Translate

mercredi 7 octobre 2026

Prendre son pied.






 

Cette estampe a été publiée le 2 août 1784, par Carington Bowles l'éditeur d'estampes le plus important de Londres. Elle est intitulée " The fashionable shoe-maker trying on an italian slipper", " Le cordonnier à la mode essayant une mule italienne". L'auteur est inconnu.

Un cordonnier, à genoux, est en train d'ajuster une chaussure au pied d'une cliente élégante.

A la fin du XVIIIe siècle, en Angleterre, pour une femme, montrer son pied était considéré comme un geste déplacé, voire érotique. exception était faite pour le cordonnier. Le métier de cordonnier obligeait à s'agenouiller aux pieds de la dame, qui devait remonter ses jupes pour tendre son pied au dit cordonnier qui s'en emparait. Seulement un détail cloche dans cette image. Le soi-disant cordonnier est vêtu à la dernière mode et ses vêtements ne correspondent pas du tout aux habits de travail des cordonniers. Les essais de chaussure se passaient à domicile. Il est à peu près certain qu'en fait de cordonnier, nous avons ici à faire à un jeune dandy qui joue le rôle pour mieux pouvoir toucher le pied et la cheville de sa maîtresse en toute quiétude. Par ailleurs, à cette époque, l'Italie était considérée par les Anglais comme le pays du libertinage, et tout ce qui provenait d'Italie sentait un peu le soufre; or les chaussures en question sont des mules italiennes. Bien entendu, pour sauver les apparences, on vendait cette estampe comme étant l'expression d'une critique des extravagances de la mode.

Comme souvent cette estampe avait son pendant (companion print).




Dans le pendant, on n'a plus affaire à un cordonnier mais à un tailleur de corset. Les deux estampes étaient vendues ensemble. Celle-ci porte le nom de "The stay-maker taking a pleasant circumference" "Le tailleur de corset mesurant une circonférence agréable".

Après le pied et la cheville, c'est la taille. L'homme enlace la taille de la jeune femme avec son ruban à mesurer. La "circonférence agréable" est surtout agréable pour l'homme, d'autant qu'il peut vérifier sa mesure à loisir. A noter toutefois, qu'il faut être anglais pour évoquer la circonférence d'une dame. Comme dans la première estampe, la femme regarde l'homme avec un œil complice tandis que l'artisan la couve d'un œil ardent.

Ces estampes étaient la plupart du temps acquises par de jeunes hommes ou des bourgeois qui s'en servaient pour décorer leurs cabinets ajoutant à ceux-ci une touche d'érotisme imperceptible.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire