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mardi 11 août 2026

Préservatif.








 Gravure publicitaire française des années 1760.

Il s'agit d'un des plus anciens témoignages du commerce de la contraception et de la prévention des maladies vénériennes en France. Cette gravure faisait la promotion de la première boutique connue à Paris qui s'appelait " A la capote angloise".

Texte de la gravure:

A LA CAPOTE ANGLOISE.

La cinquième Boutique après le Quai de Gê-
vres, à côté d'une Lingere, vis-à-vis la Statue
du Roi.

BARNOU, M[aît]re Maroquin[ier], demeurant au Magasin Royal,
Fait, vend et debite, tant gros que detail, des habits de
conformité, et toutes sortes de Baudruches ou Charnie-
res, soyeuses et d'un fini sans Egal, habiles à Donner
à toutes Saisons, Pret et Commodes, de toutes Es-
peces, Contre-Peste de la Santé,  Propres d'Enfans,
chappeau piqué, capote d'Olyviere, Polono-et
Angloise, Consideratins et Benjamine, Parapluie
de Taffetas et Toile cirée, Sac à Desfense et autres
qui ne de mance, Demeurant à Paris, Demeure

Explication du jargon commercial de l'époque:

- L'adresse: La boutique se situe à Paris. Comme il n'y avait pas de numérotation, on décrivait l'endroit. A côté d'une lingerie, cinq magasins après le Quai de Gêvres    ( aujourd'hui quai de Gesvres), en face de la statue du Roi.
- Le marchand: le marchand s'appelle Barnou et possède le titre de Maître Maroquinier.
- Les préservatifs:  Les préservatifs sont appelés "baudruches". Il vend en gros et en détail des "Baudruches ou Charnières", soyeuses, d'une finition parfaite, prêtes à l'emploi et très pratiques (Prêt et Commodes). Comme argument commercial, il utilise l'argument médical "Contre-Peste de la Santé) c'est à dire efficace contre la syphilis qui faisait des ravages.
- Les autres articles: le marchand cite d'autres articles afin de ne pas trop insister sur le fond de son commerce.

Il convient de décrire la "baudruche" car son utilisation était assez éloignée de l'utilisation d'un préservatif de nos jours. 
Tout d'abord, le préservatif de l'époque était fabriqué à partir de membrane animale le plus souvent, à base d'intestin de mouton, de bœuf ou de chèvre. Ces dispositifs étaient appelés "redingote anglaise"
A l'achat, la baudruche était vendue sèche, plate et rigide. Pour lui redonner de la souplesse et de l'élasticité, il fallait la tremper dans de l'eau tiède ou du lait pendant plusieurs minutes. Sans cette étape, la redingote anglaise était inutilisable.
Les utilisateurs prudents devaient vérifier l'étanchéité, comme le faisait Casanova, en gonflant la baudruche avec la bouche.



Casanova, gonflant un préservatif.



Un fois ramolli l'étui était déroulé sur le sexe en érection. Mais la membrane animale n'était pas élastique comme le latex, elle ne tenait pas en place. Elle était donc munie d'un ruban de soie qu'il fallait nouer fermement à la racine du sexe pour éviter de perdre le préservatif pendant l'acte. D'autre part, la baudruche étant assez épaisse, il fallait l'enduire d'huile d'amande ou de graisse comme lubrifiant afin de limiter les frottements douloureux.
Le prix de la membrane était très élevé, on la réutilisait donc. Le personnel de maison lavait soigneusement l'étui à l'eau avec parfois un peu de désinfectant, généralement de l'eau de Cologne.
Après le lavage, on mettait la membrane à sécher. Afin d'éviter qu'elle ne se détériore on la recouvrait de talc ou d'amidon ou de graisse. Elle était ensuite rangée précieusement dans un étui en verre, prête pour le prochain rendez-vous galant.

Le préservatif fut l'objet d'un rivalité entre les Français et les Britanniques. En France, il était appelé "capote anglaise" ou "redingote anglaise". En Angleterre il était appelé la "French letter". De même les Anglais appelait la syphilis le "mal français" (French disease) et les Français la "maladie anglaise". Au XVIIIe siècle, les Anglais étaient les maîtres en matière de qualité sur ces produits, les étuis étaient plus fins, plus souples et plus résistants. Les clients Français fortunés, car les prix étaient exorbitants, exigeaient la qualité "anglaise" comme la gravure le proclame: "A la capote angloise"


lundi 10 août 2026

Nuit de noces.







 
Estampe du XVIIIe siècle de 1768 intitulée "Le coucher de la Mariée", gravée par Jean-Michel Moreau (dit Moreau le Jeune) et terminée au burin par Jean-Baptiste-Blaise Simonet, d'après une gouache de Pierre-Antoine Baudoin.

La gravure dépeint "l'intimité" d'une chambre typique du style rococo sous Louis XV, où une jeune mariée est préparée par ses suivantes pour sa nuit de noces. Vêtue d'une nuisette blanche et légère, elle incarne la pureté virginale face à l'inconnu de sa nuit de noces tout en feignant une légère réticence convenue.
Une amie, plus expérimentée lui chuchote à l'oreille des secrets d'alcôve. Une autre, agenouillée, lui retire ses chaussures, rituel symbolique du déshabillage. Une suivante a écarté amplement les rideaux du lit à baldaquin, découvrant le théâtre des opérations avant de les refermer sur la mariée, tandis qu'une s'occupe d'éteindre les bougies pour passer de la lumière de la raison à l'obscurité des plaisirs nocturnes. Seule une petite bougie restera allumée sur la table de chevet.
On distingue une porte entrouverte au fond, c'est la porte que l'époux ne tardera pas à franchir. Les suivantes sortiront alors toutes pour laisser la place libre. Les angelots qui surmontent cette porte valident la scène en riant, rappelant que la chambre est placée sous l'empire du désir.

Ce genre d'estampe était très prisé de l'aristocratie, surtout quand elle faisait l'objet d'une menace de censure par les autorités royales et ecclésiastiques, menace qui faisait augmenter considérablement sa valeur marchande. Au delà de la censure officielle, les encyclopédistes et moralistes de tout poil  se déchaînaient contre des œuvres qu'ils jugeaient immorales. L'auteur de la gouache originale  du "Coucher de la Mariée", Pierre-Antoine Baudoin, lors de son exposition au salon, dut affronter les foudres de Diderot: "Monsieur Baudoin, faites-moi le plaisir de me dire en quel lieu du monde cette scène s'est passée. Certes ce n'est pas en France. Jamais on n'y a vu une jeune fille bien née... sollicitée par son époux".
Afin de contourner cette censure, beaucoup dédicaçaient l'estampe à un quelconque puissant, ce qui freinait les enthousiasmes des censeurs. C'est ici le cas, on peut lire sous l'image, en dessous du titre:

A très haut et très Puissant Seigneur
Armand-Charles-Emmanuel d'Hautefort,
Comte d'Hautefort, Marquis de Villacerf,
Grand d'Espagne de Première Classe, 
& Mestre du Camp du Régiment de Cavalerie Royal
Etranger.

Par ses très humbles et très obéissants Serviteurs
Baudouin et Moreau le Jne.

Accompagné des armoiries  de la famille des Hautefort, Baudoin était paré!

Le reste des inscriptions étaient techniques:
à gauche: Peint à la gouache par P.A. Boudoin
à droite: Gravé à l'eau f.te par J.M. Moreau le Jne et terminé par J. B. Simonet.
au centre: A.D.P.R. qui veut dire "Avec Privilège du Roi" l'ancêtre du copyright.





Gravure de Philippe Trière d'après un dessin de Jean-Démosthène Dugourc de 1781 intitulé "Le Lever de la Mariée". Cette œuvre a été conçue pour servir de pendant au "Coucher de la Mariée".

Baudoin est mort subitement en 1769. Le "Coucher de la Mariée" ayant eu un succès énorme dans toute l'Europe, tout le monde attendait le "pendant". Un marchand d'estampe parisien, treize ans plus tard eut l'idée fort lucrative de créer cette estampe manquante. Il demanda à Ducourc, de dessiner le "Lever de la Mariée" dans le même décor, la même chambre que le "Coucher" en inversant la perspective pour simuler le passage du temps.
On voit l'inversion de la lumière, le soleil matinal remplace les bougies, la servante qui avait refermé les rideaux du lit à baldaquin sur la mariée est en train de les rouvrir, découvrant les désordres du lit. La jeune mariée est assise au centre sur les genoux de son père, tandis que celui-ci s'entretient avec son gendre. Sur la droite, deux servantes organisent une table de toilette.

Cette version tardive trompe les amateurs et tous se précipitent pour acheter le "pendant" au "Coucher". Elle s'est vendue par milliers d'exemplaires à travers toute l'Europe.

Voyeurisme. 





Estampe de James Gilray intitulée: " Sir Richard Worse-than-sly exposing his wife's bottom, o fye!" de 1782.
Sir Richard Worsley, homme politique britannique avait intenté un procès à son ami, George Bissett pour avoir entretenu une liaison adultère avec son épouse et lui réclamait la somme exorbitante de 20 000 livres. Le titre de l'estampe déforme le nom de Worsley en  Worse-than-sly qui veut dire pire que rusé. La traduction du titre en français est donc: "Sir Richard Pire-que-rusé, exposant le derrière de sa femme, oh quelle honte!".
A droite, on remarque les deux voyeurs, Sir Richard Worsley qui porte le capitaine Bissett sur ses épaules pour qu'il puisse regarder par la petite fenêtre du haut.
Lady Worsley, au centre, entièrement nue s'apprête à rentrer dans un bain circulaire situé dans un établissement de bains à Maidstone.
La servante qui apporte les linges de bains et qui commente la situation: "Good lack! my Lady, the Captn will see all for nothing" (Doux Jésus! Milady, le capitaine va tout voir gratuitement!"
Au mur figure une carte de l'île de Wight (Map of the isle of Wight), île sur laquelle Sir Richard Worsley possédait de nombreuses terres et occupait une fonction officielle. Posé à côté du chapeau de Sir Richard, un document précise: "My Yoke is Easy & my Burden light" ( Mon joug est aisé et mon fardeau est léger), parodie d'un verset de l'Evangile selon Matthieu 11.30. Mais ici le fardeau c'est le capitaine Bisett!

Le procès de 1782 opposant Sir Richard Worsley au capitaine George Bissett fut un séisme juridique et social.
A cette époque, le mari ne pouvait pas poursuivre sa femme pour adultère, mais il pouvait poursuivre l'amant de celle-ci. Cette procédure s'appelait la "Criminal conversation". La femme étant la propriété exclusive de son époux, l'adultère était donc traité comme un acte de vandalisme sur un bien ouvrant le droit à des dommages et intérêts.
Le procès Worsley a explosé cette loi. En prouvant que Sir Richard avait aidé Bissett à regarder sa femme nue, Sir Richard devenait complice de l'amant (connivance). Le jury a donc conclu que le mari dépréciait lui-même sa propre marchandise, et qu'en conséquence, elle ne valait plus rien. C'est la raison pour laquelle, au lieu des 20 000 livres réclamées le tribunal accorda à Sir Richard un shilling symbolique!
Dorénavant, un mari ne pouvait plus s'enrichir sur l'infidélité de sa femme s'il avait toléré ou encouragé ces mœurs libertines.
Un autre bizarrerie de la loi de l'époque c'est que ni Sir Richard, ni le capitaine Bissett, ni Lady Lady Worsley n'avaient le droit de témoigner ou de s'exprimer. Le tribunal se basait sur les courriers échangés et sur les témoignages des domestiques, comme la servante de l'image, qui exposaient les détails les plus crus de la vie des couples.
Le cas de Lady Worsley a mis en évidence que les femmes étaient les victimes de ce système. Ce scandale, ajouté à d'autres a permis la grande réforme de 1857, le Matrimonial Causes Act qui transfert des tribunaux ecclésiastiques vers des tribunaux civils les affaires de divorce et qui attribue des dommages et intérêts aux enfants et à l'épouse divorcée et non plus pour la poche des maris.


Au jardin des Tuileries.







Gravure de Maurice Bompard intitulée "Paris l'été- Au jardin des Tuileries." publiée dans Le Monde Illustré du 1er août 1885.

Un homme élégant, redingote et chapeau haut de forme, se penche vers une femme assise sur une chaise. Les enfants jouent autour d'eux et en arrière plan un prêtre lit son bréviaire.

Les jardins, en cette fin du XIXe siècle, comme les Tuileries, le parc Monceau, le Luxembourg sont des salons à ciel ouvert pour la bourgeoisie. On y vient pour voir et être vu, l'important étant de paraître. Les chaises payantes permettent de s'isoler pour nouer des relations mondaines ou flirter de façon socialement convenable.
Les jardins publics ont été un moyen pour le pouvoir politique de tenter de pacifier les masses populaires. En ouvrant les parcs au peuple, comme les Buttes-Chaumont, ou les bois de Boulogne et de Vincennes, l'Etat espérait que les ouvriers adopteraient les mœurs et les valeurs de la bourgeoisie en la côtoyant. Le but était d'offrir des plaisirs "sains et convenables" comme les promenades en barque, les concerts de kiosque à musique, afin d'éloigner les ouvriers des cabarets et des guinguettes politiques, foyers de révolte potentielle. Force est de reconnaître que cette entreprise n'a pas rencontré le succès escompté. Elle a toutefois permis d'aérer Paris et de satisfaire le courant hygiéniste à la mode à cette époque.

Le larcin de l'amant.




Cette gravure a été réalisée d'après un tableau du peintre britannique John Collet. Elle fut publiée à Londres en 1777 par Carington Bowles. Elle porte le nom de "The Amorous Thief or, The lover's Larceny" (Le voleur amoureux ou le larcin de l'amant). 
Assise confortablement dans son fauteuil, une femme s'est endormie en lisant un livre qui est tombé à ses pieds. Le titre du livre est: "The Agreeable Dream realiz'd" (Le rêve agréable réalisé). Le sommeil symbolise l'abandon ou une forme d'invitation inconsciente.
Un jeune officier, heureux de cet abandon, en profite pour lui dérober un baiser sur la joue. D'où le titre de "voleur amoureux". 
La servante qui referme la porte, prouvant par là même que c'est elle qui a aidé l'officier à entrer dans la pièce, regarde la bague que celui-ci lui a remis pour la remercier de son aide.
Sur la table, on peut lire une note où est écrit: "Chloe caught napping" (Cloé surprise en plein sommeil)
Un petit écureuil, animal de compagnie de l'époque, tenu en laisse symbolise la domestication des désirs et le maintien moral.

On ne connait pas l'heure à laquelle cette scène se passe, ce qui laisse place à toutes sortes d'hypothèses quant aux raisons de cet endormissement. La plupart des observateurs plaident pour une somnolence postprandiale, appelé communément "coup de barre" qui se produit après la prise de nourriture. Après un repas, le cerveau active le système nerveux parasympathique pour déclencher les opérations de digestion, provocant un afflux de sang vers le système digestif et la production de sérotonine et de mélatonine, les deux hormones du sommeil. C'est l'hypothèse la plus probable, mais elle peut être accentuée par la lecture. Le mouvement régulier de gauche à droite fatigue les muscles oculaires, et la lecture freine les clignements d'yeux, asséchant ceux-ci, les obligeant à se fermer. De plus, la monotonie et l'absence de stimuli extérieur réduisent le niveau de vigilance du cerveau, tout cela ajouté à une position confortable qui réduit le rythme cardiaque et le tonus musculaire: tout est réuni pour que le cerveau bascule dans le sommeil.
Ceci explique cela, sans doute et il est probable que ce soit grâce à ces mécanismes complexes et insoupçonnés qui se sont produits chez la dame, que le fringant officier a pu commettre son forfait.

dimanche 9 août 2026

Pornocratès

ou la dame au cochon. 




Œuvre du belge Félicien Rops réalisée en 1878, intitulée "Pornocratès".

La femme qui servit de modèle à Félicien Rops s'appelle Léontine Duluc. Rops avait pour maîtresses les deux sœurs, Léontine et Aurélie Duluc, modistes de leur état, avec lesquelles il vivait à Paris.
Le tableau représente une femme pratiquement nue, ne portant que de longs gants noirs, des bas et un chapeau à plumes, accessoires classiques de la mode parisienne à l'époque. Ses yeux sont bandés d'un linge blanc, symbolisant l'humanité suivant aveuglement les chemins du vice et des plaisirs charnels.
Elle promène en laisse un cochon à la queue dorée qui symbolise la décadence morale de la société du XIXe siècle.
Trois chérubins ailés s'enfuient, horrifiés et pleurant la perte de la pureté et de l'innocence.
Sous les pieds de la promeneuse, sur une frise en marbre sont représentés la Sculpture, la Musique, la Poésie et la Peinture, effondrés devant une telle déchéance, pleurant en se tenant la tête dans leurs mains.
La séance de pose fut éprouvante pour Léontine. Rops le reconnut plus tard dans une lettre:
" Je viens de terminer une grande étude de femme d'après mon nouveau petit modèle que j'ai eu la cruauté de faire poser par 8 degrés sous zéro, nue comme la vérité. ( L'Art rend féroce)"
Plus tard, suite à ses études, pour dessiner et peindre Pornocratès, Rops s'enferma dans une chambre surchauffée, surchargée de l'odeur entêtante de cyclamens et d'opopanax qu'il avait répandu partout et qui le mettait littéralement en état de transe. Il prétendait que cette lourde atmosphère olfactive stimulait son inspiration.

L'œuvre fut présentée au public pour la première fois, en 1886 à Bruxelles au Salon du groupe d'avant-garde Les XX et déclencha un énorme scandale. Un certain nombre de visiteurs, choqués par la nudité de la femme et la présence du cochon, exigèrent du bourgmestre de Bruxelles que le dessin soit censuré et retiré de l'Exposition. Sans s'émouvoir le moins du monde Rops répliqua: "J'ai fait la trouée dans l'hypocrisie de notre temps, voila tout."



Moi, ma femme et ma fille.






 Gravure d'Henry William Bunbury réalisée entre 1780 et 1790 intitulée "Me, my wife and my daughter"

Satire des moyens de transport de la classe moyenne à l'époque.