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mercredi 9 octobre 2013

La nouvelle bamboula.

La nouvelle bamboula.

Nos lecteurs et nos lectrices ont certainement entendu parler de cette danse nouvelle, si bizarre, qui fait actuellement, surtout au Nouveau-Cirque, la joie des Parisiens. Nous allons la leur apprendre, mais nous sommes sûrs à l'avance que, même quand ils le sauront, le cake-walk ne détrônera pas dans nos salons la valse brillante et le gracieux quadrille.

Le cake-walk est un concours.

Le "cake-walk" est une danse importée par les nègres d'Afrique sur le sol de la libre Amérique.
On y chercherait vainement des règles fixes: c'est une danse fantaisiste, bizarre, qui s'exécute sur des marches populaires à deux temps, dont les premières mesures sont toujours à contretemps.
L'ensemble de la danse constitue un concours, dont un immense gâteau est l'enjeu. De là son nom: cake-walk, c'est à dire gâteau. Le gâteau appartient au couple qui a montré le plus de fantaisie, d'originalité dans l'exécution de la danse.
On raconte que le "cake-walk" a été introduit de la manière suivante dans les salons américains:
Un soir, un milliardaire qui mariait sa fille, vit venir chez lui un couple de riches nègres, affublés extraordinairement. La femme était vêtue d'oripeaux verts et jaunes, le mari d'un veston chocolat et d'un pantalon jonquille.


Le couple comique fit son entrée en musique avec force grimaces et contorsions, si bien qu'après son départ, les invités blancs l'imitèrent à qui mieux mieux. On organisa même un concours, et le danseur le plus agile...et le plus grotesque, obtint la palme, c'est à dire le gâteau.

Les différents cake-walk.

Les cake-walk sont nombreux, mais la musique des principaux, par son originalité, a été pour beaucoup dans le succès de la danse. Les airs restèrent facilement dans les oreilles des Américains qui les sifflèrent bientôt de par le monde et les popularisèrent dans les nombreux pays qu'ils visitent chaque année.
Les cake-walk les plus connus sont: The Brooklyn, My Tiger Lily, Coon Band Contest, et Coon Town Chimes, qui est devenu le cake-walk classique, comme le Pas de Quatre de Meyer Lutz est devenu le pas de quatre traditionnel.
Nos lecteurs pourront se rendre compte de l'originalité de cette musique en prenant connaissance de l'extrait que nous donnons ci-après de cake-walk classique de M. et Mme Elks, du Nouveau-Cirque.




Comment se danse le cake-walk.

Le cake-walk, tel qu'on le danse au Nouveau-Cirque et dans les théâtres, ne peut se danser dans les salons; mais il a été parisiané et, aujourd'hui, on le danse un peu partout.
En voici la théorie, réglée pour les salons par M. Molina da Silva, professeur de danse et de maintien aux Ecoles militaires de Saint-Cyr et de Versailles:
Le pas du cake-walk est assez difficile à définir. Il consiste en petits bonds alternés, en appuyant sur les orteils posés à plat. Les bras devant soi, allongés et arrondis, de façon à bien marquer l'eurythmie de la danse. Le buste sera cambré et les pieds bien en dehors.
1re figure (16 mesures).
-Pendant les huit premières mesures, le cavalier et sa danseuse, se tenant par la main, comme dans la berline, avancent dans la longueur du salon, en faisant des pas de cake-walk et en se penchant en arrière.


2e figure (16 mesures).
- La danseuse avance, suivie par le cavalier qui la regarde par dessus l'épaule, alternativement à droite et à gauche.
La danseuse se place derrière le cavalier qui avance et le regarde par dessus l'épaule.
3e figure (16 mesures).
-Ils mettent ensuite, et alternativement, le pied gauche par dessus le pied droit, et le pied droit par dessus le pied gauche, bien croisés.
4e figure (16 mesures).
-Puis ils tournent sur le pied droit, le corps en avant et les bras tendus extérieurement, à la hauteur des épaules. Ils recommencent pour revenir en face l'un de l'autre.
5e figure (8 mesures).
-Ensuite, les pieds bien tournés en dehors et les bras allongés, ils font un galop dans la position du Two-Step.
6e figure (8 mesures).
- Et reprennent, comme au commencement, le pas du cake-walk.




Le cake-walk jugé par quelques écrivains.

Nombre d'écrivains ont donné leur avis sur la nouvelle danse. Parmi les opinions très variées qui ont été émises, nous citerons celle exprimée par M. Michel Zamacoïs, dans la Vie Musicale.
"Imaginez, dit M. Michel Zamacoïs, un défi aux lois les plus élémentaires de l'équilibre. Une série de sauts exécutés sur un rythme nègre, les jambes tellement en avant et le torse tellement en arrière, que l'on craint que les pieds ne reviennent pas à temps pour empêcher le dos de rejoindre le sol.
"Plus le danseur donne l'illusion de sa chute imminente, plus son corps se rapproche de l'horizontale, donnant l'impression d'un redressement impossible, plus il a de talent. Bref, plus il mérite le gâteau, plus, naturellement, le public reste "baba".
"Quant aux bras, il faut les tenir aussi en arrière que possible, leur mouvement se réglant sur ceux des jambes.
"Le danseur de cake-walk digne de ce nom a l'air d'un monsieur qui court faire, sur place, une commission excessivement pressée. Il se précipite...mais n'avance pas. Il vole à un rendez-vous comme si une mauvaise fée invisible retenait perpétuellement son élan au moyen d'un aimant gigantesque.
"Il se démène ! il court ! il se dépèche...sans avancer d'une semelle. Il s'essoufle, il transpire, il se fatigue, et il reste là. c'est un simulacre de la rapidité, c'est une comédie de la vitesse. devant un cake-walk bien dansé, on est angoissé, attristé, apitoyé; pensez: on croit avoir devant soi un brave homme qui se dépèche pour prendre le train, pour porter une lettre à la poste, et qui reste en place, qui se met en nage pour marcher à pas de tortue, qui court pour être en avance et qui va être en retard!"
Allons mesdemoiselles et chères lectrices, en place pour le cake-walk. Mais quoi? vous préférez la polka ?

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 22 mars 1903.

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