Liaisons dangereuses.
Gravure réalisée par Jeanne Deny, d'après un dessin de Charles Monnet datant de 1796 pour illustrer l'édition "londonienne" des "Liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos.
"Les liaisons dangereuses" est un roman épistolaire. Cette image illustre la lettre XLIV. Nous sommes au moment où le vicomte de Valmont a décidé de séduire la vertueuse et pieuse Présidente de Tourvel. Mais la tâche est ardue. Afin de meubler son ennui en attendant ce moment, il décide de séduire la jeune et innocente Cécile de Volanges.
Dans cette lettre, Valmont raconte une anecdote à la marquise de Merteuil. Alors qu'il terminait sa toilette intime, il se rend compte qu'il est observé par deux femmes. Il s'agit de Cécile de Volanges et de sa femme de chambre.
Valmont est représenté avec la morphologie d'une statue antique. Il ne sort pas de son bain comme tout un chacun mais comme Apollon. Il se savait observé. En sortant de sa baignoire, le drap qui était censé le couvrir, glisse. Il cherche à peine à le récupérer. Il s'agit là d'un procédé classique du libertinage. Cécile et sa compagne sont reléguées au rôle de voyeurs derrière une porte vitrée. Dans le texte de Laclos, Valmont se sait observé, mais il a capturé le regard de sa future victime, le piège commence à fonctionner.
L'illustration porte une mention "imprimée à Londres". En fait, le livre a été imprimé clandestinement à Paris. A la fin du XVIIIe siècle le livre fait l'objet de censures successives car il est jugé susceptible de corrompre les mœurs. C'est la raison pour laquelle, l'éditeur a fait ce faux, faisant ainsi passer le livre pour un produit d'importation. Cette édition a été vendue sous le manteau et les amateurs l'ont acquis à prix d'or pour le voir figurer dans leurs cabinets de curiosité.
Sous l'Ancien Régime, à sa parution en 1782, le roman fait scandale, mais il circule librement. Après la Révolution, au XIXe siècle, l'ordre bourgeois domine. Les libertins ne sont plus appréciés comme des provocateurs mais comme des monstres corrupteurs qui veulent s'en prendre à l'ordre moral et à la famille bourgeoise. En 1826, un éditeur essaie de réimprimer une nouvelle édition des "Liaisons dangereuses". La justice saisit tous les exemplaire et le 18 mai 1826 le Tribunal correctionnel condamne le roman pour "outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs".
En 1850, l'Eglise se joint à la partie. Elle inscrit officiellement le roman à l'Index Librorum Prohibitorum, interdisant aux catholiques du monde entier de le lire. Pour le lire en effet, pendant des décennies, il fallait se procurer des éditions clandestines.
Cependant, au début du XXe siècle, deux écrivains ouvrent les hostilités. Le premier est Apollinaire qui rédige des notices en vue de réhabiliter Laclos. Il est suivi par André Gide qui classe ce roman parmi les dix meilleurs romans français.
Puis, en 1832, André Malraux révolutionne la compréhension du livre. Il explique que Valmont et Merteuil ne sont pas que des simples débauchés mais aussi des "personnages à idées". Le roman quitte la famille des romans libertins pour intégrer celle des romans psychologiques. La même année, en 1932, il est publié chez Gallimard dans la collection célèbre de "La Pléiade". Mais c'est le théâtre et le cinéma, dans les années 1980, qui permirent une consécration populaire et mondiale.

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