Les lorettes.
Part II
Le nom de lorette est apparu sous la Monarchie de Juillet (1830-1840). Il désigne une femme indépendante qui vit des largesses de ses amants. Ce surnom vient de l'église Notre-Dame de Lorette et de son quartier en pleine construction à l'époque. Les propriétaires proposaient des loyers bas afin qu'elles "essuient les plâtres" ce qui attirait les lorettes..
Alexandre Dumas distinguait trois catégories de femmes de ce genre, les grisettes associées aux étudiants du quartier latin qui vivaient d'aventures mais conservaient un travail, les lorettes qui vivaient uniquement de leurs charmes en ayant plusieurs amants, appelés des "Arthurs", qui se partageaient les factures et enfin les courtisanes ou demi-mondaines qui n'avaient qu'un seul amant à la fois, mais richissime.
Dessin de Damourette vers 1840.
"- Vous voyez bien cette robe à ramages? c'est mon ancienne cuisinière, une gaillarde qui m'a fait des diners déplorables... - Il paraît qu'il est plus facile de fricasser un Anglais qu'une gibelotte..."
La robe à ramage était une ample robe aux motifs de fleurs ou de feuillages, très à la mode à l'époque. Fricasser en Anglais c'est séduire et ruiner un étranger.
Dessin de Damourette, vers 1840-1850.
"- Qu'est-ce que nous ferions bien, Champaubert, si nous n'étions pas ruinés?
- Pardieu, nous nous ruinerions."
Illustration de l'insouciance de certains bourgeois pour qui dépenser leur fortune était leur seule passion.
"- Qu'e qu' t'as... t'as le vin triste...
- J'ai qu'on menace de me saisir... j'ai peur que les Anglais me foutent dehors...
- Fourre un Anglais dedans..."
Les "Anglais" désignaient les créanciers dans le langage familier et "Fourrer un anglais dedans", c'était boire du gin ou du whisky anglais.
"-Vous vous en repentirez, ma belle, je vous apprendrai à mentir.
- Vous, allons donc, mon cher, vous n'êtes pas de force."
"- Ah çà, mais Anna, vous trichez?...
- Parbleu!..."
" - Il m'est arrivé un petit malheur, très-bon; j'ai perdu la dernière quittance de mon propriétaire, je vous serez reconnaissante de me la retrouver d'ici demain."
La femme demande à son amant de retrouver, d'ici demain, sa quittance de loyer qu'elle a elle-même perdue! La quittance de loyer était un document très important pour le locataire, sans elle, le propriétaire pouvait exiger un nouveau paiement. Le qualificatif de "très-bon" qu'elle utilise pour qualifier son amant, prouve qu'elle fait appel à sa bonté d'une façon détournée et surprenante , vu la tête du futur donateur.
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