La fée verte.
Tableau de Jean Béraud, de 1908 intitulée "Les Buveurs d'absinthe".
Ce tableau représente uns scène de café parisien typique. Une femme élégante est assise, appuyée sur une table en marbre et semble s'ennuyer. A ses côtés un homme verse doucement de l'eau pour diluer son absinthe, la fameuse fée verte.
Au début du XXe siècle, la consommation d'absinthe constitue un vrai rituel. C'est "l'heure verte" qui rassemble de nombreux consommateurs. Le versement de l'eau obéit à des règles très précises. L'absinthe ne se boit jamais pure du fait de son fort degré d'alcool pouvant atteindre 72% et de son amertume. Le serveur verse une dose d'absinthe pure dans un verre. On place sur ce verre une cuillère à absinthe sur laquelle on pose un sucre pour adoucir le breuvage. Puis on verse goutte à goutte de l'eau glacée sur le sucre. Sous l'effet de l'eau, le liquide change de couleur. Il passe du vert émeraude au vert laiteux.
Le tableau de Jean Béraud est une réponse à Edgar Degas qui en 1875 a lui aussi peint des buveurs d'absinthe dans un café.
La femme que Degas a peint est l'actrice Andrée Ellen et l'homme le peintre et graveur Marcellin Desboutin. La scène se passe au café de la Nouvelle Athènes, place Pigalle.
Le tableau de Degas avait provoqué un immense scandale, jugé trop cru et vulgaire, montrant des personnage ravagés pas l'alcool, des "épaves urbaines". Un comble puisque Andrée Ellen confia plus tard qu'ils avaient l'air de "deux andouilles" et qu'en plus elle n'avait jamais bu d'absinthe avant cette pose et que Desboutin ne buvait jamais d'alcool fort. Béraud choisit de replacer la scène dans un cadre plus mondain et élégant.
L'absinthe a inspiré beaucoup d'autres peintres.
"Monsieur Boileau au café", tableau de Toulouse-Lautrec de 1893. Monsieur Boileau était un chroniqueur mondain. Contrairement à ses autres tableaux décrivant des scènes de cabaret, Toulouse-Lautrec, qui a dit "l'automne c'est le printemps de l'hiver", s'égare dans cette composition dans le milieu bourgeois.
Consommant régulièrement de l'absinthe, Vincent van Gogh n'eut pas de mal à trouver le modèle pour peindre ce verre d'absinthe en 1887 accompagné de sa carafe d'eau. Ce tableau est intitulé "Table de café avec absinthe".
Cette femme, aux doigts distordus, visiblement en proie à une grande détresse, assise seule à la table d'un café devant son verre d'absinthe est l'œuvre de Pablo Picasso en 1901. Elle est intitulée "La Buveuse d'absinthe". Cette toile fait partie du tout début de la période bleue de Picasso.
Contrairement à ce qui est souvent dit, l'absinthe n'est pas née dans les bistrots de Paris. Elle a pris naissance en Suisse, dans le Val-de-Travers vers la fin du XVIIIe siècle. La mère Henriod, une herboriste locale, met au point un mélange d'herbes aux propriétés digestives et stimulantes. Ce mélange contient de la grande Absinthe, de l'anis vert et du fenouil.
Un certain Major Dubied achète la recette et ouvre la première distillerie en 1798 avec son gendre Henri-Louis Pernod. Ce dernier s'installera par la suite en France pour fonder à Pontarlier la société Pernod-fils qui dominera le marché mondial.
L'absinthe doit son succès grâce aux guerres coloniales en Algérie. On en distribuaient aux soldats français pour lutter contre la dysenterie. Les vétérans y prirent goût et ramenèrent la mode à Paris. Les bourgeois firent le reste.
Victime de son succès et devant les ravages que certaines marques trafiquées produisaient, l'absinthe sera interdite en mars 1915. Et c'est pour la remplacer que fut créé le pastis.
Quelques publicités de l'époque:










Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire