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samedi 29 août 2026

Veuve inconsolable.






 


Ce tableau, de Jean-Baptiste Greuze, peint vers 1762, est intitulé "La Veuve inconsolable" ou "Le tendre Ressouvenir". C'est un exemple typique du style rococo sentimental.

Devant le buste de son défunt époux, une veuve relit d'anciennes lettres d'amour. La tenue de la veuve, robe froissée, dépoitraillée laissant voir un sein, montre son total abandon à son chagrin. Un chien, toujours symbole de la fidélité, est présent dans la chambre.

Ce chagrin, très théâtral, aurait pu paraître anecdotique, s'il n'avait pas été l'objet d'une dispute épique entre Greuze et le trop pudibond Diderot.

Rappelons que Greuze, au XVIIIe siècle, malgré son tableau " La cruche cassée" était considéré comme le grand peintre de la morale et de la vertu. Lorsque Greuze prépare ce tableau parallèlement avec "Le Miroir brisé" pour le Salon de 1763, Diderot découvre le tableau et il entre dans une colère épique. Il reproche à Greuze ce sein dévoilé destiné à transformer, d'après lui, le chagrin de la veuve en excitation charnelle.
Diderot écrira plus tard que Greuze avait peint une scène de plaisir solitaire ce qui, pour lui, constituait une faute de goût pour le peintre de la vertu.
Ulcéré, Greuze se vexa et décida de retirer son œuvre de l'exposition du Salon. Le tableau est donc resté caché du public, suscitant des hypothèses les plus hasardeuses.

Si Greuze était le peintre de la vertu, il faut reconnaître que sa vie intime l'était moins, non pas de sa faute, mais de celle de sa femme. En 1759, il épouse Anne-Gabrielle Babuti, la fille d'un libraire parisien. Ce fut un mariage d'amour passionné, mais qui ne tarda pas à dégénérer.
Anne-Gabrielle gère les affaires de Greuze et notamment le commerce des gravures. Or Anne-Gabrielle est d'une cupidité maladive, elle fait secrètement imprimer des milliers de copies supplémentaires pour les revendre à son propre profit. De plus, elle gère la fortune du peintre pour la dilapider le laissant au bord de la faillite en permanence. Pour compléter le tableau, si j'ose dire s'agissant d'un peintre, la fidélité n'était pas le fort d'Anne-Gabrielle. Son appétit en la matière était insatiable, jusqu'aux élèves de son mari en passant par des proches du milieu artistique. Greuze écrira dans ses mémoires qu'elle "portait l'adultère jusqu'à l'impudence, et le cynisme jusqu'à l'effronterie".
De nombreuses disputes légendaires avaient lieu dans l'atelier-logement du Louvre du couple, où Anne-Gabrielle se montrait d'une violence extrême, à tel point que Greuze craignait pour sa vie. Il en profita néanmoins pour nous faire don d'une belle gravure intitulée: "La Femme en colère"




La femme en colère de Greuze vers 1786.


Le couple se sépara en 1786, puis divorça en 1793 après la légalisation du divorce. Mais Anne-Gabrielle obtint une forte pension qui ruina totalement le peintre qui mourut dans la misère la plus totale en 1805. Comme quoi, Diderot nous pardonnera, la vertu ne fait pas tout.