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lundi 11 avril 2016

La bonne surprise.

La bonne surprise.

Voilà plus de vingt ans qu'Emile Rolin débite des chaussettes et des faux-cols avec le même zèle désintéressé: c'est le type du parfait employé de commerce: travaillant beaucoup et touchant peu.
Un matin qu'il est arrivé ponctuel et dispos comme d'habitude, le patron le fait passer dans son cabinet.
Quel est le modeste employé qui n'a pas éprouvé un petit frisson particulier en pénétrant ainsi chez son chef?
Mais ce patron-là avait une figure bienveillante et un ton paternel quand il dit à Rolin:
- Mon ami, je suis très content de vous et je tiens à vous le prouver; parlez-moi franchement: êtes-vous satisfait de votre situation dans la maison?
- Certainement, monsieur, mais je suis marié... j'ai un petit garçon...
- Oui, oui, je comprends, vous avez des charges, moi aussi du reste, chacun s'en tire comme il peut dans la vie. Pourtant, je vous l'ai dit, je veux reconnaître vos services. Mon associé se retire et j'ai pensé à vous.
- Oh! monsieur!...
Rolin reste ébloui!... En une seconde son rêve de vingt années lui apparaît réalisé; il voit passer devant ses yeux le petit pavillon qu'il habitera en banlieue, les superbes étrennes qu'il offrira à sa femme et le cheval mécanique qu'il va rapporter, ce soir même, à son petit garçon.
Le patron continue:
- C'est entendu, vous êtes mon associé et je vous mets de suite au courant des affaires. Mon capital est très limité, la vente ne marche pas bien; il me faut réduire tous les salaires de quinze pour cent au moins. Pour vous, ce sera de dix pour cent, en reconnaissance de votre dévouement.
Quant à la participation aux bénéfices, il ne saurait en être question cette année, non plus que l'année prochaine, en raison de nos frais considérables en publicité. Après, on verra.
C'est tout Rolin, j'espère que vous arriverez une demi-heure plus tôt et que vous veillerez à économiser davantage le gaz et le charbon.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 22 mars 1908.

lundi 18 janvier 2016

La nouvelle Bourse de commerce.

La nouvelle Bourse de commerce.

La Bourse de commerce, inaugurée récemment à Paris et qui se trouve dans l'enceinte formée par la rue circulaire de Viarmes, est construite en forme de rotonde.
Elle occupe une superficie de 2.500 mètres, atteint une hauteur de 45 mètres. Elle est construite en pierre blanche dans le style Louis XVI.e portes à colonnes et de fenêtres, sera occupée par des bureaux et se termine en coupole vitr
Elle se compose d'un simple hall circulaire, d'une superficie de 1.200 mètres, pouvant contenir trois mille personnes, et dont l'enceinte, percée dée.
L'aspect général du bâtiment est simple et gai.




Les travaux ont été commencés le 2 janvier 1888 sous la direction de M. Blondel, secondé par M. Werkein. Ces travaux coûteront sept millions.
La nouvelle bourse s'élève sur l'emplacement de l'hôtel de Marie de Médicis, dont il ne reste plus qu'une colonne sur le haut de laquelle la reine superstitieuse venait observer les astres. Elle a été construite, pour la première fois, par Philibert Delorme, et ensuite remaniée, reprise entièrement par M. Blondel.
La coupole, qui remplace celle de Delorme, incendiée vers 1800, a été enlevée par le Creuzot.
Elle occupe l'extrémité de la calotte, qu'ornent des peintures marouflées sur zinc.
Ces peintures, séparées les unes des autres par des figures de Mazerolle, représentant les quatre points cardinaux, sont de Luminais, Lucas, Laugée, Clarin.
Elles célèbrent le commerce des différentes parties du monde.
La porte centrale, qui donne sur la rue Jean-Jacques Rousseau, est surplombée d'un entablement qu'achève un fronton de Croizy: la Ville de Paris, entourée du Commerce et de l'Industrie, des Arts et de l'Agriculture. A droite et à gauche, deux jolis enfants brandissent un caducée.
Des cartouches peints dans une des salles du monument, en retracent les étapes peu connues.




L'institution de la Bourse de commerce remonte à 1815.
Vers cette époque, un groupe de négociants décidèrent de se réunir pour discuter de leurs intérêts. Ils se rendirent d'abord à la Bourse des valeurs; mais ils en furent bientôt chassés par les spéculateurs de plus en plus envahissants. Ils fondèrent alors un cercle qui, sous le nom de cercle commercial du Louvre, dura jusqu'en 1889.
Peu après, les plaintes formulées contre les débitants de marchandises avariées ou de qualités détestables se multiplièrent. Les commerçants se réunirent et nommèrent une commission d'expertises.
Mais cette commission fut impuissante à régler tous les conflits. Une commission de règlement fut alors instituée, dont l'arbitrage reçut une consécration officielle et dont les décisions furent bientôt toujours admises par les tribunaux de commerce.
L'association existait donc. Il lui fallut des locaux. Elle voulut tout d'abord devenir officielle. Six syndicats professionnels se formèrent, le cercle du Louvre se fondit en syndicat général. Les courtiers se réunirent, une pétition fut adressée au gouvernement et l'édification d'une Bourse de commerce fut décidée. L'entreprise en fut donnée à M. Blondel qui, contre une cession de tous droits pendant soixante ans, se chargea de réédifier la vieille halle aux grains et s'engagea à faire remise à la Ville de Paris au bout de ces soixante ans.
Ajoutons, pour compléter ces renseignements, que la Bourse fonctionne de une heure à trois heures et demie. La surveillance du hall dont l'accès est public, est confiée à M. Poirrier, président de la chambre de commerce.
Diverses administrations sont installées autour de ce hall. les affaires s'y traitent sur échantillons et concernent les grains, graines, farines, huiles, sucres et alcools.
Le mouvement d'affaire est très important, si l'on en juge par les registres des divers établissements de banque sur lesquels figurent les signatures de deux mille grands négociants. Deux cents banques ont des bureaux installés à la Bourse de commerce et le personnel nécessaire à leur fonctionnement se compose de près de deux mille employés.

Le Petit Moniteur illustré, dimanche 2 février 1890.

mardi 10 novembre 2015

Pour nos enfants.

Pour nos enfants.

Dans les groupements, on a beaucoup parlé, ces temps derniers, d'enseignement technique, mais il est une branche de cet enseignement sur laquelle on n'a pas assez insisté et qui ouvre les plus agréables et les plus lucratives des carrières. 
Il existe déjà des écoles de commerce où l'on continue à bourrer de théorie les cerveaux de nos futurs commerçants et où ils se préparent à quitter  les bancs de l'Ecole pour un rond-de-cuir de bureau, mais nulle part on enseignait la véritable pratique du commerce. Cette lacune a été dernièrement comblée par les notables négociants et industriels qui sont à la tête de "l'Union nationale du commerce extérieur".
Une Ecole technique de représentation et de commerce a été créée par eux pour la formation des chefs de maisons, chef de service, vendeurs, acheteurs, représentants, voyageurs, agents collectifs, etc. , etc. , en France et à l'étranger.
Dès leur entrée dans l'école, les élèves sont pourvus de représentation faciles, ils s'exercent chez de véritables clients, sous la direction de praticiens expérimentés, spécialistes dans chaque branche du commerce,
En dehors de la pratique à l'extérieur, pendant les cours à l'intérieur, la façon de se présenter, d'argumenter et de traiter les affaires, de chaque élève-vendeur est étudiée, commentée, rectifiée par les mêmes praticiens de valeur, doublés de professeurs de tact, de psychologie, d'éducation et de diplomatie commerciales.
On y enseigne également la connaissance des marchandises, la conversation commerciale en toutes langues et tout ce qui est nécessaire à un bon négociant ou représentant.
Cette école constitue une pépinière d'hommes de valeur, capables de vendre et de négocier les choses les plus difficiles et de gagner ce qu'ils voudront.
Avis à ceux qui rêvent une situation active, indépendante et surtout lucrative.
(L'Administration de cette école est au siège social de l'UNCE, 241, rue Saint-Martin, Paris.)

Le Magasin pittoresque, 1er janvier 1913.

dimanche 13 septembre 2015

Echange.

Echange
entre les marins et les naturels de certaines régions.



On ne saurait trop déplorer la fâcheuse influence que les navires employés aux voyages de long cours exercent souvent sur les sauvages habitants ses îles qu'ils visitent; outre l'exemple des vices les plus grossiers, qui est donné aux naturels par les matelots, et la mauvaise foi dont on use sans scrupule dans les rapports qu'on entretient avec eux, on les corrompt encore par les objets d'échange qu'on leur porte.
Il arrive souvent qu'on a à leur offrir que des armes à feu, des munitions et de l'eau-de-vie, pour l'eau, les vivres et le bois dont on désire s'approvisionner sur leurs côtes; tandis qu'on pourrait profiter de ces échanges pour les faire jouir de quelques uns des avantages réels de la civilisation, et pour leur communiquer aussi des notions utiles.
On n'apprendra pas sans intérêt que le capitaine Finch, commandant du Vincames, l'un des bâtiments de la marine des Etats-Unis, s'est fait la loi de ne jamais donner d'armes aux sauvages, de peur de leur faciliter par là les guerres qu'ils entretiennent de tribu à tribu. Ayant rencontré à Nukuhiva, l'une des îles de Washington, le navire français le Pagure, et sachant que le capitaine n'avait à bord d'autres objets d'échange que des mousquets et de l'eau-de-vie, le capitaine Finch fit faire par ses propres chaloupes les approvisionnements dont ce navire avait besoin et offrit au capitaine français des étoffes de coton et des outils, pour les échanges qu'il serait dans le cas de faire pendant le reste du voyage.
Il visita successivement les Taïpis, les Teüs, les Taivas et les Hapas, qui habitent différents quartiers de l'île de Nukuhiva, et les exhorta à vivre en paix les uns avec les autres.
Les chefs de ces peuplades le remercièrent du conseil qu'il leur donnait et exprimèrent leur étonnement de ce qu'aucun des navires qui les avaient visités auparavant ne leur en avait donné un pareil.

Le Magasin universel, juin 1837.

mercredi 28 janvier 2015

Une boutique au dix-huitième siècle.

Une boutique au dix-huitième siècle.


Cet intérieur nous représente un coin de la société du dix-huitième siècle; ce sont des dames de qualité achetant des étoffes.


Ce qui frappe au premier aspect, c'est la petitesse de cette boutique comparée aux immenses magasins d'aujourd'hui. Dans notre civilisation actuelle, tout semble tendre à s'agrandir en se généralisant. Au dix-huitième siècle, chaque classe avait encore ses habitudes, ses quartiers, ses habits, ses marchands; la société était, comme les anciens coches, composée de petits compartiments. De nos jours, la plupart des cloisons ont été défoncées du coude, et le coche est devenu l'immense wagon où les places sont distinctes sans être séparées. Le marchand, n'ayant plus la clientèle exclusive de certaines gens, a élargi ses comptoirs, pour y recevoir tout le monde: c'est la conséquence forcée de la marche générale du monde.
Les avantages sont visibles pour le plus grand nombre: c'est une sorte d'association des acheteurs, qui, en multipliant les bénéfices du vendeur, lui, permet d'abaisser ses prix, d'économiser sur certains frais, d'opérer avec un plus fort capital, et, par suite, plus avantageusement pour les autres et pour lui-même. Là est le beau côté de la médaille, mais elle a nécessairement son revers.
Au dix-huitième siècle, l'exiguïté de chacun de ces commerces de détail le rendait inaccessible à plus de gens; ce n'était point une spéculation destinée à enrichir, mais une occupation journalière qui faisait vivre. La boutique tenue par la modeste famille du marchand lui restait comme le champ paternel au laboureur; les générations s'y succédaient et en vivaient. On avait ses fournisseurs attitrés qui devenaient des espèces d'alliés; ses acheteurs habituels que l'on connaissait par leurs noms, auxquels on s'intéressait, et dont on pouvait au besoin se réclamer.
Il n'était pas une de ces familles de marchands qui ne comptât dans sa clientèle quelque famille de qualité, au patronage desquelles on avait recours dans les occasions difficiles. Il en résultait une certaine communauté entre les classes qui corrigeait les inconvénients de leur trop grande inégalité. On se rapprochait par un échange de respects et de bons offices. La marchande s'informait de la femme de qualité pendant ses maladies; elle envoyait un bouquet à sa fête, elle sortait vêtue de noir à son convoi, elle lui procurait des servantes et des ouvrières. Par réciprocité, la femme de qualité ne venait point acheter sans accepter une chaise près du comptoir, sans s'informer des enfants et les embrasser parfois: elle recommandait le jeune garçon au financier, au colonel ou au conseiller, selon la carrière choisie par lui: elle plaçait la jeune fille dans quelque bonne maison ou au couvent. De part et d'autre, il y avait service accepté et rendu, partant de la sympathie ou de la reconnaissance.
C'était l'avantage sérieux; beaucoup d'autres s'ensuivaient de moindre importance, mais non sans valeur.
La politesse des classes privilégiées déteignait sur les classes marchandes; la familiarité respectueuse des relations amenait une sorte de niveau dans l'intelligence et le langage. Le petit nombre de correspondances et de documents qui nous restent de cette époque prouve à quel degré de culture était parvenu le marchand entre le seizième et le dix-neuvième. Son éducation littéraire, commencée par la noblesse et la bourgeoisie dans ces causeries autour du comptoir, continuée par la lecture des livres de longue haleine, qu'un journalisme éphémère n'avait point encore remplacés, et consolidée par des habitudes sédentaires, lui donnait des goûts, des aptitudes que nous ne pouvons soupçonner aujourd'hui. Dans un récent travail publié sur la famille de Beaumarchais, nous voyons qu'à la fin du dix-huitième siècle cette culture des classes marchandes était arrivée au dernier degré de raffinement, et que les loisirs des boutiquiers d'alors ne peuvent être comparés qu'à ceux de l'aristocratie intellectuelle de notre temps.
Nous relevons ce fait comme un détail intéressant pour l'histoire des différents  états en France, sans en rien conclure contre le présent. La société est visiblement entrée dans une nouvelle route qui demandait un autre emploi du temps et des facultés. Celles-ci, plus appropriées et exclusivement appliquées sur chaque point, ont gagné en énergie ce qu'elles perdaient en grâce et en généralité. Chaque homme est devenu un instrument plus puissant dans l'action individuelle; toutes les industries ont pris un essor inconnu, et dont le monde ne peut manquer de profiter un jour. Gardons-nous cependant d'exagérer ce mouvement d'utilité pratique et d'y sacrifier trop complètement les rapports aimables, les goûts littéraires et les habitudes choisies qui avaient élevé si haut le marchand et le bourgeois des siècles qui nous ont précédés.

Magasin pittoresque, février 1853.

lundi 20 octobre 2014

Les trois souhaits de la fileuse.

Les trois souhaits de la fileuse.

Une fileuse intelligente et sachant son métier désirait, avant tout, filer bien et vite, et avoir beaucoup de beau fil à porter au marché.
Son second désir était d'y vendre le fil au plus haut prix possible.
Son troisième, d'y faire toutes ses emplettes à bon marché.
Pour la réalisation du premier, elle pouvait quelque chose: choisir le chanvre ou le lin, graisser son rouet, se mettre avec cœur à l'ouvrage et éviter toute perte de temps.
Mais à l'égard du second et du troisième, elle ne pouvait rien et s'en désolait. "Quel dommage, disait-elle, qu'il ne dépende pas de moi d'éloigner du marché tout autre fil que le mien, et tous les chalands exceptés ceux qui ont besoin de ce que je veux vendre et n'ont pas besoin de ce que je veux acheter! J'ai bien peur de rester toujours pauvre, malgré mon activité et mon savoir-faire."
La brave femme, en formant des vœux, ne songeait qu'à elle; mais il était tout aussi possible que d'autres personnes fissent ces trois souhaits diamétralement opposés aux siens:
1° Qu'elle produisit peu de fil et de qualité médiocre; celui-ci était d'une voisine en concurrence avec elle;
2° Qu'elle vendit à bas prix, ce second était formulé par les acheteurs habituels de son fil;
3° Qu'elle dût tout acheter fort cher, ce dernier était suggéré à ses fournisseurs par leur appétit pour le bénéfice.
Maintenant, lecteur, permettez-moi de vous supposer tous les pouvoirs des législateurs antiques, et de vous demander ce que vous feriez en faveur ou à l'encontre de chacun de ces souhaits, si vous étiez Minos, Lycurgue ou Numa.
J'ose conjecturer que le premier souhait de la fileuse aurait vos sympathies; car en le supposant exaucé non-seulement pour elle, mais pour toutes les fileuses du monde, qu'en résulterait-il? Que le fil sera bon, abondant, à la portée de tous. L'intérêt général s'accorde ici avec l'intérêt particulier.
Cependant vos sympathies ne vous empêcheraient pas de comprendre, j'en suis sur, que ce n'est pas d'un décret que peut dépendre l'habileté et l'activité des fileuses, et vous vous abstiendriez de légiférer sur ce point.
Quant au souhait de la voisine, il n'est pas d'une bonne voisine, et vous le verriez de mauvais œil; mais tant que cette envieuse se bornera à souhaiter du mal sans en faire, vous jugerez encore inutile d'intervenir.
Le souhait de vendre cher, si vif chez la fileuse, implique la rareté de la marchandise sur le marché; celui d'acheter le fil à bas prix en suppose, au contraire, l'abondance, et par là s'identifie avec l'intérêt général, qui s'accommode fort bien de l'abondance et fort mal de la disette; mais puisque vous n'avez pas d'action, comme législateur, sur la production du fil, et que vous auriez autant de répugnance à éloigner les vendeurs du marché qu'à empêcher les consommateurs d'y venir faire leurs provisions, vous vous déciderez sans doute à laisser vendeurs et acheteurs de fil s'arranger à leur guise, pourvu qu'ils n'emploient les uns contre les autres ni la fraude ni la violence.
Et cette même conclusion, vous l'appliqueriez naturellement au troisième souhait qui ne diffère du précédent qu'en ceci: la fileuse y changeant de rôle, aspire au bon marché, et rencontre chez des fournisseurs une prétention qu'elle trouve excessive, quoiqu'elle se la permette sans scrupule en qualité de marchande de fil.
De sorte que, tout bien considéré, et malgré l'étendue de votre puissance législative, vous n'en feriez usage dans aucune des hypothèses que je viens de mettre sous vos yeux: l'abstention serait votre règle pour chacune d'elles.
Eh bien, lecteur, vous surpassez en sagesse la plupart des législateurs.

Le magasin pittoresque, 1865.

lundi 9 septembre 2013

Nouvelles de nos colonies.


Le domaine colonial de la France.

Le ministre de la marine et des colonies vient de publier la nomenclature suivante des colonies françaises, l'état de leur population et de leur superficie:

Asie.

                                                                                                  population                    superficie
                                                                                                                                        en Kil. carrés

Tong-king, Annam, Cambodge, Cochinchine .................. 18.000.000                     510.000
Inde................................................................................................275.000                             508

Afrique.

Réunion.........................................................................................180.000                          2.500
Sainte-Marie.....................................................................................8.000                              165
Diégo-Suarez.....................................................................................3.000                         En disc.
Nossi-Bé...........................................................................................11.000                              293
Mayotte............................................................................................10.000                              386
Comores...........................................................................................53.400                           1.766
Obock................................................................................................22.000                        10.000
Sénégal et dépendances...........................................................3.000.000                      805.000
Congo et Gabon................................................................................"                                600.000

Amérique.

Martinique.....................................................................................170.000                              988
Guadeloupe et dépendances.......................................................189.000                            1.870
Saint pierre et miquelon..................................................................6.300                               225

Océanie.

Tahiti et dépendances....................................................................26.500                             4.200
Calédonie et dépendances.............................................................57.000                             2.000
Wallis..................................................................................................3.500                                  "
Futuna...................................................................................................."                                       "
Nouvelles-Hébrides ( protectorat mixte)....................................64.000                           13.000

Les colonies françaises représentent une superficie de 2 millions de kilomètres carrés et renferment une population de 22 millions d'habitants, le Congo non compris.
En outre de ces chiffres officiels, relevés sur les statistiques les plus récentes, le ministère donne le bilan résumé des relations commerciales des colonies avec la métropole.
La Martinique et la Guadeloupe sont celles des colonies qui rapportent le plus; chacune fournit par an pour 17 millions de francs de marchandises; sucre, cacao, campèche, eaux-de-vie, oiseaux, fruits conservés.
L'Inde vient ensuite avec son apport de 16 millions, consistant en café, pistaches et huiles de pistaches, poivre, tamarin, tissus, peaux.
Saint-pierre et Miquelon envoient pour 15 millions de morue et d'huile de foie de morue.
Le sénégal fournit pour 14 millions d'oiseaux, de plumes, de gomme, d'arachides et de fruits.
La Réunion concourt aux importations françaises pour 10 millions de sucre, de vanille.
La Guyane produit 5 millions d'or, de plume, de cacao.
Ensemble, les autres colonies font un apport de 8 millions.
L'Algérie et la Tunisie restent en dehors de cette énumération et c'est en sus de leur important concours que les colonies fournissent à la France pour plus de 100 millions de marchandises. Ajoutons que ce chiffre ne représente même pas la moitié de leur commerce total et qu'elles réalisent une somme de 127 millions de francs avec les produits vendus à l'étranger.
 En résumé, le domaine colonial de la France, non compris l'Algérie et la Tunisie, atteint aujourd'hui, tant en importations qu'en exportations, un chiffre d'affaire de près d'un demi-milliard, soit exactement 474 millions de francs.

Journal des voyages, dimanche 3 février 1889.