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samedi 7 septembre 2019

Un pays où les femmes ne se marient que par amour.

Un pays où les femmes ne se marient que par amour.


En Birmanie, la polygamie, les harems, le mépris envers les veuves, tous les anciens usages qui subsistent encore dans l'Inde, sont abolis. Les femmes se marient au même âge que dans les pays européens et seulement lorsqu'elles ont acquis quelque expérience de la vie et du monde. Elles sont libres de se marier quand elles le désirent, et jamais on ne les oblige à épouser l'homme qu'elles n'ont pas choisi. La Birmane ne se marie jamais que par amour.
Depuis des siècles déjà, la femme possède, en Birmanie, le droit de propriété et ce qu'elle acquiert pendant le mariage devient son bien propre.
Au premier abord, la simplicité des lois matrimoniales semble bizarre aux étrangers, mais ceux-ci reconnaissent bientôt qu'en dépit de tout, la Birmane est une femme instruite, modeste et d'une éducation supérieure.
Le divorce, en Birmanie, s'accomplit d'une façon très simple. Quand les deux époux ont acquis la certitude qu'il leur est impossible de continuer plus longtemps la vie commune, la femme achète deux bougies d'égale grandeur, spécialement destiné aux couples désunis. Le mari et la femme allument chacun une bougie en même temps. Plein d'anxiété, le couple observe les deux lumières car, selon la coutume populaire, la bougie qui s'éteint la première indique l'époux qui quittera la maison. Il n'a le droit d'emporter que les vêtements qu'il a sur lui. L'autre, au contraire, conserve tout ce qui reste.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 4 mars 1906.

Noël.

Noël.


Voici Noël qui revient les pieds glacés, la chevelure perlée de givre!...
Ce vieux Noël que tant de générations ont acclamé, ce joyeux et saint convive que nos pères aimaient tant à fêter, revient avec fidélité chaque année, comme un ancien ami de la maison, se reposer sous notre toit, et réchauffer ses membres engourdis aux pâles tisons de notre foyer. Il ne retrouve plus chez nous, hélas! génération égoïste, cette généreuse et cordiale hospitalité de nos ancêtres, cette bûche flamboyante, et ces nombreux amis attendant son arrivée autour d'une table confortablement servie.
C'est dans les pays du Nord qu'il faut aller aujourd'hui chercher ces réjouissantes coutumes d'un autre âge: c'est là qu'on retrouve encore dans toute leur simplicité primitive quelques-unes des diverses manifestations dont on entourait autrefois sa venue.
L'Angleterre, l'Allemagne, la Norvège, célèbrent avec beaucoup d'empressement ce saint jour; à l'idée morale que rappelle aux peuples de ces contrées cette fête chrétienne, vient se joindre pour eux l'idée matérielle des bienfaits que va leur procurer le soleil reparaissant à l'horizon. Avec le soleil renaît pour eux l'espérance: c'est le grenier rempli d'orge et de froment, le tonneau rempli de bière ou de vin; c'est le ciel répandant sur la terre avec abondance ses plus riches trésors. Aussi rien n'égale le bonheur des populations durant cette solennelle fête; les cœurs débordent, les mains sont ouvertes à tous; on aime, on donne, on est assez riche, puisque le soleil de l'espérance a lui. L'âtre du pauvre et le foyer du riche s'illuminent des mêmes feux; chez tous la table est ouverte aux étrangers aussi bien qu'aux amis de la maison, les enfants sont comblés de cadeaux, la crèche regorge de fourrage, les oiseaux du ciel même trouvent préparées sur la fenêtre de chacun l'orge et l'avoine si rares à cette époque dans les champs glacés.
On retrouve bien chez nous quelques traces de ces antiques usages que le vent du siècle semble avoir balayés pour toujours; mais, pour les découvrir, c'est chez le peuple qu'il faut descendre, chez le pauvre peuple des campagnes surtout dont les mœurs n'ont pas été raffinées au contact de notre civilisation, et qui les conserve religieusement avec ses habitudes, comme étant souvent l'unique patrimoine de ses anciens. On les retrouve cependant mêlés à tant d'absurdes pratiques, à tant de superstitieuses croyances, qu'on a de la peine à reconnaître là le gai Noël de nos pères. En cherchant à compléter par des merveilles et par des prodiges le miracle divin que cette fête rappelle, l'ignorance et l'ardente imagination du peuple l'ont accompagné de choses si singulières et si étranges qu'il y aurait lieu d'en douter si les chroniqueurs, et Chateaubriand à leur suite, n'étaient pas là pour nous les attester; au besoin, nous trouverions encore parmi nous les vieillards qui nous le raconteraient. La plupart se rappellent l'usage où l'on était encore, vers la fin du siècle dernier, de pousser par trois fois le braiement de l'âne pendant la messe de minuit, pour éviter les maléfices de Satan. Dans les campagnes du Berry, il y a malheur, dit-on, pour l'indiscret métayer qui va écouter ses bêtes conversant dans l'étable tout le temps que dure la messe; il y a malheur aussi, dans quelques campagnes du Midi (1), pour le pauvre paysan dont l'oie babille pendant la nocturne solennité. Ces préjugés grossiers, ces usages absurdes sont loin de ressembler à cette vieille gaieté gauloise, à cet amour du rire, des festins et du franc-parler que l'on connaissait à nos pères. Nous aimons mieux, pour notre part, par leur poétique rusticité, ces feux sur les coteaux du village, ces courses à travers les champs à la lueur des torches résineuses, pour annoncer à la terre la venue de ce jour d'universelle réjouissance. 


Paysans de Tonneins parcourant les champs pendant la nuit de Noël.
Dessin de Janet-Lange, d'après M. Ed. Fauché.

Voici Noël, voici Noël, mettons la poule au pot et le porc au sel (2); et tous, petits et grands, parcourent les sentiers qui bordent le domaine en proférant des cris joyeux, en chantant de gais refrains et en agitant des feux en signe d'allégresse. Ces rires éclatants, cette gaieté folâtre ne sont-ils pas préférables à ces fantastiques terreurs d'une autre époque, et le chant des campagnards de notre Midi ne semble-t-il pas se joindre à celui des nations du Nord dans ce concert de louanges en l'honneur du joyeux Noël?

                                                                                                                               Ed. F.



(1) A la Gupie, par exemple, les gens de la campagne ont l'habitude d'apporter chacun une oie sous le bras à la messe de minuit.
(2)
Heille nadaou                                   Veille de Noël
Lou porc à la saou,                        Le porc au sel, 
La poule aou toupi, etc       La poule au pot, etc.


L'Illustration, journal universel, 30 décembre 1854.

mercredi 4 septembre 2019

La guerre.

La guerre.


Ce n'est plus la chronique, c'est la poudre qui parle!
Une éloquence que l'on croyait perdue et qui fait encore tressaillir les cœurs. Et pouvait-il en être autrement? A la nouvelle que le roi de Prusse avait transmis à notre ambassadeur son refus hautain par un adjudant de service, la France a bondi sous l'outrage et chacun s'est écrié: C'est la guerre!
C'est la guerre! Et quelle guerre!
Y eut-il jamais au monde des armements plus formidables? Y eut-il des armées plus puissantes? Y eut-il jamais entre deux grands peuples une rivalité plus opiniâtre, plus ardente?
Chacun le sait. Depuis 1791 jusqu'en 1870, depuis la Révolution jusqu'au Second Empire, la Prusse s'est violemment jetée sur notre passage. Partout et toujours.
Brunswick, Blücher, Bismark! Quelle tradition! Ces trois noms, marqués de la lettre B, vous expliquent et justifient l'antagonisme séculaire du caporalisme prussien et de l'esprit français.
Pas de commentaires rétrospectifs. Allons droit aux grandes émotions de cette semaine, qui aura sa date dans notre histoire.
Vendredi, à une heure, M. le duc de Gramont*, ministre des affaires étrangères, faisait à la tribune du Sénat, d'une voix patriotiquement émue, le récit des négociations qui venaient de se terminer par une réponse insolente, réponse que la Prusse avait osé notifier officiellement aux cabinets de l'Europe.
Sous la parole frémissante du ministre, le Sénat s'est transfiguré. Les têtes blanchies s'agitaient, les cœurs ont retrouvé leur jeunesse. Les bravos et les applaudissements remplissaient l'assemblée. Je ne sais quel souffle de tempête électrisait les âmes et courait de la salle aux tribunes et des tribunes à la salle, et quand le ministre a prononcé son dernier mot, le mot suprême, le Sénat tout entier s'est précipité vers lui, pour lui faire une ovation enthousiaste!
Le gant jeté par la Prusse était relevé!



La déclaration de guerre.
Séance du 15 juillet au Sénat.

Nous avons tenu à représenter cette scène émouvante, qui équivalait à une déclaration de guerre, et qui a produit au Sénat une manifestation telle, qu'un des vétérans du secrétariat nous disait: -Depuis trente ans que je vais aux Chambres, je n'ai jamais vu pareils transports!
Une noble figure que celle de M. le duc de Gramont. Nous entendions dire autour de nous: C'est un orateur! Nous disons, nous: c'est un homme!
Au milieu des déconvenues si maladroitement subies par notre diplomatie, à Madrid et à Berlin, il est consolant de pouvoir dire, comme Talleyrand, de notre ministre des affaires étrangères: c'est quelqu'un!
Dans le va-et-vient des discussions soulevées par la même question au Corps législatif, M. de Gramont a jeté cette parole vibrante: -"S'il se trouvait dans mon pays une Chambre qui supportât un tel affront, je ne resterais pas une minute de plus au pouvoir."
Voilà un mot français, et la Chambre l'a justement applaudi. Ajoutons que le coup d’œil est à la hauteur du caractère. M. de Gramont a vu clair depuis longtemps dans l'imbroglio des affaires allemandes.
Il y a quatre ans, à l'époque de la guerre entre la Prusse et l'Autriche, tous nos hommes politiques prédisaient avec assurance le triomphe de l'Autriche et l'écrasement de la Prusse. Il n'y avait sur ce point, en haut et en bas, qu'une même opinion.
Seul, dans notre monde diplomatique, M. de Gramont écrivait lettres sur lettres à l'Empereur pour l'éclairer sur la véritable situation et pour lui prédire la défaite de l'Autriche;
Sadowa lui donna raison, et la France va prouver qu'il ne s'est pas trompé en la croyant digne d'Iéna.
Nous le répétons: Un homme!

L'Illustration, journal universel, 23 juillet 1870.

* Nota de Célestin Mira:

* Le duc de Gramont:


Le duc de Gramont,
 caricature.

mardi 3 septembre 2019

La gifle.

La gifle.


L'une des salles de spectacle les plus gaies de Paris est la Chambre des députés, que d'irrévérencieux journalistes ont appelée les Folies-Bourbon. On y parle, on y chante, on y boit et parfois on s'y bat. Nous allons remémorer ici, pour l'édification des générations futures, les gifles les plus sonores, les pugilats les plus ardents, qui ont éveillé l'écho des voûtes parlementaires.


Officiellement, la gifle n'existe pas. Dans aucun des documents authentiques où s'écrit l'histoire des Chambres, il n'en est question.
C'est ainsi que dans le Moniteur de juin 1866, on lit cette phrase:" M. Thiers* prononce, au milieu du bruit, quelques paroles qui n'arrivent pas jusqu'à nous."
Les rares témoins encore vivants de cette séance ont gardé le souvenirs de ces "paroles", bien qu'elles ne fussent point arrivées officiellement à l'oreille des sténographes. Ils vous diront que, mis en fureur par un mot de M. Rouher* le 2 décembre, M. Thiers, debout sur son banc, le poing tendu, la face apoplectique, avait, de sa voix aiguë dominant le tumulte apostrophé M. Rouher de ces simples mots: "Sacré cochon!"
De même, au compte-rendu de la séance du 10 décembre 1868: "Des paroles très vives sont échangées entre M. Ad. Guéroult* et M. de Kerveguen*. Plusieurs membres s'interposent..."
Or, ces paroles, M. de Kerveguen les avaient senties et non point entendues, vu qu'elles lui étaient arrivées en pleine figure sous les espèces d'un formidable soufflet qui le renversa littéralement sur son pupitre. 



A ce geste s'était borné le dialogue. Il y avait eu "donation" et non pas "échange". Quant aux "membres qui s'étaient interposés", il n'y en avait eu qu'un seul: c'était le bras de M. Pagezy*, député de l'Hérault, qui essaya de parer le coup, sans succès, d'ailleurs, mais non sans dommage, car il en reçut un bleu notable.
L'affaire faillit avoir des suites. M. de Kerveguen avait, à la tribune, accusé les journaux d'opposition de l'époque d'être vendus à l'Allemagne. M. Havin*, directeur du Siècle, et M. Guéroult, directeur de l'Opinion nationale, protestèrent, l'un de la voix, l'autre de la voix... et du geste. il y eut demande de poursuites en diffamation, explications, rectifications, regrets, et le temps, qui est galant homme, passa l'éponge sur l'incident.
Le temps... et les autorités. Car, en pareil cas, celles-ci s'emploient de leur mieux à concilier, étouffer, ces sortes d'affaires. Que penserait le monde, s'il voyait les législateurs qui doivent donner l'exemple de la sagesse, échanger des horions comme les écoliers?
C'est pourquoi la gifle n'est pas prévue au règlement.
Ce n'est pas qu'elle ait cessé de retentir, au Parlement! Aux époques de crise, les séances deviennent aisément tumultueuses.
Et si, dans la confusion et le va-et-vient de l'hémicycle, les adversaires se trouvent face à face, la querelle devient dispute, les gros mots éclatent... et v'lan! la giroflée à cinq feuilles.
Le cas s'est produit à toutes les époques. Le 10 août 1849, par exemple, le prince Pierre Bonaparte, en séance, soufflette M. Gastier qui, disait-il, l'avait traité "d'imbécile". M. Gastier nia le mot. Pierre Bonaparte* fut mis aux arrêts, et on lui imposa des excuses. En 1865, Jules Simon*, le doux philosophe, est arrêté dans l'hémicycle par quelques collègues, alors qu'il courait, la main levée sur Granier de Cassagnac*. Eugène Pelletan* disait à ses amis, après une bagarre; "La prochaine fois, vous m'attacherez."




A l'Assemblée de Versailles, en juin 1873, la foudre tomba sur la galerie des tombeaux et frappa la statue du cardinal d'Amboise, à vingt mètres de la salle des séances. On ne l'entendit pas en séance, tant grondait bruyamment l'orage parlementaire.
C'est peut être ce jour-là que le colonel Langlois* eut avec Numa Baragnon*, celui qui fournit à Alphonse Daudet un des prototypes de Numa Roumestan*, une explication des plus animées qui se termina par un geste vigoureux. Ce ne fut pas de la main que frappa le colonel, et le coup ne fut point reçu de face. 


A quoi le "gros Numa" comme on l'appelait à Versailles, répondit avec un calme olympien: "C'est une lâcheté d'insulter quelqu'un qui ne se bat pas." Et tout fut dit.
Les temps du boulangisme firent refleurir de plus belle la bousculade, la dispute et le pugilat. Le 30 mars 1887, à la suite d'une discussion sur Panama. M. de Douville-Maillefeu* dans le petit salon qui fut autrefois la "salle du Trône", honora d'une maîtresse gifle la joue de M. Sans-Leroy*. La Chambre, saisie d'une plainte par le giflé, lui refusa l'autorisation de poursuivre.

Pas de gifles au Sénat.

Je passe sous silence quelques menus scandales. au diapason où la Chambre était montée, ces petits "attrapages" passaient inaperçus. Notons seulement, le 19 janvier 1892, l'agression hors de la salle par Francis Laur* sur M. Thomson* qui, doué de muscles supérieurs, rendit à M. Laur, avec usure, la monnaie de sa pièce.
Le point culminant de la "grande boulange" fut marqué, le 19 janvier 1892, par la main de M. Constans* sur la joue de M. Francis Laur, déjà nommé... et giflé. M. Laur, qui avait l'affirmation facile, avait formulé des accusations qu'il ne pouvait prouver. L'affaire fit pas mal de bruit... presque autant que le soufflet*. D'autant que le délit avait été commis en pleine séance, par un ministre qui n'appartenait pas à la chambre, étant sénateur. Cependant, tout s'arrangea: M. Constans fit des excuses... à l'Assemblée, et M. Laur garda ce qu'il avait reçu.
La fin du boulangisme coupa court à la "distribution des pains", comme disait Douville-Maillefeu. Il faut arriver jusqu'à la crise de l'affaire Dreyfus pour rencontrer d'autres incidents de ce genre. Le 23 janvier 1896, dans la salle des Pas-Perdus, un sénateur, M. Garran de Balzan, renouvela, sur M. Papillaud de la Libre parole, le geste du colonel Langlois sur Numa Baragnon. M. Papillaud présenta... non l'autre joue, mais une demande d'autorisation de poursuite qui fut repoussée par le Sénat.
Notons que la gifle, assez commune à la Chambre des députés, est, jusqu'à ce jour, demeurée inconnue au Sénat. Lorsqu'un sénateur s'émancipe, c'est à la Chambre qu'il vient commettre ses frasques. "C'est que nous sommes sages!" disent les Pères conscrits. "Non, c'est que vous êtes vieux!" réplique le Palais-Bourbon.
A la même époque, un autre journaliste, M. Pollonnais, reçu d'un député, M. Tourniol, un nom assez prédestiné!, une "atteinte" du même genre. Il n'en résulta rien... qu'une chanson du Chat noir, réclamant un vestiaire:

Dans la salle des Pas-Perdus,
Pour les coups d'pied non rendus,
Qui pourtant ont été reçus,
Par de très notables c...!

Enfin, très connues et très récentes, les agressions commises par M. de Bernis sur M. Jaurès, pendant que ce dernier était à la tribune*, et par M. Syveton sur le général André, sont encore trop près de nous pour y insister*.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 4 mars 1906.

* Nota de Célestin Mira:

* Adolphe Thiers:

Adolphe Thiers,
caricature.

* Eugène Rouher:

Eugène Rouher,
caricature.

* Adolphe Guéroult:

Adolphe Guéroult,
caricature.

* Le Kerveguen:


Aimé Lescoat de Kerveguen.

* Pagezy:

Jules Pagezy.


* Havin, directeur du Siècle:

Léonor, Joseph Havin,
caricature.

* Guéroult, directeur de l'Opinionnationale:

Adolphe, Georges Guéroult,
caricature.

* Pierre Bonaparte:

Le prince Pierre Napoléon Bonaparte.

* Jules Simon:

Jules, François, Simon Suisse
dit Jules Simon.
caricature.


* Granier de Cassagnac:

Paul, Adolphe, Marie, Prosper Granier de Cassagnac
caricature.


* Eugène Pelletan:

Pierre, Clément, Eugène Pelletan
caricature.

* Colonel Langlois:

Jean-Charles Langlois, dit le colonel.

* Numa Baragnon:

Louis, Numa Baragon,
caricature.
* de Douville-Maillefeu:

Gaston de Douveille-Maillefeu,
caricature.

* Sans-Leroy:

Charles Sans-Leroy.

* Francis Laur:



* Thomson:

Gaston Thomson
caricature.


*Constans:

Jean Antoine Ernest Constans.

* Incident Constans-Laur:



* de Bernis -Jaurès:

de Bernis frappe Jaurès par derrière à la tribune.

* Affaire Syveton-général André:



M. Syveton fut retrouvé mort, chez lui,
asphyxie au gaz, la veille de son procès.

dimanche 1 septembre 2019

Est-ce un suicide?

Est-ce un suicide?





Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 24 juin 1906.

L'art de régler sa pendule.

L'art de régler sa pendule.


Ou je me trompe, ou la grande majorité de nos contemporains s'imaginent, de bonne foi, qu'il est infiniment facile de pouvoir, en tout instant, connaître l'heure avec exactitude.
De façon courante, en effet, si à l'exemple du père de ce Tristram Shandy*, dont l'humoriste Sterne nous a narré l'histoire, l'on a, à date bien fixe, remonté sa pendule, l'on s'imagine bénévolement qu'il suffit, pour être renseigné de la façon la plus fidèle, de jeter un rapide et discret regard au cadran de son horloge.
Erreur grande, oh! combien!

L'irrégularité des pendules.- Il en serait, en vérité, assurément bien de la sorte si les horloges trottaient toutes régulièrement. Mais, qui ne sait que pour un oui ou pour un non, les aiguilles les plus disciplinées, sans raison apparente, se mettent, à certains jours, à battre la tramontane, et accélèrent ou retardent leur marche, tout comme si leurs fantaisies ne pouvaient nous faire manquer le train ou simplement rater nos rendez-vous.
Le cas est d'importance, comme l'on voit, et, sans conteste possible, mérite d'attirer l'attention.
Car comment parer à de tels mécomptes, et par quel artifice jamais régler sûrement notre pendule quand l'éloignement de tout observatoire nous interdit, procédé pratique et commode entre tous, de contrôler par un simple coup d’œil aux horloges officielles la marche plus ou moins fantaisistes des aiguilles de nos dévideuses d'heures?

Mesurez le temps.-  Mon Dieu, en dépit de ce que l'on pourrait supposer, la chose est relativement facile, et tout un chacun possédant quelques connaissances astronomiques et... une quelconque lunette, peut en toute certitude, exactement comme M. Loevy* lui-même, le savant directeur de l'Observatoire de Paris, mesurer le temps, avec une entière précision.
Voici, au surplus, à l'usage de ceux qui voudront en faire l'expérience, le modus operandi, tel que l'indiquait naguère M. E. Soulié au cours d'un article publié par lui, dans une petite revue des plus intéressantes, le Journal du ciel.

La pendule qui marche très bien.- Un jour, comme chacun sait, se compose de vingt-quatre heures. Ce point, une fois posé et admis comme principe d'évangile, il appert manifestement à tous qu'une horloge marchant à souhait doit voir,  en cette période délimitée, ses aiguilles accomplir deux fois le tour de son cadran.
Toute pendule se conduisant de la sorte, agit en pendule honnête et régulière, au courant de ses devoirs les plus élémentaires.
Mais, dans la pratique ordinaire des choses, combien nous sommes loin, en général, de voir nos horloges se comporter avec une semblable précision.
Absolument comme si leurs incartades ne devaient jamais entraîner la moindre conséquence, les unes avancent imperturbablement de quelques minutes par jour, et les autres, plus paresseuses de nature, retardent de parti pris.
Or, comment savoir l'erreur commise en vingt quatre heures par les aiguilles indicatrices?

On règle sa pendule avec une lunette.- C'est ici que se manifeste l'utilité réelle, pour tout bon citoyen désireux d'accomplir avec méthode et précision les moindres actes de sa journalière existence, de posséder une lunette.
Depuis beau temps, grâce aux astronomes, nous savons que les étoiles du ciel ne sont pas de vulgaires vagabondes sans feu ni lieu, mais bel et bien des astres sérieux, aux habitudes régulières, ne s'écartant jamais et sous aucun prétexte de leur route et, davantage, ne flânant point en leur chemin.
Toutes, sans exception, ont coutume de venir prendre dans le ciel la même position par rapport à l'horizon d'un même point de la surface terrestre, toutes les vingt-trois heures cinquante six minutes et quatre secondes.
C'est à cette façon d'agir invariable des étoiles que nous autres, pauvres mortels, désireux de compter en toute certitude les minutes de la vie, devons de pouvoir avec commodité refréner les mœurs déréglées de nos horloges domestiques.
Pour cela, nous prenons notre lunette, et, la nuit venue, après l'avoir déposée sur un support bien stable, nous la dirigeons vers une étoile choisie autant que possible dans les environs de l'équateur céleste, mais indistinctement à l'est, à l'ouest ou au milieu du ciel.

Les étoiles indicatrices des heures.- Cela fait, quand l'image de l'étoile brille au centre de la lunette, nous fixons celle-ci bien solidement sur son support et nous notons l'heure indiquée par les aiguilles de la pendule que nous voulons régler.
Puis,  cette double opération faite, nous laissons de côté notre instrument et allions vaquer à nos affaires.
Le lendemain, vers la même heure, nouvelle opération. Sans rien toucher à l'instrument disposé la veille, nous attendons, l’œil fixé à l'oculaire de la lunette, l'instant précis où l'étoile choisie viendra de nouveau montrer sa scintillante image. Alors nous inscrivons encore l'heure exacte marquée par notre horloge.
Si entre l'indication relevée la veille et celle obtenue lors de la seconde observation, nous constatons un retard de trois minutes cinquante-six secondes, notre pendule mérite tous les éloges. Dans le cas contraire, qui est évidemment le cas très général, il nous reste à modifier la marche de l'instrument, dont nous accélérerons ou modérerons le mouvement selon la circonstance, de façon à ramener ainsi notre pendule à retarder tout juste des trois minutes cinquante-six secondes réglementaires durant le temps de deux successifs passages d'une même étoile à l'horizon.

Soignons nos montres.- Mais, pour donner de bons "tuyaux" aux possesseurs de pendules réfractaires, nous ne négligerons pas les porteurs de montres.
Voulez-vous que votre montre marche bien, sans arrêt, avance ou retarde dans son infatigable tic-tac? Observez à son égard cette "ordonnance"
Remontez "toujours" la montre à la même heure et non à tort et à travers, tantôt le soir, tantôt le matin, comme on le fait trop souvent. Ne "jamais" la laisser séjourner dans le gousset d'un vêtement que l'on quitte et où elle est à la merci d'une chute, d'un heurt violent. Suspendre le soir la montre à un petit piton, ou mieux dans un porte-montre fixé au mur. Ne jamais la déposer sur le marbre d'une cheminée ou d'une table de nuit.

                                                                                                                     Georges Vitoux.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 17 juin 1906.


* Nota de célestin Mira:

* Vie et opinions de Tristram Shandy:





* Maurice Lœwy, directeur de l'Observatoire de Paris:



Ceux de qui on parle.

Théodore Botrel.


Si vous ne connaissez pas Théodore Botrel, vous connaissez sûrement la Paimpolaise*, cette romance dont le refrain a déjà usé plusieurs centaines d'orgues de Barbarie. La Paimpolaise est, du moins, quant aux paroles, l'oeuvre du chansonnier Botrel.
Il aurait bâti l'église Notre-Dame qu'il n'en serait pas plus fier.
La vieille Bretagne a trouvé son expression dans la voix mâle et assurée de Théodore Botrel.
Comme son nom l'indique, M. Botrel est un enfant d'Armorique. La ville de Dinan devrait se glorifier davantage, l'ingrate! de lui avoir donné le jour. Ses origines, comme celles de tous nos grands hommes, furent modestes. Il appartenait à une famille où l'on était forgeron de père en fils. Sorti de l'école à treize ans, il travailla comme apprenti serrurier. C'était déjà plus relevé que la forge.
La serrurerie le mena à la chanson et la chanson à la politique. Par quels mystérieux détours? Les ajoncs le chuchotent entre eux, mais le public doit l'ignorer et ne croire qu'au mérite du plus déraciné des chanteurs montmartrois.
A quinze ans, M. Botrel obtenait le premier prix du Concours de la Lice chansonnière avec une poésie intitulée: Mon épée, ma plume et mon verre. Peu de temps après, il offrit le tout à M. Denormandie*, sénateur, qui le prit comme secrétaire. Alors commença pour le barde en herbe une période de recueillement, au cours de laquelle il prit les armes dans une caserne de Rennes et fut employé à l'administration des Chemins de fer du P-L-M.
C'est en 1895, à vingt sept ans, qu'il chanta pour la première fois ses couplets en public, au cabaret du Chien Noir*, où l'avaient conduit Jouy*, Delmet* et leurs amis. 



La tentative lui ayant été favorable, il s'engagea complètement dans cette nouvelle carrière et quitta bientôt la trop peu poétique administration des Chemins de fer.
Il se mit à chanter la Bretagne, c'était entre elle et lui, un pacte tacite: elle fournissait les airs et lui les paroles; les profits étaient pour lui, la gloire pour tous deux.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 10 juin 1906.


* Nota de Célestin Mira:

* La Paimpolaise:




* M. Denormandie:

Louis-Jules-Ernest Denormandie,
avoué de la famille d'Orléans,
gouverneur de la Banque de France,
sénateur inamovible de 1876 à 1902.

* Cabaret du Chien Noir:




* Jules Jouy:




Jules Jouy,
 goguettier, poète et chansonnier montmartrois
.


*Paul Delmet:

Paul, Julien Delmet.