bétail et du manque de fourrage. Cette inflation déclencha des émeutes de la faim dans le nord de la France. A la suite de ce drame, les autorités médicales ont imposé des contrôles beaucoup plus stricts sur la pasteurisation, la conservation et la distribution du lait à travers le pays.
Afin de lutter contre la chaleur, les municipalités faisaient circuler des voitures tonneaux pour arroser abondamment les pavés et ainsi faire baisser la température des rues. Des blocs de grace étaient livrés à domicile par des "glacières". Les particuliers les plaçaient dans des meubles en bois et en zinc appelés eux aussi "glacières" afin de pouvoir conserver les aliments quelques heures. Tous les cours d'eau, les fleuves les rivières, les bains publics  étaient pris d'assaut. La police laissait les gens se baigner dans les canaux et les fontaines où la baignade était normalement interdite.
Les habitants des appartements mansardés à Paris passaient la nuit dehors, souvent à même le sol dans les jardins publics, notamment aux Buttes-Chaumont. On y trouve des familles entères venues avec leurs matelas, leurs oreillers, leurs couvertures ou de simples draps étalés à même l'herbe. Les codes vestimentaires étaient très stricts en ces temps, mais les hommes abandonnent leur veste pour dormir en maillot de corps, au grand dam de certains, ou certaines, et les enfants sont en simple chemise.
Pendant les heures les plus chaudes les églises se remplissaient par ceux qui cherchaient un peu de fraîcheur. Les hommes remplaçaient leur chapeaux de feutre par des canotiers de paille et portaient des vêtements de lin. Les femmes changeaient leurs lourdes robes par des robes plus légères, même si le port du corset restait de règle dans la bourgeoisie.
Les premiers jours, la presse s'amusait de voir les habitudes des Parisiens bouleversées.
L'Excelsior: "La canicule est sans pitié. Hélas! oui, par 36° de chaleur à l'ombre. Paris métamorphosé: il boit, il se baigne en plein air, il dort à la belle étoile et dédaigne le théâtre".
Le Temps: "L'on boit au centre de Paris, l'on boit à ses extrémités... Tel café aristocratique inonde ses clients d'orangeade rubescente ou de citronnade opaline".
Puis le ton changea, la presse se mit a qualifier la chaleur "d'encombrante, d'envahissante, d'indiscrete". Le 10 août 1911, le Journal titre en première page: "Trente-sept, sept à l'ombre... et on nous promet pire pour ce soir!". La situation est comparée aux étés historiques de 1876 et 1898.
A la mi-aôut, le ton humoristique fait partie du passé, le Petit Journal titre: "Les méfaits de la chaleur- Une victime de l'insolation." Les journalistes découvrent les effets de la chaleur sur le monde du travail: "De nombreuses victimes de l'insolation ont été transportées soit dans les hôpitaux, soit dans les pharmacies. Beaucoup ont succombé. Quelle torture pour tous ceux que leur métier force à courir les rues par de telles températures. Ah! certes, Paris se souviendra de cet été excessif!"

 

Les plaisirs de l'hiver.







Toutes les gravures sont de Daumier et issues des séries "Les plaisirs de l'hiver" ou "Croquis parisiens" .




Gravure de 1857 des "Croquis parisiens"

" -ça n'est rien Eléonore... ça n'est rien... c'est un grain... ça nous annonce l'arrivée du printemps!"









1858,  tiré de "Croquis d'Hiver"


" La crinoline en temps de neige.
- Ma belle dame... faut-y vous donner un coup d'balai?..."






1836.                                                    

"Le vent"






1836.

" Le verglas."





1836.

" La neige."





1836.  

" La pluie,
                             jour de visite"






1836.

" Le Feu
                                                  - Chaleur de la discussion."

mercredi 5 août 2026

Les femmes socialistes.









Toutes les caricatures sont de Daumier et sont issues de sa série "Les Femmes socialistes" parue dans Le Charivari.







 
Publiée le 4 juin 1849 dans Le Charivari.

"- Repoussée comme candidate à l'assemblée nationale, une porte me reste ouverte... laisse-moi, Zénobie... ne trouble pas mes pensées... Je suis en train de rédiger un manifeste à l'Europe! ..."

Cette caricature vise Jeanne Deroin. En Avril 1849 elle avait bravé l'interdiction légale lui interdisant de présenter sa candidature aux élections législatives de la Deuxième république.
Jeanne Deroin était issue d'une famille pauvre. Elle travaille comme lingère et brodeuse. Mais en parallèle, elle étudie, toute seule et obtient son brevet d'institutrice, son but étant d'enseigner aux enfants des classes populaires. Elle rejoint le mouvement socialiste en 1831, milite pour l'émancipation des femmes. Elle se marie en 1832 mais refuse de porter le nom de son mari au nom de l'égalité.
A la chute de la royauté en 1848, la République instaure le suffrage universel mais en excluant les femmes. Elle fonde alors plusieurs journaux d'opinion, "La Voix des femmes", puis un mensuel "L'Opinion des femmes".
En avril 1849, bravant les interdits, elle présente sa candidature aux élections législatives en rappelant la célèbre phrase d'Olympe de Gouges: "La femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir le droit de monter à la tribune."
Sa démarche suscite des vagues de moqueries et de violentes satires dans la presse, notamment par Daumier. Même au sein des socialistes sa démarche est fermement condamnée, Proudhon lui-même, considérait que la place d'une femme était au foyer.





Gravure de 1849 publiée dans Le Charivari.

La révolution de 1848 a eu, entre autres, pour conséquence l'émergence de nombreux mouvements et clubs féminins réclamant l'égalité des droits politiques et civiques.
Daumier, dans cette caricature, montre que l'émancipation des femmes conduit à négliger leur foyer, leurs époux et leurs enfants pour participer aux réunions politiques. Une femme, qui incarne la tradition, tente de retenir Eglantine, tandis que le mari, coiffé d'un bonnet de nuit, tenant dans ses bras un nourrisson en pleurs, assiste impuissant au départ de sa femme.

"-Ah! il prétend m'empêcher d'aller communier avec nos huit cents frères à la barrière du Maine... il faut que je punisse tant d'insolence!
- Arrêtez, Eglantine, laissez ce tyran aux remords de sa conscience."

En 1849, la barrière du Maine était située à l'emplacement actuel de la gare Montparnasse, la tour porte d'ailleurs le nom de tour Maine-Montparnasse. Ce fut à cet endroit que les républicains radicaux et les socialistes se réunissaient. Les clubs et les réunions politiques avaient été interdits par la deuxième République, les socialistes tournèrent l'interdiction en organisant des banquets républicains et socialistes en dehors de Paris. La barrière du Maine se trouvait en dehors du Paris intra-muros de l'époque, juste à la limite. Le dialogue évoque les huit-cents frères en souvenir de décembre 1848 où un immense banquet réunissant des ouvriers socialistes s'était tenu, sous la présidence symbolique d'Auguste Blanqui, (puisqu'il était en prison) pour promouvoir la République démocratique et sociale. Les repas coûtaient deux sous et on y portait des toasts à la destruction du capitalisme, à la solidarité internationale et à l'émancipation des travailleurs.



 

Publié le 25 mai 1849 dans Le Charivari.

Un groupe de femmes commente la décision des socialistes de rejeter la candidature de Jeanne Deroin (orthographié Derouin) aux élections législatives de 1849.

"- Les délégués du club central socialiste ont à l'unanimité repoussé la candidature de Jeanne Derouin!
- Oh! les aristos!..."

Les militantes socialistes traitent d'aristocrates leurs camarades masculins qui prônent l'égalité sociale en excluant les femmes.





1849.

Le dessin montre un renversement violent de l'autorité domestique, l'épouse chassant l'époux et l'enfant retenant son père.

" - Ah! vous êtes mon mari, ah! vous êtes le maître... eh bien moi! j'ai le droit de vous flanquer à la porte de chez vous! Jeanne Derouin me l'a prouvé hier soir!... Allez vous expliquer avec elle!"

Daumier illustre ici l'influence des publications et des conférences de Jeanne Deroin qui défendait l'égalité et la réciprocité des droits dans le mariage.





Avril 1848.

"- Il paraît que les clubs vont être fermés...
- Les réacs... ils n'auraient jamais osé faire cela avant que la légion des Vésuviennes fût dissoute!..."

Après la Révolution de 1848, les forces républicaines conservatrices au pouvoir cherchaient à restreindre les libertés publiques. Les socialistes qualifiaient ces forces de réactionnaires, d'où l'abréviation "réacs". Les Vésuviennes était un mouvement féministe radical (d'une nature volcanique comme le choix de leur nom l'indiquait) , qui fut rapidement dissout, prônant l'égalité des droits civiques et politiques ainsi que la création d'une garde civique féminine. 






Avril 1849.

" L'insurrection contre les maris est proclamée le plus saint des devoirs"

Cette légende copie l'article 35 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793 :

"Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs."






Mai 1849.


La gravure montre une militante passionnée devant deux femmes qui l'écoutent avec admiration. L'une d'elle tient un bol ou petite soupière rappelant les tâches ménagères que la militante oublie.

" ... qu'est la femme aujourd'hui dans la société, rien! que doit-elle être? tout... oui, tout, tout!
- Ah! bravo, bravo, c'est encore plus beau que le dernier discours de Jeanne Derouin!..."

Il s'agit là d'un pastiche des paroles de l'abbé Sieyés lors de la Révolution de 1789 vis à vis du Tiers-Etat: " Qu'est-ce que le Tiers-Etat? Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique? Rien. Que demande-t-il?  A y devenir quelque chose."


 Lecture d'un roman.




Auteur anonyme, cette estampe a été publié autour de 1823. Elle a été édité par la maison Janet pour son almanach "Le Règne de la mode. Nouvel Almanach des modes rédigé par le Caprice."

Un homme lit à haute voix un livre d'une façon théâtrale. Sur le canapé, une jeune femme vêtue d'une robe blanche, soutenue par une femme plus âgée, s'est évanouie, terrassée par l'émotion suscitée par l'histoire.
La femme plus âgée interrompt le lecteur et lui demande:

"De grâce, Monsieur, auriez-vous par hazard  quelqu'esprit?"

A noter l'écriture anglaise de l'époque du mot "hasard". Ce texte joue sur l'ambiguïté du mot "esprit" qui peut être compris de deux façons. L'esprit au sens d'intelligent et spirituel (opposé à une lecture fastidieuse) et l'esprit au sens de l'esprit de sels (corne de cerf ou ammoniaque) utilisé pour faire reprendre conscience aux personnes évanouies. 

Sous la Restauration, l'alphabétisation est en nette progression et soutient l'industrie du livre, alors en pleine expansion. La lecture, d'abord élitaire, devient un loisir de masse, surtout pour les femmes de la bourgeoisie qui souhaitaient à la fois s'émanciper et combler leurs longues heures d'oisiveté. Mais cette passion est vue d'un très mauvais œil par certains. Les romans sont accusés de corrompre l'esprit des jeunes filles et de détourner les femmes de leurs devoirs domestiques et religieux en provocant chez elles des attentes irréalistes sur l'amour et la vie.
Ce désir de lire est concomitant avec l'arrivée du courant Romantique qui exacerbe les sentiments par l'usage du tragique, de la passion et de la mélancolie. La gravure ci-dessus moque la propension des femmes à s'identifier aux personnages des romans jusqu'à faire des malaises, voire s'évanouir pour imiter cette sensibilité romantique alors à la mode.

mardi 4 août 2026

Compagnon de bain.







 
Gravure satirique britannique de Théodore Lane de Juin 1821 intitulée: "Installation of a Knight Companion of the Bath" (Installation d'un Chevalier compagnon de Bain).

Le Très honorable ordre de Bain (Most honourable order of the bath) est le quatrième ordre de chevalerie britannique par ordre d'importance. Cet ordre remonte au moyen âge, et son nom vient du fait qu'il fallait se laver de tous ses péchés en prenant un bain chaud avant d'être adoubé.
L'image montre la princesse Caroline de Brunswick, l'épouse délaissée du roi George IV,  en compagnie de son amant italien, Bartolomeo Pergami.
Evidemment, l'image tourne dérision l'Ordre du Bain, puisque qu'elle représente un trivial bain dans une baignoire.
La baignoire est ornée d'une croix de Malte, du lion et de licorne britannique qui ferment les yeux pour ne pas trop en voir. A gauche se trouve une bouteille de Brandy et un flacon marqué "Essence de Bergami". Deux personnes espionnent la scène par une porte entrebâillée à droite. Ce sont les domestiques Majocchi et Louisa Demont, témoins clés du procès qui avaient révélé les détails croustillants de la vie intime de la princesse.


On peut lire au bas de la gravure:

While she received the copious shower,
He got a step in honor's path,
And grew from that auspicious hour,
A Knight Companion of the Bath.

Pendant qu'elle recevait la douche copieuse, 
Il gravit un échelon sur le chemin de l'honneur, 
Et devint à partir de cette heure propice, 
Un chevalier compagnon du Bain.
 A dada.





Huile sur toile de Louis Léopold Boilly réalisé vers 1790, intitulé:" La Toilette intime ou la Rose effeuillée."

Ce tableau montre une femme vivant au XVIIIe siècle faisant sa toilette intime à califourchon sur un bidet de salon. La rose effeuillée au premier plan évoque la virginité et l'innocence perdues.
C'est dans les années 1710-1730, que le bidet fait son apparition à la Cour de France dans l'aristocratie. Le meuble était en bois léger, hêtre ou acajou pour les plus luxueux, contenant une cuvette en faïence ou en étain. Son nom vient du vieux français bidet qui désignait un petit cheval de poste monté. Ce fut une révolution car il introduit dans la toilette le retour de l'eau pour les parties intimes du corps. On le pratiquait n'importe où, le boudoir, le salon, ce n'est que plus tard, après l'invention des salles d'eau puis des salles de bain qu'il migra dans ces lieux.
En effet, jusque-là, seule la toilette sèche était pratiquée. La douche était inconnue et on se méfiait des bains, l'eau chaude étant soupçonnée d'ouvrir les pores et de laisser alors les maladies pénétrer le corps. 
La propreté était jugée sur deux critères, l'aspect visuel et le caractère olfactif. On se frictionnait le corps avec des linges blancs imbibés de vinaigre ou de liquides aromatiques. Les poudres étaient massivement utilisées pour la coiffure et les perruques pour masquer la saleté ainsi que le fard pour les visages, hommes compris. Afin de lutter contre les odeurs corporelles, on utilisait des parfums capiteux comme le musc et l'ambre pour la base puis des notes plus florales par dessus.

La toilette, pour l'aristocratie et la haute bourgeoisie était un rite plus théâtral qu'hygiénique. Il existait deux types de toilette: la petite et la grande. La petite toilette s'effectuait au saut du lit, à l'abri des regards sauf ceux des domestiques, et consistait en un soin minimal. La grande toilette tenait plus du salon mondain que de la toilette. Assise devant sa coiffeuse, la femme recevait ses intimes, ses amants, des marchands de tissus ou des artistes tout en se faisant coiffer et maquiller.

Mais le tableau de Boilly a bien failli ne jamais nous parvenir. En 1794, la France est soumise à sa période la plus noire de son histoire, la Terreur. Le nouveau régime, mené par Robespierre, traque tout ce qu'il considère comme élément de la corruption de l'Ancien Régime et verse dans un puritanisme excessif. Un peintre concurrent et jaloux de Boilly le dénonça auprès de la redoutable Société populaire et républicaine des Arts qui faisait détruire tout ce qui ne lui plaisait pas et condamner à mort leurs auteurs. Il le dénonça aussi auprès de Comité de salut Public en prétendant que Boilly peignait "des obscénités répugnantes pour les mœurs républicaines".
Averti des perquisitions imminentes, Boilly dissimule ses toiles les plus libertines et galantes pour l'époque dont "la Toilette intime". Durant quelques jours il peint une immense toile, intitulée "Marat triomphant"!, Jean-Paul Marat assassiné dans son bain un an plus tôt étant le grand martyr de la Révolution.
Devant cette œuvre vibrante d'héroïsme révolutionnaire, les membres du Comité effacent toutes les accusations et Boilly a ainsi pu conserver sa tête sur ses épaules et nous transmettre sa "Toilette intime".