Pygophile.
Caricature d'Isaac Cruikshank de mai 1790 du "Monstre de Londres".
Entre 1788 et 1790, un mystérieux agresseur s'en prenait aux femmes élégantes de Londres. Il s'approchait d'elles par derrière, leur débitait des insanités et leur lacérait les vêtements avec des lames ou bien leur piquait les fesses à l'aide de pointes acérées.
La caricature nous décrit une scène typique d'un homme sur le point de piquer une femme. On remarque des lames fixées à ses genoux car il les agressait aussi d'un coup de genou.
Sur le mur, une affiche promet une récompense "Monster a reward 100 Gs". Cette récompense considérable de 100 guinées était financée par le propriétaire de la Lloyd's, John Julius Angerstein. Le nom d'Angerstein est d'ailleurs indiqué sur la porte à droite.
En juin 1790, Rhynwick Williams, un jeune fabricant de fleurs artificielles fut arrêté et condamné à six ans de prison après de multiples péripéties judiciaires. Cependant, si certaines victimes prétendaient le reconnaître, beaucoup d'autres en faisaient un portrait tout différent. Certains spécialistes, de nos jours, remettent en cause sa responsabilité exclusive dans cette affaire et penchent plutôt pour une hystérie collective amplifiée par la presse. En clair, la publicité donnée à cette affaire multipliait les vocations des piqueurs de fesses.
John Julius Angerstein était littéralement obsédé par ces faits divers, il s'impliqua personnellement dans l'enquête. Il convoquait les jeunes femmes victimes du piqueur pour tenter de dresser un portrait robot du maniaque. Seulement, très vite, les mauvaises langues de Londres, ont prétendu qu'il prenait un plaisir suspect à demander aux dites jeunes femmes de lui décrire leur blessure voire de lui montrer. C'est ce que nous rappelle cette caricature.
Ces divers événements créèrent une véritable psychose à Londres. Que pouvaient faire les jeunes femmes terrorisées à l'idée de rencontrer le piqueur fou?
On vit surgir un homme qui proposait une solution originale.
Cette nouvelle caricature nous montre un artisan en train de riveter une jupe en cuivre sur une cliente. Certains autre proposaient des fessiers en cuivre en guise de protection. Certaines femmes cousaient elle-même des plaques de cuivre ou de liège à l'intérieur de leurs jupons.
On voit, dans la boutique, plusieurs modèle de jupe de cuivre: "Pour les demoiselles de 15 ans", "Pour les dames de 30 ans" et "Pour les femmes très fortes". A droite, une pancarte publicitaire précise: "Les fesses des dames sont couvertes aux conditions les plus raisonnables" et c'est signé "l'Anti-monstre".
Dès la sortie de cette caricature de Cruikhank, le dessinateur rival, James Gillray publiait la sienne. On y voyait l'agresseur soulever la jupe d'une dame et s'y casser les dents sur un couvercle de marmite en fonte fixée sur ses fesses, avec pour titre: "Le Monstre déçu de son déjeuner".
Mais le pire est à venir. Le pygophile ne s'attaquait qu'aux femmes de la haute société londonnienne. Aussi très vite, le fait d'avoir été attaquée, approchée ou frôlée par l'énergumène devenait un signe de distinction sociale. Celles qui n'avaient pas été attaquées simulaient parfois des agressions par snobisme, ce qui accentuait la confusion. Mais toutes se précipitèrent pour acheter des jupons en cuivre, faisant la fortune des artisans, ajoutant au snobisme un phénomène de mode.


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