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vendredi 2 octobre 2026

Podonipsie.







La podonipsie vient du grec ποδονιψία, constitué de poús (pied) et de nipsein (laver). C'est donc l'art de se laver les pieds.





Tableau du peintre français Jean-Alphonse Roehn datant de 1830 environ et intitulé "Jeune femme à sa toilette".

En 1830, la nouvelle bourgeoisie parisienne apprécie beaucoup les scènes d'intimité du quotidien mais elle se montre extrêmement prude. Pour Roehn, comme pour tous les peintres, la voie était étroite car il convenait d'exciter la curiosité du public sans pour autant exciter celle de la censure.

La jeune femme est représentée en se baissant pour se laver les pieds. Ce faisant, sa chemise a glissé sur ses épaules dévoilant l'esquisse d'un sein. Voilà qui était suffisant pour réveiller le bourgeois, un pied et un sein nus, c'était plus qu'il n'en fallait. Par contre, on ne peut être qu'interloqué par le bonnet qu'elle porte sur la tête. C'est tout sauf un bonnet de nuit. Celui-ci est en dentelle et agrémenté de roses et de rubans en tissu. Il est probable que, même au XIXe siècle, il ne venait à l'idée de personne de faire sa toilette dans une tenue aussi endimanchée. L'intention du peintre était de bien indiquer que son modèle n'était pas une quelconque paysanne mais plutôt une jeune femme de la classe moyenne. Voilà qui autorisait à suspendre ce tableau chez soi puisqu'il n'était pas le reflet d'une scène de bain commune.

Le dessus de la cheminée offre une collection d'objets divers intéressant à détailler. Dans un bougeoir en bronze se trouve une bougie éteinte qui montre que nous sommes en plein jour. Un pot de fleurs symbolise la jeunesse même s'il est rejeté à l'extrémité du linteau de la cheminée pour rappeler le temps qui passe. Un coffret à bijoux est ouvert avec un ruban rouge qui en dépasse, couleur qui symbolise la passion, comme le grand châle rouge posé négligemment sur une chaise derrière la jeune femme. On voit aussi deux flacons en verre contenant sans doute des secrets de beauté. Un sachet de senteur est suspendu au mur, son usage était quasi systématique à l'époque pour masquer les odeurs de cheminée (entre autres). Enfin un miroir incliné, orienté vers le bas est accroché au mur. Le miroir est le symbole de la coquetterie, mais il ne reflète pas la jeune femme qui échappe ainsi à ce travers. Un petit mot, pense-bête ou billet doux, est coincé dans l'encadrement du miroir.

La jeune femme semble pensive tout en s'essuyant le pied. Est-ce parce qu'elle vient de lire le mot qu'elle a jeté ensuite à terre par dépit et qui se trouve près d'un broc? Ce papier, ainsi abandonné, suggère un déboire amoureux ou une rupture. En se lavant les pieds, elle se purifie aussi des restes d'une aventure passée. C'est du moins la théorie qui circulait à l'époque. 

Jean-Alphonse Roehn, au delà du portrait, dépeint un mélodrame silencieux et il laisse le soin au spectateur de l'époque d'imaginer la teneur et les mots figurant sur cette lettre. Chacun, de nos jours, peut toujours tenter d'en faire autant.

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