Le bassin.
Cette estampe, intitulée "Le Bassin", est une célèbre satire médicale, gravée par Robert Nanteuil.
A l'origine, c'était un portrait officiel de Philibert Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin, évêque du Mans. Après sa mort, en 1671, la plaque de cuivre a été modifiée par un graveur anonyme en ajoutant des bésicles ridicules au portait resté intact, en l'affublant d'une toge de médecin et en lui plaçant un pot de chambre entre les mains.
L'estampe tourne en dérision les pratiques médicales de l'époque, en particulier l'uromancie qui consistait à un examen visuel, olfactif et gustatif des urines. Sous l'image, un poème explicite la pratique:
De ce mets précieux goûte, friand Docteur
De son odeur, de sa saveur
Tire d'infaillibles présages
Voi si ton Art aura promptement procuré
Des Deprofundis au Curé
Avec qui gaiement tu partages.
Ce texte sous-entend que les diagnostics erronée et les mauvais traitements du médecin envoie rapidement les patients au cimetière ce qui lui permet, ensuite, de partager les profits des funérailles avec le curé.
On voit sur la table, un flacon d'apothicaire contenant probablement un produit controversé comme l'émétique, d'usage commun au XVIIe siècle.
L'usage de l'émétique, appelé tartre émétique ou vin d'antimoine, a été au cœur d'une bataille médicale épique. Le produit, à base d'antimoine, une fois consommé, provoquait immédiatement de spectaculaires vomissements, diarrhées et sudations.
Les adeptes de la médecine traditionnelle, appelés les "galénistes", pensaient que l'équilibre du corps et la santé étaient liés à la nature des quatre humeurs, le sang, la lymphe, la bile jaune et la bile noire. La corruption de ces humeurs provoquaient des maladies et l'émétique purgeait le corps de force en évacuant les impuretés.
Seulement, l'émétique divisa profondément deux écoles: la Faculté de médecine de Paris qui défendait les saignées et les lavements traditionnels et considérait l'antimoine comme un poison mortel et la Faculté de Montpellier qui le considérait comme un remède miracle.
La controverse est tranchée l'été 1658. Louis XIV, âgé alors de 19 ans, est atteint d'une fièvre typhoïde foudroyante, et malgré d'innombrables saignées, est déclaré perdu. En désespoir de cause, un médecin de Montpellier administre une dose d'antimoine au roi qui vomit abondamment suite à quoi la fièvre disparaît et il s'en sort guéri.
La faculté de Paris est contrainte de céder devant cette guérison miraculeuse et l'usage de l'antimoine est légalisé le 19 mars 1666. A partir de cette date l'antimoine fut prescrit à outrance quelle que soit la maladie.
C'est ce qui est montré dans l'estampe, la fiole est déjà prête sans même attendre un quelconque diagnostic.
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