Translate

samedi 10 octobre 2026

Planteurs.








 

Enluminure issue des "Coutumes de Toulouse" de la fin du XIIIe siècle. 

L'image montre un faux monnayeur condamné à être ébouillanté vif. Dans le langage argotique de la pègre du moyen âge, les faux monnayeurs étaient appelés "les planteurs".

Pendant plus d'un siècle, la ville de Toulouse a été dirigée par des magistrats municipaux appelés capitouls. Les lois étaient orales et coutumières ou, pour certaines, écrites avec un texte très court. En 1271, la ville de Toulouse est rattachée à la Couronne de France. En 1283, le roi Philippe III le Hardi ordonne la mise par écrit de l'ensemble des lois. Le texte est publié le 5 février 1286 sous le règne de Philippe le Bel et fut illustré dans un document manuscrit sous le titre des "Coutumes de Toulouse". Ce texte a servi jusqu'à la Révolution française.

La falsification ou le rognage des pièces étaient punis sévèrement. La punition consistait à plonger le coupable dans un chaudron, chauffé par un feu de bois, empli d'eau ou d'huile jusqu'à ce que mort s'en suive.

Le condamné est plongé nu dans le chaudron, mais on voit sur l'image qu'il a conservé sa coiffe. La raison est assez simple. La nudité complète était considérée comme une double peine car elle privait le condamné de sa dignité. En effet, il allait paraître devant Dieu et l'Eglise imposait de respecter la pudeur de la future victime. Voilà qui en dit long sur les mœurs du moyen âge: se retrouver entièrement nu ne choquait personne, pas même Dieu, à condition d'avoir la tête couverte.

Le garde au centre porte une arme caractéristique. C'est un fauchard. Le fauchard est constitué d'une lame de faux comme celle utilisée dans les champs, emmanché sur un bâton. Au XIIIe siècle, c'était une arme couramment utilisée par les sergents de justice et les guetteurs des villes. Le garde de droite est équipé d'un écu probablement marqué aux armes du Roi de France. Il rappelle aux amateurs que le faux monnayage est un crime de lèse majesté.

Mais ces dispositions ne valaient que pour les gueux. Philippe le Bel lui-même falsifia sa propre monnaie, ce qui lui valut le titre de "roi faux-monnayeur".
Comment fit-il?  De façon très simple. Il demanda à tous ses sujets, marchands, et banquiers de rapporter leurs pièces d'or et d'argent à l'atelier royal. Les fondeurs royaux fondaient ces pièces et y ajoutaient du cuivre. Grâce à cette pratique l'atelier produisait trois fois plus de nouvelles pièces que celles d'origine. Ces nouvelles pièces ayant la même valeur légale mais contenaient moins d'or, le tour était joué. Philippe le Bel pouvait payer ses dettes à moindre coût. 
Ne nous offusquons pas, la pratique existe toujours, mais on fait plus simple, en cas de besoin les banques centrales émettent plus de papier monnaie, en conservant la même valeur faciale. Evidemment, le processus crée de l'inflation et conduit souvent aux dévaluations.

Au moyen âge, les pièces de monnaie de grande valeur étaient en argent ou en or. Leur valeur dépendaient du poids et de leur titre. Les faux monnayeurs utilisaient principalement quatre techniques.

1° Le rognage.

La technique consistait à découper légèrement le bord des pièces avec des cisailles pour récupérer la limaille d'or ou d'argent. La limaille ainsi récupérée en quantité suffisante était ensuite fondue pour créer des lingots ou de fausses pièces. Les pièces limées étaient remises sur le marché. C'est à cause de ce type de fraude que les stries ou les marquages furent apposés sur les tranches des pièces afin d'éviter le rognage.

2° Le billonnage.

Le billonnage est l'altération de l'aloi. Les faussaires fondaient les pièces d'or et ajoutaient du cuivre et du plomb au produit. Le mélange ainsi obtenu permettait de frapper plus de pièces avec moins d'or. C'est cette technique qu'a utilisé Philippe le Bel.

3° Le sauçage.

On fabriquait la pièce en cuivre ou en plomb puis on la plongeait dans un bain d'argent ou d'or en fusion. Un fin revêtement se déposait sur la pièce lui donnant l'apparence d'une vraie. Les faussaires devaient faire vite et varier les lieux d'écoulement de la fausse monnaie car le revêtement ne durait que peu de temps, arraché facilement par les frottements.

4° Le moulage.

Tout le processus de fabrication était repris. On prenait l'empreinte de vraies pièces dans des moules pour y couler du métal bon marché ou, pour les plus doués, on fabriquait de faux coins en fer qui servaient pour frapper, mais la plupart du temps le résultat était grossier.

Pour détecter cette fausse monnaie, les marchands et les changeurs utilisaient diverses techniques comme l'examen visuel ou la pierre de touche. Mais la méthode la plus pratiquée consistait à laisser tomber la pièce sur un comptoir en pierre pour comparer le son résultant avec celui d'une vraie pièce. On complétait ce test par une mesure au trébuchet. On plaçait d'un côté de la balance le poids théorique de la pièce et de l'autre la pièce à vérifier. Si la balance "trébuchait", c'est à dire penchait, la pièce était fausse ou rognée. C'est de là qu'est venue l'expression, encore usitée de nos jours, pour qualifier la qualité des pièces de monnaie d'espèces "sonnantes et trébuchantes". 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire