Danaé.
Tableau du français Anne-Louis Girodet, réalisé en 1799 intitulé "Mademoiselle Lange en Danaé", conservé au Minneapolis Institute of Art.
Danaé est la fille d'Acrisios, roi d'Argos et d'Eurydice. Un oracle annonça que Argos serait tué par son petit fils ce qui lui déplut assez. En conséquence, afin de vaincre le sort, Argos fit enfermer Danaé dans une tour de bronze afin d'éviter tout contact avec l'extérieur. Mais Zeus, qui avait plus d'un déguisement dans son sac se transforma en pluie d'or qui tomba sur la princesse. Nous ne disposons pas des détails de leurs ébats mais Danaé, quelque temps plus tard, donna naissance à un fils, Persée.
La question qui se pose est: pourquoi Danaé? L'histoire est peu commune. Ce tableau est un vengeance de Anne-Louis Girodet vis à vis de Mademoiselle Lange. Anne Françoise Elisabeth Lange est une célèbre actrice et courtisane de l'époque. Elle passa commande à Girodet d'un portrait la représentant en Vénus. Celui-ci se met au travail et satisfait du résultat, inscrivit son œuvre au Salon de peinture de Paris. Seulement, Mlle Lange trouva le tableau affreux, incompatible avec sa beauté parisienne et refusa de payer le peintre. Furieux, Girodet retire son inscription au Salon, découpe son œuvre en quatre et envoie le tout à Melle Lange. Sa colère ne diminuant pas, il se remet au travail et peint en quelques jours Mlle Lange en Danaé. Il attend quelques jours après l'ouverture du salon et le 26 fructidor an VII, il y fait accrocher sa nouvelle toile. Le public parisien, friand des scandales en tout genre, se rue au salon pour voir la toile. Mlle Lange, devenue la risée du tout Paris, la fait décrocher, mais trop tard.
Les symboles présents sur cette toile sont sans équivoques et représentent des attaques très précises.
- La cupidité et la prostitution. Elle est représentée nue, en train d'attraper des pièces d'or volantes sans un drap bleu. Voilà la réponse, c'est Zeus déguisé en pluie d'or et elle est donc Danaé.
- Le miroir. C'est le symbole de la vanité. Elle s'admire, obnubilée par sa beauté physique sans voir sa laideur morale.
- Le mari dindonné. Le dindon porte une alliance à sa patte. Il s'agit bien du mari, le richissime banquier Michel Jean Simons, un mari trompé mais content de se faire plumer.
- Les enfants. Le petit Amour ailé qui l'aide à amasser les pièces d'or a les traits de sa fille illégitime, Palmyre, un autre ramasse des plumes de paon.
- L'infidélité conjugale. Deux colombes, symboles de l'amour, sont attachées à une balance. L'une est écrasée par des pièces d'or (Fidelitas, la fidélité écrasée par l'argent) et l'autre tente de s'envoler (Constantia, la constance qui s'envole)
- L'amant ruiné. Sous le lit, on voit un masque de satyre avec une pièce d'or coincée sur son œil borgne Ce masque représente un de ses anciens amants, le marquis de Leuthraud qu'elle a ruiné.
Le scandale fut tel que Mademoiselle Lange et son mari durent fuir Paris de toute urgence. Ils ne pouvaient plus paraître en public sans déclencher les moqueries et les rires. Après s'être momentanément installés en Italie, ils rejoignirent leur château de Bossey en Suisse. Quelques années plus tard, Simons subit une faillite totale et fut ruiné. Mademoiselle Lange, qui avait pris la précaution de faire séparer leurs biens respectifs, ne partagea pas la ruine de son mari. Après bien des pérégrinations, elle revint vivre incognito dans son hôtel particulier rue de Choiseul à Paris. Elle mourut dans l'indifférence générale, à Paris, le 25 mai 1816 à l'âge de 43 ans.
L'histoire est cruelle. Après avoir remué ciel et terre pour faire disparaître ce tableau de son vivant afin de sauver sa réputation, c'est ce même tableau qui immortalisera son nom dans le monde entier.
Fato non repugnandum (Il ne faut pas lutter contre le destin).

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