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dimanche 4 octobre 2026

Pèlerinage.









Cette enluminure date de l'an 1400 environ. Elle est issue de "Liber de quibusdam ultramarinis partibus et præcipue de Terra sancta" (Le livre des contrées d'outre mer et surtout de la Terre sainte) rédigé par Guillaume de Boldensele.

On y voit une femme et homme se baignant nus, entourés d'une forêt. Le "Liber de quibusdam ultramarinis partibus et praecipue de Terra sancta" est un livre, écrit en 1336, qui se distingue des autres écrits par sa rigueur et la curiosité de son auteur.

Guillaume de Boldensele (né Otto de Nygenhusen), un moine dominicain très érudit, effectue un long voyage, entre 1332 et 1336 à la demande de la papauté pour se livrer à une mission de reconnaissance de l'Orient sous couvert de pèlerinage. Contrairement à beaucoup de pèlerins de l'époque qui se contentaient de répéter les légendes et les miracles apprises localement, lui, prend le temps de vérifier et de comprendre, en faisant preuve d'esprit critique.
Il se rend d'abord à Constantinople, puis sur les îles de Chios, Rhodes et Chypre, avant d'entrer en Egypte. En 1335, il visite les pyramides d'Egypte. La croyance de l'époque y voyait les "greniers de Joseph". Il s'inscrit en faux en constatant que les pyramides sont pleines, construites en pierre de taille et il conclut qu'il s'agit probablement de sépultures. 
Quand il a visité le site, la Grande pyramide de Khéops possédait encore une grande partie de son revêtement en calcaire blanc poli. En examinant ce revêtement, il constate qu'il est recouvert par des centaines d'inscriptions, les graffitis de l'époque, laissés par les visiteurs grecs, romains et arabes au cours des siècles. Il remarque une longue inscription en latin. Il la recopie dans son carnet de voyage pour l'étudier ultérieurement. Il s'agissait d'un poème funéraire écrit 1 200 ans plus tôt par une femme nommée Terentia. Elle y exprimait sa tristesse de visiter ce site sans son frère, Decimus Terentius Gentianus, décédé quelque temps auparavant. Elle avait gravé ce texte pour que la mémoire de son frère soit présente aussi longtemps que les pyramides. Trouvant l'idée originale, Guillaume de Boldensele décide de graver son nom, la date de son passage et sa qualité de pèlerin à côté du texte romain. Hélas! Quelques décennies plus tard, les mamelouks de l'Egypte s'emparèrent du calcaire poli qui recouvrait les pyramides pour construire des mosquées et le texte romain de Terentia ainsi que la signature de Guillaume disparurent à jamais. C'est grâce à la présence d'esprit de Guillaume, qui a noté le texte latin du poème, que la mémoire du frère de Terentia n'est pas totalement effacée, puisque nous venons de l'évoquer.
Il quitte l'Egypte, traverse le désert du Sinaï et atteint le Levant, visitant la Palestine et Jérusalem. Lorsqu'il arrive sur les rives du Jourdain, il assiste à des scènes de baignades collectives de pèlerins complétement nus, tout sexe confondu, comme le montre l'enluminre. Les pèlerins plongeaient avec empressement dans les eaux du Jourdain pour se faire purifier mais, contrairement à ce que nous montre l'enluminure, ils étaient aussi en proie à une grande terreur à cause des "grands lézards aquatiques". Et il y avait de quoi, le fleuve était entouré de marécages infestés de crocodiles. La légende prétendaient qu'ils étaient inoffensifs envers les chrétiens pendant leur bain rituel, mais que la protection divine cessait une fois le bain terminé, donc pas question de patauger. Boldensele, qui observa à plusieurs reprise la scène, nota dans ses carnets la hâte avec laquelle les pèlerins sortaient de l'eau.
Plus tard, lorsque l'enlumineur parisien, qui n'avait jamais quitté la France, dû illustrer la scène, il se trouva très embarrassé. Il n'avait aucune idée de ce à quoi pouvait ressembler un crocodile. Il se contenta de dessiner un petit poisson parfaitement ordinaire qui est visible dans l'eau devant le couple. De même, les arbres exotiques de Judée sont vite devenus comparables à une forêt de chêne française. Et pour bien faire, il a chapeauté la femme d'une coiffe à la mode de son temps à la cour de France.

Le manuscrit original était écrit en latin et connu un succès considérable au moyen âge. Le frère Jean Le Long d'Ypres, le traduisit en français et c'est cette version qui sera intégré dans le "Livre des Merveilles" accompagnée de nombreuses enluminures dont celle présentée ici.



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