Mœurs françaises
au XVIIIe siècle.
Première suite.
Cette série d'estampes gravée par Antoine Jean Duclos et terminée par François-Robert Ingouf, et divers autres, éditée en 1774, montre les mœurs et les costumes des français au XVIIIe siècle, dans la première suite de l'ouvrage "Suite d'Estampes pour servir à l'histoire des mœurs et du costume des François dans le dix-huitième siècle"
La scène montre une méprise amoureuse lors d'un bal masqué. Un jeune homme, nommé Damis, s'agenouille pour déclarer sa flamme et baiser la main de celle qu'il croît être sa maîtresse Céphise. Cachée derrière son masque, c'est Daphné qui reçoit ses hommages.
Le poème dans le cartouche résume la scène:
Le bal fait plus d'une méprise:
L'amoureux Damis à genoux
Croit baiser la main de Céphise,
Il trouve ce plaisir bien doux;
Il l'adora pour la trahir.
Bien souvent on trouve sa honte
Où l'on croit trouver son plaisir.
La scène montre un magistrat, debout, élégamment vêtu, devant deux femmes assises. L'une, Mélite, à droite, tient un écran de cheminée destiné à se protéger le visage de la chaleur du feu, l'autre, Fanny, joue avec un petit chien et lui donne la main. Le magistrat tient la main de Fanny mais il courtise Mélite discrètement.
Dans le cartouche, on peut lire:
Prêchant ce Magistrat à la tête légère,
Qui connoît moins le Barreau que Cythère,
Tendre Fanny, c'est perdre trop d'esprit;
De vous discours sous cape il rit,
Recevant vos leçons il courtise Mélite
De vos instructions voilà comme il profite.
Une jeune femme, nommée Zélis, est aidée par deux servantes pour se déshabiller avant de se coucher.
On peut lire dans le cartouche:
Les yeux chargés d'une douce langueur,
Zélis va dans le sein d'un sommeil enchanteur
Reprendre une beauté nouvelle:
Songes flatteurs on vous appelle.
On a livré pour vous aux flammes
De tendres Billets... de la discrétion!
A-t-elle tort ou bien raison?
Respectons le secret des Dames.
Les "tendres billets" livrés aux flammes sont caractéristiques de l'esprit libertin et mondain de l'époque.
Une dame est dans son bain lorsqu'une servante, nommée Justine entre dans la chambre:
De la Lettre ou du Chocolat
Que préfère Madame?
Ah! ma chère Justine
J'ai le cœur bien plus délicat
Plus foible infiniment, hélas! que la poitrine.
La dame préfère la lettre d'amour plutôt que le chocolat chaud.
Le triangle amoureux: une femme aristocrate est assise à sa table de toilette, plongée dans un livre ou un billet doux est glissé dedans. Sa servante la coiffe. Un homme très élégant est assis, sa canne à la main et jette un regard de séduction vers la femme noble et la servante. La pièce est meublée en style Louis XVI, tentures aux fenêtres, trumeau décoré sur la cheminée, miroir de toilette drapé.
Dans le cartouche, on peut lire les vers suivants:
Papillon voltigeant de toilette en toilette,
L'homme à la mode veut captiver à la fois
Et la maîtresse & la soubrette;
Et ces amants du jour se tromperont tous trois.
Deux femmes élégantes se promènent en se tenant par le bras. Un abbé joue l'indifférence mais parle avec une bouquetière tout en les observant discrètement.
Cette scène est expliquée dans le cartouche en bas:
Belles, qui le matin d'une gaze voilées
Prenez le frais des Boulevards,
L'Amour en tapinois, est dans les contr'allées,
Qui sur vous fixe ses regards:
Un Abbé plus modeste, en baissant la paupière,
Fait croire qu'il n'y touche pas;
Mais il sait à propos gagner la Bouquetière,
Pour oser de plus près admirer vos appas.
Dans un boudoir, richement décoré, une femme s'est endormie, un livre à la main. La scène représente l'intimité et le calme du boudoir. A l'extérieur une servante est courtisé par un homme qui la prend dans ses bras.
Le cartouche précise:
N'entrez pas... de vos avantages
Ne pouvez-vous de loin, a votre aise jouir;
Du moins laissez à vos ouvrages
Le talent heureux d'endormir.
Une jeune femme, Thisbé, se détourne en abandonnant son métier à tisser, pour palper le tissu de la veste du jeune homme assis à ses côtés. Elle questionne afin de connaître l'origine de la veste. Dans le même temps, une servante arrange un bouquet de fleurs.
Dans le cartouche, il est précisé:
Cette Veste, où le goût a mis son art galant,
De l'Amour est-elle un présent?
Non, Charmante Thisbé, je n'ai point de maîtresse:
Mais j'ai devant les yeux un objet séduisant
Qui me fera connoître la tendresse.
Soupçonnant son amant de libertinage, Chloris lui rend une visite surprise. A force de caresses et de compliments, l'homme tente de la retenir. Cependant la porte qui donne dans une autre pièce s'est refermée sur une robe, celle de la maîtresse qui s'est réfugiée dans cette pièce. Le chien, que ce pan de robe intrigue, le mord à pleines dents et s'arc-boute pour le tirer à lui.
Le quatrain dans le cartouche précise:
Votre indiscrétion, funeste à tous les deux,
Dans votre sein, Choris, va jeter les allarmes:
Du tendre amour quels que soient tous les charmes,
Il doit avoir un bandeau sur les yeux.
Deux femmes, Julie et Iris, sont assises côte à côte sur un canapé. Julie montre un petit portrait miniature dans un médaillon prouvant l'infidélité de son amant.
Dans le cartouche:
Iris, dans le portrait que lui montre Julie,
Voit d'un amant chéri toute la perfidie:
Gardez vos jeunes cœurs de telle confidence,
Songez que le plaisir n'est qu'une douce erreur.
L'illusion fait seule & bonheur & constance
Amis, amans tout est trompeur.
Le lever. |
Le matin, deux servantes ouvrent les rideaux du lit suspendus à un baldaquin pour faciliter le lever d'une femme noble.
On peut lire dans le cartouche:
Tu chasses le plus doux sommeil
Par des songes charmants mon ame étoit flattée;
Je détesterois mon réveil,
Si tes caresses, Galathée,
En continuant mon délire,
Ne consoloient mon tendre coeur:
Est-ce plaisir, est-ce martyre?
Ah, je ne sais, mais j'aime mon erreur.
Dans un jardin, un homme offre un bouquet de fleurs à une dame sous les regards d'une chaperonne et d'un lévrier.
Le texte du cartouche met en garde les jeunes femmes contre les dangers de la séduction:
Jeunes beautés qui fuyez l'esclavage,
Vous pouvez écouter des propos séducteurs;
mais d'un bouquet n'acceptez point l'hommage,
Souvent l'amour s'est caché dans les fleurs.
Suite d'estampes pour servir à l'histoire des mœurs et du costume des François dans le dix-huitième siècle, première suite, Editeur Jean Barbou, 1774-1775.

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