Rapine.
Gravure d'après un tableau de John Collett, publiée en 1778 par Sayer & Bennett et intitulée "Shop-Lifter Detected" (La voleuse à l'étalage démasquée).
Texte qui accompagne l'image:
SHOP-LIFTER DETECTED.
From an Original Picture Painted by M.r John Collett.
London, Printed for ROBERT SAYER, Map & Printfeller, N.o 53
From an Original Picture Painted by M.r John Collett.
London, Printed for ROBERT SAYER, Map & Printfeller, N.o 53
Fleet Street, as the Act directs Aug.t 10. 1778.
LA VOLEUSE À L'ÉTALAGE DÉMASQUÉE.
D'après un tableau original peint par M. John Collett.
Londres, Imprimé pour ROBERT SAYER, marchand de cartes et d'estampes, au N° 53 de la rue Fleet Street,
conformément à la loi, le 10 août 1778.
Une jeune femme, très élégante vient d'être surprise en flagrant délit de vol à l'étalage. Deux employés du magasin s'empressent pour récupérer la marchandise dérobée, l'un maintient fermement la jeune femme et l'autre retire de sous ses jupes la dentelle de luxe dérobée.
A gauche, une femme lève les mains horrifiée. A droite, un constable constate les faits tandis qu'un petit chien lui aboie dessus.
De nos jours un tel larcin est chose banale, on se contente d'admonester la coupable, et encore. Mais à cette époque, la loi était plus rigoureuse. Au Royaume-Uni, tout vol d'objets d'une valeur supérieure à 5 shillings dans une boutique (Pour situer, le rouleau de dentelle sur l'image valait une vingtaine de shillings) constituait un crime passible de la peine de mort par pendaison, ( Shopliting Act loi de 1699). Cette loi fut modifiée seulement en 1823.
Pour comprendre la présence de ce rouleau de dentelle sous les jupes de cette femme, il faut évoquer un accessoire de mode très usité au XVIIIe siècle: les poches détachables.
Contrairement aux vêtements masculins qui intégraient des poches cousues dans les vestes et les pantalons, les vêtements féminins en était totalement dépourvus. Les femmes portaient donc une ou deux poches amovibles attachées autour de la taille par un ruban cachées sous leurs jupes. Elles accédaient à ces poches par des fentes aménagées dans leurs robes. Cette technique était avantageuse car fouiller dans de telles poches sans le consentement de la dame était considéré comme quasiment un viol.
Les femmes de l'aristocratie portaient des poches de soie brodées de motifs floraux, les femmes chambres, les marchandes et les ouvrières des poches en toile de lin ou de coton confectionnées dans des chutes de tissus. Ces poches détachables constituaient pour les femmes les plus pauvres, contraintes de changer souvent de logement, une sorte de coffre-fort destiné à contenir ce qu'elles possédaient de plus précieux.
Que pouvait bien contenir ces poches? à peu près le même bric-à-brac que celui que l'on peut trouver dans les sacs à main de nos dames modernes. Les femmes de de la haute société y transportaient des pièces de monnaie, des billets de loterie, des reconnaissances de dettes, des petites clés de coffrets ou de meubles où elles cachaient ce que les maris ne devaient pas voir, etc. On trouvait dans les poches des femmes de la classe moyenne ou du peuple des ciseaux, des dés à coudre, des pelotes d'épingles, des carnets. Et puis des choses communes aux femmes de toutes les classes, des tabatières, des flacons de sel, des lunettes, des miroirs de poche et parfois même des lettres d'amour. (informations fournies par les fouilles effectuées sur les femmes arrêtées et disponibles dans les archives judiciaires. Pour en savoir plus, voir The Pocket: A Hidden History of Women'Lives de Barbara Burman et Ariane Fennetaux). Il ne manquait plus qu'un raton laveur, nous aurait dit Jacques Prévert.
Ces poches constituaient donc un lieu idéal pour cacher les produits du vol à l'étalage. Il suffisait de disposer de très grandes poches pour y dissimuler des pièces entières de tissus, des bouteilles et même de la vaisselle.
Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les boutiques étaient ouvertes à l'air libre, séparées de la rue par de simples comptoirs en bois. Les vitrines en verre ont tout changé, empêchent les vols à l'étalage. Il devenait possible pour les commerçants d'exposer la marchandise et pour les dames de faire du "lèche-vitrine". Une autre invention permit aussi de réduire les vols: les miroirs convexes. Ces miroirs bombés étaient appelés "miroirs de sorcière" et permettaient de voir les clients comme sous l'effet d'un grand angle. Le boutiquier pouvait surveiller les mains d'un client tout en lui tournant le dos en montant chercher un article haut perché. Les commis étaient choisis en fonction de la robustesse de leur morphologie. Comme les voleurs agissaient en bande, ils surveillaient par deux. Quand l'un cherchait un article, l'autre observait les clients prêt à donner l'alerte.
Toute cette ambiance et ces mœurs sont résumés par la statue située en arrière plan. Il s'agit de la statue de Mercure, le dieu du commerce et des marchands, mais aussi le dieu des voleurs.
Elle nous rappelle ainsi que le boutiquier et le voleur ont le même patron sans doute à cause de certaines pratiques commerciales de l'époque qui brouillaient la frontière de l'honnêteté.

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