Le lai de Lanval.
Cette enluminure est une illustration du lai de Lanval (ou Launval selon les manuscrits), un poème écrit par Marie de France au XIIe siècle.
Le lai de Lanval est un savant mélange des légendes celtiques et de l'amour courtois. Un chevalier, fils de roi, nommé Lanval faisait partie de la cour du roi Arthur. Mais, lors de la distribution des domaines et des richesses aux membres des chevaliers de la Table Ronde, il fut complètement oublié par le roi Arthur. Sombrant dans la pauvreté, Lanval quitta la cour et s'éloigna pour méditer.
Il se reposait près d'un ruisseau, lorsque deux demoiselles apparaissent, lui demandent de les suivre et l'emmènent vers une tente où se trouvait une fée d'une éblouissante beauté. Et cette magnifique créature lui avoue qu'elle a quitté son royaume par amour pour lui. Il faut dire que le chevalier Lanval s'il était pauvre, n'était pas désagréable à regarder.
Sans lui laisser le temps de barguigner, elle lui propose un pacte magique: son amour et une source de richesse inépuisable. La fée était plus qu'attirante d'autant qu'elle précisa que plus il dépenserai, plus ses coffres se rempliraient d'argent. Mais, comme dans tous les contrats, il y avait une clause impérative. Elle exigeait le secret absolu. S'il lui prenait l'envie de révéler son existence à quiconque, le pacte deviendrait caduc, tout disparaîtrait, elle et la source de financement.
Lanval accepte et pour sceller cet accord, ils passent agréablement la nuit ensemble. Le lendemain, Lanval retourne à la cour, métamorphosé, plein de largesse. S'il veut revoir la fée, il n'a qu'à s'isoler et elle apparaît prête à satisfaire ses désirs.
Mais l'affaire va se gâter à cause de la reine. La reine Guenièvre remarque Lanval et tente de le séduire. Elle lui offre son amour mais par respect et fidélité pour le roi Arthur, le chevalier refuse. La reine ne prend pas bien du tout son refus, elle l'insulte et, comble de déshonneur, l'accuse de ne pas aimer les femmes. Lanval est offusqué par cette accusation et pour défendre son honneur, il se vante d'être aimé par la plus belle femme du monde. Fatalitas! il vient de trahir le secret. Le sort est immédiatement rompu, la fée disparaît et l'argent aussi.
Mais la reine, qui dispose d'un tempérament teigneux, n'en reste pas là. Elle s'en va voir le roi Arthur en inversant les rôles: elle l'accuse d'avoir tenté de la séduire, puis devant son refus, de l'avoir insulté. Lanval est arrêté et le roi lui intente un procès pour trahison. Il explique la situation, la fée qui venait et qui ne vient plus, etc. Le tribunal exige qu'il fasse venir cette fée pour témoigner. Voilà notre chevalier mal encapé, il risquait la mort ou le bannissement.
Marie de France, ne voulant sans doute pas écrire un drame, arrangea la fin pour qu'elle soit heureuse. Alors que le jugement allait être rendu, voici la fée qui arrive soudainement au château avec son cortège. Précédée par ses servantes, toutes plus belles les unes que les autres, la fée apparaît, juchée sur son palefroi. Tout le monde, y compris les juges et le roi, reconnaît que le chevalier Lanval a dit la vérité. La reine a menti. On ignore ce qui fut décidé à l'encontre de la reine, sans doute rien, mais le chevalier Lanval décide de suivre la fée jusqu'à l'île d'Avalon, située hors du monde des mortels.
L'enluminure porte sur la rencontre initiale de Lanval avec la fée. En haut, à gauche, perché dans les arbres, on voit Lanval, les bras ballants, l'air un peu perdu. Dans le texte, il est précisé qu'il était à cheval, mais le dessinateur a voulu renforcer le trait. Il a supprimé le cheval pour représenter Lanval comme ayant perdu la raison, installé dans des arbres, rendu fou à cause de sa pauvreté et de son isolement.
La fée se situe à droite et on remarque un détail particulier. Elle montre du doigt le texte situé à droite et notamment le passage "de la brebiz", un bon prétexte pour meubler le paysage avec un troupeau de moutons.
En bas, on voit Lanval et la fée, couchés ensemble, qui s'enlacent dans un lit de buissons et de ronces. Là, le texte n'intéressait plus l'enlumineur (peut être le Maître de Jean de Papelou). Marie de France avait pourtant insisté pour préciser qu'ils s'étaient retirés sous une tente, pour s'aimer à l'abri des regards. Le dessinateur a préféré les représenter s'ébattant au grand air, en ajoutant quelques ronces à la cachette pour rappeler l'inconfort de l'endroit.

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