Indolence.
Tableau de Jean-Baptiste Greuze datant de 1756 et intitulé "Indolence" ou "La Paresseuse italienne".
Cette toile a été réalisée lors du séjour de Greuze à Rome. Une jeune femme à la poitrine opulente, aux vêtements débraillés est assise sur une chaise au milieu d'un grand désordre.
Une cuvette blanche est à demi renversée sur le sol, à l'arrière deux assiettes sont visibles, gisantes au pied de sa chaise. Le fait que la cuvette soit renversée et que ces assiettes soient posées au sol indique une hâte soudaine. Certains spécialistes voient dans ce désordre une transition brutale, le besoin urgent d'ablutions intimes ou la précipitation liée à des ébats amoureux. Avec Greuze, on finit souvent par trouver ce qu'on veut dans ses réalisations. Et pourtant le titre de cette toile porte sur la paresse, qui est un péché capital. A-t-on besoin d'en ajouter un autre? Et que vient faire la paresse dans cette hypothèse?
Bien sûr, un pied est déchaussé, et au XVIIIe siècle, montrer un pied nu est une allusion directe à la perte de la virginité ou de la vertu. La jeune femme a arrêté son effeuillage au milieu du gué, l'autre pied est chaussé mais le bas retombe n'étant plus tenu par la jarretière. Le bas retiré et sa jarretière sont posés négligemment sur un petit meuble de travail. Et puis, il y a cette besace, accrochée au dossier de la chaise. Il est peu probable qu'elle appartienne à la jeune femme, mais plutôt à un amant de passage innatendu, ce qui expliquerai le désordre et l'air fatigué de la jeune femme. Cette hypothèse est renforcée par la présence d'une fiasque de vin posée sur le meuble situé derrière elle. Le vin est souvent lié à la luxure. Mais dans ce cas peut-on encore qualifier la jeune indolente de paresseuse?
Une histoire intéressante est liée à "La Paresseuse". Greuze autorisa le graveur Pierre-Etienne Moitte, en 1757, à s'en servir de modèle pour graver une estampe. Seulement Moitte, en accord avec Greuze, accentua le débraillé de la jeune femme, en montrant plus que la censure ne tolérait. Les tirages furent vendus fort chers à de riches collectionneurs, sous le manteau, pour servir de Curiosa. Puis, pour pouvoir vendre à plus grande échelle, il reprit la plaque de cuivre et y grava un peu de tissu sur la poitrine de l'indolente et des ombres ailleurs. Pour parer à toute tentative de censure, il ajouta la mention suivante en bas de l'image: "Dédié à Monsieur Boyer de Fonscolombe", un aristocrate et grand collectionneur. Moitte avait transformé ainsi l'image d'une servante débraillée, énamourée, en un objet d'art raffiné.
Le premier acheteur du tableau de Greuze fut l'abbé Louis Gougenot. Outre homme d'Eglise, l'abbé était aussi magistrat au Grand Conseil, mécène et collectionneur d'art. Après sa mort, sa collection fut dispersée et l'indolente circula de main en main, jusqu'à la Russie avec le comte Chouvalov. En 1934 le musée Wadsworth Atheneum à Hartford en fit l'acquisition. Il a intégré par la suite les collections du Metropolitan Museum of Art de New-York. Il est donc faux de prétendre, comme on le voit écrit parfois que les Nazis s'en étaient emparés, puisqu'il a été acquis légalement en 1934 et mis en sécurité dans le Connecticut.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire