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mercredi 2 septembre 2026

Amours aristotéliciennes.






Aristote, avec Platon dont il fut le disciple, est l'un des plus grands intellectuels de la civilisation occidentale. Mais il fut aussi le tuteur d'Alexandre le Grand, le conquérant de l'Egypte, de la Perse et de l'actuel Pakistan.
Au XIIIe siècle, vers 1220, Henri de Valenciennes publie un poème en vieux français, d'après un conte oriental qui parlait d'un roi distrait par une courtisane indienne ou arabe. C'est un lai courtois du genre fabliau. Il raconte l'histoire d'un roi détourné de son devoir par sa maîtresse. Un vieux sage tente de raisonner le roi qui prend ses distances avec la femme. Celle-ci décide de se venger en séduisant le vieil homme.
Les moines copistes et écrivains, décidèrent d'attribuer le rôle du vieil homme à Aristote et celui du roi à Alexandre le grand, afin de donner plus de caution morale au récit. Et le texte fut appelé : "le lai d'Aristote".
Dans ce texte français, la femme n'est pas nommée. Elle est décrite comme une captive indienne dont Alexandre est tombé amoureux. Le lai fit une excursion dans les territoires germaniques et la femme nous revint avec le nom de Phyllis.
Pour séduire le vieil homme, après avoir prévenu Alexandre de regarder par sa fenêtre, Phyllis descend dans le verger situé sous les fenêtres d'Aristote, vêtue d'une simple chemise, cheveux au vent. Elle cueille des fleurs tout en chantant un lai d'amour. Le philosophe abandonne ses livres pour la rejoindre. Phyllis dit à Aristote qu'elle craint le soleil et lui demande de la transporter jusqu'à un bosquet, en se mettant à quatre pattes et en acceptant d'être bridé et fouetté tel un cheval. Aristote, aveuglé par le désir accepte. C'est dans cet équipage qu'Alexandre surprend Aristote et lui demande des explications.
Mais Aristote savait se défendre: il répondit à Alexandre: "Si l'amour peut faire un tel imbécile d'un homme mûr et sage comme moi, imagine à quel point il est dangereux pour un jeune roi comme toi! Tu vois bien que mes avertissements étaient fondés."

Sans entrez dans le détail du lai, on peut toutefois citer quelques passages clés.

« De biaus mos conter et retraire
ne se doit on mie retrere,
ainz doit on volentiers entendre
biaus mos, quar on i puet aprendre… » 

"On ne doit pas s'abstenir de raconter et de propager de beaux mots, mais on doit au contraire écouter volontiers les belles paroles, car on peut y apprendre quelque chose..."


« En un vergier lez une fontenele,
dont la jors est clere et la rousee bele,
se siet la damoisele… »

"Dans un verger, près d'une petite fontaine, là où le jour est clair et la rosée est belle, s'est assise la demoiselle..."

Le poème se termine par la célèbre réplique d'Aristote:

« Veritez est et je le di,
qu'amors vaint tout et tot vaincra
tant com cis siecles durera. »

"C'est la vérité et je le proclame: l'amour vainc tout et vaincra tout, tant que ce monde durera."

Malgré le fait que le philosophe n'a jamais croisé la route de Phyllis, ce thème était très populaire au moyen âge, on retrouvait la fameuse scène du cheval un peu partout, sur des coffrets de mariages, sculptée sur des stalles d'église, sur des récipients en bronze utilisés pour se laver les mains et bien entendu sur une quantité d'estampes.




Dessin à la plume de l'allemand Hans Baldung Grien en 1503.





Gravure sur bois de Hans Baldung Grien en 1513.





Gravure sur cuivre de l'allemand Georg Pencz vers 1545.





Gravure sur bois du néerlandais Lucas van Leyden vers 1515.





Pointe sèche du Maître du Livre de Raison vers 1485.





Gravure du flamand Johan Sadeler vers 1590.






Gravure sur cuivre de l'allemand M.Z., identifié comme
 Matthaüs Zaisinger, vers 1502.







Peinture de l'allemand Lucas Cranach en 1530.





 Bas relief  du Maître d'Ottobeuren vers 1520.





Vitrail de 1520.








Peinture baroque de l'italien Alessandro Turchi, vers 1690.




Photographie de 1886, colorée à la main.
Collection du sexologue autrichien Richard von Krafft-Ebing.




Eau-forte du mexicain  Julio Ruelas, en 1902.



De nos jours, l'attrait pour ce genre de parade est faible, Aristote n'intéresse plus grand monde et les Phyllis se font rares, ce qui est dommage, convenons-en.