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lundi 26 octobre 2026

Danaïdes.








 
Enluminure de Robinet Testard, réalisée entre 1496 et 1500, issue d'un manuscrit des Héroïdes traduit par Octavien de Saint-Gervais.
Elle représente le mythe grec des Danaïdes.

Le roi Danaos avait cinquante filles (les Danaïdes) et son frère jumeau, Egyptos cinquante fils. Hé oui, à cette époque les hommes étaient de fiers gaillards. Pour d'obscures raisons, le roi Danaos fut obligé de marier ses filles à ses neveux. On imagine d'ici le repas de noces. Mais Danaos n'aimait pas être contraint. Il ordonna à ses filles de poignarder chacune leur mari pendant leur nuit de noces. Les filles n'obéissent pas toujours à leur père: quarante-neuf obéirent, comme on peut le voir sur la miniature, mais une d'entre elles refusa de commettre ce crime. C'est elle que l'on voit au premier plan, à gauche, enlaçant tendrement son époux au lieu de le trucider.

Précisons tout de suite, afin d'évacuer de notre esprit l'image du tonneau dès qu'on prononce le mot "Danaïdes", ce qu'il advint aux quarante-neuf meurtrières. Elles furent condamnées aux Enfers à remplir un tonneau sans fond et ce éternellement. Il est possible, malgré notre siècle profane, qu'elles continuent encore actuellement. Et l'expression "remplir le tonneau des Danaïdes" que nous employons encore de nos jours pour indiquer le côté vain et inutile d'une tâche, provient directement de ces nuits de noces sanglantes.

La Danaïde qui avait désobéi porte le doux prénom d'Hypermnestre et son époux celui de Lyncée. Découvrant la trahison de sa fille au matin, le roi Danaos fut saisi d'une ire irrépressible. Il la fit emprisonner et enchaîner dans l'attente d'un procès pour désobéissance filiale.
Mais, lors du procès, tout ne se passa pas comme prévu. Hypermnestre a bénéficié d'une avocate hors du commun imprévue, en la personne d'Aphrodite elle-même, la déesse de l'Amour.
A ce stade, deux thèses s'affrontent, celle d'Eschyle et celle d'Ovide, par quelques variantes concernant le plaidoyer d'Aphrodite.
Selon Eschyle, Aphrodite explique que le désir amoureux et l'union charnelle sont des lois universelles et sacrées et pour illustrer la chose, elle compare l'union charnelle humaine à celle du Ciel qui s'unit à la Terre au moyen de la pluie pour faire naître la vie. Elle conclut, qu'en épargnant son mari, Hypermnestre n'a fait qu'obéir à une loi divine supérieure à celle de son père.
Selon Ovide, les sœurs d'Hypermnestre refuse la domination masculine et la sexualité alors qu'Hypermnestre, elle, accepte le pouvoir d'Aphrodite. Une variante  précise qu'elle sauve son mari parce qu'il a agit avec douceur pour respecter sa virginité. Chez Ovide, l'accent est mis sur la pureté et les liens du mariage.
Peu importe les versions, Aphrodite triomphe et Hypermnestre est acquittée par le peuple d'Argos. Cependant, pendant ce temps, Lyncée n'est pas resté inactif. Il est parvenu à s'enfuir et quelques années plus tard, il revient avec une armée pour se venger. Il tue le roi Danaos ainsi que ses quarante-neuf belles-sœurs pour venger les meurtres de ses quarante-neuf frères. Une fois la vengeance accomplie, Lyncée et Hypermnestre deviennent respectivement roi et reine d'Argos. De leur union, nait un fils qui perpétua leur dynastie. Ils n'avaient apparemment pas hérité de la prolificité de leurs pères respectifs. Cependant, si la quantité laissait à désirer la qualité, elle, était au rendez-vous. On compte parmi leur descendance directe Persée et Héraclés.

L'image nous montre un alignement de lits à baldaquin comme ceux d'un dortoir d'hôpital médiéval, alors que dans la mythologie grecque, chaque couple disposait de sa propre chambre nuptiale. Outre qu'il était compliqué de représenter cinquante chambres, Robinet Testard en regroupant tous ces lits nous présente une véritable usine à trucider. 
Ce manuscrit ainsi enluminé n'était pas destiné à n'importe qui. Il a été réalisé à la cour de Cognac pour être offert soit à la reine Anne de Bretagne selon certains, soit à Louise de Savoie, la mère de François 1er selon d'autres. C'est la raison pour laquelle les hommes sont coiffés de bonnets carrés typiques de la mode de la cour des Valois à la fin du XVe siècle.


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