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vendredi 16 octobre 2026

Le fabliau de Trubert.








 

Le fabliau de Trubert est un ouvrage d'environ 3 000 vers écrit par le trouvère Douin de Lavesne au XIIIe siècle. Cette miniature illustre un des épisodes du fabliau.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire et qui est largement répandu sur internet, la miniature ne montre pas une opération chirurgicale. Et pourtant, cette illustration fut aussi très utilisée dans les manuels scolaires et même dans les encyclopédies pour montrer comment travaillaient les médecins de l'époque.

D'abord, le patient représente le duc de Bourgogne. Ensuite, l'homme derrière lui n'est pas un vrai médecin, c'est Trubert, un paysan,  déguisé en médecin. Et enfin, il ne s'agit pas de soin mais d'une agression. Trubert, à l'aide d'un rasoir, est en train d'entailler profondément, le séant du duc, par vengeance.

Revenons au point de départ de cette aventure. Trubert est un pauvre paysan qui ne connait rien à la médecine, d'apparence naïve. Un jour, le duc de Bourgogne lui achète une chèvre pour un prix dérisoire en le trompant. Trubert décide de se venger.
Il se déguise en artisan charpentier, gagne la confiance du duc, l'emmène dans une forêt sous prétexte de couper du bois, l'attache à un arbre et le roue de coups. Le duc, souffrant de nombreuses blessures, finit par rentrer chez lui. Ne guérissant pas, Trubert se déguise en médecin et l'entaille profondément en s'emparant de son or. C'est le thème de l'image. Les boules jaunes que l'on peut voir sur l'image sont des pièces d'or. Pas encore pleinement satisfait, Trubert usurpe l'identité d'un chevalier, puis se déguise en femme pour séduire et dépouiller une nouvelle fois de l'infortuné duc.

Passons aux détails du fabliau dans l'épisode "médical". Le duc souffre énormément de la correction qu'il a reçu dans la forêt. Trubert, déguisé en médecin étranger, arrive à la cour en prétendant posséder un onguent miraculeux pouvant guérir n'importe quoi. Le sénéchal, mis au courant, emmène Trubert au chevet du duc. Le duc se plaint qu'aucun de ses médecins n'a pu le guérir. Trubert demande à examiner le duc. Après mures réflexions, Trubert livre son diagnostic: le mal ronge le duc à l'intérieur, et s'il n'intervient pas au niveau de ses fesses, il mourra en fin de journée. Le duc est terrifié et offre à Trubert tout son or pour qu'il le sauve. Trubert accepte à condition qu'on le paie d'avance.
Trubert fait sortir tout le monde de la pièce afin de protéger son art, à l'exception de deux proches qui devront tenir le duc fermement. Il fait mettre le duc à quatre pattes, allongé sur le ventre sur un van à blé.

Le duc, gémissant: "Sire médecin, que me faites-vous? le mal est terrible!"

Trubert, le rassurant: "Ne bougez pas beau sire! Pour un mal puissant, il faut un traitement puissant. Je dois faire entrer le baume au plus profond de vos chairs pour extirper le venin."

A noter au passage que l'expression "Pour un mal puissant, il faut un remède puissant!", "Contre fort mal, fort oignement." en français de l'époque, est devenue proverbiale.

C'est à ce moment que Trubert sort un rasoir de sa poche et fait une énorme et profonde entaille  dans le postérieur du duc. Celui-ci hurle de douleur et s'écrie:

« "Ha ! sire, fet il, vous me tuez !
Vostre oignement trop me bat,
Tot le cors me brise et abat !" »

« Ah ! sire, dit-il, vous me tuez ! 
Votre onguent me frappe trop fort, 
il me brise et abat tout le corps ! »

Le duc, hurlant: "Par tous les saints, vous me tuez! ça me brûle et ça me fend!"
Trubert: "C'est le signe que le remède agit! Le venin quitte votre corps. Si vous criez, vous gâchez mon art! Tenez-le bien!"

Une fois, l'entaille faite, Trubert, applique son onguent. Le fabliau nous précise qu'il est confectionné à base de "merde" de chien. Puis il se met à frapper le derrière du duc à grands coups de bâton, pour faire mieux pénétrer l'onguent.

« "Cest oignement que ci veez,
De quoi estes oinz et dorez,
Couvient en vostre cors embatre !" »

« Cet onguent que vous voyez ici, 
dont vous êtes enduit et doré, 
il convient de le faire pénétrer de force dans votre corps ! »

Le duc, ainsi malmené, finit par s'évanouir.
Trubert rejoint la duchesse et dit: "Votre seigneur dort, le traitement a parfaitement fonctionné. Surtout ne le réveillez pas avant plusieurs heures pour laisser le baume agir, sinon il mourra!"
La duchesse le remercie chaleureusement et Trubert enfourche son cheval et s'enfuit avec le sac d'or.

Le fabliau de Trubert reste une exception dans la production littéraire du moyen âge. Il brise tous les codes, délaissant le bourgeois ou le prêtre, il ridiculise l'aristocratie. Il crée même une certaine esthétique de la cruauté et l'absurdité de certaines situations force certains critiques modernes à faire du fabliau de Trubert l'ancêtre des mouvements Dada et surréalistes.

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