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mercredi 30 novembre 2016

Notre-Dame d'Afrique.

Notre-Dame-d'Afrique.


Bâtie sur une esplanade qui domine la mer et le village de Saint-Eugène, s'élevant ainsi à une hauteur de 124 mètres, cette église, commencée en 1858 par Mgr Pavy, terminée par Mgr Lavigerie, dessine une croix latine; le point de croisement des deux branches est surmonté d'un dôme ovoïde très élevé, entouré au chevet et sur les flancs de dômes de même forme mais moins hauts; du côté de la mer, l'entrée forme un péristyle assez écrasé, couronné par trois arcs plein-cintre; au dessus, le mur nu de la nef, encadré par deux tourelles cylindriques; du côté de la montagne, la sacristie, surmontée d'une tour carrée formant clocher, est précédée de deux tourelles encore cylindriques.




L'intérieur est d'un dessin sévère; le chœur entouré d'une balustrade de marbre blanc, est d'un bel effet, sous la lumière calme, presque indécise, que nuancent d'élégants vitraux; des ex-voto innombrables tapissent les murs où flottent en élégantes bannières; aux pieds de la Vierge-Noire, repose l'épée du maréchal Pélissier et celle du général Yusuf. Chaque dimanche, du haut de cet édifice grandiose dominant au loin la mer, le clergé chante les prières des morts pour les marins que les flots ont engloutis; ces chants et la bénédiction qui les accompagne, en face de cet horizon infini, offrent une scène des plus émouvantes.




Exposons à présent l'origine de la basilique de Notre-Dame d'Afrique.
Lieu d'un pèlerinage qui se fit d'abord dans le ravin de la vallée des Consuls, au pied d'un vieil olivier, dans le tronc duquel était placée une petite statue de la Vierge, Mgr Pavy, évêque d'Alger, y fit élever, en 1857, une chapelle provisoire, qu'a remplacé l'église actuelle, commencée, comme nous l'avons dit, en 1858, et consacrée en 1872 par Mgr Lavigerie.
Elle est due en partie aux demoiselles Agarithe Berger et Anna Cinquin. De condition sociale très modeste, la conformité de leurs goûts, leur même tendance à la piété avaient fait naître en elles une amitié inébranlable. Nées à Lyon, elles fréquentaient toujours ensemble la paroisse de Saint-Bonaventure, où était alors vicaire Mgr Pavy. Séduites par ses hautes qualités, elles lui avaient alors voué une affection profonde. Quand le vicaire auprès de qui elles puisaient des conseils spirituels fut désigné pour occuper le siège épiscopal d'Alger, elles allèrent à lui et sollicitèrent la faveur de l'accompagner dans notre colonie alors en proie au fanatisme musulman.
Leur requête fut agréée aussitôt, car Mgr Pavy résolut de s'en faire deux précieuses auxiliaires dans la création qu'il rêvait d'un séminaire aux proportions restreintes. Il réserverait à l'une la tâche délicate de l'infirmerie; à l'autre, celle, non moins exigeante de soin: la lingerie.
Le nouveau prélat et les deux saintes filles s'embarquèrent et abordèrent ensemble aux rivages africains. A peine installé, Mgr Pavy se mit en quête d'un lieu pour la réalisation de son projet. Son choix fut tôt fait. L'ancien emplacement du Consulat de France, dans la vallée des Consuls, délicieux site ayant pour abri le Bouzareah, convenait parfaitement à son but.
L'installation eut lieu dans les premiers jours du mois d'octobre 1846. Quelques élèves formèrent le noyau du petit séminaire; Agarithe Berger et Anna Cinquin préludèrent à leurs fonctions, auxquelles elles se sacrifièrent avec toute l'ardeur de leur foi et l'amour de leurs semblables.
Les maréchaux Bugeaud et Pélissier témoignèrent à plusieurs reprises de leur déférence aux aides de Monseigneur et leur firent part de leur satisfaction chaque fois qu'ils vinrent s'enquérir des besoins du nouvel établissement.
Encouragées ainsi dans leur penchant religieux, elles conçurent avec plus de netteté le rêve qu'elles caressaient souvent entre elles, c'est à dire la construction d'une basilique en l'honneur de la Sainte-Vierge. Elles firent part, à celui qu'elles appelaient leur père, de leur secrète ambition. Il sourit à leur projet. Mais avec quelle ressource donner corps à un songe? Comment ériger un semblable monument sans appui pécuniaire? Il épuisa d'abord son propre et mince avoir, réduisit sa garde-robe. Puis il fit appel à l'Algérie entière. Il eut la vive satisfaction de recueillir 80.000 francs, somme produite en grande partie par les quêtes que firent, habillées d'une robe et d'un voile noirs, ses deux dévouées associées dans cette oeuvre de foi.
Durant ce temps, l'habile architecte Fromage dressait les plans de la basilique. Comme nous l'avons dit, trois demi-coupoles devaient servir de contrefort à une coupole monumentale devant s'élever avec magnificence dans les cieux. Mais il fallait un demi-million. C'était l'implacable devis: nécessité fut donc de donner aux quêtes la plus grandes extension possible pour recueillir dans un pays encore peu peuplé de fidèles, une somme aussi considérable. Mgr Pavy n'épargna point ses démarches personnelles, ne mit aucune limite à ses fatigues et ses deux auxiliaires redoublèrent de zèle.
On recueillit le demi-million, mais la santé du digne prélat fut gravement compromise. La basilique de Notre-Dame d'Afrique éleva sa coupole superbe dans le ciel limpide de cette France nouvelle, et Mgr Pavy put contempler, avant sa mort l'oeuvre magnifique qui lui avait été inspirée par les deux saintes femmes.
"Quand Mgr Lavigerie, dit Mgr Ribolet, débarqua sur la terre algérienne, il trouva Notre-dame d'Afrique prête à s'ouvrir au culte. N'ayant pas pour l'ornementation de ce sanctuaire les mêmes ambitions artistiques que Mgr Pavy, il n'avait qu'à y dresser l'autel et à recevoir dans l'enceinte, les fidèles pressés de s'y grouper."
Les deux pieuses filles qui avaient été l'instrument de la Providence auprès de Mgr Pavy pour la fondation du pèlerinage, vécurent quelques années après lui. Agarithe mourut le 7 juillet 1875. Elle fut ensevelie, suivant son désir, dans la petite chapelle où son zèle s'exerça. Anna Cinquin s'éteignit le 26 janvier 1884. Elle dort maintenant son dernier sommeil dans la grande basilique, qui abrite aussi les restes mortels du grand évêque à qui l'on doit surtout Notre-Dame d'Afrique.
                                                                                                                Emile Hamont.

Le Magasin pittoresque, 15 février 1913.

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