L'odalisque blonde.
Tableau de François Boucher datant de 1752, intitulé "Jeune fille allongée" (l'Odalisque blonde). Il existe deux versions assez voisines de ce tableau, l'une peinte en 1751, conservée au Musée Wallraf-Richartz de Cologne, et celle-ci, un an plus tard, conservée à la Alte Pinakothek de Munich.
Cette scène, de style rococo est considérée comme le nu le plus audacieux du XVIIIe siècle français. Elle représente Marie-Louise O'Murphy, surnommée "la Belle Morphise", âgée de 15 ans d'origine irlandaise.
Dans ses mémoires, Giacomo Casanova affirme que c'est lui qui a découvert Marie-Louise en la croisant chez sa sœur. La description qu'il en fait est peu flatteuse. Il la décrit comme une petite créature "jolie, déguenillée et sale". Marie-Louise était issue d'une famille irlandaise ruinée, réfugiée à Paris et elle gagnait sa vie en servant de modèle pour les peintres de l'Académie. C'est ainsi que François Boucher la remarqua et la prit comme modèle pour son odalisque blonde.
Casanova raconte, que des proches du roi Louis XV ou son valet de chambre, ce point reste obscur, présentèrent au roi une copie du tableau de Boucher, sans doute des esquisses préliminaires. Le roi voulut faire sa connaissance et fut sans doute satisfait de l'entrevue puisqu'elle devint sa maîtresse fin 1752.
La maîtresse officielle, la marquise de Pompadour, souffrait vers cette date de problème de santé et à tel point qu'elle avait cessé toute relation sexuelle avec le roi. Mais la marquise voulait conserver son influence politique. Pour ce faire, elle organisait elle-même les liaisons du roi avec de très jeunes filles naïves et sans talent politique pour ne pas être menacée. A cet usage, un quartier de Versailles, nommé le Parc-aux-cerfs, suffisamment discret, servait à loger les jeunes maîtresses du roi appelées les "petites maîtresses". Mais, malgré son statut de second rang, Marie-Louise prend de l'assurance, et elle commet la fatale erreur de vouloir rivaliser avec la Pompadour. On raconte qu'un jour, elle demanda au roi "Comment va la vieille?". La riposte fut immédiate, en novembre 1755 elle est chassée en pleine nuit du Parc-aux-Cerfs. Sur ordre de la Pompadour, elle est mariée à un noble de province, Jacques de Beaufranchet, avec un dot royale considérable et bannie de la cour de Versailles. Grâce à cette dot, elle survivra à la Révolution française et décédera riche à 77 ans.
Evidemment, dans le tableau de Boucher, Marie-Louise occupe toute la place. Cependant, comme souvent à cette époque, un certain nombre d'objets rappellent l'érotisme et la sensualité de la scène.
Posé sur le sol, à gauche, on distingue un brûle-parfum en bronze. Si au XVIIIe siècle, les gens ne se lavaient pas beaucoup, ils compensaient, sans doute pour masquer certaines odeurs, par un emploi massif du parfum. On imagine que la pièce est imprégnée d'odeurs d'ambre et de musc, ces odeurs capiteuses favorisant l'abandon aux plaisirs charnels. Pour ajouter à l'ambiance, le feu qui couve dans le brûle-parfum rappelle celui de la passion.
Marie-Louise repose sur un tas d'étoffes froissées, des draps blancs, des soieries roses, des velours dorés. Ceci nous indique que sa nudité est liée à une activité sexuelle récente cause du désordre. La Morphise porte dans ses cheveux un ruban bleu, ce bleu qui est le symbole de la pureté et de la jeunesse, créant un contraste avec la nudité.
Bien sûr, au sol se trouve une rose coupée. Dans le symbolisme libertin du XVIIIe siècle la rose est le symbole du sexe féminin et du plaisir cueilli. Les dames de l'époque savaient parfaitement les intentions du visiteur lorsque celui-ci offrait une rose dans un boudoir.
La jeune Marie-Louise O'Murphy était-elle consciente que près de trois siècles plus tard, on continuerait de discourir sur ses chairs nacrées et sur sa pose équivoque?

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