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vendredi 31 octobre 2014

La chambre de la sonnerie.

La chambre de la sonnerie.

Le réduit qui, pour l'ordinaire, communique de plain-pied avec le sol de l'église, et qu'on nomme la chambre de la sonnerie, pourrait à bon droit être nommé aussi la chambre de la buverie, eu égard au nombre de bouteilles nécessaires pour exciter le zèle des robustes gars qui appellent à tour de bras les fidèles à la prière.
L'expression proverbiale: "Boire comme un sonneur", doit remonter au temps où les chrétiens du culte catholique romain imaginèrent de loger les cloches dans des cages de pierre dominant les combles de leurs temples, et de les mettre en branle, de bas en haut, au moyen de câbles descendant à hauteur d'homme. Ceci nous reporterait pour la France vers la fin du sixième siècle.



Cependant, malgré l'opinion partout admise qu'on ne peut sonner gaillardement sans boire, il serait irrévérencieux de laisser supposer que le moine irlandais saint Colomban, qui, le premier, dit-on, introduisit l'usage des cloches dans les couvents qu'il avait fondés, et qu'on peut par conséquent considéré comme le patron des sonneurs, ait, malgré le vœu d'abstinence, offert l'appât d'un réconfortant quelconque aux religieux chargés d'annoncer à son de cloche les heures des offices.
Donc, faisons par respect exception des frères sonneurs attachés aux maison conventuelles, et admettons que le vieux proverbe ne fut et n'est applicable qu'aux serviteurs laïques, volontaires ou gagés, des églises paroissiales.
Même quant à ceux-ci, pas n'était besoin d'autre excitant que la foi pour leur faire manœuvrer à outrance les cordes de la sonnerie du clocher, à l'époque, non lointaine encore, où le préjugé populaire attribuait au son des cloches le pouvoir d'écarter la foudre. Il avait aussi, suivant la même croyance, puissance sur les démons, et suffisait à les contraindre à lâcher leur proie; témoin l'histoire que raconte sérieusement l'Espagnol Torquemada, dit le Savant, dans son livre des Six Journées.
"Une femme, en Italie, vint à estre portée par le diable à l'assemblée des sorcières, et comme elle retournoit en sa maison, estant le matin proche, la cloche sonna, que l'on a coustume de sonner à ceste heure-là en Italie pour admonester le peuple de prier Dieu, et oyant le son, le diable qui la portoit la laissa choir et s'enfuit." (1)
Le tableau satirique de Decamps, que reproduit notre gravure, semble démontrer que, dans la chambre de la sonnerie, ceux qui fatiguent le plus ne sont pas ceux qui boivent le mieux. Mais peut être l'artiste n'a-t-il rien voulu prouver dans cette page, sinon la puissante originalité de son merveilleux talent.


(1) Traduction de Gabriel Chappuys, Tourangeau, 1625.

Le magasin pittoresque, avril 1876.

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