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vendredi 4 septembre 2026

La Ribaude.






 




Tableau du néerlandais Jan Steen, vers 1660-1662, huile sur toile intitulé "La Ribaude" ou "Scène  de lupanar avec un vieil homme offrant de l'argent à une jeune fille".

Cette scène se passe dans un bordel. Elle représente une jeune courtisane assise au bord d'un lit et un vieil homme arborant un chapeau haut de forme qui lui caresse le menton, tandis qu'une entremetteuse sourit à l'arrière plan. De nos jours, la scène, au sens figuratif, n'a rien de choquant, mais il faut savoir qu'à cette époque, au XVIIe siècle la censure était féroce. Les artistes ne pouvait qu'utiliser des symboles pour suggérer ce qu'ils voulaient exposer. Les Pays-bas n'échappaient pas à la mode et Jan Steen le savait. On remarque que la courtisane ne porte qu'une pantoufle au pied droit, l'autre reposant au sol sous son pied gauche qu'elle tient levé. Dans l'iconographie hollandaise, porter des chaussons signifie un relâchement moral, mais n'en porter qu'une et montrer son pied signifiait que la femme avait franchi le pas.
Comme souvent, les rideaux du lit sont organisés d'une façon théâtrale, c'est à dire qu'ils invitent le spectateur au futur spectacle. Sur la table de nuit, on distingue un bol métallique et une cuillère. Il n'était pas rare d'offrir au client un bouillon fortifiant à base d'œufs et d'épices censé stimuler sa libido.
Pour bien nous rappeler qu'il ne s'agit pas d'une scène de séduction, Jan Steen nous montre le futur échange d'argent prouvant qu'il n'est ici question que d'une transaction commerciale. D'ailleurs les mains de la femme le confirme, elle tend sa main gauche pour recevoir sa rémunération, sa main droite étant appuyée fermement sur le sommier du lit, montrant qu'elle domine complétement la situation. Cette attitude accentue le ridicule du vieillard avec son chapeau haut de forme en train de dépenser sa fortune pour s'offrir les faveurs de jeunes femmes.
La mère maquerelle en arrière plan se trouve là pour surveiller que tout se passe bien, elle partira une fois l'argent encaissé. Elle incarne la vénalité absolue; elle profite à la fois de la faiblesse de la jeunesse et de celle de la vieillesse. Jan Steen a volontairement placé le visage édenté de la vieille près du visage de la courtisane pour symboliser la vanité et le temps qui passe.

L'érotisme de "La Ribaude" ne nous apparaît pas spontanément de nos jours. Il n'en était pas de même au XVII et XVIIIe siècle. Le tableau a été jugé beaucoup trop provocant pour les futurs propriétaires et l'un d'entre eux a jugé la nudité de la jambe de la jeune femme intolérable. Afin de rendre la scène plus convenable, il a fait peindre par dessus la jambe levée une pièce de tissu supplémentaire. Et ce n'est qu'au XXe siècle, suite à des travaux de restauration minutieux que les experts ont découvert l'ajout du voile pudibond. Celui-ci fut retiré délicatement. Les restaurateurs ont dénudé la jambe de la courtisane qui s'est retrouvée levée comme Jan Steen l'avait imaginée, le pied, le mollet et un début de cuisse à l'air.
On comprendra mieux pourquoi Jan Steen a peint tant de scènes de tavernes ou de lieux de débauche, en apprenant qu'il était lui-même propriétaire d'une taverne et, qu'en guise d'imagination, il utilisait ses propres expériences quotidiennes comme source d'inspiration.

dimanche 23 août 2026

La dernière chemise.









L'auteur de cette estampe est anonyme. Au XVIIIe siècle, de nombreux dessinateurs et graveurs restaient anonymes, pour des questions de droits d'auteur, les gravures restant la propriété de l'éditeur. C'est la raison pour laquelle n'apparaît que le nom de l'éditeur en bas à gauche: Carington Bowles, N° 69 Paul's Church Yard à Londres.
Cette image a été publiée vers 1792 et se nomme "The Last Shift" (La dernière chemise). Elle représente une courtisane de l'époque géorgienne dans un logement pauvre et exigu.

A la fin du XVIIIe siècle, le mot "shift" avait trois sens:
- Le vêtement: c'était la chemise de corps.
- La pauvreté: "To be put to one's last shift" voulait dire être réduit à la dernière extrémité, utiliser sa dernière chemise.
- Le changement d'activité: comme par exemple, la cessation d'une période de travail mais aussi, pour une prostituée, le changement de client.

Cette courtisane n'a plus qu'une seule chemise qu'elle est obligée de laver, raison pour laquelle sa poitrine est nue, preuve qu'elle touche le fond de la misère.
Du linge sèche dans la modeste cheminée, tandis que le désordre règne dans la pièce. On peut voir sous la table un corset, ainsi que plus à droite, un chapeau haut-de-forme laissant comprendre le départ précipité d'un client pour des raisons inconnues.
Une chanson imprimée, une ballade, se trouve aussi à terre. Les premiers mots sont: "How happy were my days till now" (Qu'ils étaient heureux mes jours jusqu'à présent), ce qui indique, pour ceux qui n'auraient pas compris, une déchéance récente.
On voit aussi un chat qui tente d'attraper de la nourriture. Au XVIIIe siècle, le chat était le symbole de la sexualité féminine. La présence du chat sur l'image confirme l'état de courtisane de la femme.

vendredi 31 juillet 2026

La marchandise est achetée ici.







 
Gravure du XVIe siècle de Cornelis Massys (Matsys) intitulée "Compagnie de buveurs avec un bouffon".

Dans la tradition artistique des Pays-Bas, la scène met en garde contre les plaisirs charnels, l'ivrognerie et la naïveté. Dans une taverne, des paysans sont séduits par des femmes. Pendant qu'ils les enlacent et les embrassent, ils se font détrousser sous l'œil d'un bouffon qui se moque d'eux. On voit, à droite de l'image, une femme agenouillée, en train de piller l'escarcelle de l'un d'eux tandis qu'à l'extérieur un homme dérobe les marchandises leur appartenant.

En bas de la gravures, trois inscriptions indiquent la morale de cette scène:

- En néerlandais: "Tis hier ghoede vente laet druck verslaen / Want tis al vercocht eert voort is ghedaen." (C'est une bonne affaire ici, oubliez vos soucis, car tout est déjà vendu avant même d'être exposé).

- En latin macaronique: " Hic bona venditio est, quoniam prius apage moeror / Quam venale fuit, venijt omne forum " (à peu près la même chose que ci-dessus.)

- En français: " La marchandise est achetée icy/ Sans mettre en vente, et sans argent aussi."