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samedi 9 décembre 2017

Le monsieur qui a chaud.

Le monsieur qui a chaud.


Le monsieur qui a chaud n'a chaud que parce qu'il fait chaud le 2 septembre. Si nous étions en juillet, à la canicule, il aurait moins chaud ou tout au moins il ne se plaindrait pas. Ce qui l'offusque, c'est que la température est anormale; elle dépasse les limites, elle abuse, elle exagère.



Le monsieur qui a chaud attend avec impatience l'orage; il étudie le baromètre; il donnerait cinquante francs pour un bon coup de pluie; et quand la pluie arrive, il s'écriera: "Quel fichu temps! Au mois de septembre... si ce n'est pas dégoûtant!"
Le monsieur qui a chaud le 2 septembre n'a jamais eu aussi chaud. Il dîne et déjeune en manches de chemise. Il couche tout nu. Un seul drap lui est même insupportable. Il ne porte pas de gilets. Sa cravate n'est plus qu'un fil.
Il est accablé, éreinté, exténué. Il ne peut ni marcher, ni dormir. Vous le voyez dans la rue, traînant ses pas, l'air malheureux. De temps en temps, il passe un doigt entre le col de sa chemise et sa peau pour décoller la batiste. Celle-ci est toute imprégnée de sueur. On n'a jamais vu ça.
Le monsieur qui a chaud profite de la circonstance pour boire un bock de plus par jour. 



A quelque chose chaleur est bonne. Le monsieur qui a chaud est vexé de la chaleur, bien moins que son importunité que parce qu'elle dérange ses habitudes et ses plans. Il avait quitté la mer, il la regrette; il voulait fréquenter les théâtres, il ne peut pas; il avait commandé des habits de demi-saison et le voilà forcé d'user jusqu'à la corde les alpagas défraîchis de juillet et d'août.
En somme, le monsieur qui a chaud est surtout un routinier. Il ne veut pas plus de chaleur en septembre, que de froidure en juin. Il est habitué à une certaine échelle thermométrique, suivant les saisons. C'est un traité passé entre le Parisien et la Providence. Quand la Providence manque à son traité, le Parisien est implacable et envoie l'huissier.

Physiologies parisiennes, Albert Millaud, illustrations de Caran d'Ache, Job et Frick, à la Librairie illustrée, 1887.

vendredi 8 décembre 2017

Le bon badaud.

Le bon badaud.


Le bon badaud s'est levé de bonne heure. Il a appris par son journal qu'un crime a été accompli quelque part, à Paris: rue Caumartin, par exemple. Rentier, ou employé d'un petit ministère, ou commis dans quelque magasin, avant d'aller à ses affaires, il se rend d'un pas accéléré vers le théâtre du crime, et se plante en arrêt devant l'immeuble incriminé.




Il y rencontre d'autres badauds comme lui, arrivés avant, pendant et après, et tous, rangés, groupés sur le trottoir d'en face, ils contemplent avec plénitude les fenêtres de l'appartement où le drame s'est passé.
Peu à peu, la conversation s'engage entre les badauds et chacun discute. Il y a là des vieux et des jeunes, un homme décoré, quelques concierges du quartier, plusieurs garçons bouchers, des mitrons, un jeune télégraphiste qui en oublie ses dépêches, deux ou trois femmes en bonnet. 



Tous regardent des vitres pareilles aux autres vitres, des chapiteaux ressemblant à d'autres chapiteaux, une porte cochère modelée sur une autre porte cochère. Ils attendent un événement qui n'arrive jamais, dévisagent les gens qui sortent de la maison, s'approchent timidement de ceux qui entrent, pour voir, pour deviner ce qu'ils peuvent y aller faire.
- C'est au deuxième, disent-ils.
- Non, c'est au troisième.
- Il parait qu'elle était riche.
- C'est bien fait, c'était une fille.
- Elle trompait son amant.
- La bonne aurait dû entrer quand même.
- Si j'étais de la police, je sais bien ce que je ferais.
- On dit que c'est un Américain.
- Les Américains n'ont pas de rasoirs, ils n'ont que des revolvers.
- Alors, c'est un Anglais.
Le groupe s'épaissit. D'autres badauds sont intervenus. Ils ne savent pas ce dont il s'agit. Ils regardent parce qu'on regarde. On les met au courant. Un assassinat! On demande des détails. Il y a là un monsieur qui est arrivé avant tous les autres et qui a l'air d'en savoir plus long. Celui-là transmet l'histoire à un deuxième qui se substitue à lui. Pressé, il s'en va, laissant sa survivance à un troisième, et ainsi de suite. Ce pèlerinage dure plusieurs jours, et va en diminuant. Le badaud rentre chez lui satisfait. Il n'a rien vu, il ne sait rien, mais il peut décrire une maison de Paris, faite comme les autres. C'est un souvenir qu'il racontera à ses enfants.
Le badaud est infini. C'est lui qui s'arrête devant un camion renversé ou un cheval abattu. Il assiste à la catastrophe. On relève le camion, on emporte le cheval. Le badaud reste en place, pour conter l'aventure aux survenants. Cinq heures après le groupe continue à stationner. Il n'y a plus là un seul des badauds qui ont vu. Ce sont des badauds approximatifs, qui ont déjà brodé sur l'histoire. C'est le badaud par ouï-dire, remplaçant le badaud de visu.
Le badaud n'est pas dangereux, mais il a des conséquences funestes. C'est à cause de lui que des vol-au-vent arrivent trop tard chez les particuliers et que les domestiques mettent cinq heures pour aller porter une lettre à la poste.





Physiologies parisiennes, Albert Michaud, illustrations par Caran d'Ache, Job et Frick, à la Librairie illustrée, 1887.

Ceux de qui on parle.

M. Leloir.


M. Leloir n'est pas seulement un grand artiste; c'est aussi un artiste très grand. La longueur de ses jambes est remarquable. Quel est l'habitué de la Comédie-Française qui n'a pas quelquefois oublié la pièce représentée pour compter en combien d'enjambées M. Leloir traversait la scène? L'un de ses pieds est encore au bord du trou du souffleur, que l'autre pénètre déjà dans les coulisses.





Cette particularité physique a-t-elle nui à la carrière de M. Leloir? Bien au contraire. Si j'aimais les calembours, je dirais que la longueur de ses jambes lui a permis d'avoir un pied dans tous les genres, mais je laisse ces plaisanteries à Gugusse et à Willy*.
Les avantages que M. Leloir doit à sa haute stature, c'est la gravité qu'elle donne à son personnage et dont il sait tirer à l'occasion (comme dans l'Avare) des effets si dramatiques; c'est l'air protecteur et paternel de ce Bonhomme Jadis, dont la robe de chambre recouvre mal deux jambes dégingandées.
Néanmoins, la haute taille de M. Leloir n'a évidemment qu'une part très minime dans ses succès. D'autres dons physiques ont servi bien davantage ce comédien. Tout d'abord sa voix, qui est claire, nette, mordante, et juste assez nasillarde pour se faire remarquer sans déplaire. Mais ce qui caractérise surtout M. Leloir, c'est son habilité à composer son visage, ce sont ses jeux de physionomies et ses grimaces.
Quand M. Coquelin Cadet veut faire rire, il s'avance au milieu de la scène, regarde le public, et lui fait une large et irrésistible grimace. M. Leloir, qui n'a pas pour unique préoccupation de faire rire, étudie ses rôles, cherche à les incarner et à exprimer, par sa physionomie, à mesure qu'il joue, les sentiments fugitifs dont l'ensemble donne à son personnage sa figure. Ce jeu n'est pas tout à fait spontané ni follement comique, mais il est très raisonnable, et il a permis à M. Leloir de réussir aussi bien dans les créations dramatiques que dans la pure comédie. Il a même dramatisé certains rôles, qu'avant lui on avait cru comiques.
La carrière de cet artiste fut tout entière consacrée au théâtre. Il n'avait que seize ans quand il remporta au Conservatoire un premier accessit de comédie. Deux scènes: le troisième Théâtre Français (plus tard Déjazel), puis le Gymnase, furent les échelons qui le conduisirent à la Comédie-Française, en 1880; Il avait alors vingt ans. Il n'a plus quitté ce théâtre. On prétend même qu'il démissionne beaucoup moins que ses collègues. Est-ce parce que, faisant partie du comité de lecture du Théâtre-Français, d'historique mémoire, il a conscience de la responsabilité qu'il supporte et de la portée des exemples qu'il donne?
C'est un artiste rangé et un maître qu'on vénère.
Il a écrit un ouvrage sur l'Art de dire. Il a écrit aussi, car il faut tout révéler, des pièces de théâtre estimant apparemment que l'art dramatique était trop négligé et qu'il était grand temps que les acteurs travaillassent eux-mêmes à leur répertoire. Ne résoudrait-on pas bientôt l'épineuse question du comité de lecture si l'on faisait écrire les pièces par la maison même? Leloir, Coquelin Cadet, Truffier, Mounet-Sully même suffiraient pour remplir la scène pendant les premiers temps. Viendrait ensuite le tour des autres: les nouvelles recrues apporteraient leur bagage et pour les aider on créerait au Conservatoire une classe de composition dramatique. Il y a là une idée à creuser et une place à prendre. Je vous livre l'un et l'autre, chers lecteurs, avec le plus parfait désintéressement.

                                                                                                                Jean-Louis.

Mon Dimanche, revue populaire illustrée, 7 avril 1907.

* nota de Célestin Mira: Gugusse et Chocolat étaient un  un duo de clowns célèbres français




Gugusse et Chocolat.
Chromo réalisée pour le Bon Marché en 1911
.


Pour Willy, il s'agit probablement de Henri Gauthier-Villars, dit Willy, journaliste et romancier et qui futle compagnon de Sidonie Gabrielle Colette, la célèbre romancière.




mercredi 6 décembre 2017

L'arbre à pain.

L'arbre à pain.
Légende Taïtienne.



En ce temps-là, le merveilleux Eden qu'est l'archipel de Taïti fut ravagé par un cyclone et par un déluge, qui détruisirent toute végétation et tuèrent les animaux qui auraient pu servir de nourriture aux habitants.
Aussi la famine ne tarda-t-elle pas à régner en maîtresse et les Taïtiens furent les plus malheureux des hommes.
Une nuit que Popoï, le roi de l'île, songeait aux calamités qui désolaient son royaume, le dieu Iapo lui apparut et lui commanda de se sacrifier pour sauver ses peuples.
- Mais encore que faut-il faire? demanda le souverain, prêt à tout pour racheter Taïti de la colère des dieux.
- Ecoute, dit Iapo.
"Tu te rendras dès demain en haut de la colline de Roreita, et tu resteras immobile, les bras étendus jusqu'à ce que tes trois plus jeunes enfants viennent te retrouver.
- Et ensuite?
- Ensuite, tu laisseras faire les dieux, mais sache que la famine sera enrayée, et tes peuples mangeront et c'est toi-même qui les nourriras.
"J'ai dit.
Popoï ouvrit les yeux: le dieu avait disparu.
Avait-il rêvé ou avait-il vraiment parlé au dieu? Toujours est-il que, le lendemain, il quitta son palais sans rien dire à personne, ni de son rêve ni de ce qu'il allait faire, et se mit en route vers la colline de Roreita, dont le sol, émergeant depuis peu de l'inondation, était encore marécageux.
Au premier rayon de soleil, le souverain s'agenouilla et se plaça ensuite, comme lui avait conseillé le dieu, les pieds dans l'humus qui semblait les aspirer déjà, et les bras étendus.

***

Les jeunes princes royaux s'étaient réveillés, s'agitant sur leur couche d'herbes et tout étonnés de ne pas voir leur père à sa place habituelle.
L'aîné pensa qu'il était allé en chasse, dans l'espoir de capturer un problématique gibier, et il fit part de son idée à ses jeunes frères.
- Sortons donc, répondirent ceux-ci; peut être pourrons-nous l'aider.
Et, quoique en peine, les bambins sortirent de la case royale.
Comme ils commençaient à gravir la Roreita, ils aperçurent, au sommet la silhouette de leur père, mais, outre qu'il avait grandi, un certain changement s'était produit dans son anatomie.
Ses pieds semblaient avoir épousé le sol et ses orteils s'allongeaient comme des radicelles; ses bras, ses doigts, ses cheveux subissaient la même métamorphose, au point que les bambins, effrayés, crurent s'être trompés et voulurent rebrousser chemin.
Mais c'était bien Popoï, leur père, le roi de Taïti; ils n'en purent plus douter quand ils s'entendirent interpeller par la vois chérie et très connue.
- Enfants, remerciez les dieux...
"Iapo est venu me trouver cette nuit et m'a choisi pour sauver mon peuple de la famine.
"Il a voulu que vous fussiez les premiers à le savoir et les premiers à vous nourrir de ma chair.
"Car c'est ma chair que vous allez manger, ô mes fils!
"C'est ma chair que vous mangez mes peuples, mais tous, vous serez sauvés de l'horrible mort...
Et comme les enfants royaux s'agenouillaient, éclatant en sanglots, le chef dit encore:
- Séchez vos larmes, mes fils, et adieu.
Taïti est sauvé, je suis content."




Alors, devant les pauvres bambins tout stupéfaits, Popoï sembla perdre sa nature humaine: ses pieds s'allongèrent en racines et s'enfoncèrent définitivement en terre; son corps perdit sa mollesse et revêtit bientôt la couleur et la dureté du bois; ses bras et sa tête disparurent sous une feuillée luxuriante que vinrent bientôt orner de beaux fruits, de ces fruits qui allaient nourrir, dans un instant, toute une population affamée.

***

Ainsi naquit, du moins, c'est la légende qui le raconte, le jacquier ou autocarpe, plus connu sous le nom d'arbre à pain, et dont les fruits servent aux indigènes à confectionner le substantiel popoï, un des mets les plus recherchés des indigènes taïtiens.

                                                                                                                    R. Montclavel.

Le Magasin pittoresque, 1er Août 1913.

mardi 5 décembre 2017

Château-Morand.

Château-Morand.


Ce château, qui date de 1520, bien que remanié plusieurs fois depuis, a gardé de son origine certaines parties marquées du caractère authentique de l'époque qui les édifia. Tel qu'il nous reste, il est intéressant à visiter; pour le touriste et l'archéologue, il est curieux; pour l'amateur des faits éloignés de notre histoire, pour le chroniqueur épris d'études sur les personnages disparus, il est parlant, il est hanté!...



Saint-Martin d'Estreaux
Entrée du Château-Morand.

Si cette demeure à l'entrée majestueuse abrita la grande famille des Château-Morand, elle eut surtout l'honneur insigne de voir naître en ses murs la belle Diane, chantée dans l'Astrée*.
Vers 1556, en effet, une petite enfant y naissait, animant bientôt de ses cris les appartements magnifique et la somptuosité du parc. Fillette mignonne, elle parcourut à menus pas le dédale de couloirs, courant partout, se faisant aimer de tous par sa gentillesse et sa beauté précoce. Fille unique d'Antoine de Château-Morand, seigneur et baron "du dit" et de Gabrielle, de la grande famille des Lévis, Diane tint en sa main, en venant au monde, les possessions de Château-Morand, Beauverty, Changy, Pradelles et Vachières, Cholier, Bournat, Pierrefite et Montormenté. 
Élevée avec tous les soins que demandaient son rang et sa grande fortune, elle devint une jeune fille accomplie. Elle étudia avec avidité et s'instruisit en toutes choses avec une ardeur rare chez une femme de son temps. Les langues étrangères, même le latin et le grec, lui devinrent familières. Les nobles exercices, comme l'équitation et la danse, n'eurent plus pour elle aucun secret; elle était musicienne et artiste dans le sens vrai du mot, sachant savourer et apprécier la musique française et étrangère en dilettante. Les littératures modernes ou anciennes, celles de notre pays comme celles de l'extérieur, étaient son régal journalier.
Plus d'un noble regard la suivait, lorsque, en société, sur la terrasse du manoir paternel, elle causait avec la gracieuse fougue qu'elle mettait à toutes choses, ou bien, lorsque, à cheval, elle suivait une chasse, magnifiquement vêtue, dirigeant sa haquenée avec maestria...
Alors, dans le feu de la conversation ou dans la vivacité de la course, ses traits s'irradiaient encore de l'étincellement de son intelligence merveilleuse, de la vie superbe qui émanait de toute sa beauté.
Aussi, à quinze ans à peine, en 1571, ayant cependant assez frôlé les parois de la vaste demeure pour y avoir semé des regrets, elle fut  fiancée à Anne d'Urfé. Les deux époux étaient fameux par leur position dans la noblesse du Forez, comme nous l'apprend le contrat de mariage conservé dans les Archives de la Cour d'appel de Lyon. Anne portait le titre de gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et il était l'aîné de Jacques d'Urfé, chevalier de l'ordre du roi, seigneur de la Bastie et d'une foule d'autres lieux, bailli du Forez. Il avait pour mère Renée, de l'illustre maison de Savoie, comtesse souveraine du Tende et du Marc. Nous connaissons d'autre part les titres du père de Diane.
Certains prétendirent que l'union d'Anne d'Urfé avec Diane le Long de Cheuillac de Château-Morand ne fut, pour le jeune seigneur de la Bastie, qu'un mariage de convenance. Il aurait été vivement épris de Marguerite Gaste, femme de Jacques d'Apchon, seigneur de Montrond, et il se serait résigné à ce mariage surtout pour plaire à son père, qui, avec ses douze enfants à pourvoir, désirait vivement que l'aîné de sa race épousât la riche héritière de Château-Morand.
D'autres ont trouvé Anne d'Urfé fort épris de la belle Diane, et nous nous rangeons de leur côté. Littérateur et artiste, comme tous ceux de sa maison, il vit en elle une compagne idéale; d'une âme sensible et enthousiaste, il devint l'esclave de cette beauté sans pareille; jeune comme elle (à peine un an de plus), grand seigneur, beau, d'un caractère calme, mais plein de volonté dans ses déterminations... il l'aima... de toute la force de son être...
Mais... et dans ce mais tient tout le mystère de cette existence de femme sur laquelle les chroniqueurs nous disent si peu... mais Diane l'aima-t-elle? Fut-elle si dépourvue de sentiment que les avantages du rang la laissassent insensible?... Ce rang fut illustre, cependant, puisque son époux devint bailli du Forez après la mort de son père, et qu'il fut simultanément capitaine de 200 chevau-légers, mestre de camp, lieutenant de la Ligue, lieutenant-général du roi en Forez, conseiller d'Etat, conseiller privé, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit... Fut-elle si froide, si indifférente devant cet amour que sa beauté inspirait, qu'elle ne répondit jamais à l'affection qu'elle avait inspirée à son seigneur?... On ne sait.
Après vingt-cinq ans d'une union sans joies, où le bailli multiplia vainement ses amabilités, où il composa pour sa dame jusqu'à cent sonnets, pourquoi demanda-t-il à Rome l'autorisation de se séparer de Diane et entra-t-il dans les ordres?... Stupéfiante décision de la part d'un gentilhomme de quarante-trois ans, riche, d'une grande famille, comblé de dignités, et qui aimait d'un attachement extrême tout ce qui était de sa maison!... L'imagination du romancier, préoccupée du mystère qui entoura cette rupture, fait dire à Anne au moment décisif du départ: "Nous ne nous sommes pas compris, nous n'étions pas faits pour nous comprendre... Alors que mon âme vous vouait un amour sans bornes, votre indifférence et votre insensibilité inconcevables me détachaient, douloureusement, comme malgré moi et peu à peu, de votre froideur invincible... Et... je n'ai plus voulu, ici-bas, aimer qui que ce fût après vous avoir tant aimée!... J'ai demandé à Dieu de consoler mon coeur meurtri..."(1)
Et cependant, deux ans après, en 1600, Diane de Château-Morand épouse Honoré d'Urfé, le cinquième frère d'Anne!... Honoré, de douze ans plus jeune qu'elle!... Honoré, fin littérateur déjà renommé... qui eût dû connaître son vilain caractère, l'ayant pu apprécier à la Bastie!... Plusieurs disent qu'il l'épousa uniquement pour conserver à sa maison les biens de la riche héritière... mais on ne peut croire à un calcul aussi bas de la part d'un homme au caractère si élevé... surtout quand il a déclaré lui-même avoir chanté Diane et son amour dans l'Astrée. Qu'on s'y reporte, et l'on verra dans ces phrases de feu quel amour que la belle Diane sut inspirer encore au dernier-né de la grande race!... Amour aussi grand que celui de son aîné... et qui devait finir de la même manière, puisque, en 1606, il la quitta sans formalités légales: "Cette femme est un mystère, pouvait-il dire à son frère aîné, à qui le romancier cité plus haut lui fait conter sa peine: elle fascine comme le chant des sirènes et entraîne dans la mort!... Et, quittant Diane, aussi, par un matin triste, comme celui où Anne était parti, il lui lança ces mots, que l'on retrouve en partie dans l'Astrée: "Las!... madame... votre beauté est grande, votre esprit est orné, mais votre âme est vide d'idéal et de dévouement maternel... Le raffinement de votre coquetterie fait votre seule vertu!..."
Diane, après son premier abandon, revint habiter Château-Morand, renonçant à tout jamais à la Bastie, à ses trésors artistiques, aux d'Urfé et à leur luxe. Libre et riche, elle restaura son château, l'embellit, en souvenir sans doute de la belle loggia de la Bastie, qui existe encore; elle y organisa des fêtes et des réceptions où elle montra sa beauté, où elle fit pétiller son esprit et miroiter sa vaste intelligence. 



Saint-Martin d'Estreaux
Le Château-Morand.

Puis, avec Honoré, fière d'avoir reconquis un d'Urfé, elle vécut dans ce tourbillon de plaisirs qu'elle aimait...lançant son époux dans cette vie factice qui était la sienne.
Lorsque Honoré l'eût quittée, parce que, rapportent quelques auteurs, elle s'entourait de grands chiens qui salissaient les appartements, elle s'ensevelit dans son manoir.
Et depuis, il a pu glisser dans ce parc bien des êtres, il a pu s'accouder à ces fenêtres bien des personnes... Pour nous, en parcourant ces salles, en contemplant cette façade du XIIe siècle qui donne accès dans les jardins, en plongeant le regard dans la profondeur des eaux bleues de l'étang calme, il ne nous reste qu'une image, celle de Diane la belle, il ne nous reste qu'un harmonieux son, retrouvé là, montant de partout... la voix de cette enfant mignonne, la voix de la grande dame, dominatrice et hautaine, la voix de la châtelaine deux fois abandonnée, digne, dédaigneuse et souverainement belle, jusque dans la mort, qui la prit vers 1620.

                                                                                                                           J. Lasserre.

(1) Diane de Château-Morand, dame d'Urfé. - Ollendorff, éditeur.

Le Magasin pittoresque, 15 septembre 1913.

* Nota de Célestin Mira:







lundi 4 décembre 2017

Soldats d'autrefois.

Soldats d'autrefois.


Les soldats d'aujourd'hui ne ressemblent guère aux soldats d'autrefois: les mœurs ont changé, la caserne n'est plus la même. Il ne faut d'ailleurs pas trop s'en plaindre.
Il est à propos d'établir un parallèle entre l'armée moderne et la vieille armée, de suivre ses transformations à travers les siècles.
Nous sommes aujourd'hui au dernier terme de l'évolution du service militaire, au terme de l'égalité aussi parfaite que possible de tous les citoyens d'une même patrie devant le noble impôt du sang.
On ne peut plus prévoir que des modifications de durée dans le service personnel ou de suppression absolue au jour si lointain où, d'un consentement unanime des nations, s'élèvera à La Haye le temple de la Paix universelle.
Mais que d'étapes dans notre vie militaire, pour en arriver au principe démocratique du service personnel obligatoire et égal, tel que le réalise la loi de 1905, - que d'étapes depuis l'époque sans remonter plus haut que la fin du XVe siècle, où, sous Charles VIII, l'armée française fut "chose nouvelle et de grande épouvante" à l'Italie par son impétuosité, sa "furia": la chose et le mot datent de là!
Beaucoup de ces soldats n'avaient pourtant de français que le nom et les étendards fleurdelisés. C'étaient de véritables esclaves vendus comme les gladiateurs romains aux enchères du marché, des prisonniers de guerre, des bandits en rupture de ban, des criminels aux abois, des meurt-de-faim.
Des bandes entières de reîtres allemands ou lansquenets suisses se louaient aussi au plus offrant, aujourd'hui d'un parti, le lendemain de l'autre.
Jusqu'à Louvois, ce régime mercenaire dura ouvertement; il fut réprimé par des ordonnances royales, mais, comme le trafic rapportait gros, les marchands d'hommes continuaient clandestinement leur métier; il suffisait d'intéresser à leurs affaires quelque grand seigneur ou, en y mettant le prix, la police elle-même. Ils fournissaient aux officiers ces passe-volants que, les jours d'inspection des contrôleurs, ils faisaient figurer dans le rang pour compléter leurs compagnies au chiffre du tableau de solde.
Toujours traqués, les marchands d'hommes trouvèrent le moyen de subsister, même au temps révolutionnaire des levées en masse, et ils firent surtout florès sous la période corrompue du Directoire.
Avec le Consulat cessa le scandale, sinon le trafic, et, sous l'Empire, Napoléon, s'il ne supprima pas le remplacement, tint cependant la main à ce que l'honorabilité de l'armée ne fût pas atteinte. A cette époque, il y avait tirage au sort avec bons et mauvais numéros, mais, sous peine de transportation à la Guyane, ceux-là seuls étaient admis comme remplaçants qui n'étaient ni réfractaires ni insoumis. Aussi le prix du remplacement était-il très élevé et il n'y avait que les gens très riches qui pouvaient exempter leurs enfants du service personnel, surtout vers la fin de l'Empire où la guerre n'avait plus assez de conscrits à donner. Il n'était pas rare que le jeune homme fortuné fût obligé de se faire remplacer plusieurs fois et il arriva même qu'il dut, malgré cela, marcher enfin de sa personne.
Ce contingent des exemptés, levés en 1804, à un nom dans l'histoire militaire de l'Empire et se signala héroïquement pendant la campagne de France. On appelait ces soldats improvisés les "Marie-Louise", du nom de l'impératrice qui avait signé à Paris le décret de leur mobilisation.
Tout en marchant, ils apprenaient, des vieux cadres, des hommes de bronze qui avaient conquis l'Europe en chantant, cette abnégation, cette insouciance qui constituent les meilleures qualités militaires. Jetés dans la fournaise des batailles quinze jours après leur incorporation, c'étaient pourtant des Marie-Louise, ces cuirassiers qui, sachant à peine se tenir à cheval, enfonçaient cinq escadrons et sabraient avec fureur à Valjouan, ces chasseurs dont le général Delort disait, au moment d'aborder l'ennemi, que l'empereur avait perdu la tête à vouloir le faire charger avec des cavaliers pareils. Et cependant ces cavaliers novices traversaient Montereau comme une trombe et mettaient en débandade les vieux bataillons autrichiens massés dans les rues.
Au maréchal Marmont, qui le voyait rester fixe sous un feu meurtrier, indifférent à la musique des balles, un autre Marie-Louise répondait ce mot épique: "Je tirerais aussi bien qu'un autre, mais je ne sais pas charger mon fusil."
Des Marie-Louise encore, les conscrits du 28e de ligne qui, un contre quatre, au combat de Bar-sur-Aube, se maintinrent dans la position de Lévigny sans autre arme que la baïonnette, et aussi les voltigeurs du 14e régiment de la Jeune Garde qui, à Craonne, défendirent la crête du plateau pendant trois heures, sans canon, contre les batteries prussiennes qui en fauchèrent 650 sur 920!
A la chute de l'Empire, avec le retour des Bourbons, le sentiment national, qui ne datait bien que de la Révolution, perdit de sa vivacité. Ce n'était plus le pays que l'on servait, mais le roi, et il y eut des régiments suisses, comme il y en avait eu, en même temps que des allemands, sous l'ancien régime.
Même sentiment militaire sous Louis-Philippe, hors que les étrangers ne sont plus appelés à servir que dans cette Légion d'Afrique qui a fait depuis merveille sur tant de champ de bataille.
Avec le Second Empire, l'Etat se fait lui-même marchand d'hommes, mais tout l'argent touché à ce chef ne sert pas à fournir des remplaçants, aussi y-a-t-il des vides dans les contrôles, et d'ailleurs les "cochons vendus" rengagés laissent beaucoup à désirer à tous égards, au point de vue de la condition comme à celui de la tempérance.
La République imposa le service personnel obligatoire, mais avec les dépenses multiples et le privilège du volontariat d'un an. L'idée démocratique a eu raison de ce régime d'exceptions et il ne reste plus, avec la loi nouvelle, aucun vestige de faveur et d'inégalité. Tout français valide ira désormais de sa peau, comme on dit à la caserne et ailleurs, et se fera au besoin tuer pour son propre compte.

                                                                                                                 Noël Marty

Le Magasin pittoresque, 1er janvier 1913.

dimanche 3 décembre 2017

Jean-Henri Fabre.

Jean-Henri Fabre.


Pour bien connaître le père Fabre, ainsi que les Sérignanais désignaient naguère l'illustre savant, il faut le voir dans le modeste domaine qui, situé à l'entrée du village vauclusien, est à la fois l'Eden des insectes et la résidence de leur Virgile.
La première rencontre, j'allais dire le premier choc, avec le naturaliste, surprend et déconcerte; Fabre n'a ni geste d'accueil, ni parole amène; analyste toujours, de ses prunelles brillantes il observe, examine, scrute.



Jean-Henri Fabre.

Si le visiteur à l'heur de le conquérir, il enlève le large chapeau de feutre noir comme vissé à sa tête; chez lui, la politesse banale prend l'allure d'un hommage.
Alors il témoigne vite de la confiante simplicité des êtres qui ont vécu sans se préoccuper des mesquineries d'une civilisation toute de façade.
Au sens ordinaire et mondain, rien de saillant dans sa longue existence, qu'un labeur obstiné a entièrement remplie.
Fabre n'a guère vu de rose que les bruyères de Saint-Léons, localité du haut Rouergue où il est né en 1823; ses parents, de rudes cultivateurs, arrachaient péniblement au sol aride le pain de la nichée.
Comment dans ce milieu d'ignorance et de gêne, s'éprit-il, dès l'enfance, des sciences naturelles? Il ne se l'explique point.
Mais il a, déclare-t-il, été entomologiste, étudiants papillons, chenilles, abeilles, vermisseaux, têtards, etc., à l'âge des jeux de balles et de billes.
Plaisamment, il conte ce qu'était en 1830 une école de hameau, énumère les attributions diverses de l'instituteur. Le malheureux cumulait les emplois d'horloger communal, de crieur public, chantre paroissial, sacristain, sonneur de cloches, secrétaire de mairie; ses élèves passaient au dernier rang de pareils soucis.
Si quelques-uns apprenaient à lire, tant mieux! ils y avaient mis de la bonne volonté.
Fabre, lui, ne tarda pas à déchiffrer l'alphabet, grâce à un livre orné d'illustrations que son père rapporta d'une foire. les initiales de reproduction d'animaux facilitèrent ce début.
- Les bêtes me favorisaient déjà, remarque-t-il; et il cite le commencement de leurs communes relations.
Dans l'une de ces promenades d'exploration chères aux enfants, au creux d'un rocher, l'écolier découvrit un nid renfermant six jolis œufs bleu pâle. Sans égard pour le père et la mère qui voletaient en jetant des cris plaintifs, il prit l'un des œufs, se réservant de venir s'emparer plus tard des oisillons.
La rencontre du vicaire modifia ce beau projet.
- Ah! tu as volé un œuf de saxicole! tu vas vite le remettre dans son nid...
Le petit Fabre, qui, d'ailleurs, obéit à l'abbé, retint surtout de sa remontrance le mot de saxicole.
"Tout comme nous, les bêtes ont des noms" songeait-il.
Un peu plus tard, le latin lui en révélait la signification: saxicole, habitant des rochers: "Ainsi, dit-il, naissait le vocabulaire qui devait un jour me permettre de saluer par leurs vrais noms les acteurs de la scène des champs, les mille fleurettes nous souriant au bord des sentiers."
Du village de Saint-Léons, Jean-Henri Fabre va à Rodez; les professeurs du petit séminaire, dont il sert la messe, l'admettent dans leurs classes, mais son invincible penchant vers la science entomologique l'empêche de profiter beaucoup de l'aubaine qui ne fut que momentanée.
Chez ses parents, la gêne était devenue de l'extrême misère: ils n'avaient plus que de quoi subvenir aux dépenses absolument nécessaires.
Alors commencèrent pour le jeune écolier des années d'études fantaisistes et vagabondes qui, fait extraordinaire, aboutirent à son admission à l'école normale d'Avignon.
Aujourd'hui, levant bien haut sa tête fine et intelligente, le savant célèbre peut nous dire:
"Je n'ai jamais eu de maîtres, et c'est tant mieux; ils auraient gâté ce qui était en moi."
La même idée, il la développe dans ses Souvenirs:
"L'étude solitaire a sa valeur: elle ne nous coule pas dans un monde officiel; elle laisse pleine originalité. Le fruit sauvage, s'il arrive à maturité, offre un mélange d'amertume et de douceur dont le mérite s'accroît par le contraste."
Maintenant, le voilà professeur à Carpentras en 1841. Que sera l'enseignement d'un tel maître?
La chose la plus intéressante et la plus originale du monde.
Quoique privé de ressources, loin de chercher les répétitions bien payées, il en prodigue de gratuites aux élèves doués et studieux, dans le but, il nous l'avoue, d'augmenter son bagage personnel de science.
"Je me suis instruit en instruisant les autres." Jamais il n'a perdu ni ne perd de vue la mystérieuse entomologie; mais il doit acheter la liberté des voies au milieu des insectes. A Carpentras, Fabre prépare examens et thèse de licence ès science; muni de ce nouveau diplôme, il est envoyé à Ajaccio. Son enthousiasme pour l'île de beauté est grand. Il en aime l'aspect étrange, le littoral abrupt couvert de coquillages bizarres, mais les fièvres du pays malsain l'obligent à fuir; le lycée d'Avignon le revoit malingre, besogneux, forcé de peiner davantage pour assurer le pain quotidien à sa femme et à ses enfants. Cette période douloureuse de la vie de Fabre fut illuminée par un rayon de faveur officielle. Tandis qu'il espérait retirer de sérieux bénéfices d'un procédé chimique de teinture, Victor Duruy, inspectant les établissements d'instruction du Combat, lui rendit la plus inattendue et la plus flatteuse des visites.
Le fils de l'ouvrier des Gobelins, qui fut un ministre éminent, apprécia les exceptionnelles facultés du fils des paysans aveyronnais. Bientôt le ruban rouge se noua à la boutonnière de J.-H. Fabre; mais de l'honneur, il ne battit pas monnaie. On était alors en 1863.
Son invention avait été nulle en résultats pratiques, et ses idées trop indépendantes mécontentaient de maladroits directeurs.
Heureusement la notoriété qu'il commençait à conquérir lui permit de vendre, à une maison d'édition, toute sorte d'ouvrages destinés à l'enseignement des enfants.
Enfin, après une station dans un faubourg d'Orange, Fabre réalise le rêve toujours caressé, toujours fuyant dans la nébulosité de l'avenir; il arrive à posséder l'Harmas de Sérignan: il lui avait fallu quarante ans de lutte pour obtenir ce laboratoire!



Entrée de l'Harmas de Sérignan. 

"Un peu tard, ô mes beaux insectes! s'écrie-t-il; je crains bien que la pêche me soit présentée alors que je n'ai plus de dents pour la manger."
Dans le midi, on appelle harmas un champ en friche; l'ancien professeur n'a point cultivé la petite étendue de terre située au sommet du coteau, en face du Ventoux, le géant provençal.
Il l'a entouré de murs, y a fait construire une habitation simple, gaie, rustique, et n'en est sorti que pour suivre les fuyards de l'Eden. s'ils s'éloignaient des touffes de thym, de lavande, des buissons de romarin, des plantes de serpolet, de sauge, des arbousiers, des pins, des tas de sable, de l'eau dormante, le tout disposé selon leurs goûts, leurs habitudes, leurs préférences, c'est que l'instinct commandait cette émigration.




Vue de l'Harmas de Sérignan. 

Le grand admirateur des insectes ne leur accorde pas autre chose que l'instinct, sens mystérieux, mobile naturel et immuable:
"L'instinct sait tout dans les voies invariables qui lui ont été tracées; il ignore tout en dehors de ces voies."
Superbe pensée de savant et de philosophe! D'ordinaire, les lecteurs profanes déclarent fort ennuyeux tout livre scientifique; les Souvenirs Entomologistes éveillent un intérêt que dix volumes n'épuisent pas. Avec Fabre, les scènes se renouvellent sans cesse: il y a de tendres idylles, de sublimes dévouements maternels, des amours tragiques, de terribles combats; tout cela dans le petit monde des hyménoptères, des scarabées, des locustes, des grillons, des vers luisants, qui vont, viennent, s'agitent, luttent et meurent comme menés par l'aimant de quelque baguette magique.
"Je n'ai fait qu'une incursion dans l'infini des connaissances entomologiques, conclut l'Ermite de Sérignan; d'autres continueront l'oeuvre ébauchée."
Mais la gloire du pionnier demeurera à J. H. Fabre. Maintenant au crépuscule d'une belle journée de Provence, entouré de ses enfants, il offre l'exemple de son admirable vieillesse fortifiée par la foi dans le réveil dans l'au-delà.

                                                                                                            B. d'Orsan.

Le Magasin pittoresque, 15 septembre 1913.