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jeudi 25 février 2021

 La coiffure est un art.


Les bandeaux.

Les bandeaux ondulés sont généralement plus seyants que les bandeaux droits, lisses, cachant le front et les oreilles. Pour se coiffer ainsi, il faut un visage ovale et très régulier. Les bandeaux ondulés, dans leur aimable négligence, donnent à la physionomie un aspect jeune et frais et point "arrangé". Un visage un peu fort supportera très bien cette coiffure.
On peut séparer les bandeaux de trois façons: au milieu, sur le côté et de chaque côté des tempes.



Fig. 1- Les bandeaux simples.


Au milieu (comme fig. 1) la coiffure apparaît très nette. L'inconvénient de fatiguer un peu le crâne qui se découvre toujours au même endroit n'a pas lieu quand on sépare ses cheveux soit à droite, soit à gauche.




Fig. 2- Bandeaux ondulés.

Un bandeau étroit fait pendant à un bandeau large (fig. 2)



Fig. 3- Bandeaux roulés.

Enfin, on peut aussi faire avec ses cheveux, trois parts (fig. 3). Celle du milieu est plutôt une grosse boucle enroulée avançant sur le milieu du front. Les deux autres sont deux bandeaux très lâches élargissant le visage et lui donnant un air éveillé. Cette coiffure convient à une physionomie chiffonnée, ayant des cheveux non frisés, mais souples, conservant bien le pli qu'on leur donne. Certains cheveux blonds ardents, plus jolis de couleur qu'abondants, pourront profiter de cette manière qui fait valoir le peu que l'on a.
Les bandeaux donnent un aspect très différents au visage suivant qu'ils descendent plus ou moins bas. Les trois sortes de bandeaux que nous venons de décrire sont épanouies en largeur. Les bandeaux longs, au contraire, couvrant les oreilles, descendant dans le cou, supportant encore parfois boucles, nattes ou parures, allongent la figure indéfiniment et peuvent la transformer complètement.



Fig. 4- Bandeaux bas.

En général, cette coiffure (fig. 4) vieillit celle qui l'adopte. Ce chignon lourd et pesant pourrait faire un contraste avec un visage très fin, très régulier, un cou long et souple; au contraire, il ne s'harmonise pas avec des traits épais et gras, tels que les montre la figure 4.
Pour ce qui est des bandeaux, et par conséquent de toutes les coiffures à raies, il faut retenir ceci: elle ne rajeunissent jamais.


Les coiffures les plus seyantes.

Les cheveux relevés à la chinoise, pourvu qu'ils ne soient pas tendus, mais au contraire lâches, un peu bouffants, donnent de la jeunesse, et sont un cadre harmonieux au visage.




Fig. 5- Coiffure à la Diane.

Voyez la coiffure à la Diane (fig. 5). Toute la chevelure, d'une seule masse, est relevée à racine droite sur le sommet de la tête. C'est l'affaissement du chignon qui pousse les cheveux en avant et qui forme le clou de la coiffure. Est-il rien de plus simple, de plus naturel? Elle est seyante aux neuf dixièmes des femmes, sauf à celles qui, ayant trop peu de cheveux, voient toute l'auréole emporter la masse. Il n'en reste pas assez, ensuite, pour former le plus petit chignon; Pour celles-là, elles peuvent remédier à cet inconvénient en rassemblant en l'air, en une seule masse, le petit rouleau, en le tournant en forme de casque, derrière, jusqu'à extinction ou plutôt disparition de la petite mèche.


Fig. 6- Coiffure sans chignon.

Ceci fait, le rouleau tout entier tient dans le casque. S'il reste encore quelques mèches ou bouclettes, cachez-les dans l'auréole formée par l'abandon de tout chignon (fig. 6).
Si, au contraire, vous avez une opulente chevelure , si vous avez un visage un peu fort ou un peu gras, les joues bien pleines, vous supporterez très bien la coiffure tombante, si actuelle, avec les cheveux bouffants autour du visage (fig. 7) retenus sur la nuque par un large peigne d'écaille.



Fig. 7- Coiffure tombante.

Le soir, vous y placerez une seule grosse rose, faisant pendant aux bouclettes frisées qui sortent du chignon.
Dans la catégorie des coiffures à chignons bas, il en est d'un peu plus assises, s'alliant avec une tête jeune et fine, à l'air calme et doux.


Fig. 8- Coiffure à chignon bas.

C'est celle que montre la figure 8 et dont la figure 9  donne le profil un peu langoureux.


Fig.9- Coiffure à chignon bas (profil).

Dans le jour les cheveux ondulés sont relevés à droite en bouffant Louis XV; à gauche, ils descendent en bandeau sur le front. Cela fait une légère irrégularité qui siéra bien à une jeune fille grande et blonde. Le soir, de menues guirlandes de roses de Noël retenues pas des peignes d'écaille, tomberont du sommet de la tête dans les creux des ondulations.
Il y a aussi des coiffures plus précieuses, bien apprêtées, où pas un pli ne se dérange, où l'on sent les doigts du coiffeur savant ou de la femme de chambre patiente (fig. 10).


Fig. 10- Coiffure précieuse.

Le chignon placé juste au milieu de la tête a peu de relief, les cheveux qui ombragent le front devant y sont méthodiquement arrangés. Certaines brunes piquantes ayant une mince chevelure la choisissent avec succès, en y ajoutant, comme le montre la figure 10, quelques frisures irrégulières sur la front.
Voici enfin deux genres de coiffure complétement différents, hors du convenu et de la banalité, n'imposant pas l'ondulation. L'une a les cheveux retenus en l'air (fig. 11), l'autre en bas (fig. 12)


Fig. 11- Coiffure au nœud.


Dans la première (fig. 11), les cheveux lisses sont arrangés d'une façon simple et précise. Le nœud qui en retient la totalité est fait avec les cheveux eux-mêmes. Et les peignes qui font bouffer autant que possible le tour de la chevelure sont circulairement placés. Une barrette droite, retient les quelques mèches folâtres et empêche en même temps le nœud du chignon de retomber.


Fig. 12 - Coiffure en rouleaux.


Cette coiffure, ni haute, ni basse, est toujours à la mode. L'autre coiffure rappelle celles d'il y a un demi-siècle. Les cheveux ne sont séparés, ici, ni par des peignes, ni par un chignon, mais par une sorte de bourrelet entourant le visage et formé par l'enroulement en cercle des cheveux sur eux-mêmes. Ce rouleau de cheveux vient se confondre, en bas, avec le chignon pour former une masse compacte et puissante. Une telle coiffure conviendra à une brune, aux traits accusés, vigoureux, énergiques.

Almanach Hachette, petite encyclopédie populaire de la vie pratique, 1902.




dimanche 19 août 2018

Anecdotes historiques sur la coiffure des dames.

Anecdotes historiques sur la coiffure des dames.


Les femmes, chez les anciens, s'attachaient avec grand soin à cette partie de leur toilette. Les Israélites, malgré la simplicité de leurs mœurs, passaient beaucoup de temps à arranger leurs cheveux. La coiffure est et fut toujours riche en Turquie; tantôt elle est formée de tissus de soie et de tresses flottantes; tantôt c'est un turban orné de perles, ou bien une coiffure haute et pointue, ornée de pierreries. Mais quelle que soit sa forme, les femmes la couvrent toujours d'une écharpe dont les bouts retombent de chaque côté de la tête. En été, elles portent quelquefois cette écharpe sur l'épaule, à la chevalière, ce qui ajoute encore au charme de leur parure.
Les femmes de la Turquie d'Asie ont une mise toute différente; elles sont ordinairement enveloppées d'un large capuchon qui les cache de la tête aux pieds, et ne laisse apercevoir que le haut de leur visage. Les habitantes de l'île de Chio ont une mise charmante; elles se coiffent généralement avec des fichus qu'elles posent comme les paysannes des Basses-Pyrénées; elles en forment ainsi une coiffure haute, ornée de rubans. Un signe distinctif de cette coiffure, c'est un double nœud formé sur le devant du front. Les Persanes portent les cheveux frisés en boucles flottantes, tombant sur le derrière du cou et le dessus des épaules: leurs masses de cheveux onduleux sont pressées à leur racine par un ample turban fait, pour la plupart du temps, avec un cachemire. L'ornement le plus en usage le plus en usage chez les femmes est une aigrette; celles qui veulent donner de la grâce à leur coiffure, disposent ordinairement l'étoffe pour que les coins du châle retombent sur un des côtés, ce qui accompagne fort bien une figure longue et fait disparaître la sévérité du turban, sans en diminuer la beauté. Tout le monde sait quelles recherches les femmes grecques mettaient à leur coiffure, et certes il n'y a pas d'ornemens ni de parfums en usage chez nos petites maîtresses qui n'aient été employés par les élégantes d'Athènes ou de Corinthe. Les Romaines ne cédaient à aucune nation pour la recherche des ornemens, et dans la manière de tresser ou de friser leurs cheveux. Quant à la variété qu'elles donnaient à leurs modes, les musées nous en disent assez long pour que nous soyons convaincus que les femmes savaient unir la grâce à la simplicité. Ainsi, la coiffure a fait, comme les sciences, elle s'est perfectionnée à mesure que le monde s'est civilisé, et ce n'a été que par suite de grandes catastrophes que, dans certains pays, les femmes se sont vues tout à coup privées de leur chevelure: il a fallu que des barbares aillent soumettre la Grèce au joug du sultan, pour que les arts et tous les signes distinctifs qui caractérisaient une nation aussi intéressante, retombassent dans l'abrutissement le plus complet.
Après cinq cents ans de brillant esclavage, la Gaule échappa au joug de Rome et devint la proie des hommes du Nord. Ils apportèrent à la nation leurs vertus sauvages et un nom que tous les genres de gloire allaient rendre célèbres. La France s'éleva rapidement et s'assis sur les débris de l'empire. Mais revenons à mon sujet. Chez les Francs, les notables portaient les cheveux longs et retombant sur leurs épaules; le reste de la nation les portait courts sur le devant, et relevait le reste sur le sommet de la tête sous la forme de panache. Sous la première race, les femmes portaient leurs cheveux séparés sur le front, légèrement bouclés sur les tempes, et ceux de derrière flottaient en tresses. Cette mode fut adoptée par la terrible Frédégonde, et Gertrude, femme de Clotaire II; Odélie, fille d'un prince allemand, laisse voir sous son voile une longue chevelure tordue comme une corde à puits. Cette manière de porter les cheveux flottans dura jusqu'à ce que Richilde, femme de Charles-le-Chauve, eut la fantaisie de les cacher sous une toque.
Richarde, femme de Charles-le-Gros, imagina d'en tresser la moitié inférieure et de les relever ensuite jusqu'à la moitié des joues. Cette innovation caractérisa la coiffure du neuvième siècle, dont la mode dura long-temps, et fut remplacée par les bourrelets sous lesquels on cachait tous les cheveux. Quelquefois les princes de l'Eglise ordonnèrent de cacher la chevelure, et ce ne fut que pour obéir aux évêques que Charles VII fit couper sa barbe et ses cheveux.
Au douzième siècle, Blanche de Castille rétablit la mode de porter des cheveux sur les tempes, et le voile surmonté d'une couronne*;
Jeanne, comtesse de Toulouse, fit quelques jolies innovations, mais elles ne durèrent pas long-temps, et le voile cacha bientôt la chevelure. Vers la fin du treizième siècle, on tressait les cheveux et on en faisait une sorte de grecque par derrière; mais les oreilles étaient cachées par des tresses, et cela rendant cette mode un peu lourde.
Au commencement du quatorzième siècle, Clémence Isaure apporta de la grâce dans le costume des femmes; et, malgré les malheurs qui désolaient la France à cette époque, Isabeau de Bavière inventa des modes extravagantes*. A son exemple, on vit des femmes cacher tous leurs cheveux et se découvrir le sein et même les épaules. Ce fut elle qui établit la mode des coiffes qu'on appelait cornues*, mode horrible et bizarre, dont on peut se faire une idée en voyant les bonnets du pays de Caux*.
Anne de Bretagne* attira les femmes à la cour; elle ramena l'usage de montrer les cheveux, et la manière dont les dames les portent aujourd'hui est une imitation de celle de ce temps. Dans cette mode, qui est celle connue plus particulièrement sous le nom de la belle Féronnière*, il y a une certaine recherche, malgré la simplicité qui règne dans l'arrangement des cheveux de devant; et la ganse qui passe par dessus le front, ornée d'une petite plaque, était pour l'époque une précieuse découverte. Catherine de Médicis* vint tout changer, et elle imprima à la toilette des femmes la laideur de son caractère; les cheveux et la taille étreinte, le ridicule et la raideur prirent la place de l'élégance qui commençait à distinguer les toilettes françaises. Ce n'est pas que les femmes ne fissent de grands frais pour se parer, car elles étaient chargées de colliers et de médaillons; et même, dans le courant du règne de Henri III, les dames de la cour portaient des fleurs et des plumes dans leurs cheveux. Anne d'Autriche* vint occuper le trône de France, et la toilette des dames y gagna, car alors les cheveux furent frisés en touffe et en boucles flottantes. Mademoiselle de Guébriant*, dont chacun peut voir le portrait, était coiffée presqu'aussi bien que madame de Grignan*, le règne suivant; et on peut attribuer à la mode apportée par Anne d'Autriche, les coiffures célèbres par leur grâce et leur naturel, qui ont fait les délices des Sévigné, des La Vallière, en un mot de la cour de Louis XIV.
Ce genre de coiffure reçut un grand développement, car Montgolbert coiffait indistinctement avec toutes sortes de bijoux; la Martin, coiffeuse célèbre, avait la réputation de bien poser les fleurs. Louis XV monta sur le trône, et la mode changea sous ce roi qui chérissait tant les belles; le sexe perdit une partie de ses charmes, et cela par l'introduction en France de la poudre, usage très ancien, mais qui n'avait lieu chez les orientaux que comme signe de deuil. Grâce à la poudre, on ne voyait dans les salons que des têtes blanches, et pour rendre cette mode encore plus monotone, toutes les femmes se faisaient coiffer de même, ce qui produisait une ennuyeuse uniformité. Je ne conçois pas comment le coiffeur Lefebvre, qui avait du goût, laissa introduire un usage aussi ridicule. Pour donner une idée des inconvénients de cette mode, je vais faire la description du costume de coiffeur de femmes, en 1778. Veste rouge un peu poudrée, culotte noire et bas gris, un tablier. Qu'on ne se figure pas que j'exagère en rien, car c'était là l'habillement des coiffeurs de la cour; les autres n'étaient pas abordables, et, de peur d'attraper des taches, on évitait toujours ces messieurs avec un soin extrême. Sous le règne de cette mode de sale mémoire, on était obligé de monter sur des tabourets pour atteindre le sommet de la coiffure*; ce fut ainsi que l'on fit celles appelées le Parterre galant ou la Gabrielle de Vergy, le Bonnet à la Reine ou la Frégate à la Junon*; il était impossible d'en venir à bout à moins d'être perché sur un marche-pied.
En 1785, les coiffures étaient moins hautes et moins bizarres, mais on poudrait toujours avec fureur. Le Colimaçon d'amour et le Bonnet à la Marlborough remplacèrent la Monte-au-ciel*, genre horrible et contre lequel j'aurais certainement conspiré si j'avais existé à l'époque des Lesprit, des Léonard, des Bizard, et autres coiffeurs de ce temps.
Léonard, coiffeur de Marie-Antoinette, était spirituel, adroit, et ne manquait pas d'un certain tact que les anciens appelaient le fion. Mais je ne trouve pas qu'il ait jamais employé ses moyens, ni cherché à tirer parti de l'empire qu'il avait sur les dames pour les faire adopter des modes qui fissent ressortir leurs attraits; ce n'est pas en faisant des tours de force, en bâtissant des châteaux énormes sur la tête, qu'on parvient à ce dernier degré de l'art; c'est en cherchant à proportionner la coiffure avec la corpulence de la femme, et en consultant la forme et la coupe de son visage. Mais les anciens ne connaissaient point de règles; aussi ne suis-je point étonné que Léonard ait cru  faire une merveille en coiffant un jour une grande dame de la culotte de velours de son mari. Si, au lieu de s'appliquer à des détails qui ne signifient jamais grand chose, on s'était occupé davantage du fond, les coiffeurs se seraient aperçus que ce placardage de pommade et de poudre, au lieu de seconder leurs efforts pour embellir, était un obstacle invincible; ce n'est pas non plus un échafaudage de crêpure, ni des boucles et des chignons flottans qui peuvent faire valoir le teint lorsqu'une couche épaisse de farine d'amidon en ternit tout l'éclat.
La nature ayant eu soin de donner à chacun des cheveux analogues à son teint, c'est par leur couleur seulement  qu'on peut voiler agréablement le cou d'une femme. Qu'on ne soit donc pas surpris de ne plus voir un seul portrait de famille orner les salons; c'est à cette vilaine mode qu'on en doit la disparition. La révolution de 1789 abolit, avec les vieilles institutions, tous les usages gothiques de la toilette; une coiffure plus simple, plus naturelle et surtout plus propre, fut un des premiers avantages que les dames durent à la conquête de la liberté. Les coiffures antiques prirent la place des bonnets à la Pompadour, et les cheveux, rendus à leur couleur naturelle, prirent un aspect plus gracieux. Alors beaucoup de dames avides de nouveautés, sous prétexte de suivre le cours des événemens, se mirent à la Titus*; et ce ne fut que lorsqu'elles s'aperçurent qu'elles avaient sacrifié au simple caprice de la mode une partie de leurs attraits, qu'elles se décidèrent à reprendre les coiffures à la grecque; mais il fallut avoir recours à des cheveux artificiels et inventer de nouvelles perruques. C'est à cette circonstance qu'on doit l'invention des cache-folies*, nom qu'on donne aux perruques à longs cheveux, et que toutes les femmes portaient pour qu'on ne s'aperçût pas de la folie qu'elles avaient faite en coupant leur chevelure. La pompe et l'éclat de la cour de Napoléon ranimèrent le zèle un peu ralenti des coiffeurs, et tous ceux qui se piquaient de travailler pour la bonne société étaient obligés d'aller au Musée et à la Bibliothèque pour étudier les modes. Les plus habiles établirent des écoles où les garçons et beaucoup de jeune maîtres allaient prendre des leçons; tous, remplis d'un enthousiasme extraordinaire, voulaient apprendre la coiffure antique.
Cette mode dura long-temps, et ce ne fut que pour se relever en pain de sucre (mode chinoise), que les dames abandonnèrent la bandelette pourpre et le réseau de perles. Par un contraste dont on a peine à se faire une idée, les femmes, qui depuis plusieurs années s'attachaient les cheveux dans le bas de la fossette, se les relevèrent tout à coup sur le devant de la tête; les cheveux ainsi retroussés, on élevait des édifices qui étaient quelquefois d'une hauteur démesurée, mais qui ne manquaient cependant pas d'une certaine grâce. Cette mode fut l'objet des plus grands études pour les coiffeurs, et cela se conçoit parfaitement en considérant la différence la différence qu'il y a entre la coiffure chinoise et à la grecque*.

                                                                                                                                  Croizat.

Le Salon littéraire, jeudi 25 mai 1843.

Nota de célestin Mira:

* Blanche de Castille:





* Isabeau de Bavière.



Isabeau de Bavière.

* La mode des cornues.



La mode des cornues au moyen âge.


* Coiffes du pays de Caux.









* Anne de Bretagne:


Anne de Bretagne.


* La belle Féronnière est un tableau de Léonard de Vinci peint sur bois et exposé au Louvre.



La belle Féronnière
de Léonard de Vinci.


* Catherine de Médicis:


Catherine de Médicis.


* Anne d'Autriche:


Anne d'Autriche
 par Frans Pourbus le Jeune 1616.

* Mademoiselle de Guébriant:




* Madame de Grignan:




* Coiffeurs à la cour:





Diverses coiffures:





Marie-Antoinette.
Coiffure du Bonnet à la Reine.





* Coiffure à la Titus:

Mme Arnault de Gorse, coiffée à la Titus,
de Louis-Léopold Boilly.
* Coiffures à la Titus et cache-folies.





* Coiffure à la chinoise.




lundi 10 juillet 2017

La mode au dix-huitième siècle.

La mode au dix-huitième siècle.

La coiffure des dames à cette époque subit, on le sait, des transformations multiples et variées. La reine Marie-Antoinette mit à la mode durant longtemps les coiffures élevées. Les courtisans ne tardèrent pas à imiter les dames, et se mirent à porter également des perruques très-élevées. On juge des difficultés que les coiffeuses avaient à surmonter pour faire tenir pendant toute une soirée des échafaudages de cheveux, faux pour la plupart du temps. Heureusement que la poudre permettait de cacher les nombreuses épingles qui faisaient l'office de véritables clous.
La caricature s'empara bientôt de ces excentricités. Nous reproduisons une estampe de l'époque qui exagère les défauts de la coiffure à la Bouquetière



Un valet supporte la pyramide de cheveux, prête à s'effondrer. Les coiffures célèbres de ce temps prenaient les noms les plus bizarres, dus à l'esprit inventif de Léonard, l'artiste capillaire de la reine.
Nous citerons, outre la coiffure à la Bouquetière, que représente notre gravure, la Bergère, l'Union, la Pellerine, le Porc-Epic, l'Aurore, les Regards interceptés. N'oublions pas le Ques-a-co et le Pouf au sentiment.
Peu à peu la coiffure prit des proportions plus normales. Voici à quel sujet. La reine Marie-Antoinette ayant perdu ses cheveux à la suite de sa seconde grossesse, Léonard invita la cour à se coiffer à l'Enfant. Tous les cheveux furent impitoyablement coupés. C'était une manière de plaire à la souveraine. On mit pour elle à profit le conseil donné par ce renard qui avait perdu sa queue à la bataille et qui, hélas!, ne rencontra pas sur sa route des courtisans aussi accomplis. Les renards sont, paraît-il, moins galants que les hommes.

                                                                                                                Paul Cézano.

Le Musée universel, revue illustrée hebdomadaire, premier semestre 1875.

dimanche 11 décembre 2016

Articles du Berliner illustrite Zeitung.

Articles du Berliner illustrite Zeitung.


L'art de se coiffer.

Chaque pays a ses modes, mais la mode n'a qu'un pays: Paris! La coiffure varie selon les contrées, mais l'une des plus bizarres est certainement celle des négresses du Cameroun Allemand.
Ces Africaines mêlent à leurs cheveux un régime de banane.


Dans d'autres pays méridionaux où la banane et la calebasse manquent, ce sont les cheveux eux-mêmes qu'on dispose de telle sorte qu'ils figurent les fruits indiqués.
Et Dieu sait pourtant si la chevelure crépelée des négresses se prêtent mal aux ondulations spéciales tentées par les meilleurs Figaros de ces contrées barbares!

                                                                                                            (Berliner illustrite Zeitung)


La récolte du caoutchouc.

On ne fait pas que se coiffer au Congo, on y récolte aussi des coups de trique.



Tel le malheureux noir, ici représenté,  qui reçoit d'un de ses congénères un châtiment des plus durs, la baguette étant flexible et le bourreau très vigoureux. En arrière, un chef, aussi nègre que les autres, est là pour enregistrer le nombre de coups.
C'est ainsi qu'on arrive, au XXe siècle, à dominer la paresse des noirs et leur médiocre entrain pour la récolte du caoutchouc et de l'ivoire, ces deux produits industriels qui enrichissent les blancs, même les rois blancs, et sans lesquels les nègres n'auraient aucune raison d'exister.

                                                                                                          (Berliner illustrite Zeitung)


Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 19 avril 1908.

mardi 29 novembre 2016

Femmes de 1888.


Femmes de 1888.


La mode.
Toilettes de dîner.
(Gravure extraite de la Revue de la Mode.)





"Mlle Albertine mettait la dernière main à une coiffure qui aurait rendu toute femme charmante..."
Illustration  de "Mademoiselle Albertine", nouvelle de Georges  Grand.


Le petit Moniteur illustré, 14 et 21 octobre 1888.

lundi 29 septembre 2014

Mœurs et usages au moyen-âge.

Mœurs et usages au moyen âge.


De toutes les parties de notre histoire, il n'en est pas de plus intéressante que celle qui nous retrace les mœurs et les usages de nos pères; la bizarrerie du costume, l'étrangeté de l'habillement, le maintien raide et empesé, nous paraissent chose plaisante, et nous ne pouvons manquer sourire du mauvais goût de nos ancêtres. On lit, dans divers auteurs contemporains de ces siècles encore si peu connus, quelques faits assez piquans que nous nous contenterons de rapporter avec cette naïveté de langage qui a pour nous tant d'attraits.
Ainsi messire Juvénal des Ursins, le grave historien du règne de Charles VI, passe en revue, dans un des chapitres de son ouvrage, la manière dont les dames se coiffaient alors: "Icelles dames et damoiselles faisaient de grands excès de parures, et portaient des cornes hautes et larges, ayant de chaque côté deux grands oreilles si larges, que quand elles voulait passer par un huis (porte), il leur était impossible de le faire." Ces coiffures bizarres étaient nées en Flandre comme nous l'apprend Thomas Couare,  moine célèbre du XVe siècle; dans de longues et fulminantes prédications, il s'éleva contre ces cornes: "Ce sont des choses paillardes, indécentes et damnables, s'écriait-il avec force devant les assemblées nombreuses de dames et de damoiselles." Toutefois ses sermons ne produisaient aucun effet, les anciennes tapisseries de Flandre nous ont conservé ces coiffures gigantesques qui allaient jusqu'à trois ou quatre pieds de hauteur;
C'est surtout sous le règne de Louis XI que l'on vit les coiffures des nobles dames, prendre un essor prodigieux: "Les femmes, dit Monstrelet, mirent sur leur tête des bourrelets à manière de bonnets ronds qui s'amenuisaient par dessus de la hauteur d'une demi-aune"; et Erasme dans son dialogue intitulé: Senatulus, vient encore confirmer ce témoignage: "Il s'élevait autrefois, écrit le savant docteur, des cornes sur le haut de la tête des femmes, auxquelles elles attachaient des espèces de voiles (linteamina); ces coiffures distinguaient les femmes de premier rang." Sous Louis XII, les petites maîtresses apportèrent quelques modifications à ce singulier accoutrement: "Les dames, dit un chroniqueur, abaissèrent un peu les coiffes dont elles se paraient, et se contentèrent de longs voiles noirs ornés de franges rouge ou pourpre." C'était la coiffure d'Anne de Bretagne depuis la mort de Charles VIII; on la voit ainsi représentée sur quelques gravures du temps.
Si nous examinons maintenant certains usages en vigueur chez nos pères, nous rencontrons une foule de détail d'une assez piquante curiosité. La manière de porter la barbe, par exemple, peut être l'objet de toute une histoire qui n'est pas sans quelque intérêt.
Il est de principe certain que tout Français était soldat; s'il embrassait tout autre état, il cessait d'être Français; pour marquer qu'il n'était plus de la nation on l'obligeait à se couper la barbe et les cheveux, signe qui servait à distinguer le Français d'avec le peuple subjugué. Alaric, roi des Visigoths, craignant d'être attaqué par Clovis et cherchant à l'amuser avec de belles espérances, lui fit demander une entrevue pour lui toucher la barbe, c'est à dire pour l'adopter, car on prenait par la barbe celui qu'on voulait placer sous sa protection. Eginard, secrétaire de Charlemagne, en parlant des derniers rois de la première race, dit: "Ils venaient aux assemblées du Champ de Mars, dans un chariot tiré par des bœufs; puis ils s'asseyaient sur le trône avec de longs cheveux épars et une barbe qui leur pendait jusqu'à la poitrine."
Robert, grand père de Hugues Capet, que Charles-le-Simple à qui il voulait enlever la couronne , tua de sa propre main, avait passé, au commencement de la bataille, écrit Mézerai, sa grande barbe blanche par dessous la visière de son casque, pour se faire reconnaître des siens. Ainsi, sous la seconde race on portait une longue barbe, et cet usage continua sous les premiers rois de la troisième. Hugues, comte de Châlons, ayant été vaincu par Richard, duc de Normandie, alla se jeter à ses pieds, avec une selle de cheval sur le dos, pour marquer qu'il se soumettait entièrement à lui: "dans cet accoutrement et avec sa longue barbe, rapporte la chronique, il avait plutôt l'air d'une chèvre que d'un cheval."
Vers la fin du XIe siècle, Guillaume, archevêque de Rouen, déclara la guerre aux longues chevelures; plusieurs gens du clergé se joignirent à lui, et dans un concile tenu en 1096, ils statuèrent "que ceux qui porteraient de longs cheveux seraient exclus de l'église pendant leur vie, et qu'on ne prierait par pour eux après leur mort."

Le Magasin Universel, 1834-1835.

vendredi 25 juillet 2014

Les perruques.

Les perruques.

Le perruquier pouvait se croire, sous Louis XV, d'une importance considérable. C'était son art qui semblait assigner à chaque personnage son rang dans le monde; on se distinguait les uns des autres par la perruque: noblesse, tiers état, clergé, autant de degrés hiérarchiques de la société, autant de perruques diverses. Là  ne se bornaient pas les attributs du perruquier: il était en même temps barbier, baigneur, étuviste. En un mot, il était le factotum de la toilette, le serviteur des grâces et de la beauté, par privilège du roi.
"La beauté que nous avons assigné à nos cheveux, dit un perruquier du dix-huitième siècle, est une beauté rare: peu de personnes, surtout les hommes, se trouvent les avoir avec toutes les qualités nécessaires, dont voici les conditions, qui sont d'être raisonnablement épais et forts, d'une belle couleur châtain, plus ou moins foncé, ou d'un beau blond argenté, d'une longueur moyenne, descendant jusqu'à la moitié du dos. Il faut encore que, sans être crêpés, ils frisent naturellement, ou du moins qu'ils tiennent longtemps garnis. Les cheveux, en général, sont sujets à bien des accidents et des défauts qu'il fallait supporter ou du moins palier avant que la perruque eût été imaginée. Plusieurs se trouvaient en avoir très-peu; il y a des maladies qui les font tomber; ils se dégarnissent quelquefois sans aucune maladie apparente, de manière que non-seulement les personnes âgées, mais celles qui ne le sont pas encore, deviennent chauves avant le temps. Il fallait donc se résoudre à porter des calottes, coiffures tristes et plates, surtout quand aucuns cheveux ne l'accompagnent. Ce fut pour remédier à ce désagrément qu'on imagina, au commencement du règne de Louis XIII, d'attacher à la calotte des cheveux postiches qui parussent être les véritables. On parvint ensuite à lacer les cheveux dans un toilé étroit de tisserand, comme aussi dans un tissu de frangé qu'on nomme le point de Milan. On cousait par rangées ces enlacements sur la calotte même, rendue plus mince et plus légère; pour cet effet on se servait d'un canepin (l'épiderme de la peau de mouton) , sur lequel on attachait  une chevelure qui accompagnait le visage et tombait sur le cou: c'était alors ce qu'on appelle une perruque." (Art du perruquier.)
On faisait d'abord les perruques à tresses sur trois soies et cousues sur rubans; puis on parvint à imiter complètement une chevelure naturelle. Cette découverte parut "si bonne et si secourable", qu'en 1656 le grand roi créa quarante-huit charges de barbiers perruquiers suivant la cour; deux cents charges étaient établies en faveur du public. Un autre édit en ajouta deux cents autres en 1673. La mode nouvelle fit sortir beaucoup d'argent de France; il fallait se procurer des cheveux à l'étranger, la production indigène ne suffisant plus. Colbert s'émut de ces exportations de numéraire; il voulut abolir l'effet dans la cause et remplacer les perruques par des bonnets, dont on essayait même des modèles devant le roi. Les perruquiers se hâtèrent d'adresser au roi leurs doléances et représentations respectueuses: "L'argent sorti de France pour l'importation des matières premières y rentrait et au delà par l'exportation des produits manufacturés; la ville de Paris fournissait de perruques l'Espagne, l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne et autres états." Colbert abandonna le projet des bonnets, et les perruquiers grandirent en prospérité: vers la fin du dix-huitième siècle, ils étaient au nombre de huit cent cinquante, avaient un prévôt, des gardes, des syndics, et charge héréditaire. "Ils ont droit et leur est attribué le commerce des cheveux en gros et en détail, comme aussi leur est permis de faire et vendre poudre, pommade, opiat pour les dents; en un mot, tout ce qui peut servir à la propreté de la tête et du visage."
Le rasoir étant instrument de chirurgie, le chirurgien avait aussi le droit de faire la barbe; mais sa boutique devait être peinte en rouge ou en noir, couleur de sang ou de deuil, sur laquelle se détachaient les bassin de cuivre jaune qui servait d'enseigne; le perruquier avait à sa porte des bassins blancs, en étain; la fantaisie seule choisissait la couleur de sa boutique. Et comme lui-même était moins grave, moins pesant que le barbier chirurgien! comme il nous paraît, dans les estampes, apprécier les privilèges de son art: faire les cheveux aux dames, les étager de manière à leur donner un aspect agréable, combler les lacunes et les cacher sous des nuages de poudre; fabriquer tours, toupets, chevelure entière pour messieurs les gentilshommes, gens de cour, d'église, de justice ou d'épée; bref, débarrasser chacun des soins journaliers du corps! 


Entrez dans cette boutique où travaillent les tresseuses, où l'on monte les coiffures préférées par les merveilleux, où l'on frise en crêpe, où l'on frise en boucles, où l'on répète les nouvelles que l'on sait, où l'on invente celles qu'on ne sait pas; faites-vous mettre suivant votre condition, votre âge et la mode du jour, les cheveux en bourse, en cadenette, en cadogan, à la grecque, perruque à la Fontange, à la brigadière, en bonnet, nouée à l'oreille, d'abbé, de palais, à marteaux, à simple nœud, à queue de rubans, etc.; examinez cette collection d'outils: fers à friser (pince à longues branches à mâchoires plate en dedans), fers à toupet (à branches rondes entrant dans une creuse) , cardes de toute sorte pour les cheveux, champignons à perruques, coquemard à faire chauffer l'eau, bouilloire, bouteille de fer-blanc pour porter l'eau chaude en ville, cornet à œil de verre et masque à poudrer, melons (étuis à perruque), zeste (bourse à tuyau pour poudrier), etc., etc.; regardez, écoutez, n'oubliez pas que cet artiste en cheveux est en même temps votre barbier, votre baigneur, qu'il descend peut-être du grand Binette (celui qui disait: Je dépouille la tête des sujets pour en couvrir celle du souverain) ; que peut-être vous vous trouvez dans la boutique de maître André, fabricant de perruques et de vers tragiques à la manière de ceux-ci:

                                                En tel état que j'aille, à pied comme en carrosse,
                                                Il m'en souviendra du premier jour de mes noces.

Songez pour un moment qu'en vous faisant accommoder, vous entendez parler du récent ouvrage de M. Diderot ou de M. d'Alembert, ou même du chapitre de l'Encyclopédie sur les perruques, ou des dernières audaces de M. de Voltaire; et comparez, si vous l'osez, la boutique des perruquiers du dix-huitième siècle avec celle du coiffeur du dix-neuvième. Figaro est mort; son petit fils n'a pas son esprit: il fait la barbe, taille les cheveux, coiffe au goût du jour et sait fabriquer des postiches sur tulle, imitant à la perfection la nature; mais aujourd'hui les hommes gardent leurs propres cheveux tant qu'il le peuvent. L'art des perruquiers serait en danger de se perdre chez nous sans les postiches et les fausses nattes à l'usage des dames.
Les travaux que l'on vient d'exécuter sur le quai de l'Horloge ont bien modifié l'emplacement qu'y occupaient au dix-huitième siècle, par ordre, les perruquiers en vieux. Ceux-ci ne rasaient point: ils n'étaient pas de barberie; au lieu d'un bassin, ils avaient pour enseigne un marmot, espèce de vieille tête de bois avec une très-vieille perruque. Ils pouvaient faire du neuf, mais à condition de mêler du crin aux vrais cheveux et de mettre au fond de la coiffe: perruque mêlée. C'étaient les perruquiers des pauvres gens.

Magasin pittoresque, 1862.

mardi 31 décembre 2013

Le jour de bal.

Le jour de bal.

On affirme que son premier Jour de Bal est pour une jeune fille une source d'émotions et d'appréhensions qu'elle ne retrouve plus qu'à l'heure des fiançailles. Eh bien! même chez la femme accoutumée à toutes les cérémonies mondaines, le Jour de bal provoque des soucis, des craintes, des terreurs: si elle n'allait pas être prête, pensez quelle catastrophe! Le charmant conteur Eugène Chavette va nous faire passer par toutes les transes de la dame qui veut aller au bal.

Dès le matin tout est en l'air, les armoires sont bouleversées: dentelles, diamants, rubans sont éparpillés sur tous les meubles, pour la toilette qui n'aura lieu que dans douze ou treize heures. Madame est impatiente, nerveuse, grincheuse. Elle attend!



Qui attend-elle? me direz-vous, car il n'est que dix heures du matin. Parbleu! elle attend Albert, le fameux Albert, le roi des coiffeurs, le Léonard du dix-neuvième siècle! Albert qui ne coiffe que des têtes en vogue! Albert chez lequel on s'est fait inscrire huit jours à l'avance! Albert qui, en une demi-heure, sait faire des cheveux de sa clientèle un chef-d'oeuvre capillaire.
Aussi trente noms des plus illustres du high-life féminin sont-ils inscrits pour aujourd'hui; mais, à une demi-heure par chacune de ces têtes charmantes, c'est quinze heures qu'il faut à l'intrépide grand homme pour arriver au bout de sa tâche.
On intrigue près de lui, mais encore faut-il qu'il commence par la première des trente têtes élues parmi la centaine. Cette première passera à dix heures du matin, et elle doit encore s'estimer heureuse.
Donc, il est dix heures, et madame s'impatiente! dix heures deux minutes! il n'est pas là! Albert manquerait-il de parole? Se serait-il laissé corrompre à prix d'or par une rivale? Horrible supposition, moment plein d'angoisse! "Mon Dieu, rappelez à vous mon mari, mais envoyez-moi Albert!!!"
Enfin, la soubrette accourt: c'est lui! A ce moment on quitterait son père au lit de mort, on ne ramasserait même pas la croix de sa mère, on sacrifierait tout pour ne pas faire attendre l'illustre praticien; car l'autocrate n'attend pas; la plus fière devient humble devant le grand homme, qui dicte ses ordres et impose ses volontés.
Il décide des rubans, des fleurs, des diamants.
On se tait, on obéit, car à la moindre insurrection, le maestro capillaire arrêtera son pyramidal coup de peigne
Enfin, madame est coiffée...coiffée par le fameux Albert! Il est onze heures du matin, et le bal est pour minuit.



Pendant treize heures, elle va rester raide, immobile, de peur de déranger le remarquable édifice. Au dîner, elle ne mangera pas; ce serait vouloir étouffer dans le corset qui doit dessiner sa fine taille. Les heures s'écoulent lentement dans le double tourment de l'immobilité et de la faim.
Voici enfin l'heure de s'habiller.
Alors les nerfs recommencent leur jeu et l'impatience se réveille.
Si le couturier Worth allait manquer de parole! car Worth, qui complète la paire d'illustrations à la gloire de ces dames, a bien voulu se charger du costume. Ce monarque de la toilette doit envoyer un de ses ministres à la dernière heure... dans une voiture qu'on lui a expédiée. De dix minutes en dix minutes, les courriers se succèdent, apportant des nouvelles... On finit la jupe...On achève le corsage...On retouche la ceinture... (Pour une dame du monde élégant, toute robe arrivée de chez le fournisseur deux heures au moins avant d'être mise n'est déjà plus une robe neuve.)
Bientôt minuit, et pas de robe! 
Enfin, elle arrive!
La porte cochère et toutes les autres sont ouvertes béantes pour que l'étoffe bien gonflée puisse entrer sans être fripée. Alors, on passe la robe. (Ah! Mon Dieu! prenez bien garde à la coiffure!) Toute la maison entoure la toilette endossée; l'essayeuse et ses deux femmes de chambre, au besoin la cuisinière, voire la concierge, tout le personnel féminin est mis en réquisition. 



L'une à genoux découd et recoud la jupe; l'autre serre la ceinture trop large; celle-ci débride les épaules. On ajoute un nœud, un ferret, une touffe, un ruban. On bouffe l'étoffe, et ci...et ça...mille ordres, mille soins, et, en fin de compte, madame n'est pas satisfaite...
La voilà donc habillée. On pense alors au mari, qui a regardé en silence, car un vieux parfum de prudence lui enseigne que ce n'est pas le moment de demander à sa femme le nombre de ses tabliers de cuisine. On monte en voiture; monsieur s'installe dans son coin, s'effaçant autant que possible.
Madame, au lieu de s'asseoir, s'appuie les genoux sur la banquette de devant, et, le corps courbé en avant, reste immobile pendant le trajet. On croirait qu'elle fait sa prière. Précaution insuffisante pour n'être pas froissée. Hélas! que n'a-t-elle la fortune qui permet à la comtesse de X... d'avoir une voiture spéciale pour aller au bal, haute de plafond et sans banquettes, dans laquelle, en se maintenant à deux fortes poignées, on se tient debout.
On arrive. Dans l'escalier, monsieur fait bouffer une dernière fois la robe. Dans l'antichambre, elle interroge la psyché sur sa toilette et sa coiffure, tout est intact. Sauvée! Mais on a l'estomac creux...Bah! on le calmera avec des glaces et un biscuit.
Il faut vaincre!!!
Dans un coin, en philosophe, le mari, peut être répétera ce mot: "La femme est une bien jolie idée qu'on a gâtée!"

                                                                                                             Eugène Chavette.

Mon Dimanche, Revue populaire illustrée, 26 avril 1903.