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lundi 14 septembre 2026

Séchage.







 
Eau-forte colorée à la main de Thomas Rowlandson datée du 1er mai 1790, intitulée "Airing a shift" ("Sécher une chemise").

Une femme, dépoitraillée, fait sécher une chemise devant une cheminée. Sous l'image, on trouve un poème, jugé grivois à l'époque:

A Thousand Cupids dance upon her smiles;
Young bathing Angels, wanton in her eyes,
melt in her looks, and pant upon her breasts
. 

Mille Cupidons dansent sur ses sourires ;
De jeunes Anges se baignant, badins dans ses yeux,
se fondent dans ses regards, et halètent sur sa poitrine.

Cette estampe a été éditée par William Holland qui tenait boutique au 50 Oxford Street à Londres. Holland exposait les estampes dans une salle dont l'entrée était payante (1 shilling). Seulement Holland était un radical et très engagé politiquement. En 1793, il est jeté en prison pendant un an pour avoir publié des écrits révolutionnaires de Thomas Paine. Les clients venaient chez lui pour "se rincer l'œil" et pour comploter contre la couronne britannique.

De nos jours, Rowlandson est reconnu comme un artiste important. Il est exposé au Metropolitan Museum of Art de New-York. Mais au XIXe siècle, il a subi une censure systématique sous le règne de la reine Victoria. Des centaines de ses gravures ont été détruites sur ordre car jugées immorales. Heureusement des musées réussirent à en cacher certaines et de riches collectionneurs se sont précipités pour  sauver  ses œuvres de l'oubli.

Mais, le malheureux Rowlandson subit encore de nos jours la censure. L'estampe présentée plus haut est censurée par des filtres de modération de certains réseaux sociaux à cause de la poitrine dénudée de la femme. La censure n'est pas morte avec la reine Victoria, sa succession a été assurée. Et 230 ans plus tard,  le pouvoir de provocation de Rowlandson reste intact.

dimanche 23 août 2026

La dernière chemise.









L'auteur de cette estampe est anonyme. Au XVIIIe siècle, de nombreux dessinateurs et graveurs restaient anonymes, pour des questions de droits d'auteur, les gravures restant la propriété de l'éditeur. C'est la raison pour laquelle n'apparaît que le nom de l'éditeur en bas à gauche: Carington Bowles, N° 69 Paul's Church Yard à Londres.
Cette image a été publiée vers 1792 et se nomme "The Last Shift" (La dernière chemise). Elle représente une courtisane de l'époque géorgienne dans un logement pauvre et exigu.

A la fin du XVIIIe siècle, le mot "shift" avait trois sens:
- Le vêtement: c'était la chemise de corps.
- La pauvreté: "To be put to one's last shift" voulait dire être réduit à la dernière extrémité, utiliser sa dernière chemise.
- Le changement d'activité: comme par exemple, la cessation d'une période de travail mais aussi, pour une prostituée, le changement de client.

Cette courtisane n'a plus qu'une seule chemise qu'elle est obligée de laver, raison pour laquelle sa poitrine est nue, preuve qu'elle touche le fond de la misère.
Du linge sèche dans la modeste cheminée, tandis que le désordre règne dans la pièce. On peut voir sous la table un corset, ainsi que plus à droite, un chapeau haut-de-forme laissant comprendre le départ précipité d'un client pour des raisons inconnues.
Une chanson imprimée, une ballade, se trouve aussi à terre. Les premiers mots sont: "How happy were my days till now" (Qu'ils étaient heureux mes jours jusqu'à présent), ce qui indique, pour ceux qui n'auraient pas compris, une déchéance récente.
On voit aussi un chat qui tente d'attraper de la nourriture. Au XVIIIe siècle, le chat était le symbole de la sexualité féminine. La présence du chat sur l'image confirme l'état de courtisane de la femme.

dimanche 1 novembre 2015

Ce que vit une chemise.

Ce que vit une chemise.

Un chemisier parisien communique les notes suivantes sur la vie et le prix d'une chemise.
Pour être correct, la chemise doit être blanchie tous les quatre jours, deux fois par semaine:
Une chemise de coton, prix 4 francs, supporte 25 blanchissages à 0, 35 fr. Total 12,75 fr. Vie: 100 jours, il en faut 3 1/2 par an.
Une chemise ordinaire, plastron toile, prix 5 fr., supporte 15 blanchissages à 0,35 fr. Total 10,25 fr. Vie: 60 jours: il en faut 6 par an.
Une chemise en toile d'Irlande, prix 8 francs, supporte 30 blanchissages à 0,35 fr. Total 18,50 fr. Vie 120 jours; il en faut 3 par an.
Une chemise à plis, prix 7 francs, supporte 12 blanchissages à 0,35 fr. Total 11,20 fr. Vie 48 jours, il en faut 8 1/2 par an.
On pourra désormais faire ses achats en connaissance de cause, renseignements toujours précieux.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 4 juin 1905.