Suzanne.
Cette enluminure, datant du XVe siècle est une illustration de "Suzanne et les vieillards" du Livre de Daniel.
Elle nous montre Suzanne se baignant les pieds dans une fontaine située dans un jardin clos alors que deux vieillards à droite, cachés dans la végétation l'observent en secret. A l'arrière plan, un imposant château complète la scène.
"Suzanne et les vieillards" est un récit de l'Ancien Testament. Suzanne, jeune femme pieuse et d'une grande beauté, est mariée à Joakim, un riche juif en exil à Babylone. Deux vieillards qui fréquentent la maison de Joakim, sont nommés juges. Mais les deux ancêtres tombent chacun amoureux de la belle Suzanne. Un jour de grande chaleur, elle décide de se baigner les pieds dans la fontaine du jardin afin de se rafraîchir. C'est à ce moment précis que les deux vieillards surgissent des bois environnants.
Et les deux pervers n'y vont pas par quatre chemins: ils posent un ultimatum à Suzanne. Soit elle accepte de coucher avec eux immédiatement, soit ils l'accusent publiquement d'avoir commis un adultère avec un jeune homme qu'ils disent avoir vu s'enfuir.
L'adultère est puni par la loi mosaïque par la peine de mort par lapidation. Suzanne se trouve donc devant le choix de, soit subir les assauts des deux lubriques, soit de mourir lapidée. Sa conclusion est claire et se résume par les mots célèbres suivants:
« J'ai l'angoisse de toutes parts : si je fais cela, c'est la mort pour moi ; et si je ne le fais pas, je n'échapperai pas à vos mains. Mais il vaut mieux pour moi tomber entre vos mains sans commettre le péché, plutôt que de pécher à la face du Seigneur. »
Plutôt mourir innocente que trahir Dieu.
Les deux vieillards, dépités, mettent leur menace à exécution le lendemain, et fort de leur rôle de juge, Suzanne est condamnée à mort. Mais un jeune homme, le futur prophète Daniel surgit et s'écrit: « Êtes-vous fous, fils d'Israël ? Sans enquête et sans preuve certaine, vous avez condamné une fille d'Israël ! Reprenez le procès ! »
Il sépare les deux vieillards et les interroge séparément. Il demande au premier où Suzanne a-t-elle commis le péché d'adultère. Il répond: "Sous un lentisque" (qui comme chacun sait est un pistachier). Même question à son acolyte, et l'autre répond:" Sous un chêne".
Devant cette contradiction, le mensonge est flagrant et l'innocence de Suzanne est démontrée. Conformément à la loi du talion, les deux vieillards sont condamnés à la même peine que celle qu'ils avaient prononcé pour Suzanne.
L'enluminure présentée ici provient d'un missel franciscain. En haut, on peut lire "Statio ad Sctum Susannam" qui indique la messe du samedi de la troisième semaine du Carême traditionnellement célébrée à la Basilique Sainte-Suzanne.
En bas, c'est "L'Introitus", le chant d'introduction de cette messe.
Au moyen âge, le Carême est une période importante pour les catéchumènes qui seront baptisés dans la nuit de Pâques, le bain de Suzanne rappelle l'eau du baptême. Pour les chrétiens, c'est aussi l'occasion de se laver de leurs péchés. Evidemment, on retrouve le jardin clos qui est un symbole omniprésent dans les enluminures. Il représente la chasteté et la pureté morale. Quant aux vieillards, ils personnifient le démon obligeant la brave Suzanne à un choix cornélien.
Il convient toutefois d'apporter à ce récit hautement moral, la nuance suivante: les enlumineurs ont trouvé dans ce récit biblique l'occasion idéale de dessiner un "nu" féminin, strictement interdit par l'Eglise. Ce nu eut tellement de succès qu'il fut recopié un grand nombre de fois par d'autres enlumineurs pour d'autres occasions. Puis de fil en aiguille, le temps passant, Suzanne fut petit à petit débarrassée de ses oripeaux. Et c'est ainsi, qu'en 1610, l'italienne Artemisia Gentileschi nous a offert une autre vision de "Suzanne et les vieillards"

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