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samedi 6 janvier 2018

Le P.L.M. célèbre son cinquantenaire.

Le P.L.M. célèbre son cinquantenaire.


Le prodigieux développement des lignes de chemins de fer a révolutionné la vie moderne. Opposer ce qui existait il y a cinquante ans et qui paraissait alors merveilleux à ce que nous possédons aujourd'hui sera un excellent moyen de faire ressortir les progrès accomplis. L'occasion nous en est fournie par le cinquantenaire que vient de célébrer une de nos grandes compagnies, le P.L.M. Il est singulièrement suggestif d'avoir sous les yeux ce tableau d'efforts ininterrompus qui ont eu pour résultat de réaliser une vitesse de plus en plus grande et d'assurer au voyageur un confort sans cesse amélioré.






Il y a cinquante ans, prendre le train était toute une affaire. Aux endroits où s'arrêtaient les rares chemins de fer, on hissait la diligence, démunie de ses roues, sur une plate-forme, avec tout son contenu, bagages et voyageurs.



Comment on prenait le train en 1848.
Composition de H. Vogel. 



Ce sont des palais roulants qui, aujourd'hui, nous transportent à la vitesse de 95 kilomètres à l'heure, en Savoie ou à Nice, traînées par des machines monstres du poids de 80 tonnes et fournissant 2.000 chevaux-vapeur.



Aujourd'hui: départ d'un rapide à la gare de Lyon.



Une Ancêtre de nos Locomotives. - La "Rocket" (La Fusée) de Stephenson (au Kessington Muséum).



Une locomotive de 1852.




Un des récents types des machines construites pour le P.L.M. La longueur est telle que 20 hommes peuvent s'aligner côte à côte auprès d'elle.


Le poids de la fraction de matériel occupée par un voyageur est de 800 kilos. Les perfectionnements ont amenés un accroissement de poids mort qui, pour un voyageur, représente plus de dix fois son poids.









Un wagon en 1855 et un wagon aujourd'hui.











A la Gare de Lyon.

Le Service des Messageries où, pendant le mois de juin, il n'est pas arrivé moins de 900 tonnes de fruits et de légumes.







Les quais de départ des marchandises.





Lectures pour tous, illustrations extraites de l'article "Le P.L.M. célèbre son cinquantenaire, septembre 1908.

vendredi 5 janvier 2018

Pris sur le vif.

Pris sur le vif.

Le fameux peintre Jean Belin, qui vivait au milieu du XVe siècle, était friand de voyages comme tous les Vénitiens; il ne comptait passer que quelque temps à Constantinople, où régnait le conquérant Mahomet II, mais celui-ci le traita si somptueusement que l'artiste se fixa pour plusieurs années dans la nouvelle capitale de l'empire turc.
Un jour qu'il était venu le voir travailler à une Décollation de saint Jean-Baptiste, après lui avoir fait force compliments sur l'exactitude de son dessin et la richesse de son coloris, Mahomet remarqua que le cou du prophète décapité était trop long et trop large à la fois.
"Le cou séparé de la tête se rétrécit extrêmement, dit-il. D'ailleurs, constatez-le vous-même."
Il fit un signe à son bourreau, qui ne le quittait jamais, et celui-ci, ayant tranché en un clin d’œil la tête d'un esclave de la suite impériale, le peintre vit tomber à ses pieds qu'il inonda de sang, le corps dont effectivement le cou lui parut beaucoup plus court que celui qu'il avait peint. Saisi d'une frayeur mortelle, Jean Belin n'eut pas un moment de repos qu'il n'eut obtenu son congé. Il préférait peindre "de chic".

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 19 mai 1907.

Les lapins de cimetière.

Les lapins de cimetière.

Paris abonde en métiers et corporations bizarres dont la moins originale n'est pas le "syndicat des marchandes et revendeuses de cresson sur le carreau des Halles", association limitée à 80 membres et dont les privilèges sont rigoureusement reconnus.
Sans parler du ramasseur de crottes de chiens, travailleur indépendant, ni du zélé fonctionnaire qui est chargé de passer tous les dimanches matin, la statue de Claude Bernard à la mine de plomb, il est de graves comités comme le "Comité de surveillance de la navigation sur les lacs des Bois de Boulogne et de Vincennes", quelques chose comme un syndicat de pilotes pour les bateaux d'enfants.
Nous avons aussi des emplois plus macabres et qui rappellent assez la fonction disparue de "maquilleurs de tête de mort pour les galeries d'exposition de la Morgue". C'est, par exemple, le fonctionnaire uniquement charger de chasser les lapins de Paris. Cet estimable Nemrod est un industriel qui a passé avec la Ville de Paris un marché aux termes duquel il doit détruire tous les lapins qui infestent, paraît-il, nos cimetières.
Il approvisionne quelques "chands de vins" réputés aux alentours de nos nécropoles pour le "lapin de l'enterrement". Et la gibelotte n'en est pas plus mauvaise pour cela!

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 19 mai 1907.

Pauvres piétons.

Pauvre piétons.

Par G. Lion.




Les Chauffards.

Et votre droite, brute...
vous ne pouvez donc pas prendre votre droite?...


Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 19 mai 1907.





Ceux de qui on parle.

M. Antonin Dubost.


C'est le président du Sénat et peut être le futur président de la République, si le Palais du Luxembourg continue à servir d'antichambre au Palais de l'Elysée. Hâtons-nous donc de le présenter à nos lecteurs avant que la Fortune l'ait mis à une place où nous n'oserions le suivre.
M. Dubost est né à l'Arbresle (Rhône) en 1844: il porte gaillardement ses soixante trois ans. 





D'abord clerc d'avoué à Lyon, il vint à Paris où il fut secrétaire de Bancel et collabora à plusieurs des journaux qui se fondèrent à ce moment, notamment à la Marseillaise. Il eut bientôt la satisfaction d'assister à la chute de l'Empire et ne manqua pas d'attribuer à ses articles une part importante à ce beau résultat: en quoi je crois pouvoir dire que le jeune et fougueux publiciste exagérait.
Après le 4 septembre, il fut nommé secrétaire général de la Préfecture de Police; il quitta Paris en ballon pour aller rejoindre la délégation de Tours. Celle-ci l'ayant nommé préfet de l'Orne le 3 janvier 1871, il essaya d'organiser la résistance d'Alençon. Il donna sa démission après l'armistice.
M. Antonin Dubost cesse alors pendant huit ans d'être mêlé aux affaires publiques. Le seul titre dont il se pare est celui de maire de la Tour du Pin. Parti du département du Rhône, il a passé par celui de l'Orne pour s'installer dans l'Isère. Mais c'est là sa dernière étape et sa carrière politique s'y accomplira tout entière.
De 1879 à 1880, M. Antonin Dubost se voit comblé des faveurs de la fortune. Conseiller d'état en service extraordinaire et Chef du cabinet du ministre de la Justice, puis Conseiller d'Etat en service ordinaire. Conseiller général de l'Isère et député de la Tour du Pin, grâce à une élection partielle, il est réélu pour toutes les législatures suivantes.
Ministre de la Justice en 1893-94 et dans le cabinet Casimir-Périer, il est élu sénateur en 1897 et ses collègues le désignent comme rapporteur général de la commission des finances. Il était premier vice-président du Sénat à l'époque où M. Fallières fut nommé Président de la République: c'est lui qui proclama en cette qualité, les résultats du scrutin au Congrès de Versailles. Il a lui-même succédé depuis lors à M. Fallières.
M. Antonin Dubost a dans les questions financières une compétence toute spéciale. C'est en outre un travailleur assidu. Ceux de ses collègues qui, redoutant sa perspicacité, l'ont nommé vice-président, puis président du Sénat, dans la pensée de se débarrasser d'un fâcheux, ont fait un mauvais calcul. M. Antonin Dubost n'a pas abandonné ses occupations favorites: son dernier travail est un projet de loi sur les retraites ouvrières, mûri avec le plus grand soin et qui apportera de précieuses indications dans le débat qui doit prochainement s'ouvrir sur cette question.
Avant de se présenter aux suffrages de ses concitoyens, M. Antonin Dubost a publié quelques ouvrages d'histoire politique: Les Suspects en 1858 (en collaboration, 1869), Les conditions du Gouvernement en France, Danton et la politique contemporaine, etc.
En résumé, c'est un parlementaire de l'ancienne roche, un de ceux qui préféraient aux succès brillants de la tribune le travail plus fécond du cabinet, qui croyait qu'une bonne foi vaut mieux que dix mauvaises et qui ne prenaient pas le Palais-Bourbon pour le carreau des Halles.

                                                                                                                         Jean-Louis.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 19 mai 1907.

jeudi 4 janvier 2018

Miniature du XIVe siècle.

Miniature du XIVe siècle.


Vers le mois de novembre de l'an 1377, l'empereur Charles IV écrivit au roi Charles qu'il partait pour la France à dessein de voir le roi, et de faire un certain pèlerinage de dévotion. Ce prince avait été élevé à la cour de France. 
La nouvelle de sa venue fit grand plaisir au roi. Il envoya d'abord quelques-uns des plus grands seigneurs, pour le recevoir sur les frontières; mais il défendit qu'on sonnât les cloches à son arrivée, qu'on allât en procession au-devant de lui, et qu'on lui rendit aucun des devoirs qu'on rendait au roi comme souverain; ce n'est pas qu'il se méfiât de lui mais il craignait que ses successeurs ne voulussent tirer cela à conséquence, et s'en prévaloir dans les occasions.
L'empereur fut ainsi reçu à Saint-Quentin, à Ham, à Noyon, à Compiègne, où le vinrent retrouver le duc de Bourbon et le comte d'Eu, accompagnés de trois cents chevaux. A Senlis, il trouve les ducs de Berry et de Bourgogne; à Louvres, il trouve le duc de Bar. Il se rendit enfin à Saint-Denis, où il trouva un grand nombre de prélats qui l'attendaient. Il alla faire ses dévotions dans l'église, vit les reliques et le trésor, alla prier Dieu sur les tombeaux des rois Charles-le-Bel et Philippe de Valois et des reines leurs épouses, chez lesquels il avait été élevé dans sa jeunesse. Ce jour-là même (c'était le 4 janvier) se devait faire la première entrevue entre La Chapelle et Paris. Le roi envoya à l'empereur un beau cheval noir, et un autre de même couleur pour son fils Venceslas, roi des Romains, qui l'accompagnait. Cela se faisait à dessein; les chevaux noirs marquaient que l'empereur et son fils n'avaient aucune espèce de domination en France: le roi en devait monter un blanc.

"Ainsi chevaucha le roy, dit un vieil historien, de son palais jusques à my voie du moulin à vent et de La Chapelle, qu'ils s'entrerencontrèrent luy et l'empereur; et fut grand'pièce avant qu'ils pussent venir l'un à l'autre, pour la presse des gens qui y étoient: en laquelle rencontre l'empereur osta sa barrette et son chaperon, et aussi le roy; et ne se voulut pas le roy trop approcher de l'empereur, afin que son cheval ne frayast à ses jambes où il avoit la goutte, mais preindrent les mains les mains l'un à l'autre, et aussi s'entresaluèrent en disant le roy à l'empereur que très bien fust-il venu, et qu'il avoit un grand désir de le veoir; et passa outre le roy pour saluer le roy des Romains, et le print par la main, par la manière qu'avoit fait l'empereur. Et puis retourna devers l'empereur, et le fit mectre à dextre de luy, combien que l'empereur s'en excusast très longuement, et ne le vouloit faire, et feit mectre emprès lui, à senestre, ledict roy des Romains. Et ainsi chevaucha le roy, au milieu de l'empereur et de son fils, tout le chemin, et tout au long de la ville de Paris, jusqu'à son palais."



La venue de l'empereur Charles, en France,
et sa réception par le roi Charles-le-Quint.


Le roi se signala par les grands festins qu'il donna à l'empereur. Un spectacle fort singulier qu'il leur donna, attira l'attention de tout Paris: il fit représenter l'expédition de Godefroy de Bouillon dans la Terre-Sainte. Du palais, l'empereur fut amené au Louvre, dans un vaisseau construit et orné comme une maison, où il y avait une salle, des chambres et deux cheminées.
Parmi les présents qui furent offerts à l'empereur, à Beauté-sur-Marne, on remarquait: une grande coupe d'or garnie de pierreries, où étaient marqués la sphère, les douze signes du zodiaque, etc. Deux grands flacons d'or sur lesquels étaient figurés saint jacques montrant à Charlemagne le chemin de l'Espagne; un bel et grand hanap d'or, sur un trépied garni de pierreries; une aiguière d'or, aussi ornée de pierreries; deux pots d'or ouvrés à tête de lion. Au roi des Romains, on donna un gobelet et une aiguière d'or, et deux grands pots d'or ornés de saphirs et de perles.
Dans cette entrevue, l'empereur offrit ses secours contre les Anglais avec lesquels le roi était en guerre, par suite de plusieurs violations du traité de Brétigny. Le roi désirait vivement cette offre pour s'assurer au moins la neutralité des princes allemands.

Le Magasin pittoresque, livraison 52, 1833.

mardi 2 janvier 2018

La cathédrale d'Amiens.

La cathédrale d'Amiens.


De tous les édifices gothiques qui existent encore en France, la cathédrale d'Amiens est un des plus curieux pour la grandeur, l'élégance et l'unité de style qui règnent dans l'ensemble et les détails; ce monument peut être regardé comme un des chefs-d'oeuvre de l'architecture du moyen âge. 




Ses fondements furent jetés en l'année 1220, sous le règne de Philippe-Auguste, et cette superbe basilique fut achevée en 1288. Les maîtres à qui on doit ce chef-d'oeuvre d'architecture, furent Robert de Luzarches, Thomas et Renault de Cormont son fils. Tous trois faisaient sans doute partie de ces corporations qui, s'étant voués à la construction des édifices religieux, parcouraient alors le monde chrétien, offrant leurs services dans les diocèses. Le chef de l'entreprise est appelé maître de l'art. C'est de semblables associations que faisaient partie les architectes qui bâtirent, dans le XIIIe siècle, les églises cathédrales de Cologne, de Strasbourg, de Fribourg, et autres églises d'Allemagne.
La cathédrale d'Amiens surpasse, par la grandeur de ses proportions et la richesse de ses ornements, la plupart des temples construit en Europe dans le moyen âge; on admire surtout la rectitude de son plan, la magnificence de son ensemble, la perspective majestueuse de ses larges percées, et l'heureuse harmonie de ses lignes.
Voici quelles sont ses dimensions: la largeur de la façade principale, dans sa totalité, est de 150 pieds; la longueur dans oeuvre est de 415 pieds, et à l'extérieur de 450; les maîtresses voûtes, depuis le percé jusqu'à la clef, sont hautes de 132 pieds, huit pouces; la hauteur de la flèche du clocher doré, depuis le comble, y compris le coq, est de 201 pieds, et depuis le pavé jusqu'à l'extrémité du clocher, de 402; l'élévation de la tour septentrionale est de 210; celle de la tour méridionale, de 190: le nombre de marches pour parvenir à la tour la plus élevée est de 306.
Notre gravure reproduit la façade principale de la cathédrale. Trois portiques occupent toute l'étendue de la partie inférieure de la façade; ils sont décorés d'un système uniforme d'ornements, qui consiste en un soubassement continu, enrichi de caissons en forme de trèfles, contenant 118 bas-reliefs, et qui est décoré d'un fond de mosaïque. Sur ce soubassement s'élève un rang de colonnes légèrement engagées, dont chacune porte en avant une statue de grande proportion, élevée sur une console et surmontée d'un dais, le tout terminé par de profondes voussures ogives, disposées en cul-de-four, dont les arcs multipliés, présentant une diminution progressive, sont remplis d'une grande quantité d'anges, de séraphins, et d'autres personnages en rapport avec le grand tableau en relief, sculpté sur le fond du tympan; enfin, ces trois portiques sont surmontés par des pignons triangulaires, ornés de chardons qui se détachent d'une manière pittoresque sur des renfoncements obscurs, et l'arc d'ouverture du chœur est enrichi d'un cordon à fleurs et d'une dentelle en pierre délicatement découpée. Les trois portes de cette façade ont chacune une dénomination particulière: celle du milieu est appelée la Porte du Sauveur; celle de droite est dite de la Mère de Dieu, et celle à gauche de saint Firmin le martyr.
La plupart des ornements et des figures des portiques, ainsi que ceux des extrémités de la croisée, portent encore l'empreinte des différentes couleurs et de l'or dont ils furent originairement revêtus, suivant le système de décoration tout oriental, importé en Italie par les grecs, pendant le moyen âge. La partie des trois façades au-dessus des trois portiques se compose d'une galerie à jour en forme en forme de péristyle, qui règne dans toute la largeur, et dont les arcades ogives sont subdivisées par d'autres arcs en forme de trèfle; cette galerie est soutenue par une autre, également à jour, et dont les entre-colonnements sont décorés d'une série de vingt-deux statues colossales, que l'on croit représenter les monarques français bienfaiteurs de cette église, qui ont gouverné le royaume depuis Childéric II jusqu'à Philippe-Auguste. Au-dessus se voit une grande rose à compartiments, en pierre, d'un magnifique travail; toute cette partie de la façade est surmontée d'une balustrade à jour, à hauteur d'appui, régnant sur toute la largeur, et formant une riche ceinture horizontale. A cette hauteur se termina pendant longtemps le portail de la cathédrale d'Amiens; les deux tours et la galerie vitrée qui les unit à la base n'ont été élevées que plus d'un siècle après l'achèvement de l'église.

Côté droit extérieur.- En se dirigeant du côté du sud, on découvre totalement la façade de l'église; l’œil embrasse la vaste étendue de cet édifice, ses proportions imposantes, la projection des arcs-boutants, la prodigieuse élévation des combles et la belle flèche qui les surmonte. Sur l'un des contre-forts de la tour, se voit la statue colossale d'un ange. Cette façade présente trois entrées ou portes latérales. La première est connue sous le nom de Portail de l'Horloge, ou de saint-Christophe; la seconde, comme sous le nom de Portail saint-Honoré, ou sous celui de la Vierge dorée, est assez riche de sculpture. La troisième entrée de l'église de ce côté est appelée la Porte du Puits de l'oeuvre.

Côté gauche extérieur.- La façade septentrionale, obstruée en partie par les bâtiments du palais épiscopal, n'offre presque rien de remarquable. La partie supérieure n'a pas été terminée, le pignon reste à faire, ainsi que les deux campaniles pyramidales qui devaient surmonter les piliers angulaires.
- Le premier clocher de la cathédrale, bâti en pierre, avec le corps de l'édifice, vers l'an 1240, fut détruit par la foudre, le 15 juillet 1525. Les travaux du nouveau clocher furent achevés en 1533.
L'intérieur de cette basilique est remarquable par ses dimensions colossales, par l'élévation et le jet hardi de ses voûtes, la délicatesse de ses arcades et de ses fenêtres, la régularité et l'heureux accord de leurs proportions. Le vaisseau, dont le plan est en forme de croix latine, consiste en une nef, un chœur et une croisée de transept, accompagnés de vastes bas-côtés, disposés sur le même axe et bordées de chapelles, qui règnent autour de la nef et du chœur.
Les voûtes, élevées sur cent vingt six grosses colonnes, sont généralement à arêtes, et reposent sur quatre nervures croisées diagonalement. Les grandes fenêtres sont au nombre de quarante-et-une, non comprises celles des chapelles et de la galerie qui entoure le chœur. L'église a beaucoup perdu de son effet par l'absence des verres de couleur qui décoraient ces fenêtres. L'intérieur est encore éclairé par trois grandes roses, remarquables par leur forme circulaire et la délicatesse de leurs compartiments, dont les ramifications, contournées avec toute la souplesse des métaux les plus ductiles, servent d'encadrement à une nombreuse suite de sujets peints sur verre. La chaire de l'église, exécutée en 1773, est un monument de sculpture qui jouit d'une grande réputation.
Les chapelles de la cathédrale, qui sont au nombre de vingt-quatre, n'avaient pas été comprises dans le plan principal de Robert de Luzarches; elles ont été successivement érigées depuis à diverses époques.
Le travail de la boiserie ses stalles du chœur, disposées en deux rangs étages de chaque côté, est riche et élégant. Le grand autel, disposé à la romaine, est décoré d'un bas-relief doré, représentant Jésus-Christ faisant sa prière au Jardin des Olives. derrière le maître-autel s'élève une grande gloire rayonnante construite en pierre et en bois, et dont l'immense proportion produit un bel effet dans la perspective du temple.
Nous avons voulu nous étendre sur la description de cette cathédrale, qui est regardée comme l'un des prototypes des édifices vulgairement appelés gothiques. Ceux de nos lecteurs qui voudraient entrer dans plus de détails, peuvent lire une histoire de ce monument par M. Gilbert, ouvrage très exact et très complet.

Le Magasin pittoresque, livraison 47, 1833.