Ces articles sont destinés à donner une senteur,un parfum,une ambiance d'une époque, les fautes de frappe étant ma seule contribution. Ils sont souvent longs,la télévision n'existait pas, ni le langage SMS, ni twitter et les gens avaient le temps de lire en famille. Ils peuvent prêter à sourire, mais restons modeste. Combien d'articles contemporains, de discours politiques, de rapports d'experts que nous prenons très au sérieux aujourd'hui susciteront l'hilarité générale dans un siècle ?
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dimanche 1 septembre 2019
dimanche 1 avril 2018
Chronique du dimanche 11 juillet 1858.
Chronique du dimanche 11 juillet 1858.
On voit souvent des amants se suicider ensemble, plus rarement des amis et jamais des époux.
C'est ce qui pourtant vient d'arriver à Pesth, où Charles W*** et sa femme, tourmentés par des embarras d'affaires, ayant à payer une somme de quatre mille florins qu'ils ne pouvaient se procurer, se sont précipités ensemble dans le Danube.
Une circonstance toute particulière avait présidé à leur union.
Le père et la mère de Charles W*** avaient autrefois une fille unique, du nom de Marie.
Elle était très bien élevée, jouait merveilleusement bien du piano, se montrait charmante dans le monde, et était très-bien avec plusieurs jeunes personnes de son âge, surtout avec Joséphine de V***.
Quoique fort recherchée, elle refusait obstinément de se marier.
A un certain âge, ses formes changèrent; son menton se couvrit de barbe, et ses parents restèrent étourdis de surprise en apprenant qu'ils avaient mis au monde un fils.
Celui-ci prit les habits d'homme, le nom de Charles W*** et épousa son intime amie Joséphine.
C'est ce même Charles W***, excellant mari et très-honnête homme, dont on s'occupe beaucoup à Pesth, en ce moment, au sujet de sa déplorable fin.
*****
Un singulier incident vient de montrer la juste estime qui se manifeste de nos jours envers les agriculteurs distingués.
A Chaumont, la grande prime d'honneur de cinq mille francs et la coupe d'argent de trois mille dans laquelle il est d'usage de déposer cette somme, venaient d'être décernées à Gustave G*** lorsqu'on apprit que ce jour-là même il était mort.
La récompense devait-elle être également accordée et le nom du lauréat proclamé?
Question nouvelle et délicate, qui fut portée devant le ministre lui-même.
Grâce à la télégraphie électrique, on eut aussitôt la réponse.
Le gouvernement avait décidé que la récompense exceptionnelle devait être décernée au lauréat, quoiqu'elle ne pût s'offrir qu'à sa mémoire.
*****
Ces jours-ci, vers huit heures du soir, un homme d'une trentaine d'années sortit du port de Dunkerque sous le prétexte d'une promenade en mer. Il voulait emporter avec lui un sac de nuit, que, sur l'observation du patron Holzer, il fut forcé de laisser chez le sieur Florimond sur le port.
A peine en mer, le passager tire sa montre, en fait cadeau à l'un des canotiers, et dit qu'il veut prendre un bain. Mais le patron, trouvant ses manières singulières, enjoint d'abord à son subordonné de refuser le cadeau, et s'oppose formellement à ce que le personnage suive son idée de se baigner.
Celui-ci se résigne; et, à dix heures et demie, on le ramène à la cale des pêcheurs.
Une demi-heure après, le même canot sort pour faire sa marée.
On voit alors, à la même place où on l'a laissé, cet homme inconnu se porter plusieurs coups de couteau dans la poitrine et se jeter à la mer.
On n'a trouvé de lui que ce seul indice, enfermé dans son sac de nuit; sur un fragment de papier était écrit:
"Etant dégoûté de la vie, j'ai voulu m'en délivrer."
*****
Un champ solitaire, des environs de Souil, a vu se passer un de ces drames obscurs, qui restent ignorés dans l'humble condition des habitants des campagnes.
Pierre M*** s'était épris d'une vive passion pour Suzanne C***. Il la demanda en mariage et insista longtemps sans pouvoir obtenir un consentement de la jeune fille.
Un jour, elle gardait des bestiaux dans un champ isolé de toute habitation. Pierre s'avance, l'air sombre et égaré. Ses traits avaient une expression sinistre, que Suzanne le regarda en la reconnaissant à peine.
- Je t'ai demandé en mariage, lui dit-il, tu m'as refusé. J'ai attendu longtemps, aujourd'hui je ne veux plus attendre. Il faut que tu sois ma femme ou que tu meures. Choisis.
La jeune fille épouvantée trouva pourtant la force de répondre, et ce fut par un refus.
A peine eut-elle prononcé le mot non, qu'elle tomba baignée dans son sang: une décharge de pistolet venait de la frapper de mort.
Le meurtrier s'éloigna et alla de suite se constituer prisonnier.
*****
Voici une idée fantasque de quelques jeunes gens habitants de New-York.
Ils étaient une demi-douzaine qui regagnaient leur domicile un peu tard, et après un bon dîner.
Sur leurs pas se trouva un ivrogne, étendu comme un mort sur le pavé.
Aussitôt la pensée leur vint d'en tirer parti.
Ils mirent l'homme dans un sac, et le portèrent entre eux à la porte d'un collège de médecine. Là, ils sonnèrent, le docteur sortit de son lit et vint voir qui le demandait.
- Docteur, dirent les jeunes gens en montrant le sac, nous venons vous offrir d'acheter ce sujet.
Le médecin fit quelques questions auxquelles on répondit de manière satisfaisante, et le prix de cinq dollars ayant été convenu, les mauvais sujets reçurent l'argent et déposèrent le sac dans le vestibule.
Dès qu'ils furent retirés, le brave homme ivre mort fit quelques mouvements et le docteur reconnut l'état dans lequel il se trouvait
- Holà! cria-t-il en rouvrant précipitamment la porte.
- Qu'est-ce, docteur? demanda l'orateur du groupe, qui s'attendait à quelque interpellation.
- Votre mort est vivant.
- C'est égal, docteur, vous l'avez acheté et vous êtes parfaitement en droit de le disséquer.
Et la bande s'enfuit comme une volée de moineaux.
Le docteur de décida à perdre ses cinq dollars et il fit reporter l'ivrogne dans le ruisseau.
Ce fut là que la police le trouva, encore bien enveloppé dans son sac, et ne se doutant pas de son aventure de la nuit.
Paul de Couder.
Journal du Dimanche, 11 juillet 1858.
dimanche 25 mars 2018
Chronique du dimanche 20 juin 1858.
Chronique du dimanche 20 juin 1858.
Le suicide le plus extraordinaire s'est produit dernièrement à Rennes; ce ne sont plus deux amants qui meurent ensemble dans le désespoir de l'amour, comme cela se voit bien souvent, c'est le père et le fils qui se suicident à côté l'un de l'autre, sans doute dans le fanatisme de l'honneur.
Le père de M. M***, sous-lieutenant de chasseurs, vint le voir à Rennes, où le jeune officier était en garnison; il paya des dettes que celui-ci avait contractées. Puis, ne pouvant plus peut-être à l'avenir, solder les autres dépenses que son fils ferait encore, il voulut s'assurer qu'elles ne se renouvelleraient pas.
On ne sait point ce qui se passa entre le père et le fils.
Tous deux firent faire leur portrait photographié et les envoyèrent dans leur famille.
Un soir, ils se réunirent dans le logement qu'occupait le sous-lieutenant, sur le mail d'Auges.
A minuit, on entendit une détonation. Un sergent du bataillon accourut au bruit; il fut reçu à la porte de la chambre par le père, qui lui dit qu'il se trompait, et que tout était fort tranquille dans la maison.
Quelques minutes après partit un second coup de feu.
On accourut encore et on pénétra dans la chambre. Le père et le fils étaient étendus morts sur le même canapé.
Tous deux, le jeune homme le premier, le père ensuite, s'étaient tirés au coeur.
Ils laissaient écrites leurs dernières volontés; le jeune sous-lieutenant léguait à plusieurs des officiers de son corps son sabre, ses épaulettes et les deux pistolets dont son père et lui venaient de faire usage.
La folie du suicide ne respecte rien.
*****
Dix-sept ans est le plus bel âge, le plus riant; l'état de fleuriste, qui vous met toujours au milieu des plus jolies choses du monde, est le mieux fait pour donner des idées roses comme les fleurs du mois de mai.
Cependant, le sieur Roulet, de Belleville, en suivant entre sept et huit heures du soir le quai de Jemmapes, aperçut à quelques pas devant lui une jeune fille, qui, après avoir traversé la chaussée, escaladait les chaînes et se précipitait dans le canal.
Il s'élança de ce côté, et sans prendre le temps de se déshabiller, il se jeta à la nage, plongea à plusieurs reprises et parvint à saisir dans l'eau la jeune fille qu'il emporta demi-morte dans la maison voisine.
Les secours qui lui furent prodigués la rappelèrent à la vie. On sut alors que c'était une jeune fleuriste, de dix-sept ans, qui était venue chercher la mort, sans autre motif qu'une sombre mélancolie. Elle a été ramenée au domicile de ses parents, qui, sans doute, chercheront quelque moyen de la rattacher à la vie.
*****
Le village et la forêt de Livry, dans les environs de Paris, sont fort cités pour leurs agréments champêtres, et attirent en été un grand nombre d'élégantes visites.
Cependant, le bois est profond, sauvage; et si l'on en croit la déposition d'un brigadier de gendarmerie et des habitants du pays, il vient de s'y produire un fait bien étrange.
Le brigadier avait été averti par quelques personnes qui venaient de parcourir ces bois, qu'on y apercevait une figure de femme dans la profondeur du feuillage. On disait l'avoir assez bien distinguée pour juger qu'elle se nourrissait de racines, se faisait un lit de roseaux, et vivait là à l'état sauvage.
Un brave gendarme investit le fourré. Après quelques recherches, il découvrit, en effet, une femme, très-jeune encore, vêtue de pampres tournés autour de son corps et blottie au fond d'une grotte. Il s'empara de sa personne, non sans une vive résistance, et la conduisit près du maire de Livry.
On apprit ainsi que cette femme vivait là depuis bien des années; elle avait presque désappris la langue humaine, et manifesta par signes qu'elle se trouvait très-heureuse sous sa voûte de feuillage, et demandait pour toute grâce d'y rester.
Le maire a eu toutes les peines du monde à lui faire comprendre que nos lois ne permettaient point une telle existence, et l'a fait conduire devant le procureur impérial pour qu'il décidât de son sort.
Paul de Couder.
Journal du Dimanche, dimanche 20 juin 1858.
jeudi 18 janvier 2018
Chronique du 11 avril 1858.
Chronique du 11 avril 1858.
Un sergent de ville de faction sur le pont neuf remarquait un charretier qui tirait sa bête à hue! tandis qu'il lui criait dia! et qui, se balançant dans les vapeurs de vin, avait la prétention de conduire cheval et voiture, lorsque assurément il ne pouvait se conduire lui-même.
A tout hasard, le sergent se dispose à conduire l'homme au poste. En ce moment arrive un individu qui réclame à grand bruit le cheval et la charrette, laissés un moment par lui à la porte d'une maison, et qui ont disparus pendant son absence.
Le premier individu est mieux que jamais conduit au poste après une telle déclaration.
Explication donnée, le rôdeur des rues avait bien eu la pensée de voler, mais malheureusement, il était ivre, et pour telle opération il faut avoir toute sa raison.
Le voilà bien convaincu de cette vérité, qu'il aura le temps de méditer pendant deux mois de prison.
Dans la même geôle où cet homme est enfermé, nous trouvons un autre détenu dont le nom mérite d'être cité.
Le nommé Joseph O... était en prison sous prévention d'avoir volé une montre. Il niait fort effrontément la chose, il la niait même à un camarade de chambre qui lui demandait le sujet de son arrestation. Mais apprenant que celui-ci, nommé Berthé et détenu pour simple vagabondage, allait bientôt sortir, il pensa en tirer parti.
Joseph O... avoua donc le larcin de la montre; il avoua à Berthé l'endroit où il l'avait caché; et comme c'était dans un trou de mur, il fit un petit dessin représentant parfaitement l'endroit, afin qu'elle pût se trouver à coup sûr. Il fut alors convenu que Berthé vendrait la montre, s'achèterait sur le prix une paire de souliers dont il avait grand besoin, et donnerait le reste à Joseph.
Le détenu sort de prison, et, muni de son dessin, trouve la montre. Certes, des souliers sont bien utiles à qui passe sa vie à vagabonder, et chevauchant sans cesse sur les chemins, on sent bien le désagrément d'être pieds nus!
Cependant Berthé n'hésite pas; au lieu de porter la montre au marchand, il va droit la rendre à son maître.
Celui-ci, brave serrurier, remercie Berthé et lui donne 10 fr. de récompense. On pense qu'il les a partagé avec le camarade Joseph.
Dans la rue Galande, l'un de ces tristes réduits presque inconnus qui s'étendent derrière le Jardin des Plantes, un instituteur de province et sa femme étaient logés dans un modeste hôtel garni. L'instituteur, nommé François M..., disait être venu à Paris pour y solliciter une place. Pourtant il sortait peu et ne paraissait vivre que pour sa femme, qui lui témoignait une égale tendresse.
Il y a peu de jours, ils ne sortirent point de chez eux, et le maître de l'établissement, inquiet de ne pas les avoir vus, pénétra dans leur chambre, à l'aide d'une seconde clé qu'il avait gardée.
Tous deux étaient étendus et inanimés sur le lit, dans un air plein de vapeur de charbon.
Le secret de leur voyage, de leur retraite, de leur mort, est que l'instituteur et la jeune femme n'étaient pas mariés, mais au contraire enchaînés par un autre mariage, et qu'ils avaient voulus, faute de mieux, fuir de ce monde ensemble.
Un autre suicide a eu cela de particulier que celui qui s'ôtait la vie est venu accomplir cette action, dont les autres se cachent, en plein public.
A dix heures du matin, François Saunier, marchand de vin, au port du chemin de fer, situé sur l'Oise, et à l'endroit rempli de monde où on débarque les marchandises, s'est tiré dans la bouche un coup de pistolet, puis s'est élancé dans la rivière.
Un brave ouvrier, Jacques Devillier, sans être retenu par le froid vif qui régnait, s'est jeté à l'eau pour secourir ce malheureux. Mais là, une scène déchirante eut lieu. François Saunier, qui, blessé n'avait pas la force de se défendre contre son sauveur, le suppliait de le laisser mourir.
En effet, malgré ses prières, ayant été retiré de l'eau, il n'a reçu de ce triste bienfait que vingt-quatre heures de cruelles souffrances, au bout desquelles il a expiré.
Paul de Couder.
Journal du Dimanche, 11 avril 1858.
mardi 24 janvier 2017
Un incroyable fait divers.
Un incroyable fait divers.
La presse américaine abuse décidément de notre crédibilité.
Voici le dernier fait divers qu'elle nous envoie:
Une jeune femme, voulant se suicider, adapta au bec de gaz de sa chambre à coucher un tuyau en caoutchouc dont elle plaça l'extrémité dans sa bouche. Elle s'étendit sur son lit, ouvrit le robinet et attendit la mort.
Lorsque les domestiques, alarmés par l'odeur du gaz, firent irruption dans sa chambre, ils remarquèrent avec stupeur que leur maîtresse avait quitté le sol et faisait la planche contre le plafond. Son corps, dilaté par le gaz, avait été enlevé comme un ballon et se balançait disgracieusement dans l'air, semblant chercher une issue par laquelle elle pourrait s'envoler dans le ciel bleu.
A grand'peine, ajoute l'histoire donnée gravement, selon leur habitude, par nos confrères d'outre-mer, on la ramena sur le sol, où l'on dut procéder à un dégonflement en règle!
Le petit Moniteur illustré, 8 décembre 1889.
samedi 27 août 2016
L'amour et la mort.
L'amour et la mort.
Curieuses et instructives du point de vue humain et psychologique sont les études qu'a publiées M. Proal sur l'étroite connexité qui existe entre l'amour et la mort.
Les désespoirs d'amour occasionnent annuellement en France un chiffre de suicides qui oscille entre 400 et 500. En ce qui concerne Paris, la ville que l'on considère à tort comme la plus blasée, les suicides par amour sont relativement plus élevés que partout ailleurs.
D'après les statistiques fournies par M. Proal à l'appui de ses affirmations, il résulte qu'il y a beaucoup plus d'hommes que de femmes qui se suicident par amour. Cependant, l'année 1904 fait exception: sur 247 suicides attribués à cette cause, il y eut 123 hommes et 124 femmes. Les statistiques prouvent en outre que l'amour fait des victimes à tout âge. En 1902, 87 jeunes personnes se suicidèrent dont les âges oscillaient entre douze et dix-sept ans; et 474, entre dix-sept et vingt-et-un.
De temps à autre se suicide par amour un individu de plus de quarante ans, mais de tels cas sont excessivement rares.
Mon dimanche, revue populaire illustrée, 17 février 1907.
mercredi 7 octobre 2015
Confiscations pour cause de suicide.
Confiscations pour cause de suicide.
D'après les Etablissements de saint Louis (1270), les meubles de ceux qui "s'estoient homicidés eux-mêmes" devaient être confisqués.
"Se il advenoit que aucuns hons se pendist ou noyast ou s'occist en aucune manière, li meubles seroient au baron, et aussi ceux de la femme."
Cette coutume se perpétua.
On lit dans les mémoires de Dangeau:
"Aujourd'hui, le roi a donné à Madame la dauphine un homme qui s'est tué lui-même. Elle espère en tirer beaucoup d'argent."
Il s'agissait d'un graveur nommé Perrot qui avait été condamné à la détention perpétuelle dans la Bastille pour offenses à la cour.
Dangeau dit encore:
"Madame la duchesse d'Harcourt demande et obtient la succession d'un nommé Foucault qui s'est donné la mort."
Le Magasin pittoresque, janvier 1875.
dimanche 8 février 2015
Chronique du Journal du Dimanche.
Chronique.
Depuis plusieurs jours des rassemblements se formaient aux Champs-Elysées pour contempler les évolutions et les grimaces d'un singe de grande espèce, qui sautait et gambadait d'arbre en arbre, ni plus ni moins que s'il eut été dans une forêt vierge du Brésil.
Ce singe appartenait à M. Bottwell, le Clown du Cirque de l'Impératrice, et il s'était échappé de sa cage. Depuis trois jours il vivait ainsi en liberté, se nourrissant exclusivement de feuilles d'arbres. En vain essayait-on de s'emparer de lui, il menaçait des griffes et des dents quiconque était assez hardi pour l'approcher.
Les rassemblements occasionnés par le présence de ce singe étant contraire au bon ordre, le commissaire de police des Champs-Elysées, avec l'assentiment de M. Bottwell, s'est décidé à faire abattre l'animal, que le clown avait déclaré être d'un naturel très-méchant, et qui, devenu furieux, pouvait occasionner des malheurs.
Un zouave s'est chargé de cette exécution, et, d'une balle, il a brisé la tête du singe, qui est tombé sans vie sur le sol, en présence de nombreux spectateurs.
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La semaine dernière, par une belle soirée, un employé du chemin de fer se promenait sur la route de Fives et respirait l'air pur de la campagne. Il fait la rencontre d'une jeune fille qui pleure et paraît en proie à un violent désespoir. Il se hasarde à lui demander la cause de ses chagrins. Elle répond, avec accompagnement de sanglots, qu'elle a été abandonné par un homme qu'elle aimait avec passion, et qu'elle veut en finir avec la vie.
L'employé s'intéresse au sort de la malheureuse, il la console de son mieux, s'offre de la conduire chez elle, et lui donne le bras, en se dirigeant vers Lille.
Après quelque temps de marche, il s'aperçoit qu'il n'a plus sa montre: "Tu viens de me voler!." dit-il. Elle jette un cri aigu. A ce signal accourt un troisième personnage, qui tombe brusquement sur le trop galant employé et l'accable de coups de poing sur la tête, jusqu'à ce qu'il tombe étourdi.
Le tour était joué. L'inconnu se sauve avec sa compagne et court encore.
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Une femme de trente-cinq à quarante ans, mise d'une façon convenable, entra hier, vers huit heures du soir, dans un établissement de bains publics de la rue Mouffetard et se fit préparer un bain.
Un temps fort long s'étant écoulé sans qu'elle sonnât, on commença à concevoir des inquiétudes d'autant plus vives, que, dans le cabinet où elle avait été placée, on n'entendait pas le moindre bruit. Sur l'ordre de la maîtresse, une personne de service entra et trouva cette femme étendue toute habillée au fond de la baignoire. Elle ne faisait aucun mouvement, et, lorsqu'on la retira, on reconnut qu'elle avait cessé de vivre.
Au pied de la baignoire avaient été déposées plusieurs lettres écrites par cette malheureuse et adressées à ses enfants. Dans les termes les plus touchants, elle leur demandait pardon de s'être séparée d'eux en attentant à ses jours, et elle ajoutait qu'une impulsion plus forte que sa volonté l'entraînait à se donner la mort.
Ces lettres n'indiquaient du reste aucune autre cause de cette déplorable résolution.
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Un drame émouvant s'est passé dans la ville d'Aix.
Un individu sortait, en courant, d'une maison du Cours, en criant: "A l'assassin!" et venait tomber ensanglanté sur le seuil de la librairie Garibal.
On s'empressa de lui porter secours; il était atteint d'une blessure assez profonde à l'avant-bras.
La justice informe sur cette mystérieuse affaire.
Journal du Dimanche, 11 octobre 1857.
lundi 20 janvier 2014
Chronique du journal du dimanche.
Chronique.
L'hiver est le moment de la grande fortune et de la grande misère. En été, où le soleil luit pour tout le monde, chacun a du moins une somme égale de chaleur et de lumière, tandis qu'en hiver la différence d'atmosphère entre ceux qui remplacent le jour par des lustres, les rayons du soleil par des foyers ardents, et ceux qui n'en peuvent faire la dépense, vient se joindre à toutes les autres inégalités de position.
Aussi dans les nouvelles du jour on trouve, en ce moment, des exemples du luxe le plus excessif et de la plus extrême détresse. On parle beaucoup du mariage de mademoiselle Rothschild, fille aînée du baron Lionel de Rothschild, avec le baron Alphonse de Rothschild, son cousin. Les uns rapportent que, ne sachant quels volants mettre à sa robe de noce, on y a cousu deux rangs de billet de banque (ce qui n'est pas très élégant) ; les autres, que ce sont des pièces d'or qui formaient cette garniture (ce qui n'est pas très léger pour le bal).
Et en même temps on rapporte le fait inouï d'une pauvre femme morte de froid dans un wagon de troisième classe. Ce malheur atroce n'est pourtant nullement surprenant. On met dans les chauds compartiments des convois, bien capitonnés et garantit de la bise, les voyageurs déjà enveloppés de chaudes fourrures, d'excellents vêtements, et on place entre des planches nues, ouvertes à tous vents, les voyageurs à peine vêtus de blouses ou de robes de toile.
Tout cela doit, sans doute, se modifier avec le temps. On forme déjà le projet de chauffer tous les wagons avec la vapeur qui sort des locomotives. Reste à savoir si cela ne mettra pas le feu tous les jours à la machine et à son train.
Par suite de la misère dont nous parlons (et l'amour malheureux aidant), voici force suicides.
Un médecin très-bien posé dans le monde, le sieur D. de F..., demeurant rue d'Orléans-Saint-Honoré, venait de passer la soirée avec un ami étranger à Paris, et l'avait fortement engagé à s'installer chez lui pendant le temps qu'il devait passer dans la capitale; il s'était montré, du reste, d'humeur très sereine, lorsque, le lendemain matin, sa porte étant demeurée très tard fermée, on se hasarda à entrer chez lui et on le trouva rendant le dernier soupir. Près de lui était du laudanum, dont il avait pris soixante-quinze grammes, et un billet qui renfermait seulement ces mots:
"Je suis bien fatigué de la vie; je vais chercher le repos dont j'ai besoin."
Une jeune fille de vingt-deux ans, Caroline D..., demeurant rue de Sèvres, s'est suicidée par la vapeur du charbon dans une petite chambre haute où elle s'était enfermée. Son désespoir venait de la mort récente d'un jeune homme qu'elle devait épouser. On peut dire d'eux: Un mariage dans les cieux.
En même temps, la femme V..., demeurant dans le passage Laferrière, et réduite, à ce qu'il paraît, au dernier degré de misère, s'est précipitée par sa fenêtre et brisé le crâne sur le pavé.
En hiver on sait que les vols les plus hardis sont aussi à l'ordre du jour.
M. Adolphe Seiler, inventeur de maisons portatives en bois, a de vastes ateliers à la Villette, rue de Flandre. Dans le cours de la nuit, des malfaiteurs se sont introduits dans le chantier en franchissant un mur surmonté d'une grille en fer de plus de deux mètres; ils ont percé le volet du petit pavillon servant de bureau, et ont enlevé une somme de 2.693 francs; puis ils sont retournés sans être inquiétés le moins du monde.
Un de ces messieurs fort amusants a montré qu'il n'avait pas besoin de faire de longues études pour escamoter comme Robert Houdin.
A l'une des représentations données par Hamilton, l'habile prestidigitateur, cet incident non inscrit au programme, a, pendant quelques instants, jeté un certain émoi parmi les spectateurs.
Selon sa coutume, Hamilton, pour exécuter un de ses tours de passe-passe, avait emprunté quelques pièces de monnaie aux personnes présentes.
Le tour joué, il rendit l'argent.
Un monsieur, occupé a causer avec un de ses voisins, ne reçut pas sa part dans la distribution, et, quelques instants après, réclama une pièce de cinq francs qu'il avait prêtée.
Hamilton assura qu'il avait tout rendu avec exactitude, et déclara que, s'il manquait quelque chose, c'est qu'il y avait dans le public un autre escamoteur que lui.
On rit beaucoup d'abord, croyant que cette péripétie faisait partie du spectacle. Mais le monsieur aux cinq francs perdus ne riait pas. En même temps, plusieurs personnes désignèrent un individu comme ayant réclamé et reçu une pièce qu'il n'avait pas déboursée.
Cet individu, le nomme J..., domicilié rue des Saussaies, fut arrêté par un sergent de ville et conduit chez M. Lunet, commissaire de police de la section de l'Opéra.
Il n'a pu nier le fait qui lui était imputé, mais il a imperturbablement soutenu que, si M. Hamilton escamote, il a bien le droit d'escamoter lui aussi. L'autorité s'est évertuée à lui prouver que, pour cela, il fallait être patenté.
Maintenant la justice en décidera.
On sait que, récemment aussi, des voleurs sont entrés dans le couvent des Carmes, rue de Vaugirard, se sont installés plus d'une heure dans la cuisine, à ce qu'on a vu par la chandelle qu'ils ont brûlée, et ont passé de là dans le bureau, où ils ont pris une somme assez ronde, en laissant, on ne sait pourquoi, une quantité d'argenterie qui se trouvait sous leur main. Cela peut du moins rassurer le public sur la pauvreté des révérends pères qu'on voit pieds nus dans les rues.
Ces voleurs nous font songer à la singulière aventure que l'un d'eux a eue dernièrement avec son avocat.
Un malfaiteur arrêté était en conférence avec son défenseur.
- Monsieur, dit-il en regardant les issues mal gardées de la pièce dans laquelle ils se trouvaient, il me semble que l'occasion serait favorable pour m'enfuir.
- Je ne peux dire le contraire, répond l'avocat.
Et aussitôt le voleur prend la clé des champs.
A l'audience, le défenseur est interpellé sur cette singulière évasion, et on lui demande s'il n'a point vu s'échapper le détenu.
- Sans doute, répond l'avocat, il m'a demandé conseil pour cela, et je l'ai laissé faire, puisque la cour m'avait mis près de lui pour le conseiller, et non point pour le garder.
Paul de Couder.
Journal du Dimanche, 8 février 1857.
dimanche 22 décembre 2013
Chronique du Journal du Dimanche.
Chronique.
D'ordinaire la mort est triste, mais un éternel repos la suit. Voici tout au contraire une mort qui a été infiniment gaie, mais qui a eu des suites bien funestes.
La femme Ripault, blanchisseuse, mariée à un ouvrier serrurier, avait une liaison intime avec Bouyer, ciseleur de son état. Tous deux étaient las de la vie; ils voulaient s'envoler ensemble vers les régions célestes, où l'âme n'a plus qu'à se livrer à des douceurs nouvelles et infinies.
Un jour, il y a peu de temps de cela, ils se réunirent dans le domicile de la femme Ripault, pendant la journée de travail du mari. Ils allumèrent un large réchaud, le placèrent près du lit; puis, étendus sur cette couche, ils expirèrent lentement ensemble.
Mais, pendant les préparatifs de ce suicide, voici la lettre que la blanchisseuse écrivait et laissait sur la table, à l'adresse de son mari:
"Mon Achille,
" Quand tu rentreras, tu me trouveras morte, parce que je ne pouvais plus vivre avec toi: je te détestais trop. Je préfère mourir avec Jules, qui veut bien me tenir compagnie dans ma partie de campagne. Je demande donc d'être près de lui dans la voiture, et près de lui aussi dans la campagne où nous allons. C'est mon vœu le plus cher, après celui d'être séparé de toi.
Ta Pauline."
Mais voici qu'un voisin sent une affreuse odeur de fumée et, aidé du concierge, enfonce la porte. Autre chose encore: les amants n'étaient pas tout à fait morts; on les transporta à l'hospice, où, après quelques jours de souffrance, tous deux reviennent à la vie.
Le tribunal correctionnel s'étant emparé de l'affaire, a trouvé le délit d'adultère constaté par cette union de la mort qu'ils voulaient trouver ensemble, et les a condamnés chacun à deux années de prison.
La morale de ceci, c'est qu'il ne faut ni vivre ni mourir avec un autre que son mari.
On vient de calculer que le Juif Errant, faisant maintenant pour la cinquième fois le tour de la terre, depuis mille huit cent vingt-trois ans qu'il est en route, ne parcourt que dix mètres quatre-vingt-sept centimètres par heure.
Cet heureux marcheur, qui ne se fatigue pas, est de plus soustrait aux accidents de voyages et aux dangers sans nombre auxquels sont assaillis les piétons dans Paris. L'hiver est surtout le temps où maintes personnes sont renversées par les voitures; et un exemple vient de prouver que ces chutes peuvent avoir d'autres inconvénients encore que les bras et les jambes cassés jusqu'ici.
Avant-hier, un employé des chemins de fer se rendait à la Banque pour y faire un versement. Comme il descendait d'omnibus à l'extrémité du quai Saint-Clair, il fut renversé par un fiacre et foulé aux pieds des chevaux. Il eut cependant la force de se lever, et, se dérobant à la foule qui s'était amassée autour de lui, il alla à la Banque faire son payement. Mais en sortant de là au bout de quelques minutes, il se mit à gesticuler et vociférer comme un homme en proie à une excitation extraordinaire.
On le conduisit alors à la pharmacie Mouchon, où on se contenta d'abord de lui administrer un cordial. Mais, le délire ayant continué, le pharmacien et un médecin appelé reconnurent que, par suite d'une lésion au cerveau, le malheureux était fou et sans espoir de guérison.
Les employés de chemins de fer étaient en veine de malheur. En même temps que ceci se passait, le sieur B..., attaché à l'administration de l'Ouest, venait d'avoir avec sa femme une discussion assez vive, et lui disait: "Ma chère amie, je vois que nous ne pourrons jamais nous entendre. Adieu."
Il entra dans sa chambre. Le soir, sa femme ne l'en ayant pas vu ressortir, se hasarda à y pénétrer. Elle trouva le sieur B...étendu sur son lit, le visage entièrement décomposé, et qui lui dit assez tranquillement qu'il venait de s'empoisonner.
En effet, il avait simplement versé une boite d'allumettes chimiques dans un verre d'eau, et, lorsque l'eau avait été saturée de phosphore, il l'avait avalée. Un médecin, immédiatement appelé, n'arriva que pour assister au dernier soupir.
Ces temps sombres portent à toutes sortes de crime: un drame affreux s'est accompli, cette semaine, rue de Grenelle-Saint-Germain.
Les époux X..., domiciliés dans cette rue, avaient toujours vécus dans la meilleure intelligence; l'emploi qu'occupait le mari, l'ordre et l'économie de la femme, entretenaient l'aisance dans la maison.
La dame X... avait eu, au commencement de l'année, un enfant qu'elle allaitait elle-même.
Jeudi dernier, vers dix heures du matin, le sieur X..., rentrant pour déjeuner, ne trouva à la maison, ni sa femme ni son enfant. Il s'informe près des voisins. Vers huit heures du matin, on avait vu descendre la jeune femme, portant son enfant dans les bras, et qui avait du rester dans les dépendances de la maison, car le concierge ne l'avait pas vu sortir.
Le sieur X... se livra à toutes les recherches imaginables: il explora depuis le rez-de-chaussée jusqu'au grenier, frappant chez tous les locataires et finit par descendre dans la cave qui appartenait à son logement.
A peine entré, un spectacle horrible vint frapper sa vue: il aperçut, étendue sur le sol et baignée dans son sang, sa femme, qui, par un dernier mouvement pressait encore son enfant sur son sein.
Près d'elle un rasoir ouvert et ensanglanté.
L'enfant portait à la gorge une large plaie, qui avait du provoquer instantanément la mort. La mère avait au cou une blessure semblable, d'où étaient sortis des flots de sang. Ces plaies avaient été pratiquées avec le rasoir.
La jeune femme respirait encore, mais ne pouvait articuler aucune parole. Un médecin, appelé en toute hâte, a bientôt désespéré de rappeler cette malheureuse à la vie.
D'après une enquête, ouverte immédiatement, il est prouvé que, après avoir donné la mort à son enfant avec le rasoir, la dame X... s'est frappée avec la même arme. Mais on se perd en conjectures sur ce qui a pu amener ce meurtre affreux et ce suicide, et le double crime est resté jusqu'ici, entouré d'un profond mystère.
Paul de Couder.
Journal du Dimanche, 4 janvier 1857.
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