Automne.
Puisque nous sommes en automne, que l'automne est la saison des vendanges, que les vendanges servent à faire du vin et que le vin est bon toute l'année, laissons-nous transporter par quelques allégories picturales.
François Boucher, au XVIIIe siècle, nous offre "Les Amours vendangeurs".
Trois chérubins potelés pataugent de façon déraisonnable dans les grappes de raisins. Pourquoi une telle hâte? Ne peuvent-ils pas attendre le pressoir où les grappes de raisins seront foulées aux pieds? Ou tout simplement, est-ce parce qu'ils se souviennent du vieux dicton de Térence: " Sans Bacchus (le vin) et Cérès (le blé), Vénus (l'amour) se glace"?
Derrière cette scène enfantine et innocente, se cachent les bacchanales à venir et l'indispensable érotisme sans lequel Vénus n'est rien. Le vin et la bonne chère sont indispensables à l'amour.
Ainsi, l'automne triomphe parmi les quatre saisons qui ornent la salle du Conseil du Château de Fontainebleau. Une commande de Louis XV à Boucher pour remplacer les fresques de Le Primatice réalisées vers 1550 à la demande de Charles IX. Les chérubins potelés sont de retour, il ne nous manque plus que la marquise de Pompadour.
Mais la générosité de l'automne est grande, il n'offre pas que des raisins, mais aussi des pommes et des poires et même des grenades si l'on en croit "La guirlande de fruits" de Rubens. En fait, Pierre Paul Rubens n'a pas agit seul. Il s'est contenté de peindre les sept angelots, Frans Snyders lui a peint les fruits et Jan Wilders a peint le reste entre 1616 et 1617. On remarque que les chérubins de Rubens sont moins grassouillets que ceux de Boucher. Boucher peignaient les siens de mémoire alors que Rubens s'était servi de ses deux enfants comme modèle. Ceci explique peut-être cela.
La marquise de Pompadour, ne voulant pas être en reste, commanda à Boucher une toile sur l'automne. Mais les chérubins ne la passionnait guère. Elle désirait une scène galante et pastorale. Nous voyons donc un jeune homme tentant de séduire une jeune fille en lui offrant une grappe de raisin. Elle regarde ce geste d'un air dubitatif qui n'augure rien de bon. Chacun sait que lorsqu'on vieillit, les chérubins deviennent invisibles. En général ils virevoltent autour de nous sans qu'on le sache essayant d'aider à la construction d'idylles. Mais il arrive que parfois, souvent même, ils soient absents. Et nous sommes en droit de nous demander si le pauvre jeune homme ne va pas se retrouver le bec dans l'eau.
Cette toile était destinée à être posée au dessus d'une porte en épousant les boiseries. La mode rococo passant, elle fut retirée et des ajouts furent ajoutés pour la rendre rectangulaire. Ce sont eux que l'on remarque autour de la scène principale. La végétation est particulièrement sombre. Boucher trouvait que la nature était trop verte et mal éclairée, il l'a donc modifiée.
Ne nous occupons plus de ces chérubins infidèles, et faisons confiance à Giuseppe Arcimboldo avec son huile sur toile "L'Automne" réalisée en 1573 pour l'empereur Maximilien II de Habsbourg.
Notons tout de suite qu'il est préférable de ne pas tenter d'embrasser ce personnage étrange sur la bouche. Elle est faite d'une bogue de châtaigne. Si son nez est constitué d'une poire, ses joues sont des pommes et le menton, une grenade. Ses cheveux sont un amas de grappes de raisin surmontés d'une courge en guise de chapeau. Des champignons forment ses oreilles ornées de figues en guise de boucle d'oreille. On constate que cette boucle d'oreille laisse s'échapper du lait de figue qui évoque du liquide séminal. L'automne est prolifique, mais il est proche de la fin. Le général hiver arrive qui va endormir la nature et cette petite goutte de lait de figue est une dernière tentative de la vie avant le grand sommeil.





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