La force de l'amour.
Gravure publiée à Londres le 1er novembre 1797 par Laurie & Whittle, N° 53 Fleet Street et s'intitulant "The Force of Love (A Scene in Paris. plate 2d)".
Pour comprendre cette image, il faut se reporter à la planche 1.
A Paris, on voit la jeune femme, sans doute en compagnie de son amant, surprise par son mari. Le ton monte, les insultes fusent et le gant est jeté.
Dans la planche 2, celle que nous montrons, les armes sont sorties. Le mari tient son épée pointée vers le sol alors que l'amant menace directement l'époux. La femme se jette entre les deux rivaux afin d'éviter toute effusion de sang. C'est elle qui représente "la force de l'amour", cette force pacificatrice. C'est du moins ce que tente de nous montrer l'image.
On peut, en effet, douter de l'efficacité de l'action de la jeune femme, mais pour comprendre, il faut se resituer dans le contexte de l'époque. La France et l'Angleterre étaient en guerre suite aux conflits liés à la Révolution française. Si la scène se situe à Paris, l'estampe, elle, a été entièrement conçue à Londres. Paris était alors considérée par les Anglais comme le modèle du désordre moral, des excès de toute sortes, de l'instabilité politique et des passions violentes. La période de la Terreur n'était passée que depuis trois ans et avait beaucoup marqué la société anglaise.
D'ailleurs, la jeune femme porte les cheveux courts, ce qui caractérisait l'exception parisienne. En effet, après la Terreur et ses nombreuses décapitations, où l'on coupait court les cheveux des femmes avant de monter sur l'échafaud, celles-ci s'étaient emparées de cette pratique barbare pour en faire une mode et elles se coiffaient "à la victime" ou "à la Titus" par provocation. Les Anglais, qui considéraient cette mode comme un choix morbide, qui de plus estimaient que les français étaient querelleurs et sanguinaires, ont réuni le tout dans les personnages mis en scène dans cette image.
Par réaction, la société anglaise recherchait dans les pièces de théâtres et les romans de l'époque l'expression des sentiments de cœur et de tendresse. La mode artistique va au "Sublime" de la nature vanté par le philosophe britannique Edmund Burke. La puissance de la nature est glorifiée, comme le montre le tableau présent sur l'image représentant une falaise abrupte, par la force de l'eau des fleuves et les phénomènes météorologiques. Ce goût pour des passions humaines apaisées allait donner naissance au Romantisme qui se répandrait ensuite dans toute l'Europe.
Mais la question reste posée: l'amour est-il toujours le plus fort ?

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